• Présentation de la maîtrise d'Orsay Simon Bouisset
  • Discours d'introduction Pierre Lanot (pdt de l'ADEO 96)
  • Thème 1: santé et conditions de travail Antoine Laville
  • Thème 2: handicap Jean-Louis Flores
  • Evolution des pratiques et de leur contexte Pierre Nahon (Promo 85) et Vincent Guilloux (Promo95)
  • Thème 3: Conceptiondes systèmes de travail Michel Berthet
  • Thème 4: conception de produits Valérie Leguay
  • Synthèse par François Guérin

  • PRESENTATION


    Discours d'introduction au colloque M. GAUDEMER, président de l'université

    Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

    je vous souhaite la bienvenue.

    Je voudrais tout d'abord remercier mon voisin, Simon Bouisset, de m'avoir invité à être présent à l'ouverture de cette manifestation. Je crois qu'il m'avait déjà invité précédemment mais je n'avais pas pu me rendre à son invitation faute de temps. Cette fois-ci, en m'organisant en conséquence, j’ai pu me rendre et j'en suis tout à fait heureux.

    Je connais mal l'ergonomie, mais je la connais grâce à S.Bouisset avec lequel j'entretiens des relations amicales depuis mon arrivée à Orsay. On s'est rencontré pour la première fois à la fin des années soixante dix. Comme j'ai participé aux enseignements de D.E.U.G., je connaissais cette filière pratiquement depuis qu'elle a été créée si je me souviens bien il y a vingt ans, un peu plus puisque c'est la vingtième promotion, un peu plus que la majorité, c'est l'âge de raison et c'est le moment de faire un bilan, qui apparemment est positif parce que c'est la seule formation de ce type en France.

    Ca fait vingt ans qu'il n'y a qu'une formation d'Ergonomie au niveau maîtrise bien qu'il y ait déjà un certain nombre de D.E.S.S. d'ergonomie. C'est tout à fait remarquable de la part de ses créateurs de maintenir cet enseignement contre vents et marées car l’ergonomie n’est pas une discipline toujours bien acceptée par les collègues dans la mesure où c'est une formation qui fait appel à des enseignements de différentes disciplines et qui se situe un peu en marge des filières disciplinaires traditionnelles ( mathématiques, physique, biologie, etc...).

    C'est un des tous premiers exemples à l'université de ces filières qu'on appelle des filières professionnalisantes. Pendant très longtemps elle a été la seule M.S.T. à l'université, jusqu'à ce que, dans les débuts des années quatre-vingt-dix, fleurissent bien d'autres formations de ce type : trois autres M.S.T., des filières d'ingénieurs, des Instituts Universitaires Professionnalisés... Bref ces filières professionnalisées technologiques sont relativement nombreuses . On en compte une dizaine au niveau de l’université.

    La M.S.T. d'ergonomie est l'aînée de toutes ces filières et elle a tout à fait montré sa capacité à former efficacement des étudiants et la liste des emplois des étudiants des différentes promotions montre que les débouchés existent dans cette discipline. L'Ergonomie est quelque chose que l'on pratique en fait tous un peu comme M. Jourdain pratiquait la prose mais on la pratique souvent mal ou en tout cas avec des moyens d'amateurs. Je crois qu'il est essentiel que des professionnels de la chose soient formés et diffusent leurs connaissances, leurs produits, le plus largement possible.

    Il se trouve qu'hier j'étais en visite à Cherbourg dans une grande réalisation industrielle, dans l'usine de retraitements de La Hague et l'atelier de fabrication des sous-marins nucléaires. C'était une invitation du C.E.A. de nous faire visiter ces installations qui sont impressionnantes par leurs dimensions. Pour vous dire que les problèmes d'Ergonomie et de Sécurité sont à l'ordre du jour dans des installations de cette dimension où les problèmes de sécurité sont cruciaux. Je suis convaincu que cette formation a encore un bel avenir devant elle ; en tout cas en ce qui me concerne je ferai le maximum pour qu'elle continue à se développer, à avoir pignon sur rue pour ainsi dire. Je lui souhaite, je ne dis pas que je souhaite être là dans vingt ans pour fêter son quarantième anniversaire, nous serons peut-être Simon et moi un peu retirés des affaires ; en tout cas je vous souhaite bonne chance et je suis convaincu que ce colloque sera profitable et utile à tout le monde. Merci beaucoup.


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    Présentation de la MST d’Ergonomie d’ Orsay Simon BOUISSET. Responsable de la Filière Ergonomie

    I - CREATION de la MST (1975)

    La Maîtrise de Sciences et Techniques de Physiologie du Travail-Ergonomie-Physiologie Appliquée a été créée en 1975. Sa création répondait au souhait des enseignants physiologistes, et plus généralement du Département de Biologie et du Centre d'Orsay, d'ouvrir une formation professionnalisante dans la discipline. De nombreuses discussions, menées tant au niveau du Centre d'Orsay qu'avec les milieux professionnels, ont permis de s'assurer que l'amélioration des Conditions de Travail constituait un besoin structurel et qu'il était impossible d'y répondre sans avoir recours à l'approche ergonomique. Cette analyse était aussi celle de personnalités emblématiques de l'Ergonomie, comme les Professeurs A. WISNER et J. LEPLAT, qui ont mis toute leur autorité pour favoriser l'entrée à l'Université de l'enseignement de l'Ergonomie. A l'époque, le seul cursus complet jusqu'à Bac + 4 était dispensé en formation continue au CNAM. Avec la création de la MST d'Orsay, un cursus de formation initiale, menant au niveau Maîtrise, devenait possible. L'objectif initial était de doubler, c'est-à-dire porter de 15 à 30 le nombre de diplômés au niveau Cadre, en complémentarité avec le CNAM : dans leur cas, une expérience professionnelle déjà significative, dans celui des étudiants orcéens, des bases fondamentales nettement plus approfondies (mathématiques, physique, psychologie et, compte tenu des compétences orcéennes, une coloration physiologique significative). La motivation, les objectifs et l'analyse des débouchés qui présidaient à cette création sont rappelés ci-dessous.

    OBJECTIFS PEDAGOGIQUES ET PROFESSIONNELS " La MST constitue, au plan de la formation initiale, une initiative originale, ayant pour but l'enseignement d'un corps de connaissances constitué, concernant l'Homme en situation d'activité. Cet enseignement, par le type de savoir et de savoir-faire qu'il apporte, fournit les moyens de répondre à une demande, vraisemblablement structurelle et, en tout cas, profonde, de notre Société Industrielle, celle qui concerne les Conditions de Travail, et plus généralement, les Conditions de Vie. La rapide évolution technologique de ces dernières décennies s'est traduite, en effet, dans l'ensemble des domaines où s'exerce l'activité humaine, par une diffusion généralisée d'outils, de machines et de produits de tous ordres. Il en est résulté une transformation profonde des inter-relations existant entre l'Homme et son Environnement, au sens le plus large du terme. Celle-ci n'a pas manqué d'entraîner des conséquences nombreuses, souvent importantes et parfois sérieuses, que l'on peut constater dans tous les secteurs de la vie professionnelle ainsi qu'extra-professionnelle (Transports, Habitat, par exemple). Elles concernent tout autant la production que la santé et la sécurité, avec les implications économiques, sociales et individuelles qui en découlent. Pour y porter remède, une approche convenable de l'Homme et de son Environnement, dans leurs rapports mutuels, s'avère donc indispensable. La Maîtrise a été conçue dans l'esprit pluridisciplinaire qui est celui de l'Ergonomie. Elle comporte des enseignements de sciences fondamentales, de sciences appliquées et de technologie. Leur programme et leur contenu ont été choisis de façon à composer un ensemble cohérent de connaissances scientifiques et techniques de haut niveau, permettant l'étude en situation réelle de problèmes qui s'avèrent complexes et originaux. Les méthodes pédagogiques ont été conçues de manière à développer, avec l'autonomie et le sens du travail en équipe, la capacité d'aborder les situations concrètes. A cette action pédagogique, se trouve associé un corps professoral nombreux et particulièrement qualifié qui comporte, outre des enseignants de l'Université de Paris-Sud et d'autres grands établissements de la région parisienne, des spécialistes réputés des Entreprises et de l'Administration. "

    DEBOUCHES " La M.S.T. de Physiologie du Travail-Ergonomie-Physiologie Appliquée a pour but de former des Cadres, ayant à la fois un savoir et savoir-faire dans le domaine des Conditions de Travail. Elle forme des Ergonomistes, dont la spécialité intéresse toutes les branches industrielles et catégories d'entreprises. Les débouchés ont fait l'objet d'un examen attentif au cours de la période qui a précédé la création de la M.S.T. et leur définition a résulté de contacts et de réunions de travail multiples avec diverses personnalités du monde extra-universitaire. Ils sont de trois ordres : 1°) Services Industriels d'Ergonomie d'Etude des Conditions du Travail, de Prévention et Sécurité, d'Organisation du Travail, des Méthodes, du Personnel, de Formation,... ainsi que Centres de Rééducation et de Réadaptation fonctionnelle. 2°) Centres de Recherche et d'Etude du Secteur public, parapublic ou privé (Centres Techniques, Laboratoires ou Services de Contrôle et d'Essais, Sociétés d'Ingénierie, Bureaux d'Ingénieurs-conseils, Agences de Designers,...) 3°) Administration Publique (Inspection du Travail et Caisses régionales de Sécurité Sociale, Ministère du Travail, de la Santé, de l'Equipement, de l'Environnement,...) "

    A ce projet pédagogique, à vocation sociétale affirmée, se sont associés des enseignants, des professionnels et des étudiants.

    Le groupe des enseignants orcéens statutaires était constitué à l'origine de Jean ROUSSEL (Mathématiques), Jean-Paul BURGER et Robert FARRENQ (Physique), Nicole FIORI et moi-même (Physiologie du Travail), et Roger RAMEAU (Ergonomie), qui l'année suivante cédait la place à James RICHARDSON. Une contribution significative était apportée par les enseignants de Physiologie Animale et de Psychophysiologie. D'autres enseignants, non orcéens ou non statutaires, ont également contribué à ce démarrage de façon significative, parmi lesquels Pierre BISSERET (Psychologie du Travail ), le Professeur C. BOUDENE (Toxicologie), et divers professionnels, dont Monsieur P. MALOISEL (Chausson), Monsieur A. PEZIN (Télémécanique), Monsieur J. GAVREL (RNUR), Monsieur P. BOiS (Ministère du Travail). Madame Michèle PICHERY amorçait peu après (1977) un long contrat de fidélité avec la filière Ergonomie. D'autres professionnels, qui n'y enseignaient pas, nous accordaient un soutien résolu, tels Messieurs J. BERTIN (Société Bertin), A. LUCAS (RNUR), J. PERRIOLAT (SNCF), P. FRANCOIS (EDF), J.M. CAVE (UIMM), ou encore les Professeurs Bernard METZ et Jean SCHERRER, en acceptant notamment de siéger au premier Conseil de Perfectionnement. La première promotion de la MST d'Ergonomie, celle d'octobre 1975, comptait 5 étudiants, dont l'un s'était mépris sur le mot Ergonomie, et croyait s'inscrire à un cursus d'Agronomie. J'ai plaisir à rappeler les noms de ces 4 premiers diplômés de 1977 : Jean-Louis FALCONNIER (Inspection du Travail), Isabelle LAMBERT (CCITT), Bruno MICHEL (AB CONSEIL) et Daniel SACLEUX (Inspection du Travail).

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    II -1975 - 1996

    Les fondateurs de la MST avaient espéré que leur enthousiasme ne leur cacherait pas la difficulté de leur entreprise. Celle-ci tenait, pensaient-ils, à diverses raisons : a) difficulté de faire reconnaître un enseignement professionnalisant dans une Université Scientifique réputée ; b) harmoniser entre eux les différents modules d'une formation pluri-disciplinaire ; c) mettre en place les méthodes pédagogiques permettant aux étudiants de surmonter les difficultés d'une formation allant des Mathématiques à la Sécurité du Travail ; d) faire reconnaître le titre et la spécialité par les milieux professionnels ; e) trouver des stages et des débouchés. Il faut bien reconnaitre que les principales difficultés ne se sont pas trouvées là où elles étaient le plus attendues. Et il est clair que la route à été longue pour atteindre l'objectif initialement fixé.

    Au fil des années, le recrutement s'est stabilisé à une vingtaine d'étudiants par an, conformément au souhait de l'Université, ce qui a rapidement nécessité de rendre la sélection de plus en plus rigoureuse. Le recrutement s'est équilibré entre les titulaires d'un DUT (Hygiène et Sécurité) et ceux d'un DEUG-SNV, notamment orcéens. Cette possibilité a pu se concrétiser grâce à la création d'un Option Hygiène Sécurité et Condition de Travail (HSCT) du DEUG orcéen, comportant des enseignements en M1, M2 et M3 (c'est-à-dire sur trois semestres du premier cycle). La création récente d'un DESS d'Ergonomie (Conception et Sûreté du Produit) permettait une année de spécialisation, avec sortie à Bac+5. L'ensemble de ces enseignements constitue la filière Ergonomie, ainsi qu'elle est connue désormais de l'Université et des milieux professionnels. Elle s'adresse à centaine d'étudiants. Il est remarquable que le caractère pluridisciplinaire de l'enseignement n'ait en rien constitué un obstacle dans leurs études.

    La collaboration des professionnels a été assez rapidement et reste entièrement acquise. Ils ont participé durant toutes ces années à la conception et à la mise en oeuvre de la formation par tous les moyens possibles : contacts personnels à l'occasion de la recherche et du suivi des stages, comme de la venue à Orsay des enseignants extérieurs, ou de leur présence à des réunions professionnelles ; réunions formelles à l'occasion du Jury de stage, et de la coordination des enseignements technologiques ; préparation et réunion du Conseil de Perfectionnement ; discussions avec l'Association des Anciens Elèves (ADEO). Cette Association regroupe les étudiants et anciens élèves de la MST. Elle dispose d'un fichier des anciens étudiants et a, entre autres, pour rôle de faire un suivi de l'insertion des diplômés. Elle anime plusieurs manifestations annuelles, dont des séminaires et un colloque très prisé des milieux professionnels.

