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| Vues
aériennes... |
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Le
"cri" du vaisseau :
un
exemple d'image-mot ? |
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"[...] la bande déssinée comme mixte indissociable
d'images-mots."
Arnaud de la Croix et Frank Andriat,
Pour lire la bande déssinée, éditions
De Boeck-Duculot, 1991. Page 32.
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L'analyse de
la bande déssinée comme médium original est bien plus jeune que
l'existence même du médium. Si nous fêtions le premier siècle de
la "B.D." l'année dernière, la première étude
"sérieuse" à avoir tenter de comprendre la manière toute particulière
de la BD de véhiculer du sens a pour auteur Pierre Fresnault-Deruelle
en 1972.
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| i
+ M = BD ? (image + Mot = Bande Dessinée) |
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La fin des
années 60, comme le début des années 70, sont des périodes o les
revendications sociales et les repères culturels se permettent,
une fois encore au cours de l'histoire des êtres humains,
des écarts par rapport au traditionalisme des institutions. L'université
n'est pas en reste et elle ouvre ses champs de recherche.
Dans ce
contexte post mai 68, Pierre Fresnault-Deruelle soutient un mémoire
qui a pour objet d'analyse (!!) la bande dessinée. Dans le monde
de la recherche, une idée intéressante fait son chemin, en particulier
dans le monde des sciences humaines. Cette
théorie, nommée le structuralisme, étudie tout système de signes
par sa structure.
Dans ce double environnement social et théorique, l'adaptation du
travail universitaire de Pierre Fresnault-Deruelle est éditée dans
un ouvrage intitulé La bande dessinée : essai d'analyse sémiotique.
Il nous faut préciser que l'époque est propice à cette tentative
de passage, pour la B.D., d'un statut officieux à un statut officiel.
Des institutions sages se sont imposées déjà mondialement telles
que l'incontournable Tintin de Georges Rémi (Hergé)
et, plus tard, d'Edgar P. Jacobs (Les aventures de Blake et Mortimer)
ou, plus tard,les travaux d'André Franquin (sur Spirou
et Fantasio par exemple).
Cependant, prenant appui sur les théories
structuralistes ayant visage d'innovation dans ces années,
tout au long de
ses travaux, Pierre Fresnault Deruelle distingue l'image et le mot
en deux grands systèmes de signes se complétant en s'opposant.
L'image,
système de signes sans ancrage symbolique fixe, véhicule
du sens qui semble partir dans toutes les directions. Telle image,
comme les sémiologues (chercheurs étudiant les sytèmes
de signes et leurs manières de produire du sens) le démontrent,
peut signifier tout et son contraire. Seul le système des
signes des mots peut fixer "sémantiquement" (du
point de vue du sens) ce que peut véhiculer une image ou,
du moins, ce que l'on veut qu'elle véhicule.
Dans ces pages, l'image semble toujours être un petit i qui
permet une première communication floue avec le lecteur et
les Mots, seul système de signe "fiable", s'appuyant
sur l'image, transmet le sens.
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| Un
signe rouge qui court le long des pages... |
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Les
années et les théories changent. Aujourd'hui, considérer
le sens d'un point de vue structuraliste semble désuet pour
certains. Est-il possible que le sens en bande
dessinée procède d'une autre manière ?
Car ces deux instances, ces deux système qui, à leur
lecteur, énoncent des signes, sont-ils dans une relation
de supérieur/subalterne ou bien un autre type de relation,
une relation effective et pleine, mettant en présence des
instances égales dans leur rôle pour la création
du sens ?
Le signe étrange qui court le long des pages des deux derniers
Rork (Descente ou Rork 6 et Retour ou Rork
7), semble bien procéder d'une autre relation. Ou, tout
du moins, semble réfléchir à une autre relation.
