LE FILS DE ZEUS-AMMON

1ere partie

Si Phippe II le chef du clan dynastique des Argéades n'avait pas transformé l'agréât de tribus soumises en Etat bien organisé, s'il ne l'avait pas préparé militairement et diplomatiquement à la guerre contre l'immense empire d'Asie, jamais son fils, " ce petit jeune homme " comme l'appelait Démosthène, n'aurait eu les moyens de conquérir, en onze ans de campagnes, un Etat cent fois plus grand et plus riche que le sien.

L'ENFANCE  D'ALEXANDRE

Le 20 juillet de l'an 356 av. J.C naissance(1), au palais résidentiel des premiers rois de Macédoine d'Aigéai ou au nouveau palais royal de Pella, d'un nourrisson : son père est le roi Philippe II, fils du Macédonien Amyntas et de l'Illyrienne Eurydikè de Lyncestide; sa mère l'Eacide Olympias, fille du roi d'Epire Néoptolemos et sœur aînée d'Alexandros prince des Molosses. Durant l'accouchement, disait-on : " ... deux aigles se sont perchés sur le toit du palais, présage que l'enfant régnera un jour sur deux empires... ", mais aussi que neuf mois plus  tôt,  Philippe  aurait  surpris  les  ébats
amoureux de Zeus, le roi des dieux, sous la forme d'un serpent avec la reine Olympias. Le roi qui mène une campagne contre les colons Grecs de Chalcidique [presqu'île Grec au nord-est] ne vint le reconnaître que bien plus tard, et le baptisa du nom d'Alexandre. Le bébé est confié à une nourrice de haute noblesse macédonienne, Laniké, qui vient d'avoir un enfant, Protéas, qui serra le frère de lait et le compagnon de jeu de toute la première enfance d'Alexandre. Le frère de Laniké, l'officier militaire Cleitus, surnommé le Noir, est l'un des premiers " héros " du petit prince.

A l'âge de sept ans, son éducation est confié à l'austère et puritain Léonidas, parent d'Olympias assisté d'une cohorte de précepteur, qui lui conte l'épopée des Hellènes telle que l'a écrit Homére et Hérodote. Il est élevé dans le mythe que par sa généalogie légendaire (voir tableau,
page ) il est le fils mystique de Zeus via Héraclès (l'Hercule des " douze travaux ") par son père, mais aussi le fils de Zeus-Ammon d'Egypte via Achille (Héros de la guerre Troyenne) par sa mère. En compagnie des futurs pages, les fils de familles aristocratique vivant à la cour de Pella - une façon d'attacher à la maison royal les familles, les tribus et les clans - on lui enseigne la lutte, le lancer, le saut, le chant, la poésie, la musique. Plus tard c'est l'apprentissage de l'écriture, des mathématiques, des traditions familiales et aristocratiques. Où il apprend comment son ancêtre, Alexandre I, avait apporté aux Perses un tribut de terre et d'eau, et comment il avait été contraint de leur subordonner ses armées pour lutter contre leurs frères hellènes. Comment les temples et les tombeaux furent profanés par le roi des Perses. Alexandre grandit dans cette ambiance d'idée de croisade asiatique pour venger l'outrage fait à leur aïeux. De sorte que le jour où des ambassadeurs Perse arrivent au palais, il les interrogent
interroge longuement sur leur nation : et les Perses restent stupéfait devant les questions de l'enfant. Il reçoit également, à l'initiative de sa mère qui est une initiée au culte secret d'Orphée et de Dionysos de l'Ile de Samoth ace et à la magie occulte des femmes de Thrace, une éducation religieuse et mystique, comme un futur grand prêtre.

    Alors qu'il est adolescent, il est finalement initié à l'équitation et à l'art de soigner les chevaux. C'est apparemment à cette époque, Alexandre est alors âgé d'une douzaine d'année, que le roi Philippe commence à lui témoigner de l'intérêt. L'incident suivant y contribua peut-être : lors de l'achat à un éleveur thessalien d'un étalon bai marqué au front d'une tache blanche. Alexandre dresse ce fougueux cheval et le nome Bucéphale (voir l'encadré,
ci-contre). Désormais, les rapports entre le père et le fils se transformèrent, il lui découvre un forte personnalité malgré ses aspects un peu efféminées. Philippe décide de l'élever comme un futur roi et guerrier.