    Au cours des deux décennies passées, les formes du Travail et les conditions socio-économiques ont évolué de façon rapide. C'est pourquoi il a été procédé à un réexamen constant des débouchés. Celui-ci a été mené à l'occasion de conversations personnelles avec les professionnels, lors de la recherche, du suivi et de la soutenance des stages notamment, de la consultation d'études sur le marché du travail publiées par les organismes professionnels, des offres d'emploi paraissant dans la presse professionnelle et généraliste. Les membres du Conseil de Perfectionnement ont été pleinement associés à cette évaluation, et l'évolution des débouchés a entraîné une évolution parallèle du contenu des enseignements. En particulier, les enseignements de Pratique ergonomique et de Génie ergonomique ont été notablement renforcés, grâce à l'aide apportée par le Professeur F. DANIELLOU et son équipe, et celui de Psychologie du Travail, développé.

    Les étudiants passés par la M.S.T. sont près de 350, en comptant ceux en cours de scolarité. Dans leur quasi-totalité, ils pratiquent toujours dans le domaine de l'Ergonomie. Ils se trouvent en fonction dans des secteurs aussi divers que l'Inspection du Travail, la Télémécanique, I.B.M., Renault SA., l'E.D.F., La Poste, S.N.C.F., France Télécom, C.N.R.S., et l'Université, L.E.T.A.S., l'Institut Gustave Roussy, le Centre de Rééducation de Kerpape, etc... . Une liste aussi exhaustive que possible est jointe. Certains d'entre eux sont désormais largement associés à la filière, soit en tant qu'enseignants, soit en tant que prestataires de stage et d'emplois, en sus de leur activité au sein de l'ADEO.

    Au fil des années, un certain nombre de collègues ont quitté la filière pour des raisons diverses, comme Jean ROUSSEL , Jean-Paul BURGER, Jean GOETCHELUK, Michèle LAUDAY, Michel LABRUNE, entre autres. D'autres l'ont rejointe, dont Isaac JOHSUA (Economie), Gérard MALGOUYRES (Mathématiques), Alain NOURTIER (Physique), Jean-Pierre ROSSI (Psychologie du Travail), Richard SARTENE (Physique) et Claudine TEYSSEDRE (Physiologie du Travail). Un nombre significatif de professionnels continue à nous faire profiter de leurs compétences. Outre Monsieur FARRA, Monsieur FADIE et les collègues Toxicologues du Centre de Châtenay-Malabry (Professeur J. DE CEAURRIZ et Messieurs J.L. CLUET et P. TELOLAHY) entre autres, il est agréable de saluer la contribution significative apportée par des diplômés de la MST (Alain GARRIGOU et Claude LEMARCHAND antérieurement , Isabelle LAFFONT-FAUST, Patrick SAGORY et Gabriel CARBALLEDA, depuis déjà un certain nombre d'années). Le secrétariat a d'abord été assuré par Madame Monique ALLOUSQUE, puis, après de multiples difficultés, par Madame Jeanine MERLOT qui a fortement marqué de sa personnalité le succès de notre filière. C'est désormais Madame Roseline JACQUOT qui en a la responsabilité, et Madame Michèle PICHERY est toujours fidèle au poste.

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    III -1996 - 2000

    Certes, les conditions socio-économiques et les formes du travail ont notablement évolué au cours de la période passée. Mais, l'Adaptation du Travail, de la Machine et du Produit à l'Homme, pour reprendre une dénomination ancienne, mais toujours pleine de sens, reste une impérieuse nécessité. En effet, si la compétitivité résulte d'abord de la créativité et de l'innovation, alors, seule l'Ergonomie permet d'envisager une Organisation du Travail mieux adaptée et de concevoir les produits, susceptibles de créer de la valeur. Si également, le nombre d'années consacrées au travail diminue, et si l'espérance de vie s'allonge, le problème des Conditions de Vie au sens le plus large du terme (habitat, transport, loisirs, etc ...) nécessite une approche ergonomique. Enfin, si l'on souhaite ouvrir à des catégories particulières de la population (personnes vieillissantes, handicapées, etc...) toutes les possibilités d'une vie normale, professionnelle autant que personnelle, alors le champ de l'Ergonomie ne peut, là encore, que s'élargir très notablement.

    Par ailleurs, la MST d'Ergonomie d'Orsay reste unique au niveau Bac +4. Elle est toujours la seule formation initiale généraliste à ce niveau, et l'accent mis sur la Physiologie répond à une demande explicitement exprimée par les milieux professionnels. Diverses formations à Bac +5 étant venu augmenter et diversifier les possibilités de formation en Ergonomie, conformément à la demande des entreprises, l'existence d'une année de spécialisation à Orsay reste indispensable pour couvrir un créneau, jusqu'à présent laissé libre en dépit de son importance, celui de la Conception et de la Sûreté du Produit. Par ailleurs, la demande s'étant diversifiée, également en niveau d'études, et des services d'Etude et Recherche se créant progressivement en milieu industriel, l'accès à des DEA diversifiés doit rester ouvert, notamment aux DEA orcéens de Biomécanique et Physiologie du Mouvement et de Sciences Cognitives.

    La MST d'Ergonomie d'Orsay est donc toujours l'unique formation initiale à Bac +4 existant en France (avec désormais des programmes ERASMUS), et ses diplômés ont contribué, par leur sérieux et leurs qualités professionnelles largement reconnues, au rayonnement de l'Université Paris-Sud. Ses contenus et son organisation ont évolué progressivement afin de répondre à l'évolution des besoins et, ainsi, d'honorer la confiance manifestée, depuis sa création, par les autorités supérieures de l'Université. Nous espérons que celles-ci nous donneront les moyens de poursuivre notre mission d'Universitaires et de citoyens, afin de contribuer ,à notre niveau, à la formation des générations montantes, et de faire en sorte que l'individu reste au coeur des préoccupations des Entreprises et de la Société.


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    Discours Introductif du Président de l'Association D'Ergonomie d'Orsay Pierre LANOT président de l’ADEO

    Bonjour à tous,

    Les membres de l'Association D' Ergonomie d'Orsay sont heureux de vos accueillir sur le campus d'Orsay pour cette journée de réflexion sur les Evolutions et les Innovations dans les différentes pratiques de l'Ergonomie.

    L'A.D.E.O, anciennement AEMSTEO, GEDEO, a été créée en 1984. Elle regroupe des anciens étudiants et les étudiants actuels de la MST d' Ergonomie, du DESS Conception et Sûreté du produit et quelques étudiants du DEA de biomécanique. Elle a pour objet, entre autres de favoriser les rapprochements entre les étudiants et le milieu professionnel, et a déjà organisé , dans ce cadre plusieurs rencontres sur les thèmes : · Réalisations en Ergonomie. · Recommandations en Ergonomie : Constat et Devenir. · Ergonomie et Sécurité.

    La MST d'Orsay est née en 1975 et fête cette année sa 20ème promotion. Je tiens à noter la présence de Bruno Michel, issu de la première promotion qui ne comptait que quatre étudiants. L' A.D.E.O, en cette occasion a donc décidé d'assurer la logistique de ce colloque pour faire un bilan sur ces vingt années écoulées. La journée s'articulera autour de 4 thèmes représentant les principales demandes des entreprises : · la Santé au travail. · l'insertion des personnes handicapées. · la conception de système de travail. · la conception de produits. De plus, elles retracent bien l'évolution de l'Ergonomie.

    Je tiens a vous faire part d' une formidable lettre du Dr Bernard Metz, professeur à la faculté de Médecine à Strasbourg, et membre, pendant plusieurs années, du conseil de perfectionnement de la MST, qui regrettant de ne pouvoir marquer son soutien par sa participation, nous félicite et vous félicite d'avoir permis que cette journée se déroule. Il fait allusion également à la Commission Française de l'AFNOR, qu'il préside avec des anciens de la MST. Ceci nous montre que cette Formation a toujours sa place, au regard des postes, qu'occupent bon nombre d'anciens étudiants d'Orsay, que ce soit dans de grands services internes d'entreprise (SNCF, Renault...), ou dans d'importantes institutions (ANACT).

    Je tiens, aussi, à remercier l'ensemble des participants, des communicants, des anciens qui ont fait l'effort d'être là, aujourd'hui, ainsi que les personnes venus de loin; je pense à Mr Mac Leland qui vient des Pays-Bas et à bien d'autres. J'espère, enfin, que ce colloque sera un journée d'échange et de réflexion sur les pratiques actuelles et futures de l'Ergonomie. Merci.


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    THEME 1 : SANTE ET CONDITIONS DE TRAVAIL

    Santé-travail: intérêt et limite de l’approche ergonomique A. Laville, Ecole Pratique des Hautes Etudes

    Repères historiques

    L’ergonomie est née d’un double courant:

    · productiviste, comprendre le fonctionnement de l’homme pour concevoir les moyens de travail (organisationnels et techniques ) de manière à accroître la performance de l’opérateur et donc du système de production, · hygiéniste, comprendre les risques du travail sur la santé des opérateurs pour prévenir les atteintes de celle-ci.

    En France, les précurseurs sont:

    · d’un côté des ingénieurs, des physiciens, des physiologistes qui s’intéressent au « rendement humain » du travail physique comme Vauban ( 17ème siècle ), Lavoisier ( 18ème siècle ), Chauveau, Marey (19ème siècle ) et Amar ( début du 20ème siècle ), · d’un autre côté des médecins et hygiénistes comme Ramazzini ( 17ème siècle ), Villermé ( 19éme siècle ) qui étudient les maladies dues au travail et les conditions de vie des ouvriers dans leurs conséquences sur leur santé.

    L’ergonomie est née officiellement en Angleterre après la seconde guerre mondiale (1949) à l’initiative d’un ingénieur Gallois, Murrel; à l’origine, on trouve des préoccupations issues de l’activité militaire ( pilotes d’avion de combat, radaristes ) et de l’industrie de guerre ( emploi des femmes pour suppléer aux hommes ). Ces préoccupations sont centrées sur les facteurs environnementaux limitant les performances humaines; le 1er colloque de l’Ergonomic Research Society, en 1951, porte sur la fatigue.

    Parallèlement, le courant Human Factors aux U.S.A se développe, lui aussi centré sur les conditions d’obtention des meilleures performances de l’opérateur dans le système de production à partir d’approches expérimentales manipulant les facteurs environnementaux. Ces orientations ne sont pas contradictoires avec les problèmes de santé, puisqu’implicitement elles font l’hypothèse qu’il y a un lien entre conditions favorables à la performance et conditions favorables à la santé, hypothèse cependant non généralisable.

    En France, la Société d’Ergonomie de langue Française, créée en 1963, a comme membres fondateurs des médecins, des physiologistes et des psychologues du travail. Au cours des premières années de sa vie, l’ergonomie francophone est marquée par le courant hygiéniste; celui-ci est soutenu par une économie en expansion, un déficit de main d’oeuvre, un mouvement social et des forces syndicales qui opposent un contre-pouvoir au développement économique et technique lorsqu’il se fait au détriment de la santé et des conditions de travail.

    Depuis près de 10 ans, ces forces sociales régressent, le chômage donne à l’emploi la priorité, la recherche de gains de productivité dans le contexte de concurrence internationale est considérée comme essentielle; les systèmes techniques deviennent de plus en plus complexe et coûteux et il apparaît que leur performance et leur fiabilité est liée aux actions des opérateurs; parallèlement, la psychologie cognitive se développe et permet de répondre aux préoccupations des directions d’entreprise concernant la bonne marche de ces systèmes. Aussi la question de la santé au travail passe au second plan ou n’est activée que lorsque des « épidémies » se révèlent et ont des incidences financières importantes dans l’économie de l’entreprise ( ex: les troubles musculo-squelettiques ).

    Enfin la notion de santé évolue: d’abord limitée à l’absence de maladies organiques, elle trouve une première extension dans la psychopathologie du travail; l’OMS élargit la santé aux aspects sociaux et économiques; actuellement on tend à dépasser l’idée d’une « défense passive » des travailleurs vis à vis des agressions du travail pour étudier les modalités de construction de la santé.

    Quelques questions actuelles

    Dans cet exposé, nous nous limiterons aux relations travail-santé organique. Les autres aspects, psychiques, sociaux, économiques posent des problèmes différents pour l’ergonomie qui ne peuvent être abordés dans les limites du temps imparti.

    Trois principales approches sont concernées par l’identification et l’explication des relations santé-travail:

    · l’approche épidémiologique: fondée essentiellement sur des comparaisons de prévalence d’atteintes dans des populations soumises à des risques différents, elle le plus souvent descriptive; elle montre des relations entre facteurs de risque et fréquences de maladies sans en expliquer les mécanismes, · l’approche physiopathologique: elle étudie ces mécanismes par lesquels les agressions du travail entraînent des transformations de l’organisme au niveau cellulaire, tissulaire et fonctionnel,

    · l’approche ergonomique: l’analyse ergonomique de l’activité et du travail permet d’identifier de manière précise des causes d’atteinte à la santé et les effets des atteintes à la santé sur l’activité.

    Ces trois approches sont complémentaires; les résultats épidémiologiques repèrent des risques qui sont précisés par l’ergonomie; ils révèlent des prévalences d’atteinte dont les mécanismes d’apparition sont expliqués par la physiopathologie. Celle-ci ne dit rien sur la réalité des risques mais relie ces risques aux atteintes; l’ergonomie rend compte des risques à travers l’activité et des stratégies d’évitement et de compromis face à ces risques mais est limitée dans la généralisation de ses résultats.

