Dictionnaire Mytho-hermétique de Dom PernétyNature : L'oeil de Dieu, Dieu même toujours attentif à son ouvrage, est proprement la Nature même, et les lois qu'il a posées pour sa conservation, sont les causes de tout ce qui s'opère dans l'univers. A ce premier moteur ou principe de génération et d'altération, les anciens Philosophes en joignaient un second corporifié, auquel ils donnaient le nom de nature ; mais c'était une nature secondaire, un serviteur fidèle qui obéit exactement aux ordres de son maître, ou un instrument conduit par la main du souverain ouvrier, incapable de se tromper. Cette nature ou cause seconde est un esprit universel, vivifiant et fécondant, la lumière créée dans le commencement, et communiquée à toutes les parties du macrocosme. Les Anciens l'ont appelé un esprit igné, un feu invisible, et l'âme du monde. L'ordre qui règne dans l'Univers n'est qu'une suite développée des lois éternelles. Tous les mouvements des différentes parties de la masse en dépendent. La Nature forme, altère et corrompt sans cesse, et son modérateur présent partout répare continuellement les altérations de son ouvrage. Le terme de Nature s'entend aussi de la partie de l'Univers que compose le globe terrestre, et tout ce qui lui appartient. Dans ce dernier sens, la Nature, selon tous les Physiciens et les Chimistes, est divisé en trois parties, qu'ils appellent règnes ; savoir, le règne animal, le végétal, et le minéral. Tous les individus de ce monde sublunaire sont compris dans cette division, et il n'en est aucun qui n'appartienne pas à un de ces trois règnes. Tous trois partent du même principe, et néanmoins sont composés de trois substances différentes, qui en sont les semences ; savoir, le menstrue pour les animaux, l'eau de la pluie pour les végétaux, et l'eau mercurielle pour les minéraux. Chaque règne est encore composé d'un assemblage de trois substances, analogues en quelque manière avec celle des autres règnes ; c'est-à-dire une substance subtile, ténue, spiritueuse et mercurielle, d'une substance grossière, terrestre et crasse, et d'une troisième moyenne, et qui participe des deux. Il n'est point de corps d'où l'art ne vienne à bout de séparer ces trois espèces de principes. Outre ces trois substances on en remarque comme une quatrième, qui peut se rapporter à la première par sa ténuité et sa subtilité ; mais qui semble en différer, en ce qu'il est comme impossible à l'art de la réduire en esprit liquoreux ; au lieu que l'autre se condense en eau, tel que l'esprit du vin et les autres liqueurs subtiles, auxquelles l'on donne le nom d'Esprit. Cette matière incondensable, est celle que J. B. Van-Helmont appelle Gaz. C'est celle qui se fait sentir, et qui s'évapore dès le commencement de la fermentation des corps. Beccher dit n'avoir pu réussir à condenser ce gaz, qui s'évapore du vin lorsqu'il fermente dans les tonneaux. Dans ces trois classes d'individus, la semence est différente, et selon le même auteur, contraire l'une à l'autre à certains égards ; quoiqu'elles aient beaucoup d'affinités entre elles, comme sorties d'un même principe, l'une ne peut devenir semence d'un règne différent du sien : de manière que le Créateur ayant une fois séparé ces trois substances du même principe, elles ne sont plus transmutables l'une dans l'autre. Ceux qui scrutent la Nature, y trouvent un caractère trine, qui semble porter l'empreinte du sceau de la Trinité. Les Théologiens verront dans ce caractère des mystères et des choses si surprenantes, qui se font toutes par trois, qu'elles sont bien capables d'affermir notre foi. Les Physiciens habiles et judicieux voient que ce nombre trinaire des trois règnes est bien digne de toute leur attention. L'âge d'un homme, quelque prolongé qu'il soit, n'est pas suffisant pour observer les opérations étonnantes et admirables qui se passent dans les laboratoires de ces trois règnes. Y a-t-il rien de plus incompréhensible que ce qui se passe dans le ténébreux séjour, où se conçoit et s'engendre l'homme, d'une substance si vile, si corruptible, d'une manière si simple et si commune, en peu de mois, composé cependant d'une infinité de veines, de nerfs, de membranes, de valvules, de vases, et d'autres organes, dont le moindre ne saurait être imité parfaitement par le plus Artiste de l'Univers. Quoi de plus admirable, que de se voir dans une nuit, par une même pluie, dans une même terre, tant de différents végétaux, si divers en couleurs, en odeur, en saveur, en figure, germer et croître, et en si grande quantité, qu'il n'est homme au monde qui les ai seulement tous vus, loin d'en