L'HISTOIRE DE L'AERODROME

"Le champs d'aviation"

 

"Voler" il faudrait pour bien faire, mettre deux ailes à ce verbe pour pouvoir
montrer à quel point il poussa l'homme vers le désir fou de vouloir conquérir les airs.
Le rêve d' Icare , les dessins de Léonard De Vinci ne furent à vrai dire que les prémices
d'un envol dangereux , où vinrent briller, par leurs lumières, quelques noms désormais
devenus célèbres. L'Eure et Loir peut se réjouir d'avoir connu quelques grands hommes
dont le génie, le courage et la folie, firent d'eux les novateurs du 20 ème siècle.

L'histoire de l'aviation civile, commence en Beauce, sans doute, avec le vol
aller retour du 31 Octobre 1908 que fit Louis Blériot entre Toury et Artenay.
La liesse populaire qui déborda de la fête du 30 Mai 1909, inaugurée par monsieur Paul
Rousseau représentant alors de l' aéro-club de France , fût toutefois précédée par de
nombreux déboires. Louis Blériot avait en effet "casser du bois" à deux reprises sur le site
de Toury aux "Champs perdus"; il fit d'ailleurs une chute de vingt mètres de laquelle heu-
reusement il ne perdit pas la vie. L'ingénieur ne se découragea pas pour autant et persista
dans son effort, il en récolta les fruits ce fameux jour du 31 Octobre 1908 date à laquelle il
fit le premier voyage aérien de ville en ville. Il devint véritablement célèbre lorsque le 25
juillet 1909 il traversa le premier la Manche.

En l'occurence il ne fut pas le premier qui en cette année décida de franchir
la Manche, Hubert Latham originaire d'Eure et loir, échoua à deux reprises en Juillet.
Latham eut à vrai dire un impact beaucoup plus fort sur le développement de l'aviation civile
et on peut, à juste titre, le gratifier d'avoir été un des ces meilleurs propagandistes.
Les deux échecs de 1909 lui donnèrent sûrement l'envie de battre des ailes plus haut et
plus vite que les autres, c'est ce qu'il fit puisque dans sa hargne il décrocha plusieurs records,
ainsi il porta le record français de durée à 1 heure 7 minutes. Il s'éleva le premier à 300
mètres, puis à 1000 mètres, véritable prouesse pour l'époque; enfin il atteignit les 1384
mètres.
Mais Latham voulut toujours faire plus. Il voyagea et gagna de nombreux prix à l'étranger,
il traversa une tempête qui le rendit célèbre en Angleterre. L'écrivain Julien Guillemard
rapporte son admiration lorsque Latham traversa pour la première fois l'estuaire de la
Seine avec son Antoinette:
"le 23 Août 1910, de la fenêtre d'un appartement de la rue de Normandie, je vis dans
l'Ouest un tout petit nuage doré par le soleil qui filait rapidement vers Trouville; c'était
le premier aéroplane passant sur l'estuaire de la Seine ( ... ) mon émotion fut grande
quand les enfants hurlèrent : "Vive Hubert Latham".

Le "champ d'aviation" de Chartres connu un véritable essor avec Latham.
Mais ces débuts de l'aviation civile furent interrompus devant les plans militaires de l'époque.
Suite au concours d'aéroplane militaire, la société Antoinette de Latham tenta d'équiper le
premier monoplan à aile sans hauban conçu par Levasseur, mais elle échoua et disparut.
Dans un même temps, c'est Latham qui devait bientôt disparaître, non pas comme il aurait
voulu: "Mourir pour mourir, je préfère mourir dans un aéroplane" déclarait-il au Petit Journal
qui était alors le quotidien de l'époque, mais comme le destin en déciderait : Latham fut
retrouvé le 25 juin 1912 à 8 heures du matin en pleine brousse, on retrouva sur lui un permis
de chasse délivré à Dreux et daté du 26 octobre 1911. La préférence de Latham fut peut-être
aussi celle de ceux qui nous ont quittés‚ dans des accidents d'avions.

René Quinton, fondateur de la ligue aéronautique, avait dit : 'L'aviation existera
lorsque il se tuera un aviateur par jour".
La première victime fut le Lieutenant Thomas Selfridge, qui se tua le 18 Septembre 1908 à
Washington. A Chartres ce fut Edmont Poillot qui le premier disparu dans un accident le 25
Septembre 1910. Il venait alors tout juste de décrocher son Brevet de Pilote obtenu à l'école
Savary. L'aviation existe encore n'en doutons pas un instant, chaque jour des pilotes s'envolent
dans le ciel et n'en reviendront pas, c'est aussi ceci qui fait de l'aviation un sport peu commun
et qui lui donne sa particularité.
Joseph Frantz fut aussi un des grands noms de l'aviation. Le 17 septembre 1911 l'aviateur,
à peine sorti de l'école Savary, décrocha le record du monde avec deux passagers : il resta
4 h 27 minutes au-dessus de Reims.
Le véritable exploit fut sûrement réalisé le 29 Mars 1912 à 5 h25, moment où Frantz décide
de battre le record du monde du voyage à quatre. Il s'envole alors avec messieurs Ferriaux,
mécanicien, Maurice Jusselin, archiviste départemental et Mr Saulquin, aviateur militaire.
Frantz devait atterrir 50 minutes plus tard, après avoir survolé symboliquement le monument
élevé à la mémoire de Poillot à Orléans sur l'aérodrome des Grous. Il fit ainsi un voyage de
65 kilomètres à 600 mètres de hauteur à la vitesse moyenne de 80 kilomètres par heure.

L'aéro-club de Chartres existe depuis 1931, toutefois comme nous l'avons vu
dès le début des années 1900 les aéronefs étaient présents dans le ciel Chartrain. La véritable
première école fut celle de Savary, un Chartrain qui, en 1910, fit passer les premiers brevets
de pilotes. Plus tard, en 1915 l'école militaire de pilotage et de perfectionnement "Farman" vit
naissance en bordure de la R.N. 10. Le club a toujours eu ces noms célèbres, avec son titre de
championne du monde de voltige en 1988 & 2000 Catherine Maunoury refait briller Chartres et

sa cathédrale.
Le désir d'Icare et de De Vinci n'était donc pas une utopie ou un doux rêve pris
sur le fait; il faut parfois savoir prendre ses rêves pour des réalités.
Ainsi vous tous qui rêvez de piloter dans les airs un petit coucou ou de voltiger
parmi les nuages, vous tous, venez frapper à la porte du club et faîtes peut être un jour parti
des grands de l'aviation.