LA  FORMATION  DU  PRINCE

De 343 à 340(2) : le roi s'intéressant directement à la formation d'Alexandre, il le confie à une " Académie des Cadets ", édifiée pour l'occasion, à Miéza, prés du bois sacré du " 
Nymphaion ", sanctuaire des Nymphes. Il y fait venir le philosophe grec Aristote, qui fut un des disciples du grand Platon, et le charge de diriger l'école. Le maître y enseigne, dans des " ateliers " de recherche mis à sa disposition et à ses assistants - comme le botaniste et zoologue Théophrasre, son neveu Callisthéne historien, Lysippe le maître sculpteur - de tout un peu à ses pupilles : Alexandre et les camarades de son âge, Léonnatos, Marsyas, Nicamôr, Hèphaistiôn qui restera toujours son ami de coeur. Ils y approfondissent les sciences morales et politiques, y apprennent des éléments de médecines, de botaniques, de sciences naturelles et de métaphysiques. Ils y étudient aussi la littérature grecque, la  philosophie et la rhétorique, la géographie (voir illustration, page ), l'astronomie et la géométrie. Mais surtout ils y subissent une préparation sportive et militaire.

Alexandre ne reste que trois ans sous la tutelle philosophique d'Aristote, où il y gardera le goût pour les choses intellectuelles. En octobre
340, le roi fait venir près de lui son fils, âgé de seize ans, pour lui enseigner les affaires et l'art de la guerre, ainsi que le métier de soldat à l'occasion du siège de Périnthe. Puis il est renvoyé en Macédoine pour y faire fonction de régent et pour maintenir la fidélité du peuple en cette heure où la fortune n'est pas brillante pour le roi. On lui explique le fonctionnement de l'état, on le prépare à diriger une nation. Le roi a pris soin d'entourer le prince de conseillers expérimentés tel qu'Antipater. Et on lui confie la direction nominale du pays. Le jeune régent reçoit d'abord à Pella une ambassade de Perse pour régler, pacifiquement, la question des colonies grecques de Périnthe et de Byzance.
Arrivent des nouvelles d'une révolte des Maïdoï (Médares ou Maides), des tribus Thraces qui vivent dans la vallée supérieur du Strymon [l'actuel Strouma en Bulgarie, entre la région de Sofia et le Mont Rila], une zone que Philippe compte traverser en revenant du Danube. L'envoie d'une troupe pour réprimer le soulèvement devient une nécessitée. Commençant à se croire aussi capable de diriger une campagne que de gouverner un pays, sans l'aide des conseils du roi. Alexandre décide donc de mener en personne l'expédition punitive : "  ...
Achille était allé à la guerre de Troie lorsqu'il n'était encore qu'un gamin... " après tout. Au printemps 339, l'expédition de pacification de ceux des Maïdoï en rébellion aboutit par la prise et la destruction de leur principale bourgade (scénario page précédente), à la fixation des clans " barbares " ou emmenés pour être vendus comme esclaves, à l'installation d'une garnison outre des commerçants et des artisans de diverses origines dans un poste colonial appelé Alexandria ou " Alexandropolis ", ville d'Alexandre [quelque part entre les villes modernes de Stanke Dimitrov et de Sofia, Bulgarie]. Cette expédition a fait du jeune homme, un guerrier expérimenté et l'idole de ses hommes. Elle lui permet aussi de se mettre en rapport avec Langarus, roi d'une tribu Péonienne fidèle alliée de la Macédoine, les Agrianes des Sources du Strymon.
Un peu plus tard Alexandre rejoint dans le Nord son père à sa demande pour l'escorter durant son retour de Scythie [une partie de l'actuel territoire de Roumanie].
Sur le chemin de retour, traversant le pays des Maïdoï, la colonne Macédonienne tombe dans une embuscade tendue par les gens des clans insoumis [quelque part dans le voisinage de Sofia]. Dans le tumulte du combat le cheval de Philippe est tué sous lui d'un coup de lance qui pénètre également la cuisse du roi. Alexandre saute aussitôt de son cheval pour couvrir le corps de son père de son bouclier jusqu'à ce qu'il soit relevé par ses soldats arrivés à la rescousse (scénario ci-contre). Leur retour de concert à Pella est triomphale. Alexandre devient le nouvel espoir de la nation. Et le roi Philippe déplore sa nouvelle blessure qui lui laisse une claudication, Alexandre répond : " Comment peux-tu, roi, regretter cet accident qui à chaque pas te rappelle ta bravoure ? ". Mais Philippe ne s'en console pas, chaque pas qu'il fera lui rappellera que son fils est le héros de ce fameux combat, à son déplaisir, lui qui perd peu à peu la face devant ce jouvenceau imberbe.
PHILIPPE  ET  ALEXANDRE

