Ah! Que cette ville est pleine d'émotions! Elle nous prend, elle nous captive, elle nous enveloppe dans sa magie. Dans les sortilèges inexplicables, faits de souvenirs, faits de tendresses de l'enfance et de moments vécus dans ces lieux, des lieux chargés de signification: les pots de géraniums au jardin suspendu de la Rua do Almada; les sourires des fillettes qui font la «cascata» à São Francisco; les vieux qui attendent (qui?, quoi?) sur les bancs de São Lázaro; la fête vécue et organisée par le peuple du quartier de São Sebastião (que l'on appelait autrefois, au temps de Camilo,Viela dos Gatos); la vigne américaine au balcon de Codeçal et l'autre en espalier qui projette de l'ombre et de la lumière sur le moulin de Tirares; le crépuscule à l'odeur de la mer et de froidure quand le tramway I arrive au tournant de Ouro; les hortensias, appelés aussi hydrangeas et "granjas" par les habitants de la ville, au mur du Monte dos Judeus. Ah! Et le jacaranda au Largo do Viriato, en fleur, bleu, mêlant le ciel et la mer sur les azulejos de la Casa da Junta. Et l'épicerie de Manuel Baixinho, ouverte depuis 1859. Et la porte de la barrière verte à la Rua da Igreja de Ramalde. Et le gâteau «Pao de Ló» à la Travessa de Cedofeita. Et le petit sentier de Pego Negro, toujours silencieux. Et les enfants qui jouent à bâtir leur maison de poupées au Casal do Pedro. Et la mer tempétueuse au Molhe de Carreiros. Et le Passeio Alegre dans sa grande solitude... Ces lieux cachent, ces lieux évoquent le premier baiser, le sentiment de joie, l'expérience de la douleur, le premier désir, l'envie de mourir, l'angoisse de la rencontre, l'excitation du retour, la chaleur de l'amour, les premières larmes...
Ah! Que cette ville est pleine de sens! Elle a fait naître, elle a fait mûrir en nous l'illusion d'appartenir à un espace encore habitable et poètique. Ces lieux nous invitent, ils nous incitent à la redécouverte (ou au retour?) d'images que l'on croyait perdues et qui subitement émergent. Elles émergent du tréfonds, du plus profond de la mémoire que nous conservons de ces lieux où nous avons vécu. Ces lieux ont moulé notre singulière et inexplicable personnalité, de plus en plus enracinée et fière de son quartier. Et, pourquoi pas?, orgueilleuse.
Ah! Que cette ville est encore parsemée de lieux insoupçonnables! Lieux qui ne peuvent pas être envahis. Lieux qui résistent à la marche du temps. Lieux où persistent des silhouettes, des sons, des parfums, des saveurs. Souvenirs des vivants et des morts. Lieux saisis, retenus, fixés par le regard (regard inquiet) de Jorge Carneiro de Melo, en promenade à travers son Porto. Un regard passionné sur la ville...
Porto, en l'été
de 88
Helder Pacheco
Jorge Carneiro de Melo est né à Porto, dans la paroisse
de Bonfim, le 22 novembre 1937, Licencié en Economie, sa
passion de la Photographie a surgi d'une façon spontanée.
Photographe amateur, c'est en se promenant à travers sa
ville qu'il découvre beaucoup de motifs intéressants
qui méritent être perpétués en photo.
Son art montre sa passion de la ville natale. Il est l'auteur
de deux expositions: «Porto: La Rencontre des Lieux»,
inaugurée à Casa do Infante en 1983 et ensuite au
Cine Clube de Porto et à l'Escola Secundária António
Nobre, et «Revisiter Foz», inaugurée à
la Casa do Infante en 1993.