LA VOIE MYSTIQUE, extrait du Traité Elémentaire de Science Occulte de PAPUS

Il existe dans la nature, une loi d'évolution qu'il est impossible à l'observateur un peu consciencieux de ne pas constater. Or cette loi gouverne tous les êtres naturels depuis le minéral jusqu'à la moindre cellule humaine. Son domaine s'étend même à l'esprit dans tous les plans de ses manifestations.
On oublie trop cette loi dans l'histoire de la philosophie.

Un esprit qui se concentre vers son Principe prend d'abord conscience de ses moyens personnels d'action. Il abandonne toutes les idées qu'on a voulu lui imposer sans le contrôle de sa raison. Il prend enfin conscience de sa liberté. C'est un penseur libéré qui naît alors et cette phase d'évolution est souvent le terme ultime que peuvent atteindre les intelligences inférieures. De là le sectarisme étroit de ces libres-penseurs qui considèrent la négation de tout ce qui leur est supérieur comme un devoir, et le positivisme athée comme un dogme. Il est évident que ces penseurs, libérés de ce qu'ils ne ne peuvent digérer intellectuellement, sont d'un cran supérieurs aux êtres sans personnalité qui acceptent tout ce qu'on leur raconte sans le discuter. Mais le libre-penseur confond souvent la phase qui précède son état avec celle qui suit. En effet, l'Esprit débarrassé des idées non digérées par lui peut être comparé à une belle pierre débarrassée des herbes et de la mousse dont elle était couverte. Mais une telle pierre nue peut être décorée et sculptée et elle n'en sera que plus belle.

De même l'Esprit de l'homme, après la phase critique et négative de la reprise de sa personnalité, peut encore évoluer et, alors, il se fait un système où, généralement le panthéisme tient la plus grande place, c'est-à-dire qu'après avoir pris conscience du plan physique par le naturalisme, il prend conscience du plan de la vie universelle et du monde des Lois par le Panthéisme. A cet instant il est incompris par ceux qui sont demeurés au plan inférieur et nous verrons Comte traité d'aliéné par ses disciples de la première heure parce qu'il aura évolué normalement jusqu'au mysticisme.

La Mysticisme est traité par les philosophes critiques qui ne peuvent aller jusque là, un peu comme le Panthéisme est traité par les matérialistes, comme une douce folie. Mais les mystiques seuls peuvent comprendre quelle est la grandeur de cette voie et nous allons essayer d'en indiquer, quoique bien imparfaitement, les sentiers d'approche.

Quand l'Esprit a atteint le développement presque complet de ses organes rationnels, localisés dans le cerveau, il prend tout à coup conscience d'une autre série d'organes complémentaires des premiers, localisés dans les centres sympathiques et principalement dans le plexus cardiaque avec ramifications dans les centres conscients du cerveau. Ces organes sont destinés à l'exercice de facultés, toutes différentes des facultés cérébrales, et dont les effets sont connus sous le nom de vision directe, intuition, pressentiment, communications spirituelles, etc...

La voie mentale ou cérébrale a son point de développement ultime dans l'exercice de la Magie cérémonielle qui nécessite un entraînement et des connaissances toutes cérébrales, tandis que cette autre voie que nous appellerons la voie cardiaque se concentre et se résume dans la Théurgie. Autant la Magie développe la volonté personnelle et, souvent, l'orgueil, autant la Théurgie tue l'orgueil pour développer l'humilité et remplacer le commandement et les ordres donnés aux Esprits volontaires de l'Astral par la Prière et l'appel aux Anges du Plan divin.

(...) Il y a donc aussi des phases d'évolution dans le mysticisme, comme il y en a dans toute voie philosophique et le tort des critiques a été de mettre tous les mystiques dans la même catégorie sans faire les distinctions absolument nécessaires.

Ainsi Martines est surtout un Magicien ayant conscience des grands problèmes divins et de la Prédominance du Christ dans l'Invisible ; mais enfin c'est un magicien avec ses cercles, ses lumières, ses noms divins et ses multiples cérémonies.

Claude de Saint-Martin est, par nature et par tempérament, un théurge. Il préfère le côté passif et contemplatif de la théurgie qui offre aussi d'autres aspects, mais enfin il demande à l'humilité et à la Prière ses plus grands consolations. Pour le théurge, la Prière n'est pas seulement un exercice labial plus ou moins prolongé. La Prière est la mise en oeuvre des puissances cérébrales vivantes qui doivent avoir été créées par l'exercice de la charité physique, morale ou intellectuelle et par la soumission aux épreuves. Toute peine, tout travail, toute souffrance est un acquis que la Prière va diriger sur le faible ou le désespéré. C'est alors que l'Invisible fait alliance avec un représentant sur la Terre et le guide pas à pas. Il devient un illuminé.

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