Parcours du Tableau Naturel du Philosophe Inconnu
Le "Tableau Naturel des Rapports qui Existent entre Dieu, l'Homme
et l'Univers" est un ouvrage orienté philosophiquement
et se veut affirmer une certaine interprétation de la Vérité.
Morceau 01 :
"L'homme ne peut donner l'existence à aucune oeuvre matérielle, sans
y procéder par des actes, qui en sont, pour ainsi dire, les Puissances
créatrices, et qui malgré qu'ils s'opèrent intérieurement et d'une manière
invisible, sont néanmoins aussi faciles à distinguer par leurs rangs successifs
que par leurs différentes propriétés : par exemple, avant que d'élever
un édifice, j'en ai conçu le plan, ou la pensée, j'ai adopté ce plan,
et enfin j'ai fait le choix des moyens propres à le réaliser. Il est évident
que les facultés invisibles, par lesquelles j'ai eu le pouvoir de produire
cette oeuvre, sont, par leur nature, très supérieures à leur résultat
et qu'elles en sont tout à fait indépendantes. Car cet édifice aurait
pu ne pas recevoir l'existence sans que les facultés qui me rendaient
capable de la lui donner en fussent altérées. Depuis qu'il l'a reçue,
elles conservent la même supériorité, puisque ayant le pouvoir de le détruire,
ne pas le détruire c'est en quelque sorte lui continuer l'existence ;
enfin, s'il venait à périr, les facultés que lui ont donné l'Etre resteraient
après lui ce qu'elles étaient avant et pendant sa durée."
L'homme doit recourir à l'analogie pour s'élever à
quelque connaissance que ce soit. Le langage qui est à la base
de tout édifice intellectuel est lui-même un code analogique
qui nous permet d'appréhender le monde qui nous entoure.
Le système théosophique élaboré par le Philosophe
Inconnu est clair : l'homme n'a pas d'autre moyen que de partir de lui-même
afin de comprendre l'univers. Tout système de pensée sera
anthropocentré puisque le point de départ de notre pensée
est bien nous-mêmes, nous partons de notre expérience puis
de nos déductions pour édifier notre propre vision du monde.
L'analogie est posé par Eliphas Lévi comme la clef des sciences
occultes. Cette clef est simple, l'homme est un microcosme, il possède
en lui les solutions de ses problèmes métaphysiques.
L'homme est créé à l'image de l'univers, outre un
principe physique, le corps, un principe psychique, l'âme, il possède
un principe spirituel, une "étincelle divine" : l'esprit.
L'esprit de l'homme possède les facultés aptes à
créer. Il peut imaginer, vouloir et réaliser. Une chose
pensée peut donc se concrétiser dans le plan physique. L'homme
microcosme exprime une conception de l'univers, l'essence ternaire de
l'homme ne se démontre pas scientifiquement, nous ne pouvons pas
quantifier la pensée, nous constatons ses effets qui se traduisent
dans la matière.
Ces "facultés invisibles" de l'homme sont de manière
analogique les facultés suprasensibles qui ont permis à
l'univers physique d'exister ou plutôt qui permettent à l'univers
physique d'exister car bien qu'indépendants le lien est bien réel
entre la chose créée et le principe créateur, celui-ci
soutenant sa création.
Morceau 02 :
Avant que les choses temporelles puissent avoir eu l'existence qui nous
les rend sensibles, il a fallu des éléments primitifs et intermédiaires
entre elles et les facultés créatrices dont elles descendent, parce que
ces choses temporelles et les facultés dont elles descendent, sont d'une
nature trop différente pour pouvoir exister ensemble sans intermède ;
ce qui nous est physiquement répété par le soufre et l'or, par le mercure
et la terre, lesquels ne peuvent s'unir que par la même loi d'une substance
intermédiaire.
L'esprit et la matière sont d'essences différentes,
ils dépendent donc de deux plans bien distincts. Ce sont deux principes
opposés qui ont besoin d'un intermédiaire pour se concilier.
L'esprit de l'homme utilise comme médiateur l'âme afin de
former le corps. Le monde physique nécessite lui aussi pour exister
un monde intermédiaire d'essence plus subtile afin que les facultés
créatrices informent la matière. Cela rejoint le Prologue
de St Jean : En Archè o Logos : Au commencement, le Logos ; ce
terme est traduit par le Verbe. Le Logos est cette puissance créatrice
à l'origine de l'être, à l'origine de tout ce qui
est. Sans lui, rien n'aurait pu naître. L'être véritable
est le Logos qui est une vibration qui se diffuse à travers de
nombreux plans, jusqu'au plan matériel. L'Univers ainsi pensé
est d'une structure très complexe puisqu'il répond à
des lois hiérarchisant une infinité d'émanations
jusqu'aux êtres incarnés du plan physique qui accèdent
à une existence. L'existence présuppose donc l'essence.
D'après la tradition ésotérique, l'univers matériel
est créé par une puissance qui a la charge de cette création.
Cette puissance a pour nom Elohim dans le texte de la Genèse.
