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L' Histoire du trimestre en
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On
oubliera bientôt ce qu’a été l’humiliation mosellane, car sa révélation n’a
jamais su gagner les hauteurs médiatiques où s’écrit l’Histoire avec un grand
H.
Depuis la Libération, des milliers de souvenirs personnels, qui auraient pu
s’envoler vers les plus lointaines bibliothèques, sont restés accrochés aux
clochers des villes et des villages, comme de petits ballons dérisoires. Chaque
disparition d’un témoin a ressemblé ainsi, depuis soixante ans, à l’éclatement
discret de l’un de ces ballons. Des grappes de mémoires contrariées se sont
évanouies, l’une après l’autre, pour retourner au grand silence de la terre, et
l’on ne saura bientôt plus rien de ce qui s’est passé.
La Moselle est en effet un territoire de non-dit. Depuis 1919, tout Français venu
d’ailleurs et qui cherche à savoir comment le département fonctionne au
quotidien, ne remarque au début que des manies bizarres : les gens arrivent à
l’heure aux rendez-vous... Ils ont une couverture sociale plus favorable, ils ne
travaillent pas le Vendredi Saint... Et ils appellent “Français de l’intérieur”
les Français qui viennent de l’extérieur...
Victime de ses idées préconçues, le nouveau venu ne peut, aujourd’hui encore,
s’empêcher d’interpréter cet ensemble de singularités comme le signe d’une
vieille posture à l’allemande. Il se dit que, si près de la frontière, il ne
faut pas s’en étonner... Pourtant, dès qu’il commence à aimer ce morceau de
Lorraine, c’est-à-dire à s’habituer aux gens qui l’entourent, à ses collègues
de travail, à ses voisins de palier, aux commerçants du quartier, dès qu’il se
fait, en somme, de nouveaux amis en découvrant le département, il apprend que
cette soi-disant imprégnation allemande est très complexe, pour ne pas dire
changeante.
Le Français de l’intérieur devine que les gens d’ici sont victimes, par
grands-parents interposés, d’une période assez diabolique dont ils n’ont pas
fait leur deuil. Trois générations plus tard, même si les plus jeunes en sont
moins conscients, la guerre pèse encore et se rumine en silence. Alors que rien
n’aurait dû les empêcher de raconter ce qu’ils ont vécu, les derniers témoins
demeurent englués dans une posture défensive avec le sentiment d’avoir été
floués. Ils se sentent entravés dans leur liberté de parole, à la façon des
prisonniers qu’un juge a laissé partir avec un bracelet à la cheville. Il faut
certes recadrer l’humiliation mosellane dans le panorama des malheurs de la
guerre.
Nous ne parlons ici que des blessures intimes. Sans oublier pour autant
qu’entre 1939 et 1945, l’Europe a pleuré des millions de morts, subi des pertes
incommensurables et connues des centaines de régions traumatisées. Mais c’est
ainsi, tout drame à grande échelle garde en son sein des douleurs privées. Il
ne s’agit plus de chiffres globaux mais de minuscules rancœurs, tapies au fond
des êtres. Dans tous les cantons de Moselle, dans chaque village, dans chaque
famille, cette inhibition a détruit des équilibres complexes qui maintenaient
jusqu’alors un consensus dans les mentalités.
L’annexion nazie a laissé en Moselle un désordre des
amours-propres, totalement refoulé depuis. Des blocages se sont nichés dans la
culture bousculée des Lorrains du nord, empêchant leurs interprétations
divergentes de se rejoindre plus tard dans une mémoire commune. Quand un Mosellan
questionne un autre Mosellan pour savoir où il se trouvait entre 1939 et 1945,
le premier baisse la voix et le second fait semblant de ne pas avoir entendu.
Le Français venu de l’intérieur, s’il cherche à comprendre ce silence, devra
d’abord prouver que son bagage culturel n’est pas encrassé par des clichés
« cocoricoteurs » sur les “casques à pointe”, clichés que véhiculent
encore, dans l’hexagone, des bataillons d’ignorants. Il lui faudra montrer
qu’il n’a jamais eu d’idées bien arrêtées sur la question des frontières, vu
qu’on ne lui en a jamais parlé à l’école. Des spécialistes ont certes pris la
plume pour écrire des centaines d’ouvrages sur les combats, les stratégies, les
victoires ou les défaites. Il existe une documentation énorme sur le terrain politique
ou militaire, mais peu d’informations sur les civils. Alors qu’en Lorraine du
nord, on a toujours été bien placé au triste palmarès des guerres. A Gravelotte
tout comme à Bitche, à Queuleu comme à Morhange, pour peu que le touriste ait
du cœur, il sent la compassion lui électriser les jambes, comme si, depuis le
sol, l’esprit des lieux remontait jusqu’à lui.
La grande mémoire des bibliothèques en cache une autre, une petite mémoire
intime dont les historiens ne savent pas trop comment parler. Ils s’en méfient
car elle se niche au plus profond des cœurs et peut hélas varier avec le temps.