    En effet, l’approche ergonomique est singulière: elle est localisée à un opérateur, ou à un groupe limité d’opérateurs, avec des caractéristiques particulières, et à des situations de travail spécifiques. Elle rend compte de la complexité des liens travail-santé: elle propose des modèles explicatifs de type combinaisons de cause-combinaisons d’effets, elle fait apparaître des atteintes de type infra pathologique et leur origine, elle met en évidence les déterminants des risques au niveau non seulement de la situation de travail mais aussi des contraintes sociales, techniques et économiques qui définissent les contraintes locales du travail.

    Cependant cette approche a ses limites: l’opérateur ou le groupe d’opérateurs au moment de l’analyse est le résultat d’une sélection ( embauche, parcours professionnels, exclusion, marginalisation ); les effets à moyen et à long terme des conditions de travail ne sont pas alors identifiables par une telle approche de type « photographique » qui ne rend pas compte d’une dynamique concernant les facteurs de risque des situations de travail et des atteintes des opérateurs.

    Aussi, toute approche ergonomique des liens de santé-travail doit être complétée par des approches collectives et rétrospectives pour en assurer la validité, la précision et sa valeur explicative.

    Cette approche ergonomique prend son importance si on se place dans la perspective d’agir pour favoriser la construction de la santé; par la description des compromis que fait l’opérateur à travers son activité, compromis entre la rationalité de la production et donc de la performance de l’opérateur pour réaliser cette production attendue, et la rationalité de sa santé qu’il cherche à protéger, on peut mettre en évidence la marge de manoeuvre dont il dispose ou non pour réaliser ces compromis.

    Ainsi, l’approche ergonomique trouve son intérêt dans l’action: aide à la conception de situation de travail pour que les opérateurs, même atteints d’altération de leur santé, puissent se maintenir dans leur emploi, conception de situation de travail pour que les opérateurs ne subissent pas passivement des risques, mais puissent développer des stratégies de protection de leur santé; conception de situations de travail favorisant l’accroissement de leurs compétences, leur valorisation et donc le choix de parcours professionnels réduisant les risques d’atteinte de leur santé au fur et à mesure que se déroule leur vie professionnelle et leur avancée en âge.

    L’ergonomie ne peut négliger les problèmes de santé, même si les conditions sociales et économiques ne sont pas favorables à leur prise en compte actuellement. Elle peut aider à renouveler des problématiques de recherche dans ce domaine et élargir les politiques de prévention.


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    La construction d'une pratique : être ergonome dans un cadre de prévention des risques professionnels dans l'agriculture. Bernard Marchand, CCMSA

    Pour cette communication, il m'a été demandé en tant que " jeune ancien " de la MST d'Orsay de présenter une intervention qui illustrerait ma pratique actuelle d'ergonome, et d'apporter quelques éléments de réflexion sur la construction de cette pratique notamment eu regard de ce qu'ont pu m'apporter les enseignements de la MST d'Ergonomie. Il est sans doute nécessaire que je vous présente au préalable mon parcours universitaire, ainsi que le poste que j'occupe actuellement dans un cadre de prévention des risques professionnels.

    Une formation "classique". Entré "un peu par hasard" au DUT d'Hygiène et Sécurité à LORIENT, j'y ai découvert que l'on pouvait se spécialiser dans la prévention en milieu de travail. J'ai alors choisi l'option " Hygiène, Sécurité et Conditions de Travail " en deuxième année. C'est dans ce cadre que j'ai découvert l'ergonomie au travers des cours dispensés par Mauricette FEUILLAS et au travers d'interventions de plusieurs ergonomes, nous présentant tous leur métier avec passion. J'ai par la suite suivi la formation de la MST d'Orsay (promotion 92), que j'ai complété par le DESS d'ergonomie de SPERANDIO. Suivre ce DESS m'apparaissait alors comme un bon complément de ce que j'avais fait à la MST : des connaissances plus importantes en psychologie compléteraient celles acquises en physiologie à la MST. Ma formation initiale étant terminée, j'ai débuté ma carrière d'ergonome en janvier 1994, au département de Prévention des Risques Professionnels des Salariés Agricoles (PRPSA) de la Caisse Centrale de la Mutualité Sociale Agricole.

    Les missions de l'ergonome au sein de la MSA. La MSA, organisme de protection sociale du régime agricole, a reçu notamment pour mission, depuis la loi du 25 octobre 1972, la gestion du risque "Accidents du Travail et Maladies Professionnels" des salariés agricoles. Les objectifs recherchés sont une réduction des accidents du travail et des maladies professionnelles dans leur fréquence et leur gravité, en vue d'obtenir notamment un abaissement des cotisations. Les actions de prévention mises en place doivent principalement viser la sensibilisation des salariés aux problèmes de sécurité, la mobilisation de l'ensemble des partenaires socioprofessionnels et la responsabilisation des chefs d'entreprises. En 1975, la MSA s'est dotée d'un réseau de préventeurs au sein de ses caisses départementales ou pluridépartementales (soit aujourd'hui environ 165 Techniciens Conseils de Prévention répartis sur 84 caisses) et d'une structure nationale. Depuis 1992, cette structure nationale compte une vingtaine de personnes. Le niveau central, sous la tutelle du Ministère de l'Agriculture, détermine les orientations générales de la politique de prévention, gère le budget du Fonds National de Prévention, apporte un soutien technique et méthodologique et coordonne les actions des caisses départementales. Le département PRPSA comprend trois services : un service de Moyens Techniques et Logistiques intervenant sur les thèmes du machinisme agricole, des statistiques, de la communication et de la documentation ; un service organisant la formation des Techniciens Conseils ; et un service de Développement et de Coordination de l'Action. L'objectif principal de ce dernier service est d'animer le réseau des Techniciens Conseils au travers de groupes de travail pluridépartementaux constitués par secteur d'activité professionnelle, afin d'organiser la réflexion sur la prévention et de définir une stratégie nationale adaptée à chaque secteur d'activité. Il s'agit donc pour les Ingénieurs Conseils spécialisés par secteurs d'activités d'accompagner les membres de ces groupes de travail afin : - de réaliser des diagnostics de secteur, aussi bien sur un plan quantitatif par une analyse statistique des accidents du travail que qualitatif par la connaissance des risques spécifiques ; - de définir des objectifs en terme de moyens et de résultats pour chaque secteur d'activité ; - d'impulser et d'accompagner la conception et la mise en oeuvre d'actions collectives de prévention orientées, en élaborant si nécessaire des outils spécifiques (outils pédagogiques, prototypes d'équipements, test et enquêtes,...) ; - d'assurer la formation et l'information des Techniciens Conseils en cas de besoins particuliers ; - de coordonner les différents groupes et, par la suite, de proposer la stratégie développée à l'ensemble du réseau. C'est dans ce cadre qu'un poste d'ergonome a été créé afin de continuer à faire évoluer les pratiques de prévention vers une meilleure prise en compte des concepts de l'ergonomie. Après de multiples ajustements, mes champs d'action ont pu être définis selon 3 axes : - l'intervention en entreprise à la demande de ces groupes, afin de les aider à mieux connaître les activités déployées dans le secteur concerné et de dégager des pistes de réflexion et d'action pour la mise en place des programmes de prévention sectoriels ; - l'accompagnement de projets de prévention menés par les Ingénieurs Conseils et les Techniciens Conseils, par un apport de connaissances sur le fonctionnement de l'Homme au travail et par une aide à la définition des plans d'actions au travers de propositions de méthodes d'analyse des situations de travail, de simulation dans un projet de conception, etc ; - l'enrichissement de la pratique du préventeur par une ouverture à d'autres approches des problèmes de prévention que celles exclusivement techniques ou pédagogiques. Cet enrichissement est obtenu au travers d'orientation des objectifs et des actions des groupes, de l'accompagnement de Techniciens Conseils dans leurs interventions sur le terrain ou dans la co-organisation de stages en ergonomie.

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    Un exemple d'intervention : l'accompagnement d'un projet de conception. Pour illustrer ces propos, je vais vous relater une intervention qui a débuté environ 6 mois après mon embauche. Celle-ci s'est déroulée dans le cadre d'une action développée par un groupe de travail s'intéressant au secteur "polyculture-élevage", c'est à dire celui des exploitations agricoles traditionnelles. Le diagnostic que les membres de ce groupe avaient fait, révélait notamment : - qu'un nombre important d'accidents a lieu lors d'opérations d'entretien et de réparation des machines agricoles ; - que les exploitations ont généralement tout l'équipement nécessaire à ces travaux de mécanique mais qu'ils sont dispersés et qu'aucun lieu n'est dédié à ce type de tâches ; - qu'une tendance actuelle, due notamment aux difficultés économiques de ces exploitations, est de réaliser au maximum ces réparations avec les moyens du bord. Devant ce constat, il a été décidé d'engager une action visant à sensibiliser les employeurs à l'intérêt d'installer des ateliers de réparation mécanique sur leurs fermes. Il a alors été envisagé d'aider les exploitations de lycées agricoles de chacun des départements à aménager ou concevoir des ateliers, qui deviendraient en quelque sorte des "vitrines" de la prévention à l'atelier pour les élèves et les exploitants réunis par les Techniciens Conseils. Cette aide devait prendre les formes d'une aide financière et de conseils dans le choix des équipements et des aménagements. L'Ingénieur Conseil assurant l'animation de ce groupe de travail m'a alors proposé de participer à ce projet, puisqu'il s'agissait d'aménager des locaux de travail. Il a été convenu que je participerai à la réunion suivante du groupe et que par la suite j'accompagnerais chacun des Techniciens Conseils sur l'exploitation choisie, à raison d'une journée par site. La première rencontre avec le groupe m'a fait comprendre que les Techniciens Conseils formulaient leurs conseils sur la base d'un document réalisé quelques années auparavant par la MSA et le CEMAGREF (Centre National du Machinisme Agricole et du Génie Rural, des Eaux et Forêts). Cette brochure indique les outils et équipements que l'on doit nécessairement trouver dans un atelier, ainsi qu'un plan type en fonction de trois types d'activités : l'atelier d'entretien courant, celui de réparation à la ferme et celui pour les Entreprises de Travaux Agricoles (prestataires de services réalisant les récoltes pour le compte d'exploitants, qui ont généralement un mécanicien professionnel parmi leur personnel). L'apport de l'ergonome était donc souhaité plutôt en ce qui concerne les aménagements permettant d'obtenir des ambiances physiques qui concourraient à améliorer les conditions de travail et par là même, amélioreraient la prévention. Les Techniciens Conseils avaient donc tendance à attendre de l'ergonome une position d'expert des conditions physiques de travail, qui pourrait prescrire des aménagements convenables. Mon premier travail au cours de cette intervention a été de montrer aux Techniciens Conseils qu'il ne fallait pas reproduire à tout prix les ateliers-types décrits dans la brochure. Au contraire pour que ces aménagements soient réussis et conviennent donc aux besoins spécifiques de chacune des exploitations, il convient d'accompagner les responsables d'exploitation afin que les ateliers réalisés correspondent à un compromis acceptable entre les objectifs à atteindre en terme de sécurité et de conditions de travail tels que l'on peut les fixer dans l'absolu et les réels besoins et possibilités de l'exploitation. J'ai alors été confronté à une difficulté importante du point de vue méthodologique : comment faire pour réaliser une analyse de l'activité telle qu'elle m'avait été enseignée et que j'avais mis en pratique au cours des travaux pratiques et des stages ? Comment analyser une activité aussi variée et épisodique que celle d'entretien et de réparation des machines ? A fortiori, avec une seule journée d'intervention par entreprise ? De plus, cette situation particulière de la petite entreprise agricole ne correspond à aucun cas de figure classique de l'industrie ou des services tels qu'ils m'avaient été montrés au cours de ma formation. Le clivage traditionnel entre concepteurs et utilisateurs n'est pas de mise dans ces entreprises n'ayant qu'un ou deux salariés et où les chefs d'exploitation participent à tous les travaux. Dans ces conditions, quel peut être l'apport de l'ergonome dans ce type de projet ? N'ayant pas réellement de réponses quant à la question de la méthode d'analyse, j'ai basé ma démarche sur un compromis : aider les responsables d'exploitation à se poser des questions sur leurs besoins dans l'atelier, en s'interrogeant sur leur activité réelle. Car si le clivage concepteur/utilisateur n'est pas de mise, il existe toujours un écart entre prescrit et réel même s'il est moins ténu. Au préalable de ma visite avec les Techniciens Conseils, j'ai demandé que ces responsables d'exploitation formalisent leurs choix d'aménagement en établissant un plan détaillé de l'atelier qu'ils souhaitaient aménager. Ce simple outil de simulation peut paraître anodin, mais il semble qu'il est généralement assez peu utilisé. Ce plan a alors servi de base de discussion lors de notre rencontre afin d'imaginer ensemble l'activité future probable dans cet atelier. Différentes questions ont alors été soulevées : sur la co-activité au sein de l'atelier et les besoins d'espaces qui en découlent, sur la nécessité de disposer certaines machines-outils a peu de distance lorsqu'il y a une continuité dans l'utilisation, sur l'emplacement et les dimensions des accès, sur l'intérêt d'aménager une aire de lavage et sur son lieu d'implantation, sur la nécessité de pouvoir travailler à l'intérieur en hiver, sur l'emplacement stratégique de l'atelier par rapport aux autres bâtiments de l'exploitation, etc... A la suite de ces discussions, des ajustements ont pu être faits par rapport aux projets initiaux : choix du bâtiment où installer l'atelier, déplacements de postes de travail (établis, machines-outils,...), agrandissement et changement de localisation des ouvertures,... De plus, quelques conseils ont été formulés en ce qui concerne les ambiances physiques de travail. Ces conseils ont le plus souvent porté sur les équipements et aménagements nécessaires pour obtenir des ambiances lumineuses acceptables au regard de l'activité de réparation mécanique. Il faut noter que les ambiances lumineuses sont très souvent négligées sur les exploitations agricoles.