avoir connu les propriétés. Les fossiles n'ont rien de moins admirables, et nous ne sommes pas plus en état d'en expliquer parfaitement la génération, que celle des deux autres règnes. Nous en savons beaucoup, nous en ignorons encore peut-être d'avantage ; mais ce qui nous est connu suffit certainement pour nous faire écrier avec le Roi Prophète, Que vos ouvrages, Seigneur, sont magnifiques, vous avez fait tout avec une grande sagesse. Ces trois règnes ont encore une différence dans leur manière d'être, qui les distingue l'un de l'autre. Les animaux ont un corps, dont les parties ne semblent former qu'un assemblage fait par union ; les végétaux par coagulation, et les minéraux par fixation. Ces derniers ne se trouvent que dans les entrailles de la terre, et moitié hors de terre ; les animaux sont tous hors de terre, ou en sont totalement séparés. L'étude de la Nature porte avec elle tant d'agréments, tant de plaisir et tant d'utilité, qu'il est surprenant de voir si peu de gens s'y appliquer. Quelques Anciens réduisaient tout en combinaison, et admettaient les nombres comme forme de tout ce qui existe, ou comme la loi, suivant laquelle tout se forme dans la Nature. Tycho Brahé a recueilli ses réflexions là-dessus dans une carte extrêmement rare aujourd'hui,, à laquelle il a donné pour titre : Calendarium naturale magicum perpetum profundissimam rerum secretissimarum contemplationem, totiusque Philosophia cognitionem compleiens. Il y parle de presque de toute la Nature qu'il range sous les nombres depuis l'unité jusqu'à douze. Comme la plupart des Lecteurs seront bien aise d'en avoir quelqu'idée. Voici en substance ce qu'elle contient. Tout est combiné et composé dans la Nature selon certaines mesures invariables formées, pour ainsi dire, sur des nombres qui semblent naître les uns des autres. Il y a plusieurs choses uniques dans le monde qui nous représentent l'unité. Un Dieu principe et fin de toutes choses, et qui n'a point de commencement, de même que dans les nombres rien ne précède l'unité. Il n'aura point de fin, comme l'unité peut s'ajouter à l'unité par une progression infinie. Il n'y a qu'un Soleil, d'où semble procéder la lumière, qu'il communique à tout l'Univers, après l'avoir reçue. Il n'y a qu'un macrocosme et une âme de l'Univers. Dans le monde intelligible et matériel une seule pierre des Sages, et dans le microcosme un coeur, source de la vie, d'où la lumière vitale se communique à toutes les autres parties du corps. L'unité est la source de l'amitié, de la concorde et de l'union des choses, comme elle est le principe de leur extension ; parce qu'une unité répétée produit deux. Ce nombre deux est le principe de la génération des choses, composées de deux ; savoir de la forme et de la matière, du mâle et de la femelle, de l'agent et du patient ; c'est pourquoi ce nombre est celui du mariage et du microcosme, et signifie la matière procréée. La forme, le mâle et l'agent sont la même chose. Le soleil, la terre, le coeur, la forme, et ce que les Astrologues appellent tête du Dragon, sont regardés comme mâle. La lune, l'eau, la cerveau, la matière et la queue du dragon sont la femelle, les premiers représentés par Adam, les seconds par Eve. Aussi Dieu n'a-t-il créé qu'un mâle et une femelle, et rien dans l'Univers ne s'engendre sans le concours de l'un avec l'autre. Ce qui nous est représenté par les deux Chérubins qui couvraient l'arche de leurs ailes, et par les deux tables de la loi données à Moïse, qui y étaient renfermées. L'unité ajoutée au nombre deux fait trois, nombre sacré, très puissant et parfait ; et la seconde division de la Nature et de son principe Dieu en trois personnes : Père, Fils et Saint-Esprit. Le Fils est engendré du Père, et le Saint-Esprit procède des deux. Aussi le Créateur semble avoir voulu le manifester à nous dans tout le livre de la Nature, comme il en était le commencement, il semble avoir formé l'homme de toute la quintessence des choses, pour être le spectateur de l'Univers, et y reconnaître son Auteur. Tout aussi dans la Nature est composé de trois, et divisé pat trois : trois personnes en Dieu, trois hiérarchies des Anges, la suprême, la moyenne et la basse, qui multipliée par elle-même forme neuf, dont nous parlerons ci-après. Il y a trois formes d'âmes dans l'Univers, l'intelligente, la sensitive et la végétative. Ces trois formes se trouvent dans l'homme, la sensitive et la végétative dans les animaux, et la végétative seule dans les plantes. Il y a trois sortes de temps écoulé ou qui s'écoulent depuis la création, le temps de la Nature, appelé la loi de la