Il est normal qu’un témoignage sans preuve soit, par définition, suspect à
leurs yeux. La trace que les Mosellans conservent de leur passé verrouillé
restant, comme on l’a vu, celle de milliers de petits destins ordinaires, on
peut parler dans leur cas d’une souffrance au deuxième degré, la souffrance de
ne pouvoir raconter sa souffrance. Les vieilles générations mosellanes sont
resté tourmentées, depuis 1945, par le problème de leur image aux yeux du reste
de la France. Un blocage que l’on pourrait, un peu rudement, résumer par la
peur de devoir, chaque fois, prouver d’abord qu’on n’est pas un “Boche de
l’Est”.Cette peur est hélas encore justifiée par la persistance
d’un regard formaté sur “l’Alsace-Lorraine”, une expression fourre-tout qui a
fait passer à la trappe jusqu’au nom du département. La moitié de la France
l’ignore encore. Cet effacement du terme “Moselle”, né dans les cercles
nationalistes parisiens après la défaite de 1870, a continué en 1919 dans les
casernes des deux régions redevenues françaises où plusieurs générations de
troufions désoeuvrés attendaient la quille en s’étonnant de l’accent de leur
petite copine.. “Vous savez” disaient-ils en rigolant quand ils rentraient chez
eux “ils sont tous un peu Boches, là-haut...” Un folklore de tourlourou s’est
ainsi niché, dans le stock de plaisanteries dont on se servait habituellement
au sein des familles, de Paris à Marseille, de Brest à Nice ou de Bordeaux à
Lyon... et même à Nancy... pour agrémenter la conversation. Sa nuisance n’a
cessé depuis de remonter régulièrement jusqu’aux frontières, par vaguelettes
soi-disant innocentes, comme un ressac de cruauté gratuite. Les Boches de
l’Est... On pouvait supposer que des clichés aussi imbéciles auraient entraîné
des réactions violentes. Mais les Mosellans, nous le savons, n’ont pas le
tempérament alsacien. Ils préfèrent se taire, ils encaissent. Alors, depuis
cent cinquante ans pourrait-on dire, ils vivent avec cette image inexistante
d’eux-mêmes, alors que leurs pointilleux voisins réagissent au quart de tour.
Au grand théâtre de l’image, les Alsaciens occupent la première rangée des
fauteuils et la Moselle un strapontin.
Le département s’en veut, sans méchanceté, d’avoir des voisins qui, la nature
ayant horreur du vide, ont pris l’habitude de raconter son passé à sa place.
Mais il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Ce n’est pas sa dimension réduite
qui est en cause, ce n’est pas non plus la confiscation de son nom, mais
seulement cette incroyable difficulté à détailler ses malheurs. Alors que les
Alsaciens ont raconté les leurs depuis longtemps. Un exemple de cette
récupération continuelle est le tout frais musée de Schirmeck où le
particularisme mosellan se retrouve totalement délayé.
Et s’il existait une raison plus fondamentale à
cette impuissance? Une complexité si profonde qu’elle ne sauterait pas aux yeux
? Il y en a une, en effet, dont les Français de l’intérieur n’ont pas
conscience. Il s’agit de la séparation linguistique. Beaucoup de Français
croient encore qu’on parle allemand très naturellement dans toute l’Alsace-Lorraine,
comme ils disent... C’est déjà grossièrement faux. Et comme par hasard, c’est
en Moselle que la situation est la plus
singulière. Une diagonale des langages sépare le département du nord-ouest au
sud-est. On pourrait dire moitié-moitié. Elle daterait, dit-on, de l’arrivée de
Clovis, au Vème siècle et c’est au nord que son langage a subsisté. Il ne
s’agit d’ailleurs pas d’un dialecte allemand, mais d’une langue germanique, ce
qui n’est pas la même chose. Mettez-vous à la place d’un jeune écolier de
Bordeaux ou de Brest... il lui est déjà difficile de comprendre que les Francs
de Clovis étaient des Alamans ! C’est comme si on lui disait que les Italiens
sont des Espagnols. Alors, lui parler d’une coupure linguistique... Une
bizarrerie de l’histoire en somme... C’est pourquoi, même en Moselle, on ne
s’en vante jamais. Comme s’il était banal qu’à quelques kilomètres de Montigny,
on puisse encore passer du parler roman au germanique en allant d’un village à
l’autre, tout en se disant que les deux mentalités mitoyennes n’ont pas changé
depuis 1500 ans. Pour ne pas dire le double, les spécialistes en discutent. Et
cette réalité magnifique survit souvent aux deux bouts d’un chemin dont les
fleurs, au printemps, seront toujours les mêmes.
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Le 5 juillet 1947 a
lieu la pose de la borne terminale à Bastogne alors que la borne originelle est
installée le 16 septembre 1947. L’inauguration de la voie a lieu le 18
septembre à Fontainebleau.
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Mars
2008
a
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