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    L'adéquation entre les enseignements de la MST d'Ergonomie et ma pratique actuelle d'ergonome. Si, à partir de cet exemple, je tente de faire le point sur mes acquis de la MST, je pourrai tout d'abord dire que ce qui représente l'essentiel (en volume) de la formation de la MST, à savoir tous les enseignements concernant les ambiances physiques de travail, m'a été tout à fait utile. Ces connaissances m'ont en effet permis d'argumenter auprès des responsables d'exploitation sur la nécessaire prise en compte des conditions physiques de travail dans ce projet. Et, dans un deuxième temps, elles m'ont permis de les aider à réaliser des choix d'aménagement optimaux en tenant compte de ces critères. De plus, la connaissance de la réglementation en Hygiène et Sécurité était aussi indispensable, afin de pouvoir mettre en garde les chefs d'exploitation vis à vis de leurs obligations légales (sans pour autant leur imposer leur respect) et d'être crédible auprès des Techniciens Conseils, en ne proposant pas des aménagements contraires à la loi. En ce qui concerne la méthodologie d'intervention, j'ai eu, comme je l'ai dit auparavant quelques difficultés à transposer les méthodes enseignées dans le cadre de cette étude. Mais même si cette mise en pratique n'offre pas toute la rigueur scientifique que l'on pourrait en attendre, je pense avoir au moins conservé l'état d'esprit de cette démarche. Il aurait en effet sans doute été plus facile pour moi d'intervenir dans ce projet en tant qu'expert des conditions de travail, en imposant des objectifs en terme de résultats, reposant sur des " vérités " scientifiques : nécessité d'obtenir tant de Lux, d'avoir telle température, d'être au-dessous de tel seuil de niveau sonore, etc. Nous aurions alors pu installer des ateliers modèles en maximisant tous les aménagements de sécurité. Je suis au contraire parti de l'idée que ces projets ne pouvaient être réussis que s'ils étaient pris en charge au sein de chaque exploitation par les personnes concernées, en se basant sur la réalité spécifique à chaque situation. Et l'autre enjeu important, était de guider ces personnes pour qu'elles engagent une réflexion sur leurs pratiques et leurs besoins, et qu'elles puisent par la suite transmettre aux futurs visiteurs les bases de ce questionnement. Donc, même si je n'ai pas trouvé les outils d'analyse adéquats vis à vis de la demande qui m'était faite, je pense que les bases sur la méthodologie d'intervention que j'ai reçues à la MST m'ont au moins permis de définir un positionnement me permettant d'apporter un nouveau regard sur ce type de projet de prévention. Pour compléter ce rapide bilan sur l'adéquation entre la formation dispensée à la MST et mes besoins actuels, je dois émettre un regret : le fait qu'en dehors des 2 colloques organisés précédemment qui s'intéressaient à l'articulation ergonomie-sécurité, la prévention ne soit présentée que sous une approche que je qualifierai de classique. Il me semble en effet que la prévention a subi plusieurs évolutions que l'on peut résumer ainsi : - tout d'abord, les préventeurs ont basé leurs actions sur des approches exclusivement techniques, en modifiant les machines et installations sur la base de leur connaissance a priori des risques, ou exclusivement " sciences humaines " en s'intéressant à la formation, à la communication, voire au management ; - certains préventeurs ont par la suite orienté leur pratique vers une approche plus ergonomique, l'analyse de l'activité étant un pré-requis indispensable à toute action de prévention ; - maintenant, devant l'incompréhension persistante face à des comportements tels que la " prise de risque " ou le refus du port des Equipements Individuels de Protection et devant l'insistance de nombreux préventeurs à vouloir formuler des prescriptions impossibles à mettre en oeuvre, il apparaît nécessaire de faire évoluer la pratique des préventeurs sur la base d'un questionnement développé depuis peu par la Psychopathologie et la Psychodynamique du travail. Et j'ai maintenant le sentiment qu'une première approche des concepts développés par la Psychodynamique du travail dans le cadre de la MST, m'aurait permis de comprendre plus vite celle nouvelle orientation. Et je pense que cette approche est indispensable a tout ergonome oeuvrant dans le champ de la sécurité au travail. Pour conclure, je dirai donc que la formation que j'ai suivie à la MST m'a plutôt bien préparé au métier d'ergonome-préventeur que j'occupe actuellement, en me donnant non seulement des connaissances sur le fonctionnement de l'Homme au travail et des outils d'analyse, mais surtout une ouverture d'esprit. Et celle-ci est nécessaire pour pouvoir évoluer et se construire sa pratique.


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    THEME 2 : HANDICAP

    L'EVOLUTION DES CONCEPTS ET DE LA DEMANDE EN MATIERE DE HANDICAP AU TRAVAIL : LES ENJEUX POUR L'ERGONOMIE Jean - Louis FLORES Laboratoire d'Ergonomie Université Claude Bernard - Lyon I 43 boulevard du 11 Novembre - 69622 VILLEURBANNE Cedex

    L'évolution des concepts et modèles en matière de handicap est une des caractéristiques essentielles de l'évolution des questions posées en matière de handicap au travail. Or un modèle est tributaire d'un cadre théorique. Ce cadre théorique ne fait pas partie du modèle, mais le détermine de l'extérieur, et guide son choix. En sciences sociales il est plus proche des idéologies et des pratiques sociales que des théories scientifiques Les modèles utilisés pour l'analyse du travail ne sont donc pas " neutres " ils sont à replacer dans les contextes social, économique et technique du moment. (de Montmollin). On ne peut donc traiter de l'évolution de l'ergonomie sur le terrain du handicap au travail sans replacer la discipline dans l'évolution des concepts sur le handicap et de la demande sociale sur ce terrain. On doit également s'interroger sur les implications méthodologiques de ces évolutions.

    1 - L'évolution des modèles d'analyse du processus de handicap Depuis la Deuxième Guerre mondiale, les maladies chroniques ou les séquelles persistantes de traumatismes limitant les personnes dans leur fonctionnalité et leur autonomie sociale sont une des préoccupations importantes des systèmes de santé des pays développés.

    Dans la même période l'élévation de l'espérance de vie a montré que les taux de mortalité ne suffisent plus à décrire l'état de santé réel d'une population. Sur des durées de vie plus longues, le diagnostic médical tend à perdre de l'importance par rapport aux problèmes de la vie quotidienne des personnes. De plus le handicap n'est pas une condition dans laquelle on se trouve de façon intangible et définitive, mais un processus en rapport avec l'expérience de la maladie.

    Le processus de handicap est donc bien en rapport avec l'idée que l'on se fait de la santé. Or cette idée a considérablement évolué au cours des dernières décennies. De l'absence de maladie, voire de la simple survie, la santé est devenue "un état de bien-être complet, physique, mental, et social". Plus récemment, la définition de la santé s'est orientée vers la capacité de la personne à fonctionner de façon optimale dans son environnement, ou à s'adapter à son environnement. Ainsi, le développement d'une affection influe aussi sur "la capacité et la performance de l'individu en tant que membre participant d'un groupe hautement interdépendant".

    Dans le même temps, et principalement, depuis la fin des années 1970, les associations représentatives des personnes ayant des incapacités à long terme ont fait valoir, de façon de plus en plus articulée, que le modèle médical curatif ne correspondait pas aux réalités vécues par leurs membres, une fois la phase aiguë de la maladie dépassée.

    Par ailleurs, les divers acteurs et intervenants sociaux ont ressenti de plus en plus le besoin d'une approche coordonnée et harmonisée par rapport à des groupes cibles de population artificiellement cloisonnés par les institutions et les législations. On peut mentionner, par exemple, les personnes âgées en perte d'autonomie, les personnes vivant des situations de handicap suite à leurs incapacités physiques, sensorielles ou mentales, les personnes traumatisées suite à un accident de travail ou de la route, etc.

    Ces évolutions ont renforcé le besoin de développer un langage international permettant de comprendre, de façon commune les conséquences à long terme des maladies et des traumatismes. Cette évolution de la définition de la santé vers l'incapacité, cette prise en compte du processus conduisant au handicap, est à la base de quatre modèles théoriques : - le modèle "biomédical", - le modèle "0.M,S.", - le modèle "situationnel", - le modèle "qualité de vie".

    11. Le modèle biomédical

    Le modèle biomédical est basé sur le concept de maladie. Il permet d'établir les relations de cause à effet entre la pathologie et la déficience. Le modèle biomédical, bien que très insuffisant pour l'analyse du handicap, inclut des variables qui ont une valeur prospective pour l'évaluation du processus de handicap. Ainsi, il n'est pas niable que certains diagnostics, symptômes, ou paramètres, éminemment cliniques, ont une valeur hautement prédictive de l'apparition potentielle du handicap. S'ils ne résument pas à eux seuls le processus, ils peuvent en être considérés comme des éléments-clés d'induction et/ou d'introduction.

    12. Le modèle O.M.S.

    Suite aux travaux coordonnés depuis 1972 par un médecin épidémiologiste de l'Université de Manchester en Angleterre, le Dr Philip Wood, une version expérimentale de la CIDIH fut publiée par l'O.M.S., en 1980. Le cadre conceptuel de cette nouvelle classification, présentée comme un supplément à la CIM, a eu un impact significatif sur le développement des interventions publiques à l'égard de la population des personnes handicapées.

    La période de sa publication correspond à la proclamation de l'année internationale des personnes handicapées par l'ONU, en 1981 , et de la Décennie des personnes handicapées qui se terminera en 1992. Elle a été marquée par la préparation, l'adoption ou la mise en application de mesures législatives et politiques favorisant l'exercice des droits des personnes handicapées.

    La CIDIH est un outil fondamental et novateur parce qu'elle est à la fois un modèle conceptuel; un lexique et un modèle d'intervention.

    13. Le modèle Qualité de vie

    La qualité de vie est une composante explicite des soins depuis les temps anciens. Cette notion tend à revenir à la mode dans le domaine de la santé. Elle pourrait être définie comme "la valeur assignée à la durée de vie telle qu'elle est modelée par les opportunités sociales, les perceptions, les états fonctionnels, et les déficiences, qui sont influencés par la maladie, les traumatismes, les traitements, ou les politiques diverses de prise en charge" La qualité de vie correspond à l'ensemble des appréciations portées par la personne elle-même sur des désavantages qu'elle vit quotidiennement du fait de ses dysfonctionnements dans son milieu.

    14. Le modèle situationnel

    Une situation est "l'ensemble des relations concrètes qui, à un moment donné, unissent un sujet ou un groupe au milieu et aux circonstances dans lesquels il doit vivre et agir. " Cette définition " sartrienne " correspond tout à fait au sens du mot situation tel qu'il est inclus dans l'expression "handicap de situation".

    Le handicap est un processus qui se déroule dans le temps. C'est une variable, et non pas une constante, qui dépend étroitement des situations de la vie qui se placent elles-mêmes à des moments variés, et qui évoluent avec le temps et les circonstances. Chaque personne vit dans son milieu, qui lui est propre. Ce milieu est la combinaison de macro-situations (logement, école, famille, transports, activité professionnelle,...) composées de micro-situations (conduire, entrer ou sortir d'un lieu, ouvrir une porte,...). L'environnement d'une personne est donc composite et spécifique. Il ne se limite pas aux domaines architectural ou urbain, mais englobe aussi des aspects techniques, familiaux, écologiques, juridiques, culturels, psychologiques, etc.

    Le handicap est une variable qui est l'expression d'un équilibre interne et externe du système entre les trois éléments individuel, situationnel, et environnemental. Cet équilibre est en réajustement fréquent, en fonction des facteurs influençant les trois éléments ci-dessus: nouveau traitement, aggravation de la pathologie, nouvelle situation de travail, déménagement, modification de l'entourage familial, etc. Le handicap est le résultat de la confrontation entre l'incapacité de la personne, c'est à dire son déficit fonctionnel, ou sa déficience esthétique ou psychologique, et les situations de l'environnement. Le processus de handicap inclut donc des aspects environnementaux analysés en terme de situations. Le handicap ainsi envisagé constitue un système social fonctionnant dans un environnement donné. Ce système peut être décrit par sa structure, mais en tenant compte du fait qu'il varie dans le temps par la modification des rapports entre ses composantes. C'est en effet un système ouvert qui échange de façon permanente et régulière avec les éléments à la fois culturels et biophysiques de l'environnement.

    Il est possible d'ordonner les quatre modèles d'analyse du processus de handicap dans un modèle conceptuel unique, qui tienne compte de leur spécificité et de leurs interrelations ( Fig 1).

    L'analyse du handicap de situation nécessite donc une analyse distincte 1) du processus biomédical et social de chaque personne, 2) des situations handicapantes rencontrées par la personne ou le groupe, 3) de l'environnement du système défini au sens le plus large.

    Un individu n'est donc pas handicapé dans l'absolu, sauf cas exceptionnels, mais il est handicapé pour quelque chose. Le handicap est ainsi la combinaison de trois éléments dont deux sont intrinsèques à la personne et un extrinsèque - les conséquences des maladies, déficiences, et incapacités, - l'histoire médicale et sociale de la personne, - la relation à l'environnement largement défini.

    15. Des modèles à la pratique Il ne s'agit pas de nier que " le handicap d'origine physique ou mentale conserve une spécificité inhérente à la part proprement médicale de son étiologie et de sa compensation". .Mais les nouveaux modèles privilégient une approche dynamique et sociale au détriment d'une approche statique et uniquement médicale. Le handicap de situation s'intègre bien dans un modèle conceptuel global (figure 1) du handicap. Il complète les trois dimensions, ou les trois plans d'expérience, proposés par l'O.M.S., en intégrant la personne dans l'environnement, et en intégrant en sens inverse l'environnement dans l'expérience personnelle. En balance avec l'intégration, le handicap de situation permet aussi une différenciation des expériences individuelles en fonction des situations rencontrées, et non plus seulement en fonction des étiquettes médicales ou administratives. A une analyse du handicap stéréotypée, ou de confection, il est bon d'opposer une analyse "sur mesure".