Nature ; le temps de la loi, ou la loi de Moïse, et le temps de la grâce ou la loi de la grâce. Trois vertus théologiques, la foi, l'espérance et la charité. Trois puissances intellectuelles dans le microcosme ; la mémoire, l'esprit et la volonté. Trois règnes dans la Nature ; le minéral, le végétal et l'animal, dans lequel l'homme ne doit point être compris en particulier, parce qu'il est composé de la quintessence des trois. Trois sortes d'éléments ; les purs, les composés et les décomposés. Trois principes matériels de tous les mixtes ; soufre, sel et mercure. Trois qualités de ces principes ; le volatil, le fixe, et un troisième qui participe des deux. Trois divisions de la journée selon la création ; le jour, la nuit et le crépuscule. Trois mesures des choses ; le commencement, le milieu et la fin. Trois mesures du temps ; le passé, le présent et le futur. Trois dimensions dans les corps ; la longueur, la largeur et la hauteur. Trois principes de l'homme ; l'âme, l'esprit et le corps. Trois parties dans le corps du macrocosme correspondante à autant parties du macrocosme ; la tête, la poitrine et le ventre. La tête au ciel, la poitrine au firmament ou à l'air, le ventre à la terre. Trois éléments principaux : le feu, l'air et l'eau. Un esprit un peu éclairé et instruit de la Nature, verra sans peine que toutes ces choses divisées en trois ne font cependant qu'une et même chose ; comme les trois personnes ne font qu'un Dieu. Le temps passé, le présent et le futur ne font qu'un seul et même temps ; la hauteur, la largeur, la longueur d'un corps ne font qu'un corps. L'âme, l'esprit et le corps ne composent qu'un homme ; toutes ces choses sont néanmoins très distinctes entre elles, et nous en concevons la différence, aussi bien que la réunion pour en faire l'unité ; pourquoi douterait-on donc de l'existence d'un Dieu en trois personnes ? Une unité ajoutée à trois produit quatre, qui devient selon Thico Brahé et plusieurs autres, le fondement de tous les nombres, la fontaine de la nature, comme refermant le nombre parfait dont tout a été créé. C'est pourquoi l'on partage l'Univers en quatre éléments, le feu, l'air, l'eau et la terre ; aux trois premiers desquels répondent deux planètes à chacun ; à savoir, le Soleil et Mars au feu, Jupiter et Vénus à l'air, saturne et Mercure à l'eau ; et la Terre a en partage le Soleil, la Lune et les étoiles fixes. On compte aussi quatre points cardinaux dans le monde, l'Orient, l'occident, le Midi et le Septentrion. Quatre vents Eurus, Zéphirus, Aquilo et Auster. Quatre qualités des éléments ; la lumière du feu, le diaphane de l'air, la mobilité de l'eau et la solidité de la terre. Quatre principes de l'homme correspondant aux quatre éléments : l'âme au feu, l'esprit à l'air, l'âme animale à l'eau, et le corps à la terre. Quatre humeurs principales dans le corps du petit monde ; la bile, le sang, la pituite et la mélancolie. Quatre facultés de son âme : l'intellect, la raison, l'imagination et le sentiment. Quatre degrés progressifs : être, vivre, apprendre et comprendre. Quatre mouvements dans la Nature ; l'ascendant, ou du centre à la circonférence ; le descendant, ou de la circonférence au centre ; le progressif ou horizontal, et le circulaire. Quatre termes de la Nature ; la substance, la qualité, la quantité et le mouvement. Quatre termes mathématiques : le point, la ligne, la superficie, la profondeur ou la masse. Quatre termes physiques ; la vertu seminative ou semence des corps, leur génération, leur accroissement et leur perfection. Quatre termes métaphysiques ; l'être ou l'existence, l'essence, la vertu ou le pouvoir d'agir, et l'action. Quatre vertus morales ; la prudence, la justice, la tempérance et la force. Quatre complexions ou tempéraments ; la vivacité, la gaieté, la nonchalence et la lenteur. Quatre saisons : l'hivers, le printemps, l'été et l'automne. Quatre Evangélistes ; S. Marc, S. Jean, S. Mathieu et S. Luc. Quatre animaux sacrés ; le lion, l'aigle, l'homme et le boeuf. Quatre sortes d'animaux ; ceux qui marchent, ceux qui volent, ceux qui nagent et ceux qui rampent. Quatre qualités physiques des corps ; chaud, humide, froid et sec. Correspondance des métaux aux éléments ; l'or et le fer au feu ; le cuivre et l'étain à l'air ; l'argent-vif à l'eau ; le plomb et l'argent à la terre. Quatre sortes de pierres qui leur répondent ; les pierres précieuses et éclatantes, comme le diamant, le rubis &c. Les pierres légères et transparentes, comme le talc ; les pierres dures et claires, comme le caillou ; les pierres opaques et pesantes, comme le marbre, &c. |