Le roi de Macédoine est requis par le Sacré Conseil Amphyctionnique de Delphes(3) pour conduire la quatrième guerre sacrée et châtier les habitants d'Amphissa coupables de "
sacrilèges ". De ce fait des citées ennemies, Athénes, Thèbes, Corinthe et leur alliés, forment une alliance devant le péril commun de la menace de la puissance montante Macédonienne. Les Coalisés finissent par se rallier à Chéronée où les belligérants se rencontrent. En ce début du mois de septembre 338 la bataille de Chéronée est longue et indécise, mais finalement gagnée grâce à une attaque de la cavalerie que commande Alexandre. Cette bataille marque l'avantage définitif que prend Philippe sur la Grèce. Celui-ci envoie son fils Alexandre, avec les généraux Antipater et Alkimaklos, en ambassade à Athènes pour y ramener et escorter les cendres des leurs tombés au combat, mais surtout y combiner les termes d'une paix. Ici, à Athènes, Alexandre fête son dix huitième anniversaire. De plus Philippe installe ses garnisons sur les points stratégiques des Thermopyles, de Chalcis, de Thèbes et de Corinthe.

A son retour à Pella en automne 337, le roi Philippe répudie officiellement Olympias en tant que première épouse, mais lui conserve son rang de reine et Alexandre celui de prétendant légitime, pour se refiancer à l'intriguante Kléopatra-Eurydikè, nièce d'un de ses généraux et parent nommé Attale. Rendant les rapports au sein de la famille royal un peu plus tendus. Deux parties se forment : celui du roi, de sa nouvelle fiancée et son clan ; celui du prince royal, ses intimes, de sa mère " l'étrangère " et sa coterie.

Par ailleurs, les délégués des Cités et des Etats Grecs du Péloponnèse, à l'exception de Sparte, réunis à Corinthe, ont décidé de conclure constituer une confédération des Grecs gouvernée par le " 
Synedrion ", conseil commun, élu à la proportionnelle. Cette nouvelle confédération, la Ligue de Corinthe(4) vote par mesure de représailles la guerre à la Perse " ... pour venger les grecs des sacrilèges que les barbares avaient commis... " et chacun doit fournir un contingent armé ou participer à l'effort de guerre. Puis ce même synedrion vote également une alliance avec Philippe(5) et ses descendants. Le roi Philippe II alors tout puissant en Grèce est nommé Généralissime,

Hégémon ", guide suprême, des armées helléno-macédoniennes contre les Perses : il est le champion du panhellénisme. De plus les circonstances se prêtent à une déclaration de guerre car l'anarchie règne dans l'empire perse depuis l'assassina Ataxerxés Ochos en été de l'année 338 : il convient d'attaquer au plus vite, avant que l'ordre n'y soit rétabli.

Simultanément, Philippe négocie avec le dynaste Pixodore, satrape(6) de Carie, qui cherche à se rendre indépendant de l'Empire, le mariage du faible Arrhidaios demi-frère d'Alexandre à sa fille. Olympias inquiète pour les droits de succession de son fils, intrigue avec son aide et celle de ses amis pour faire échouer ce projet en discréditant Arrhidaios. Un confident, le comédien Thessalos, est envoyé, à Halicarnasse, à la cour du satrape. Cet envoyé déconseille de donner sa fille à un bâtard atteint d'idiotie mentale, alors Alexandre, le fils légitime du roi et plus tard l'héritier du trône, est disposé à devenir son gendre. Philippe l'apprend et reproche publiquement à son fils de se conduire de façon basse et indigne à sa haute naissance, de ses devoirs, s'il n'éprouvait aucune honte à ramener chez lui la fille d'un Carrien, " 
... l'esclave d'un roi barbare. ". Il bannit de Macédoine ses partisans jugés de mauvais de conseil : Harpale, Perdicas, Séleucos, Cratére, Lysimaque, Léonnatos, Néarque, Erigyos et Ptolémée. Et exige que Corinthe lui livre Thessalos.

Au festin des noces du roi, au premier jour de l'hiver 337-336, Attale, l'oncle de la jeune mariée qui présente déjà les signes de sa grossesse, demande aux convives de prier les dieux qu'il naquît de Philippe et de Kléopatra-Eurydikè un héritier légitime du royaume. Là-dessus, Alexandre en fureur s'écrie : " 
Et moi scélérat, me prends-tu donc pour un bâtard ? " et lui lance sa coupe au visage. Alors Philippe furieux se lève l'épée à la main, s'avance sur son fils mais la colère et le vin le font glisser. Alexandre : " Regardez, voilà l'homme qui se prépare à passer d'Europe en Asie. Pas capable de passer d'un lit un autre sans rouler à terre ". " Je vais te tuer ! " gronde le roi. Mais Alexandre ne bronche pas " Ce serait déjà bien si tu parvenais à te lever. ". Sur quoi il est obliger de quitter le palais, et de nuit de conduire sa mère se réfugier, avec bagages et une escorte d'hommes de confiances, auprès de sa famille à Dodone [ruine de l'actuel site de Dhodhoni, Grèce] dans les montagnes d'Epire. Quant à lui, il va trouver l'hospitalité auprès d'un clan de Lyncestide, province de Macédoine. Peu après Attale épouse la fille de Parménion. Renforçant la rancune et la méfiance d'Olympias et d'Alexandre envers Attale et ses amis qui s'accaparent pour leur famille et eux-mêmes les principaux commandements.