    Cette approche phénoménologique du handicap s'intègre bien au courant d'éthologie humaine apparu depuis quelques années au sein des sciences humaines et fait l'objet d'analyses détaillées et d'essais sur le terrain social, épidémiologique, ergonomique ou juridique. Elle respecte le niveau et le raisonnement biomédical, pré-requis indispensable, et n'exclut pas les règles culturelles de l'anthropologie, ou les notions de psychologie sociale d'interactions entre les individus. Elle permet de baser toute analyse sur le handicap d'un individu ou d'un groupe sur des points de repère clairs et concrets. Elle répond aussi à la multiplicité des aspects de la réalité du handicap. Elle suppose enfin une multidisciplinarité qui est à même de maîtriser ces divers aspects de la réalité du handicap.

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    2 - Emergence des demandes sur la réduction du handicap au travail Les progrès très importants qui ont été faits en réadaptation, l'amélioration des suppléances fonctionnelles ainsi que la mise à disposition de recommandations, pourraient laisser supposer que les procédures d'intégration et de reclassement ont été facilitées. On s'aperçoit cependant que les reclassements (ou d'intégration) des travailleurs handicapés en situation de travail sont de plus en plus délicats On constate également que les problèmes posés par les mises en inaptitudes sont de plus en plus importants.

    De fait on assiste à une émergence des problèmes posés par l'intégration et le reclassement des individus en situation de handicap dans leur travail. Les caractéristiques des populations au travail, l'évolution du système de production et des pratiques sociales peuvent permettre d'expliquer tout ou partie de ce phénomène.

    21 Evolution des populations au travail 211- Progrès médicaux et handicap au travail De façon paradoxale les progrès médicaux augmentent le nombre d'individus pouvant faire l'objet d'un reclassement : - L'amélioration des techniques de réanimation et de soins intensifs permettent de "récupérer " un plus grand nombre d'individus. On assiste alors à une augmentation de l'espérance de vie qui a pour corollaire une diminution de l'espérance de vie sans incapacité. - L'efficacité du traitement des traitements des maladies aiguës ne se retrouve pas pour les maladies chroniques. - Les techniques de réadaptation améliorent les possibilités de retour à la vie active - Certains traitements qui ne pouvaient se faire qu'en milieu hospitalier se font maintenant à domicile ce qui augmente les possibilités de "socialisation" des individus.

    De ce fait, alors que certaines maladies ou accidents provoquaient une impossibilité absolue d'intégration dans le monde du travail on assiste à une augmentation du nombre d'individus qui sont en situation d'emploi potentiel. 212- Evolution des capacités des populations actives Le vieillissement structurel, de certaines branches professionnelles est associé à une diminution du capital de santé des populations en activité. De façon directe ou indirecte ceci se traduit par une augmentation du poids des incapacités. On retrouve ici les effets de l'âge sur les capacités fonctionnelles, associés aux effets à long terme de l'activité professionnelle ( usure au travail, accidents du travail,...). Les facteurs de risque des activités de la vie quotidienne ( accidents domestiques, accidents de la route,...) renforcent l'augmentation du nombre d'individus porteurs de déficiences

    22 - Evolutions des systèmes industriels Parallèlement à l'augmentation du nombre de personnes concernées on assiste à une évolution importante des caractéristiques du système de production. 221- Evolution de certaines contraintes de travail On connaît le poids très important des compensations qui peuvent se mettre en place pour diminuer les effets de l'incapacité. De ce fait toute diminution des marges de manoeuvre, dont dispose l'individu dans ses activités de travail, le fragilise par rapport aux exigences du système. La diminution des marges de régulation peut être associée à l'évolution de certains facteurs : - le développement des flux tendus augmente la dépendance entre les postes, - l'augmentation de la productivité se traduit souvent par une évolution de la contrainte temporelle, - l'évolution des effectifs peut se traduire par une diminution de l'efficacité des "coups de main" qui peuvent se mettre en place au sein d'un collectif de travail, - etc. De plus on assiste depuis quelque temps à l'apparition de certaines pathologies qui aggravent les problèmes d'inaptitude au travail. On peut citer par exemple l'augmentation des affections muscullo-squelettiques associées à l'exercice d'une profession. 222- Diminution des possibilités de reclassement L'évolution des systèmes industriels à un double effet : augmentation du nombre d'individus fragilisés par rapport au travail et diminution des possibilités de reclassement. Dans de nombreuses branches professionnelles on assiste à la diminution, voire la disparition de certains postes qui pouvaient être utilisés lors des opérations de reclassement : - certaines fonctions utiles aux reclassements sont de plus en plus traitées à l'extérieur de l'entreprise : gardiennage, maintenance,..., - certains postes ont disparu : les flux tendus ont supprimé tout ou partie des opérations de magasinage et de gestion de stocks, - les postes "doux" sont de plus en plus rares ou ont été automatisés, - etc. 23 - Evolution des pratiques sociales : de l'infirmité au handicap La première utilisation officielle du mot "handicap" est faite dans la Loi du 23 novembre 1957. Cette loi doit alors permettre le reclassement des travailleurs handicapés. Elle substitue aux termes d'infirmes, d'invalides et de mutilés un terme générique : "handicapés". En 1967, Bloch Laine, dans son rapport sur "l'étude du problème général de l'inadaptation des personnes handicapées" propose dès l'introduction une définition du terme "handicap" : On dit qu'ils sont handicapés car ils subissent par suite de leur état physique, mental, caractériel ou de leur situation sociale des troubles qui constituent pour eux des handicaps c'est-à-dire des faiblesses, des servitudes particulières par rapport à la normale, celle-ci étant définie comme la moyenne des capacités de la plupart des individus vivant dans la même société.

    En 1974, René Lenoir, dans son livre "Les exclus" reprend largement les idées contenues dans le rapport Bloch Laine. Il regroupe sous le terme "d'exclus" les inadaptés, les marginaux, les asociaux. Peut-être faut-il rappeler ici que R. Lenoir était en 1975 Secrétaire d'Etat à l'action sociale et qu'à ce titre il a joué un rôle majeur dans la préparation de la Loi de 1975 en faveur des personnes handicapées et de ses décrets.

    Les hésitations entre deux conceptions du handicap, l'une plus médicale, l'autre plus sociale vont immédiatement se faire sentir, dès la mise en application de la Loi. L'une met l'accent sur le côté déficitaire du handicap (handicap mental, sensoriel, physique) encouragée en cela par la référence au barème d'invalidité des anciens combattants pour évaluer le handicap dans les Commissions Techniques d'orientation et de Reclassement Professionnel (COTOREP) et les Commissions d'Education Spéciale (CDES). L'autre prend en compte les difficultés sociales de nombreuses personnes et trouvent dans la Loi de 1975 et dans les prestations en espèces qu'elle permet de servir, une façon de prendre en compte les "difficultés sociales" de certaines familles.

    Si handicap et inadaptation sont parfois confondus, la notion de maladie est le plus souvent exclue du domaine du handicap par les associations. Les parents d'enfants déficients sensoriels, moteurs ou mentaux ne veulent plus que leur enfant soit considéré comme un malade mais comme un handicapé ayant besoin d'une pédagogie particulière. C'est le déni du rôle que peut jouer le médecin, déni qui demeure encore de nos jours chez certains. A leur décharge, il est vrai que le corps médical est souvent en première ligne pour révéler un diagnostic difficile à entendre, à accepter. Il est bien souvent peu préparé pour une telle mission et de plus, souvent démuni pour proposer une thérapeutique. Il ne peut alors que renvoyer dans le domaine du "social".

    Les textes réglementaires ont consolidé cette dichotomie avec d'une part la Loi de 1970 (Loi portant réforme hospitalière) qui consacre le rôle de l'hôpital dans sa fonction soignante, la circulaire de 1972 en matière de psychiatrie infanto-juvénile qui insiste sur la dynamique psychopathologique et d'autre part la loi de 1975, loi avant tout sociale qui affirme le droit à l'éducation, à l'insertion sociale et professionnelle.

    En 1987, convaincue de la nécessité de proposer un vocabulaire commun à l'ensemble des services du Ministère des Affaires Sociales, la Direction de l'Action Sociale propose à l'ensemble des autres directions, notamment à la Direction Générale de la Santé et au Service des Statistiques des Etudes et des Systèmes d'Informations (SESI) que la Classification Internationale des Handicaps soit retenue dans son principe pour l'ensemble des enquêtes statistiques qui seront réalisées dans ce domaine par le Ministère.

    Toutefois afin de rendre la classification plus rapidement opérationnelle et pour éviter la reconnaissance de termes par trop normatifs qui sont utilisés dans la Classification Internationale des Handicaps, elle en propose une rédaction simplifiée qui aboutira à l'arrêté de mars 1988. Parallèlement à la sortie de cet arrêté elle entreprend, avec le concours de professionnels, une sensibilisation aux concepts développés par la Classification Internationale des Handicaps.

    Cet arrêté est suivi de peu par un arrêté identique du Ministère de l'Education Nationale ; il devient alors difficile (au moins dans le principe) de parler de handicapé scolaire sans faire l'effort d'analyser les incapacités et les déficiences qui engendrent cet état de fait, et de remonter ainsi jusqu'au diagnostic médical.

    Les mots utilisés dans la réglementation sont le reflet d'un état de connaissance. La connaissance évolue, le mot prend un sens différent, la réglementation demeure. Le terme de HANDICAP aurait-il suivi un tel cheminement depuis 1975 ? C'est la question qu'on peut se poser en relisant les lois, décrets et circulaires parus dans ce domaine au cours de ces quinze dernières années et notamment la loi de 1987 sur l'emploi des " travailleurs handicapés ". Ces textes et les mots employés traduisent une très nette évolution dans les pratiques sociales : accessibilité aux transports et aux lieux publics, obligation d'emplois de travailleurs handicapés, incitations financières, etc. 3 Les enjeux pour l'ergonomie Pour répondre à l'évolution de la demande et des concepts en matière de handicap au travail la discipline a du se positionner du point de vue de ses pratiques et des méthodes qu'elle utilise. Ce positionnement s'est fait tout naturellement en tenant compte des modèles utilisés par l'ergonomie. " Une représentation des comportements (activités) d'opérateurs dans une situation de travail donnée, et permettant d'agir sur cette situation ." Il s'agit bien, dans le cadre d'approches centrées sur le handicap, d'analyser les activités et leurs contraintes afin de dégager les incapacités (ou capacités) potentielles, dans une situation donnée afin de transformer cette situation. Cette analyse se fait tenant compte d'une part des caractéristiques de l'individu et d'autre part des exigences de la situation de travail.

    31. Les apports spécifiques de l'ergonomie 31- Le passage de l'incapacité fonctionnelle à la capacité de travail : une problématique particulière. 311- Le passage par l'activité de travail pour comprendre le handicap au travail L'étude des capacités fonctionnelles d'un individu en référence aux activités de travail est à replacer dans le contexte particulier de l'analyse du travail à des fins de suppression du handicap. Le travail peut être défini comme une activité finalisée réalisée, de façon individuelle ou collective, par un individu donné dans une temporalité donnée, située dans un contexte particulier qui fixe les contraintes immédiates de la situation. Cette activité n'est pas neutre, elle engage et transforme en retour celui qui l'accomplit. L'analyse de l'activité de travail permet bien de s'intégrer dans le modèle " situationnel ".

    L'analyse doit également permettre une meilleure compréhension des processus de reconstruction de capacités de travail et de leurs limitations et doit dépasser une démarche centrée sur la mise en évidence des incapacités. Cette analyse doit largement dépasser la mise en évidence des incapacités elle doit avoir pour principal objectif de comprendre comment et à quelles conditions peut se mettre en place l'acquisition de nouvelles capacités de travail. 312- Comprendre le travail pour réduire le handicap · Comprendre les conditions nécessaires à la reconstruction des capacités Il apparaît dans les systèmes de production une nécessité de mettre en oeuvre des capacités de travail qui dépassent très largement une approche fonctionnelle traditionnelle. Il s'agit alors de détecter les déterminants des activités susceptibles de provoquer l'incapacité. Mais il s'agit surtout de comprendre ce qui est modifiable pour permettre la reconstruction des capacités. L'acquisition de nouvelles stratégies de nouveaux savoir faire devient alors aussi importante que des aménagements techniques ou organisationnels. On doit également se poser la question du passage de l'incapacité individuelle à la capacité collective de travail. · Anticiper sur les activités futures probables La mise en évidence des incapacités est principalement basée sur l'analyse des activités susceptibles d'apparaître dans une situation existante. Se pose alors le problème de l'évaluation des " capacités " susceptibles d'exister suite à l'apparition de stratégies compensatrices. De la même façon on se trouve obliger d'anticiper sur des points de ruptures potentiels.

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    32. Les éléments qui doivent être pris en compte dans l'analyse des reconstructions de capacités. 321- Prendre en compte l'évolution du contexte de travail pour analyser l'apparition de nouvelles formes d'incapacités. Le juste à temps et l'amplification des contraintes temporelles augmentent les exigences fonctionnelles des situations de travail. L'accentuation de la variabilité des systèmes de production peut considérablement modifier l'acquisition de nouvelles capacités au travail. On retrouve les mêmes phénomènes du point de vue de la stabilité des collectifs de travail. De nombreuses interventions ont démontré l'importance des compensations collectives. La nécessité dans certaines formes d'organisation du travail d'augmenter la flexibilité des emplois peut se traduire par une diminution de la pérennité des collectifs. Cette variabilité de l'organisation collective du travail peut limiter les possibilités de reconstruction collective des capacités. 322- Définir des critères d'analyse du travail opérationnels Pour travailler il faut " occuper des postures, réaliser des gestes, traiter de l'information,...". La définition donnée par Ombredane et Faverge permet de mener une analyse fonctionnelle cohérente en référence aux déficiences définit par le Modèle O.M.S. Elle est cependant quelque peu réductrice si on reprend les approches plus centrées sur la mise en évidences des compétences opératives, des savoir faire, des conduites intelligentes, et de leur répercutions fonctionnelles.