Comme les images qui accompagnent ce texte
le montre, Rork est confronté à un son et le lecteur
est confronté à une image. En bande dessinée,
le lecteur est habitué à ce type de signe. C'est un
signe hybride créé par le langage de la bande dessinée,
une image, par association d'idée (par "connotation"),
fait entrer le lecteur dans une autre relation : celle du visuel
générant un sens sonore. Andreas est un habitué
du genre, dans le premier Capricorne (L'objet), une étrange
onomatopée (VRRRRRRRRRRR) suit un train mais semble se fondre
à l'image.
Le signe n'est donc plus pure image, et d'autre
part, le mot peut devenir une image jusqu'à se fondre et
créer ce que Pierre Fresnault-Deruelle nommait "Le fantasme
de la parole", ou une véritable impression "audio-visuelle".
Lire la bande dessinée n'est plus seulement lire de l'image
qui sera fixée, comme figée par les mots qui s'échappent
des "bulles" de la bouche des personnages. Une relation,
une véritable relation, peut s'instaurer entre l'image et
le mot.
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Le "langage naturel" de la
bande dessinée |
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Certains
chercheurs, au cours des dernières années, se sont intéréssés,
en matière de communication, non plus à des exemples
abscons qui leur permettrait de mettre en évidence leurs théories.
Les langages logiques, même s'ils ont permis à la fois
de grandes avancées en matière d'informatique et de
numérique et beaucoup d'études sur la structure du langage,
c'est aujourd'hui dans ce que les chercheurs nomment le "langage
naturel" qu'ils tentent de mieux comprendre ce qui fait la spécificité
du système de signes qu'utilisent les êtres humains pour
communiquer entre eux. Le "langage naturel",
c'est celui que chacun d'entre nous (y compris les chercheurs !!!)
utilise chaque jour avec chacun.
La relation dans le langage est complexe. Deux inter-locuteurs, deux
personnes parlent, utilisant tour à tour la position du je
et du tu, et toujours dans le même temps puisque "je"
s'écoute aussi en tant que "tu" dans la conversation.
Le même type d'équilibre, instable et fragile, se joue
dans la bande dessinée. L'image et le mot ne sont pas essentiel
l'un à l'autre. S'il est vrai que le fantasme accompagne plus
l'image que le texte qui, de par son système, structure et
assagit la sémantique profuse du visuel, en bande dessinée,
le mot devient image et l'image devient mot.
Les deux créent, dans une relation où chacun a son mot
à dire (?), ou plutôt son rôle à jouer dans
la création de sens particulière qu'est la bande dessinée. |
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Aller plus plus
loin serait précipiter les choses et beaucoup des idées
soulevées dans ces quelques lignes méritent approfondissemnt,
réflexion et surtout... dialogue. En effet, tout reste à
prouver et la charge de la preuve est tout autant du côté
de ceux qui cherchent à montrer les particularités
propres à un médium que du côté de ceux
qui étudient les systèmes de signes et leurs singularismes.
S'il faut finir sur quelques mots, deux idées importantes
:
Le textuel, bien qu'ayant un rôle déterminant de sélection
(examens, test, concours,...) dans nos sociétés dites
"évoluées", n'est qu'un pan de la communication.
La télévision faisant peu à peu partie de la
vie des personnes dès leur plus jeune âge, nous commençons
à apprendre à lire les images. Par lire, il faut,
bien entendu, comprendre autre chose que "lecture de mot",
mais bien plus lecture d'un sens communiqué par l'image.
Une culture du graphique est un enjeu intéressant
et important pour les années à venir.
Enfin, pour revenir à notre exemple, Andreas, au travers
de son étrange ligne rouge qui figure un son sans sens, ou
du moins un sens qu'il laisse au lecteur le soin de découvrir,
arrive à un équilibre qui n'est plus une tension entre
les deux systèmes de signes. Dans la
bande dessinée, parfois (souvent ?), au meilleur de sa forme
(de son fond ?), l'image et le mot se découvrent, font sens
ensemble, dans un véritable échange... comme si la
bande dessinée créait une nouvelle unité de
sens : un(e) image-mot ?
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