Finalement au
printemps 336, Alexandre est rappelé au palais de Pella par le roi sur les conseils du Corinthien Démaratos, ami des Macédoniens et négociateur délégué par le Conseil de la Ligue. Il est envoyé dans les contreforts des terres tribal des Lyncestes pour lui apporter de la part du roi la proposition d'oublier leurs
différents. Car on a besoin de lui pour exercer la régence quand Philippe conduira les troupes fédérées en Asie. Avant de revenir,
Alexandre conduit un raid en Illyrie [quelque part entre le massif du Grammos, le cours de l'Haliakmon et de l'Aous, Grèce] avec promesse de pardon à la belliqueuse population semi-pastorale en révolte. En effet un prince Illyrien, Pleurias, a pris la tête d'une bande armée pour razzier et brigander. Et il est donc jugé qu'il faut arrêter ce prince renégat avant qu'il rassemble par la suite de ses succès une coalition de tribus à la recherche de leur liberté perdu. " ... l'ennemi est battu et mis en fuite... " et le prince Pleurias est soumis après une longue lutte d'escarmouche.
Et il lui faut également se concilier la neutralité de l'Epire où la mère d'Alexandre intrigue et excite les adversaires de la Macédoine. Il est donc négocié l'union de la sœur d'Alexandre, Cléopâtre, à son oncle le roi d'Epire, Alexandros I le Molosse, jeune frère d'Olympias.

Un corps expéditionnaire sous la conduite des généraux Parménion et Attale passent l'Hellespont et jettent une tête de pont
en Asie Mineure pour les opérations militaire future et pour " ... y délivrer les citées grecques ... " du joug des Perses. Ils avancent sans rencontrer résistance jusque dans la région de Magnésie du Méandre. En effet, les satrapes et la cour  Perse sont plus préoccupés par les intrigues de palais pour la succession du trône que de la défense de façade maritime de Ionie hellénique et doutant que la Paix du Roi soit vraiment rompue, laissent faire. De plus les satrapes ne disposent que de mercenaires grecs beaucoup moins aguerris et armés. Mais en juin, c'est la fin de l'anarchie dans l'empire achéménide avec l'avènement de Darius III Codoman qui reprend en mains l'empire. Le mariage de Cléopâtre à Alexandros de Molossie, qui coïncide avec une grande fête religieuse, est célébré le premier jour avec un faste exceptionnel en ce mois de juillet 336. Des envoyés des cités alliées Hellènes sont présent auprès du roi pour également commémorer l'union sacré de l'Hellade(10) auquel les premiers succès en Asie paraissent promettre de belles conquêtes. A leur suite s'avancent les princes Agrianes, Païoniens et Odrysiens de Thrace, la noblesse équestre du pays et les délégations du peuple. Le lendemain alors qu'il entre au théâtre d'Aigéai, Pausanias, fils du seigneur du district d'Orestis, officier et garde du corps du roi, le poignarde.
Olympias qui porte le deuil, fait égorger la dernière reine, sa rivale, ainsi que son nourrisson auquel elle venait de donner jour. Alexandre en profite " ...
de rechercher et de punir les auteurs de l'attentat... "(7), c'est à dire de faire disparaître les prétendants possibles au trône : son demi-frère Karanos, son autre demi-frère Arrhidaios ne doit son salut qu'à sa débilité mentale, Amyntas l'époux d'une de ses demi-sœurs et fils de l'ancien roi Perdikkas III , Arrhabée et Héroménes de la famille princière du clan des Lyncestes accusés d'avoir conspiré avec l'assassin. Mais Alexandre fut aussi impitoyable envers tous les autres " suspects ", déclarés ou virtuels, qui sont torturés et exécutés. Beaucoup de nobles préfèrent s'enfuir.
Dans ces heures troubles, Antipater assure la fonction de régent. Il fait convoquer

l'Assemblée des Macédoniens en Armes(8) à laquelle revient le droit de désigner son souverain.
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Tête d'Alexandre en marbre     provenant de Pergame (régne  d'Euméne II, 197-159 av. J.C) en Turquie, d'après un bronze de Lysippe
Musée d'archéologie d'Istambul.

Peu de chefs approchent la gloire d'Alexandre qui a bâti un empire allant de l'Albanie au Cachemire. S'il avait vécu peut-être il aurait réalisé son rêve et réuni sous son autorité tout le monde alors connu.