    L'analyse de la reconstruction des capacités de travail doit s'appuyer sur l'ensemble des savoir faire adaptatifs qu'un individu est susceptible de développer pour gérer son environnement. En associant ces compensations à des moyens techniques et organisationnels on voit souvent apparaître de nouvelles capacités qui se substituent à la déficience fonctionnelle. 323- Prendre en compte la fragilisation de l'individu. La reconstruction des capacités passe souvent par l'acquisition de stratégies compensatrices. Les apprentissages nécessaires et les compensations individuelles (ou collectives) peuvent provoquer une fragilisation par diminution des "marges de manoeuvre" et/ou une augmentation du coût humain du travail. La suppression des incapacités est également souvent liée à la mise en place d'aménagements techniques et/ ou organisationnels qui peuvent augmenter la dépendance de l'individu par rapport au contexte. 324- Analyser la part du collectif de travail. Les interventions qui ont été faîtes sur les incapacités liées à l'âge montrent que des mécanismes de relais, de nouvelles répartitions des activités se mettent en place dans le collectif de travail. Dans ce cas les capacités individuelles deviennent complémentaires et l'on peut parler d'une véritable reconstruction d'une " capacité collective " de travail. Les mêmes phénomènes ont été observés lors de suivi de cas de reclassement ou d'insertion.

    Ces constats renforcent la nécessité de prise en compte des régulations collectives. Elles peuvent être plus ou moins formalisées, accentuées, abandonnées en fonction du moment où elles interviennent, et de leur poids sur le collectif. Leur analyse permet d'anticiper sur les ruptures potentielles liées à une perturbation de l'équilibre du fonctionnement du collectif.

    32. Une ergonomie particulière ou une forme particulière d'intervention ? Doit-on parler d'une forme particulière d'ergonomie, " l'ergonomie du handicap " deviendrait-elle une " nouvelle spécialité " en ergonomie ?

    Le recul montre que dans les interventions qui ont eut comme résultat la réduction du handicap au travail; on retrouve les mêmes méthodes, les mêmes problématiques que celles qui développées dans des interventions ayant pour objectif la transformation des conditions de travail. On doit en effet se placer dans une démarche de compréhension des phénomènes de ruptures dans le contexte d'une entreprise, d'un atelier particulier et dans une démarche d'analyse des activités futures probables. On retrouve alors toutes les méthodes et modèles d'analyse qui ont été développés pour les conduites ergonomiques de projet industriel.

    Les seules différences portent principalement sur les conditions de l'intervention : - il s'agit généralement d'analyser le travail d'un individu particulier, - il s'agit généralement d'une approche curative (supprimer la rupture) plutôt que préventive( anticiper des ruptures), - l'intervention se place dans un contexte particulier : conséquences sociales à court terme liées à l'exclusion du système de production.

    Ces différences peuvent induire des formes particulières d'analyse de la demande. Plus que pour une intervention plus " classique " il est souvent nécessaire de démontrer que la simple analyse du poste ne suffit pas. Il faut faire comprendre que l'apparition des incapacités doit être restituée dans le contexte particulier de l'entreprise, même si l'état de santé de la personne concernée est à l'origine de la demande. Le changement des représentations est quelquefois une étape indispensable de l'intervention " Il ne faut pas uniquement regarder les doigts qui manquent à une main, mais plutôt les moyens et les stratégies qui peuvent permettre de gérer un stock de pièces en s'y prenant autrement (ou en modifiant les conditions d'alimentation ". L'analyse du travail devient alors un des outils du changement des représentations. La conduite d'un projet de reclassement, ou d'insertion, conduit souvent l'ergonome à devenir l'interface entre des " pratiques sociales " (demandes sociales ou institutionnelles) et des pratiques techniques (aménagements de postes). Dans ce contexte on doit s'assurer que le type d'analyse du travail utilisé reste cohérent avec la démarche et la déontologie ergonomique. L'apparition sur le " marché du handicap au travail " de méthodes d'analyse et d'évaluations basées sur des grilles dont on connaît les limites et les dangers, est une des conséquences du rôle que l'on demande quelquefois à l'ergonomie de jouer.

    Des enjeux sociaux spécifiques et immédiats. Les conséquences de l'intervention ergonomiques sont peut-être plus immédiates dans le domaine du handicap au travail : l'erreur ou la non prise en considération de certains éléments peuvent se traduire par une exclusion à très court terme du monde du travail. L'expérience montre que le fait de faire appel à un ergonome peut susciter des espoirs de maintien (ou d'intégration) qui peuvent nous conduire à des pratiques peu réalistes. " J'ai fait appel à un ergonome qui va nous trouver des solutions ". L'échec peut alors s'accompagner d'un double traumatisme : assumer la réalité de la déficience (de l'incapacité au travail) et assumer les " espoirs déçus ". Conclusion et perpectives Bien que la démarche ergonomique semble s'intégrer sans problème dans les nouveaux concepts sur le handicap, il convient de lancer une série de questions à la discipline en tenant compte de la très forte demande sociale en matière de handicap au travail.

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    1- La question du handicap au travail émerge, qu'elles en sont les conséquences pour l'ergonomie. L'ergonomie à un rôle important à jouer dans la compréhension des phénomènes de ruptures au travail liées aux incapacités. Il convient de dépasser l'approche " curative " en se mettant dans une démarche d'anticipation pour éclairer " les décideurs " sur les conséquences probables de l'évolution des populations et du contexte industriel. En effet quand le phénomène émerge la transformation est souvent très difficile. Il est également important de noter que bien que la discipline possède déjà des modèles opératifs pour l'analyse du handicap au travail, elle est actuellement peu " outillée " pour comprendre et anticiper sur la reconstruction des capacités opératives.

    2 - Existe-t-il un point de vue spécifique de l'ergonomie sur ce thème ? De nombreuses disciplines et acteurs dans l'entreprise se posent la question des populations au travail. Quels sont les apports de l'ergonomie sur ce thème ? Existe-t-il une identité de l'approche ergonomique sur le thème des populations au travail ? Comment peut-elle enrichir les modèles qui sont actuellement utilisés pour décrire les processus d'apparition du handicap afin de les rendre plus opérationnels pour l'approche du handicap au travail ?

    3 - Doit-on développer des méthodes (pratiques) ergonomiques spécifiques sur cet axe ?. Sur ces thèmes il n'y a pas de recettes, de boîte à outil. Il est donc nécessaire de bien poser la problématique et de s'appuyer sur des concepts propres à l'ergonomie. On peut cependant s'orienter sur deux démarches (pratiques) : - les méthodes ergonomiques développées jusqu'à présent permettent de replacer la question des populations dans l'ensemble de la démarche. Il convient alors d'aiguiser son regard sur la suppression des incapacités (ou sur les conditions nécessaires au maintien ou à la reconstruction des capacités). - ou bien, pour répondre à la demande, il faut développer des démarches spécifiques : ergonomie du handicap, ergonomie du vieillissement. Ceci peut avoir comme conséquences de produire des " experts " en la matière. Cette spécialisation sur l'analyse du handicap pouvant de faire au détriment de l'objectif principal de l'ergonomie: l'analyse du travail.


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    ERGONOMIE ET HANDICAP, ÉVOLUTION DES PRATIQUES ET DE LEURS CONTEXTES

    Pierre NAHONPromotion 85Président du GEDER(Groupement d'Étude et de Développementde l'Ergonomie en Réadaptation) Vincent GUILLOUXPromotion 95

    Anciens étudiants de la Maîtrise de Science et Technique d'Ergonomie d'Orsay Consultants à OUEST-ERGONOMIE - Vern sur Seiche/Caen L'évolution de la pratique des ergonomes dans le cadre "Handicap et Travail" n'échappe pas aux évolutions des pratiques de l'ergonomie de ces 20 dernières années.

    Ce qui apparaît intéressant de noter se trouve davantage dans les influences législatives et institutionnelles qui ont jalonné cette période au travers des différents courants de pratiques qu'elles ont pu mettre à jour.

    I. UN PEU D'HISTOIRE

    Fut un temps, fin des années 70, début des années 80, les ergonomes qui se dirigeaient vers les préoccupations "Handicap" étaient peu nombreux.

    Quelques précurseurs seulement avaient défriché le terrain : J.L.FLORES, R. BARBIER...à partir de travaux plus anciens (A.WISNER, S.BOUISSET...). Mais il faut bien reconnaître (cf. J.L. FLORES), qu'à cette époque, les développements étaient davantage ancrés sur certaines disciplines telles la médecine, la physiologie et la sociologie, que l'ergonomie elle-même.

    Trois colloques témoignent de cette période ; Ergonomie et Handicap à Kerpape, Orsay et Paris. Les domaines d'application étaient d'ailleurs le plus souvent périphériques aux entreprises, plus encore à la notion d'activité de travail, ils étaient centrés sur les aides techniques, les aménagements architecturaux, le transport, la domotique, etc..;

    Parmi les premières structures qui ont employé des ergonomes, on note :

    _ des associations de personnes handicapées, _ des centres de Rééducation ou de Réadaptation _ des structures d'insertion

    qui parmi les premiers se sont souciés de trouver des prolongements aux actions médico-sociales dans le champ professionnel.

    Bien que l'objectif n'ait pas toujours été clairement défini, ces structures ont eu surtout plus de difficultés à définir les moyens et les méthodes de travail de l'ergonomie, ainsi que l'articulation avec les autres professionnels oeuvrant dans ce qui s'appelait le secteur de la réadaptation.

    Lorsqu'on vous présente des "dossiers" de personnes handicapées et que l'on vous demande de faire votre travail d'ergonome, vous dîtes au départ, afin d'éviter de décevoir : oui, évidemment, ..., pas de problème...

    Déjà à ce niveau, vous avez beau lire et relire vos cours de MST, vous n'y trouvez pas grand chose sur la façon concrète de vous y prendre. Alors vous acceptez de recevoir en entretien votre "premier handicapé", sans pour autant discerner de demande ergonomique...

    C'est une situation où vous ne vous sentez pas très à l'aise, surtout à l'égard d'autres professionnels de ces structures, ergothérapeutes, moniteurs d'ateliers, médecins, éducateurs chargés de l'emploi... qui, au demeurant, ont déjà l'habitude de traiter des questions en lien avec le travail. Vous vous sentez très rapidement obligé de justifier votre savoir, d'apporter quelque chose d'original dans les réponses à donner, ou bien, d'accepter de vous asseoir sur vos connaissances et de traiter des dossiers, tant bien que mal, en faisant valoir aux entournures une certaine culture apprise au cours de quelques années de formation.

    Cette situation présente aussi d'autres caractéristiques. L'ergonomie présente dans ces établissements une certaine vitrine : elle représente souvent la dernière venue des disciplines dans le process de réadaptation et vous met plus facilement à l'épreuve des relations entre collègues d'autres disciplines. Cette intrusion dans le fonctionnement stratégique de ces établissements n'est pas non plus forcément une contrainte "avouable", à la fois vis-à-vis des collègues de travail, mais aussi vis-à-vis des autres collègues ergonomes qui "rament" pour pouvoir être reconnus et consultés, le plus possible, le plus en amont possible dans les entreprises, les établissements publiques ou les administrations.

    A cette époque, il n'y avait pas à proprement parler, de "Marché de l'ergonomie du Handicap". Les établissements rémunéraient directement leurs ergonomes grâce aux financements de leur tutelle, et les préoccupations des praticiens pouvaient se propager d'un établissement à l'autre. Ces besoins d'échanges et de réflexions ont conduit en 1984, grâce à l'initiative de certains d'entre eux (P.BLANC, Y. CRIMERSMOIS, R. BARBIER entre autres) à créer le Groupement d'Étude et de Développement de l'Ergonomie en Réadaptation, plus connu sous le sigle GEDER. Son premier centre d'intérêt a été de favoriser rencontres et échanges sur la pratique, au-delà du simple périmètre des établissements de chacun de ces membres. Le GEDER a, par la suite, instruit plusieurs préoccupations de ses membres, par la production de concepts, de journées d'études et de travaux de recherche.

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    II. ÉVOLUTIONS LIEES A LA LOI DE 1987 (10 Juillet)

    La loi du 10 Juillet 1987, au-delà de l'ensemble des actions qu'elle a pu renforcer ou créer :

    _ Obligation d'emploi de travailleurs handicapés, _ Élargissement des financements accompagnant le placement, l'insertion ou le maintien dans l'emploi, a largement contribué à influencer les pratiques de l'ergonomie.

    II.1 Effet sur le "marché Handicap"

    Les entreprises ont en effet pu, grâce aux interventions de l'AGEFIPH (Association Gestionnaire du Fond pour l'Insertion de Personnes Handicapées) avoir un recours plus large au conseil ergonomique, et ce, par différents moyens :

    _ En faisant appel à du conseil extérieur _ En recrutant des spécialistes _ En bénéficiant des services de structures spécialisées dans l'insertion des personnes handicapées, elles-mêmes financées pour pouvoir mettre à disposition des spécialistes en ergonomie

    Ce que l'on peut noter avec bientôt une dizaine d'années de recul, sur l'existence de l'AGEFIPH se doit d'être pris avec beaucoup de précautions.

    Il est indéniable que les masses financières disponibles grâce aux contributions des entreprises non à jour de leur cota, ont multiplié l'action d'ergonomes. Du seul point de vue du développement des recrutements d'ergonomes, "le marché de l'ergonomie du Handicap" a reçu un "sérieux coup de fouet". Le nombre d'interventions au sein des entreprises, en est certainement un indicateur très objectif.

