
Le Baphomet, l'idole énigmatique du procès des templiers a suscité
bien des fantasmes. Certains ont voulu y voir une statue magique ayant
des vertus alchimiques. Loin de ces délires, Eliphas Lévi, illustre philosophe
hermétique nous donne sa propre interprétation. Si elle demeure invérifiable,
elle n'en reste pas moins très intéressante.
Il existe plusieurs figures du Baphomet. Parfois il a la barbe et les
cornes d'un bouc, la face d'un homme, le sein d'une femme, la crinière
et les ongles d'un lion, les ailes d'un aigle, les flancs et les pieds
d'un taureau.
C'est le sphinx ressuscité de Thèbes ; c'est le monstre tour à tour captif
et vainqueur d'OEdipe. C'est la science qui proteste contre l'idolâtrie
par la monstruosité même de l'idole. Il porte les cornes et le flambeau
de la vie, et l'âme vivante de ce flambeau, c'est dieu. Il avait été défendu
aux Israélites de donner aux conceptions divines la figure de l'homme
ou celle d'aucun animal ; aussi n'osaient-ils sculpter sur l'arche et
dans le sanctuaire que des Chérubins c'est-à-dire des Sphinx à corps de
taureau et à têtes d'homme, d'aigle ou de lion.
Ces figures mixtes ne reproduisent dans leur entier ni la forme de l'homme,
ni celle d'aucun animal. Ces assemblages hybrides d'animaux impossibles
faisaient comprendre que le signe n'était pas l'idole ou une image d'une
chose vivante, mais un caractère ou une représentation d'une chose pensée.
On n'adore point le Baphomet : on adore le Dieu sans figure devant cette
forme informe et cette image sans ressemblance avec les êtres créés. Le
Baphomet n'est pas un dieu : c'est le signe de l'initiation ; c'est aussi
la figure hiéroglyphique du grand tétragramme divin...
Eliphas Lévi, La Clef des Grands Mystères.
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