D'après Khunrath : "Elohim est l'Esprit, le souffle saint,
la respiration de Jeovah le saint ; la Vapeur de la vertu de Dieu Omnipotent
et sachant tout et une certaine Emanation ou émission de fécondité vitale
du premier et souverain moteur, vivifique et puissante, provenant du gouffre
profondissime de sa Divinité, où sont les Formes c'est-à-dire les Exemplaires,
les Espèces, les Raisons séminatrices primordiales et radicales, les volontés
opératoires, et les causes effectrices de toutes les chose qui, conçues
et préexistantes dans l'intelligence de l'archétype et artisan suprême
(Hhochmah la Sapience les produisant dans sa Bonté) doivent être ensuite
produites et accomplies à l'avenir dans le Monde."(Amphithéâtre
de l'Eternelle Sapience)
Elohim fera passer la création matérielle de la puissance
à l'acte.
La Création de l'Univers est le passage de l'En Soph, l'Ineffable
à une infinité d'Emanations dont la principale est le Logos.
C'est en ce sens que le Logos est le fils de Dieu.
Morceau 03 :
Nous sommes donc fondés à dire que l'homme est destiné à
être le signe et l'expression parlante des facultés universelles du Principe
suprême, dont il est émané ; comme tous les Etres particuliers sont, chacun
dans leur classe, le signe visible du principe particulier qui leur a
communiqué la vie(...)
Mais, si dans l'opération qui m'est commune avec tous les hommes, on sait
évidemment que les émanations de mes pensées, volontés et actions, n'altèrent
en rien mon essence ; à plus forte raison la vie divine peut se communiquer
par des émanations : elle peut produire sans nombre et sans fin, les signes
et les expressions d'elle-même, et ne jamais cesser d'être le foyer de
la vie.
Le signe visible du principe particulier est notre
esprit d'où naissent nos facultés créatrices. Le
principe particulier, lui, est un principe actif dont l'origine est un
plan spirituel. Ce principe lui communique la vie.
Ce principe actif n'est pas l'esprit de l'homme, le Philosophe Inconnu
le nomme l'Etre intellectuel.
L'Etre intellectuel est la véritable source de l'esprit de l'homme
et va informer ici-bas un corps via un support qui est l'âme. Ce
principe s'incarne peu à peu dans le corps qu'il investit. D'après
Papus :
"De un à sept ans, l'esprit s'incarne. Le corps de l'enfant, à
la naissance, peut ne pas recevoir l'esprit ; il y a alors mort de l'enfant.
La nature utilise toutes ses forces ; l'enfant s'initie à la terre, prend
conscience de ce nouveau milieu, il a de nouvelles idées. Louis Claude
de Saint-Martin dit que, dans la nature l'arbre ne naît pas tout poussé.
Il y a d'abord une graine. Il en est de même pour les idées qui sont en
graines dans le cerveau de l'enfant ; puis les sensations de la vie courantes
font pousser les idées. Le cerveau de l'enfant est un jardin dans lequel
peuvent germer les sensations qui dépendent elles-mêmes de l'hérédité,
de l'exemple donné par les parents."
Notre esprit vit par le rayonnement de ce principe spirituel qui représente
la partie la plus essentielle de l'homme.
Les facultés émanés de celui-ci n'altèrent
en rien son essence. Par analogie, nous pouvons dire de même en
ce qui concerne le Principe à l'origine de toute vie. L'infinité
d'émanations dont il est la source ne l'altère en rien.
Morceau 04 :
Observons encore que cette doctrine, sur l'émanation de l'Etre intellectuel
de l'homme, s'accorde avec celle qui nous enseigne que toutes nos découvertes
ne sont en quelque sorte que des réminiscences. On peut dire même que
ces deux doctrines se soutiennent mutuellement car, si nous sommes émanés
d'une source universelle de vérité, aucune vérité ne doit nous paraître
nouvelle et réciproquement, si aucune vérité ne nous parait nouvelle,
mais que nous n'y apercevions que le souvenir ou la représentation de
ce qui était caché en nous, nous devons avoir pris naissance dans la source
universelle de la vérité.
L'enseignement théosophique est un enseignement
qui doit trouver au plus profond de nous un écho. C'est cet écho
qui nous fait adhérer à un tel système. On y adhère
de tout son être comme si les vérités énoncés
faisaient parties de nous. Cela n'enlève en rien l'esprit critique
indispensable à l'étude philosophique mais l'orientation
de l'étude est donnée d'emblée non par l'intellect
mais par l'âme qui se sent portée par l'esprit de vérité.
Comme si les vérités énoncées étaient
déjà connues mais voilées par une vie où l'on
n'ose pas penser par soi-même.
La théorie de la réminiscence pose la possibilité
pour notre âme de se ressouvenir de connaissances qui sont partie
intégrante d'elle-même.
Le rôle de l'âme dans le processus de la connaissance est
fondamental car c'est par son intermédiaire que nous pouvons éprouver
la vérité. Socrate utilisait une méthode pour accoucher
les âmes de ses interlocuteurs afin qu'ils soient aptes à
se tourner vers le Bien. Pour accéder à quelque connaissance
que ce soit il nous ait demandé d'effectuer un travail sur nous-mêmes
car c'est en purifiant notre âme que celle-ci recouvrira sa mémoire.
SA
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