    En revanche, d'autres observations méritent d'être soulignées. Si certaines entreprises ont pu bénéficier d'aides financières pour pouvoir avoir recours aux services de consultation ergonomique, dans le cadre de l'insertion ou de maintien dans l'emploi des personnes handicapées, il est important de noter que la plupart des développements sont restés étroitement liés à des structures périphériques aux entreprises comme les centres de Rééducation/Réadaptation, les EPSR et les OIP (Organisme d'insertion et de placement)

    II.2 Effet sur le positionnement des ergonomes

    Si les ergonomes recrutés dans les entreprises, sont confrontés aux problèmes classiquement rencontrés dans la profession pour se faire une place, la plus grande partie des ergonomes est malgré tout restée très proche et sous l'influence des structures médico-sociales.

    On peut noter, pour ces dernières, une problématique spécifique du positionnement sous-tendu par la pression des objectifs de placement ou de retour en entreprise.

    En effet, compte-tenu de la nature des contrats d'objectifs passés avec l'AGEFIPH, l'intervention de l'ergonome reste très souvent orientée sur une action individuelle et de plus en plus calibrée dans le temps. Ce positionnement n'est pas sans amener des questionnements de la part des praticiens (qui au demeurant ne peuvent pas souvent en faire état à leur hiérarchie) notamment sur la façon : - dont les demandes émergent, - dont ils peuvent les traiter, - dont ils peuvent intervenir.

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    II.2a L'émergence des demandes

    Leur émergence est très dépendante de la sensibilité de leurs initiateurs, qui ne sont que très rarement des entreprises, mais plus souvent des prescripteurs externes, soumis eux-mêmes, à l'obtention de résultats quantitatifs à court terme sur l'insertion. L'intervention ergonomique n'est pas toujours le plus court chemin pour obtenir rapidement des résultats en matière d'insertion ou de maintien dans l'emploi. D'autre part, la perception de l'intervention ergonomique est souvent restreinte, chez ces prescripteurs, à l'approche technique des situations de travail, voire une "approche catalogue". On peut penser, de cette façon, que les demandes adressées aux ergonomes soient largement filtrées par ces critères et que seulement une minorité des terrains d'actions possibles remonte.

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    II2b Le traitement des demandes

    Les critères mis en place par l'AGEFIPH, qui ne finance que des interventions en direction de personnes bénéficiant de la reconnaissance de travailleurs handicapées par la COTOREP, constituent un 2ème filtre important. Si les personnes ne sont pas suffisamment handicapées pour "réussir à leur examen de Handicapé" (cf. F.DANIELLOU), elles ne pourront prétendre à une action sur leur situation de travail et leur maintien dans l'entreprise (approche uniquement curative et non préventive), et devront donc attendre d'être "COTOREPEES" mais il sera alors peut-être trop tard.

    D'autre part, le périmètre de l'action est ici trop souvent un enjeu du financement de l'action, sachant que pour pouvoir intervenir sur une situation individuelle, il est souvent indispensable d'investiguer plus largement l'environnement "du poste", ou de l'emploi ainsi que le fonctionnement des collectifs de travail, "critères non clairement pris en compte par le financeur.

    II2c L'intervention

    Les critères de résultats les plus souvent attribués à l'ergonome ne font pas toujours partie de ceux qui sont développés dans notre métier, et se confondent souvent avec les critères de résultats des structures qui les emploient (nombre d'insertions...). On peut alors penser que les résultats des interventions menées ne seront appréciés qu'à une petite partie de leur valeur.

    II.3 Effet sur les traces laissées

    On peut s'interroger, enfin, sur les traces laissées par de telles pratiques ainsi que les images véhiculées par l'ergonomie.

    En effet, dans d'autres cadres d'intervention échappant à l'influence de ces structures, on a pu mesurer, à l'inverse, que le salarié handicapé pouvait être l'occasion pour une entreprise, de découvrir l'ergonomie. L'identification d'un périmètre plus large d'intervention, permet d'aller bien au-delà d'une action ponctuelle aidant à "reconstruire des capacités" pour un salarié déficient (cf. J.L. FLORES), en accompagnant l'entreprise dans ses projets de modernisation, de développement, afin qu'elle puisse avoir une action beaucoup plus efficace sur sa propre politique d'emploi des travailleurs handicapés.

    Il est clair que ces démarches sont plus fréquemment mises en oeuvre à partir de cabinets de consultants ou de services internes d'entreprise.

    Ce constat doit-il pour autant justifier les migrations observées à l'heure actuelle, des ergonomes expérimentés vers les cabinets ou vers les entreprises ?

    II. EXEMPLE D'UNE ETUDE RÉALISÉE DANS LE CADRE D'UNE EMBAUCHE

    Cet exemple d'une étude réalisée par notre cabinet, au sujet de l'embauche d'un travailleur handicapé, se propose d'illustrer nos propos.

    Une démarche d'insertion vouée à l'échec

    L'insertion d'une personne mal voyante à un poste de tri de vaisselle dans la laverie d'une cafétéria était en cours de réalisation par l'intermédiaire de l'EPSR (Équipe de Placement et de Suite au Reclassement). Des essais au poste de travail ont pu être effectués mais de nombreuses difficultés sont apparues rapidement. Néanmoins, les essais se sont poursuivis avec un risque qui allait en s'accroissant, celui d'assister au rejet de l'intéressé par le patron et les collègues de travail qui commençaient à se poser de sérieuses questions sur la viabilité d'une telle insertion. L'intéressé d'ailleurs, lui aussi, était en passe de se décourager.

    Un recours tardif à l'ergonomie

    C'est dans ce contexte qu'un recours à l'ergonomie par l'intermédiaire de ce que l'on pourrait appeler un "prédiagnostic" a eu lieu. Cette demande d'intervention était assez symptomatique de la façon dont nous intervenons sur ce type de problématique. La question qui nous a été posée était de savoir où il fallait placer des lampes pour que l'intéressé puisse effectuer efficacement son travail. Cette approche déficience/solution liée aux représentations du handicap qu'avait le prescripteur de l'intervention (dans ce cas l'EPSR) est aussi sans doute influencée par les objectifs quantitatifs de placement qui lui sont fixés. Ses attentes sont souvent une réponse simple, concrète, rapide et peu coûteuse.

    Seulement, l'approche ergonomique n'est pas forcément l'option la plus rapide. Raisonner en terme de solution paraît plus simple et ne questionne pas trop l'organisation du travail. L'insertion sera sans doute plus rapide mais sera-t-elle vraiment réaliste et durable ?

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    Reposer le problème

    Le "prédiagnostic" a permis de reposer le problème et surtout d'inverser la procédure d'exclusion entamée par des essais prolongés au poste. Le projet d'embauche, structuré cette fois-ci par une étude ergonomique a pu reprendre forme avec l'adhésion du responsable et des collègues de travail.

    La première question qui s'est posée à été de savoir ce que ne voyait pas cet opérateur à son poste. Celui-ci étant composé d'un convoyeur emmenant les plateaux de la salle, au-dessus du convoyeur un présentoir supportant différents casiers destinées à recevoir la verrerie (verres, carafes, carafons, coupes à glace) et de chaque côté, deux plans de travail destinés à accueillir les assiettes et les tasses.

    Nous avons pu nous rendre compte qu'une partie de la situation handicapante était due au fait que l'opérateur n'arrivait pas à distinguer si les emplacements étaient vides dans les casiers, si bien que ceux-ci partaient au lavage partiellement remplis avec les pertes de temps que l'on peut imaginer, liées au changement plus fréquent de casiers.

    Pour pallier à ces difficultés de remplissage, l'opérateur faisait appel à deux stratégies différentes. La première consistait à mémoriser les emplacements déjà remplis, ce qui devenait irréalisable lorsque le rythme s'accélérait. La seconde était de s'arranger pour qu'il y ait un reflet sur la verrerie déjà disposée dans les casiers en trouvant un angle de vision favorable. Ce n'était malheureusement pas toujours possible et consommateur de temps.

    De plus, une baie vitrée située en face de l'opérateur était source d'éblouissement, même pour une personne valide.

    Dégager de l'autonomie : une clé de l'insertion

    La recherche des différents déterminants de la situation handicapante a été orientée par la nature de la déficience de l'intéressé mais est allée bien au-delà. La figure 1 montre comment nous avons défini la façon dont on pouvait caractériser la situation handicapante.

    Deux déterminants ont déjà été évoqués : une perception visuelle difficile de la verrerie et des éblouissements dus à la baie vitrée. Mais un troisième point a été soulevé : l'irrégularité du flux de vaisselle sur le convoyeur. C'est d'ailleurs très certainement là que la démarche ergonomique, en sortant des frontières du poste de travail à proprement parler, à pris toute sa dimension et apporté une réelle valeur ajoutée à l'insertion du travailleur handicapé concerné.

    En effet, ce troisième déterminant a été identifié suite à la question que nous nous sommes posés : Quand le handicap de l'opérateur devient-il visible ? Et la réponse se trouvait non pas au poste de travail mais complètement à l'autre bout du convoyeur dans la salle de la cafétéria. En effet, lorsque le convoyeur en salle est saturé, le personnel qui débarrasse les plateaux n'a plus où les poser et c'est à ce moment que tout le monde commençait à dire "ça ne va plus, il n'arrive plus à suivre en laverie". Or, la vitesse de tri de l'opérateur n'est pas seule à conditionner l'état de remplissage du convoyeur côté salle. Le flux de plateaux est très irrégulier car les opératrices en salle ne s'occupent pas seulement de débarrasser les tables mais aussi de la préparation des glaces et de l'approvisionnement en carafes au point d'eau.

    Elles viennent donc déposer les plateaux sur le convoyeur par rafales (cf. figure 2). Ainsi, toute sa capacité de stockage n'est pas utilisée car de nombreux espaces peuvent être disponibles côté laverie alors que le convoyeur en salle est saturé.

    l'opérateur quant à lui gère l'avancée du convoyeur à l'aide d'un bouton poussoir, mais n'a pas connaissance de son état de remplissage côté salle. Il peut donc penser, et à juste titre, en voyant le convoyeur peu chargé coté laverie, avoir le temps d'effectuer des tâches annexes au tri, telles que changer de sac poubelle ou passer en machine un casier de vaisselle. Pendant ce temps le coté salle se rempli et peut très vite être saturé.

    De plus, les clients déposent fréquemment eux-mêmes leur plateau sur le convoyeur (cf. figure 2). Cette situation ne semble pas au demeurant problématique, au contraire, elle devrait permettre de soulager les opératrices en salle de quelques débarrassages de tables. Seulement, ce phénomène est pénalisant pour le personnel et ce à plusieurs titres :

    - Les opératrices effectuent un pré-tri de la vaisselle quand elles débarrassent les plateaux sur les tables (quatre plateaux regroupés en un seul), ce qui à la fois économise des déplacements et permet de gagner beaucoup de place sur le convoyeur, de façon à repousser au maximum son seuil de saturation. - Les plateaux non pré-triés déposés par les clients font perdre beaucoup de temps à l'opérateur de tri ce qui diminue d'autant la vitesse d'avancée du convoyeur.

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    Les actions entreprises

    Une nouvelle implantation du poste en laverie a été adoptée. Des lampes ont bien été ajoutées mais de façon particulière pour provoquer un reflet sur la verrerie, condition sine qua non à la vision par l'intéressé de l'état de remplissage des casiers. Une diminution de la luminance de la baie vitrée est maintenant possible de façon à éviter les éblouissements et assurer un meilleur contrôle visuel.

    L'autonomie du trieur vis-à-vis du personnel en salle à nettement été améliorée grâce à plusieurs actions. Les clients sont invités à ne plus déposer leur plateau sur le convoyeur par l'intermédiaire de petites affichettes sur les tables et la dissimulation du convoyeur en salle. La capacité de stockage de celui-ci est donc optimisée.

    Un espace est disponible en salle pour que les opératrices puissent mettre en attente des plateaux si une surcharge momentanée du convoyeur survenait. Ceci n'arrive d'ailleurs pratiquement plus car l'avancée du convoyeur se fait grâce à un détecteur au poste de tri, commandant l'avancée dès que l'opérateur évacue un plateau. Il n'a donc plus à effectuer manuellement cette tâche, ce qui lui permet de travailler en temps masqué, sans avoir à se soucier d'arrêter le convoyeur au moment où un plateau arrive à son poste. Le rythme d'avancée du convoyeur est donc beaucoup plus régulier.

    Ainsi, d'une question "où placer les lampes", l'intervention ergonomique à permis d'aboutir à un meilleur service clientèle, celle-ci constatant avec plaisir la non nécessité de débarrasser son plateau ; un atout commercial non négligeable pour ce type de restauration peu habituée à assurer un tel service.

    L'insertion ergonomique d'un travailleur handicapé : une loupe sur l'organisation

    L'insertion d'un travailleur handicapé par une étude ergonomique ne se limite donc pas seulement à un "aménagement du poste" mais peut aussi toucher l'ensemble de l'organisation du travail d'une équipe.

    Ainsi, les questions soulevées lors du diagnostic ont conduit les responsables à recentrer et réorganiser les tâches, ce qui touche de façon positive le personnel en laverie et en salle. Suite à cette étude, l'ensemble des responsables de ces cafétérias se sont d'ailleurs réunis pour réfléchir à la conception et l'organisation de l'interface salle/laverie et plus globalement sur leur politique d'emploi de travailleurs handicapés.

    L'action sur le système de travail dans sa globalité a permis la participation et surtout l'adhésion de tous les acteurs concernés de près ou de loin par cette embauche, condition nécessaire à une insertion durable.

    Les solutions permettant l'embauche d'un travailleur handicapé à un poste ne se situent donc pas forcément dans son environnement proche. De l'oeil déficient à l'amélioration du service clientèle, il y a une relation qui au premier abord n'existe pas. Mais c'est là que l'approche ergonomique prend tout son sens, quand elle permet de réellement appréhender les enjeux de l'insertion, ses conséquences sur le collectif de travail et sur la qualité.


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    THEME 3: CONCEPTION DE SYSTEMES DE TRAVAIL

    CONCEPTION DE SYSTEMES DE TRAVAIL Michel BERTHET, ANACT

    En vingt ans, les ergonomes ont donné quelques assurances sur leur capacité à accéder à la conduite des projets, dans quasiment tous les secteurs d'activité. Ils ont pu démontrer que leur expérience et leur compétence pouvaient être appréciées dans un contexte où l'on traite d'un objet à venir.

    Cette mutation, dans la pratique, n'est pas achevée. La place de l'ergonome dans la conduite des projets reste encore incertaine, fragile.

    Pour y voir plus clair, il me semble nécessaire, que nous puissions discuter de cette mutation de la profession de plusieurs points de vue. Le premier serait celui de la position sociale de l'ergonome, position peu commune. Le deuxième relève de notre ancrage professionnel et des avancées méthodologiques récentes. Enfin le troisième pourrait être celui de sa place dans l'univers complexe des maîtres d'oeuvre et maîtres d'ouvrage.

    1. la position sociale de l'ergonome

    Nous ne pouvons isoler la position sociale de l'ergonome des valeurs qu'il défend, valeurs étranges dans l'univers des concepteurs.

    Parlons d'emblée de la place que nous accordons au travail quant au devenir de l'homme. Cet objet "travail" considéré, par nous, comme un des principaux médiateurs participant à la construction de l'identité, de la santé, de la personnalité.

    Ce travail humain (pléonasme) nous tentons aujourd'hui de le hisser à la hauteur des objectifs des projets auxquels nous sommes associés. Le considérant comme un projet dans le projet.

    Etre porteur de cette question, nous entraîne dans des positions qui ne sont pas toujours faciles à tenir...

    En effet, les idées que nous portons sur l'homme au travail, sa place comme sujet, la dynamique santé-travail...etc, se traduisent par des positions auxquelles l'entreprise n'est pas toujours en mesure d'accéder. Ainsi, les exigences méthodologiques et déontologiques de l'ergonome ne sont pas familières à l'entreprise : crédit donné à l'implication des salariés et futurs utilisateurs, association des instances de représentation du personnel aux interventions, recherche de garanties pour l'ensemble des acteurs en présence, visibilité de l'action... etc.

    Par ailleurs, les diagnostics de l'ergonome donne à voir les paradoxes diffus dans l'entreprise, par exemple : - Volonté de l'entreprise d'améliorer les conditions de réalisation du travail alors que, par ailleurs, d'autres mesures sont prises qui concourent à dégrader ses conditions. - Volonté d'accorder "une véritable place à l'homme"... dans les seuls registres où la technique n'est pas venue à bout d'une automatisation totale.

    L'intervention de l'ergonome "complique" les choix des acteurs du projet. Son apport prend place dans un processus de compromis déjà très lourd et de surcroît, cet apport est d'un autre ordre ; il ne peut être classé dans le registre des "techniques propres". La position de l'ergonome est délibérément sociale.

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    2. Ancrage professionnel et avancées méthodologiques

    Mais en participant à construire la place du travail de demain, l'ergonome offre aussi à ses partenaires un véritable système de cohérence, par lequel le "travail à concevoir" devient un projet en soi, qui organise et donne du sens à la contribution de chacun.

    Plus particulièrement, en tenant la question des modes d'usage de outil de production, l'ergonome participe à rendre visible très en amont les déterminants du travail futur. Toutefois en tenant la question du mode d'usage l'ergonome se heurte aux techniciens et ingénieurs qui eux tiennent un autre mode, celui du fonctionnement des outils, équipements et installations. Il y a donc écart de représentation autant sur l'objet en cours de conception, que sur ses finalités. Dit autrement, les concepteurs traitent dans le projet le système de production alors que l'ergonome investigue sur un objet décalé : le système de travail.

    Il va de soi que ces représentations ne peuvent s'enrichir mutuellement que dans la "confrontation" entre ceux qui tiennent ces différentes positions. L'efficacité de la conduite de projet, tiendra principalement à la place donnée à la "délibération". La place accordée aux espaces de débat et d'échanges.

    Signalons à ce sujet les projets architecturaux par lesquels s'est faite la démonstration intangible qu'il était vain de réfléchir à l'organisation de l'espace de travail sans intégrer l'organisation du travail et réciproquement. Chacune structurant l'autre.

    Mais confrontation et délibération ne peuvent être soumises à une formalisation totale ; par ailleurs elles se déploient dans des espaces de taille, de statut, de niveau très différents. Elles s'exercent dans des lieux multiples du projet. Cette vision d'un fonctionnement du projet s'appuyant sur plusieurs centres de décision appelle à une réflexion sur la communication interne entre acteurs du projet. Ce sujet ne sera pas abordé ici, même si je pense que c'est un vrai sujet d'avancée méthodo.

    Un autre point qui constitue un véritable chantier professionnel : celui de la prescription. Sans ouvrir le débat sur la position de l'ergonome vis à vis de celle-ci, je me contenterai d'évoquer que l'ergonome dans la conduite du projet est entouré de prescripteurs, au sens large et que ceux-ci attendent autre chose de lui qu'une seule position critique à l'égard des résultats de leur travail. A mon sens cela exige que nous avancions plus encore dans la réflexion sur ce que nous nommons les écarts (tache et activité, prescrit et réel...), dans lesquels nous voyons aujourd'hui des origines aux difficultés, dysfonctionnements et souffrances, mais aussi des espaces d'imagination, de conquête et d'intérêt pour l'opérateur.

    Comment convaincre les donneurs d'ordre et concepteurs, que nous devons préserver impérativement ces "marges de manoeuvre", y compris lorsque le projet traite de situations de travail situées dans des enjeux de sûreté ou de sécurité (nucléaire civil ou militaire, transport d'usagers...) par exemple.

    Quelles conditions mettre en place pour garantir ces fameuses marges de manoeuvre ?

    Sur ce point l'organisation du travail peut constituer une clé de voûte de notre investigation. En effet les conditions qui structurent celle-ci doivent permettre aux opérateurs de construire entre eux des "règles" sans lesquelles la confiance et la reconnaissance sont impossibles. Ces conditions doivent permettre aussi de socialiser les savoir, expériences, stratégies opératoires mises en place en situation ultime (récupération des situations à risques...)... etc.

    Je ne quitterai pas ce point de vue de notre ancrage professionnel sans rappeler que nous devons poursuivre avec obstination nos investigations sur les "démarches et outils de simulation" des activités futures. Nous savons tous que ce concept est porteur et qu'il ouvre de grandes perspectives, mais l'opérationnalité de la mise en oeuvre n'est pas encore au rendez-vous.... alors que d'autres professions sont très loin devant et nous supplantent y compris et surtout dans ce domaine.

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    3. Notre place dans l'univers des maître d'oeuvre et maître d'ouvrage

    Notre place auprès des Maîtres d'oeuvre et Maîtres d'ouvrage est loin d'être acquise. Elle est surtout mal identifiée par les concepteurs. En effet l'ergonome va tenter de "suivre" le projet dans chacune de ses étapes... alors que nombreux sont les acteurs qui n'en traitent qu'une partie. Notre risque est d'être partout et nulle part !

    Tentons toutefois de poser quelques repères :

    Notre position de conseil auprès du maître d'ouvrage semble la mieux stabilisée sans que pour autant celui-ci nous considère comme un programmateur ou rédacteur de cahier des charges. La preuve ? Trop souvent les ergonomes sont sollicités après les consultations des fournisseurs, après réalisation des APS etc...

    Que dire par ailleurs de notre position vis à vis "de" la maîtrise d'oeuvre ou "dans" la maîtrise d'oeuvre ? Position très difficile car notre objet d'investigation peut être source de remise en cause des programmes ou cahier des charges. Remise en cause inadmissible pour le Maître d'oeuvre si elle n'est pas relayée par l'accord du donneur d'ordre... et concrètement par la réalisation d'avenants au contrats initiaux.

    L'architecte par exemple pourra difficilement "sortir" de sa prestation contractualisée et sera vite réfractaire à toutes modifications successives suggérées par l'ergonome accompagnant l'engouement et l'implication des futurs utilisateurs.

    En conclusion de ce point, je pense que notre place dans le projet est très liée à celle accordée par l'entreprise ou le donneur d'ordre à d'autres acteurs et en particulier aux opérateurs.


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    PRATIQUE EN ERGONOMIE EN CONCEPTION DES SYSTEMES DE TRAVAIL A EUROCOPTER. Laurence BELLIES - Philippe ARNOUX

    1 - PRESENTATION TERRAIN D'ACCUEIL

    Rattaché à l'Etablissement d'EUROCOPTER-FRANCE MARIGNANE depuis 1989, le service " Ergonomie " a été créé en 1993.

    La vocation de ce service est d'accompagner les projets industriels concernant la modernisation des systèmes de production : cellule automatisée, robot, chaîne, système d'information...

    Ce terrain avait été largement préparé par le travail de longue haleine de Françoise DOPPLER, coordinatrice des actions en ergonomie pour le Groupe Aérospatiale.

    - Ce travail a débuté en 1984 par une sensibilisation des Directeurs de tous les établissements du Groupe à la démarche ergonomique et aux résultats de cette démarche. - Il s'est poursuivi en 1986 avec la proposition d'un cycle de formation/sensibilisation de 33 jours.

    Au résultat, plusieurs demandes d'intervention sont arrivées à la Direction Générale. Elles concernaient l'accompagnement de grands projets industriels.

    En réponse, il a fallu s'organiser :

    - un cadre méthodologique a été défini avec la collaboration de F. DANIELLOU et J. COLOMBEL ; - un département d'ergonomie a été créé à la Direction Générale ; - de jeunes ergonomes ont été embauchés et un réseau d'échange entre ergonomes a été créé pour assurer un suivi des interventions.

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    2 - METHODOLOGIE A EUROCOPTER-FRANCE

    La méthode d'accompagnement alors définie s'articulait autour de 4 phases principales :

    - Analyse du projet : * aux différentes phases, * analyse de la demande, reformulation de la demande sous forme de contrat, * suivi des orientations techniques et organisationnelles du projet. - Analyse de l'activité sur les sites de référence (situation existante et situation de référence). - Elaboration de situations d'actions caractéristiques pour les reconstitutions d'activité futures probables. - La remise de repères de conception tout au long du projet.

    Ce cadre méthodologique est toujours d'actualité à EUROCOPTER sachant qu'il a été enrichi par :

    - l'apport de critères de choix pour l'analyse des réponses à appel d'offre, - et les évaluations contractuelles en phase de pré-réception.

    De même, les outils d'accompagnement et notre pratique ont évolué. C'est ce qui va être présenté maintenant.

    3 - EVOLUTION DE NOTRE PRATIQUE

    3.1 - Evolution de notre pratique : tout d'abord le positionnement de l'ergonome.

    Historiquement, les demandes d'EUROCOPTER ont émergé de la Direction Logistique, Maître d'Oeuvre sur les projets industriels en interne et représentant de la Maîtrise d'Ouvrage pour les fournisseurs et entreprises.

    Proches de la Maîtrise d'Oeuvre, nous avons saisi cette opportunité pour faire évoluer le cadre contractuel de la conduite de projet.

    - Les repères de conception issus de nos analyses de l'activité sont intégrés au cahier des charges. - Notre démarche d'accompagnement est présentée dans le cahier des charges. Les fournisseurs consultés doivent y faire référence. Elle prévoit en outre la nécessité d'intégrer dans la conception nos repères tout au long du projet ainsi que les résultats de nos simulations et évaluations. Elle prévoit aussi la mise à disposition d'outils utiles à la conception : maquette, plan, page écran... - Cette démarche est ensuite précisée et négociée avec les fournisseurs en phase de consultation.

    Notre rapprochement de la Maîtrise d'Oeuvre, nous a aussi permis d'élaborer en commun des critères de choix pour l'analyse des réponses à appel d'offre.

    Côté Maîtrise d'Ouvrage c'est plus confortable pour :

    - intervenir au plus tôt dans les projets, - être plus proche d'une logique sur les besoins afin d'oeuvrer sur la définition des objectifs du projet, - nous avons aussi plus de marges de manoeuvres pour l'implication des opérateurs.

    Aujourd'hui, nous sommes rattachés à une Direction de Maîtrise d'Oeuvre, mais nous oeuvrons très proches de la Maîtrise d'Ouvrage.

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    3.2 - Evolution de notre pratique : des avancées techniques

    Ces avancées techniques nous permettent de réagir plus efficacement aux propositions des concepteurs à partir de nos analyses de situation de référence et des simulations.

    Les méthodologies de conception employées à ECF sont encore très orientées sur le fonctionnel. On peut nommer :

    - dans le cadre des projets de conception architecturale les programmations et les Avant Projet Sommaire. - dans le cadre des projets d'automatisation et robotisation les analyses fonctionnelles de type SADT, les AMDEC ou tout simplement les descriptions des fonctionnalités du système. - et dans le cadre des projets informatiques, le diagramme en V.

    Côté décideurs, les organisations de projet mettent en place des comités de pilotage, groupe de projet, revues de projet, PV de réception. Mais l'ensemble nous renvoie souvent au cahier des charges, seul élément contractuel, qui, s'il n'a pas été enrichi par nos repères de conception, reste très fonctionnel.

    C'est pourquoi, nous pensons qu'il est nécessaire d'intégrer la notion d'usage et d'anticiper les phases contractuelles de validation avec du concret.

    Pour éclairer ce discours, nous évoquerons un projet industriel (l'assistance au drapage) que nous avons accompagné sur plusieurs années, puisque c'est un projet qui a débuté, par le choix d'une technologie en 1989 et qui a été réceptionné en 1995.

    C'est un système qui permet à l'opérateur d'empiler des découpes de tissus pré-imprégnées de résine et de fibre (de verre, carbone, kevlar) suivant une forme pour la réalisation de structures d'hélicoptères en composites.

    Notre pa