A. BIOMARQUEURS NON SPECIFIQUES


Ce sont des indices de stress qui donnent une évaluation globale de l'état de santé des organismes sans indiquer le type de contaminant présent dans le milieu marin. Les protocoles de mesure de ces indicateurs sont généralement faciles à mettre en pratique, ne requièrent pas d'équipements sophistiqués et s'avèrent très peu onéreux.
Nous nous bornerons ici à présenter quatre indicateurs biologiques non-spécifiques : les deux premiers (stress on stress et scope for growth) opérant à l'échelle de l'organisme entier, les deux suivants (évaluation de la stabilité des membranes lysosomales et de la peroxydation lipidique) intervenant à l'échelle cellulaire.

a) Stress on stress

La méthode (Viarengo et coll., 1995) consiste à superposer deux types de stress sur des mollusques prélevés en mer, en différentes stations du littoral : au stress que subissaient déjà les animaux dans leur milieu naturel si celui-ci était pollué, on ajoute un deuxième facteur perturbant en les plaçant en situation d'anoxie, par mise à l'air libre en laboratoire (d'où l'appellation de "stress sur le stress"). Si les mollusques sont d'ordinaire capables de supporter des émersions prolongées (quelques heures pour la moule), leur résistance à la mise à l'air libre est amoindrie s'ils avaient auparavant été l'objet de contaminations chimiques en mer ; ce sont donc ces individus, doublement perturbés, qui mourront les premiers tandis que leurs congénères sains seront en mesure d'endurer le traitement pendant un laps de temps plus long (Fig. 1). La comparaison des taux de mortalité, aux mêmes temps, pour les différents sites de provenance des animaux, donne en fin de compte une indication relative sur l'état de santé des stations étudiées.

La réponse au stress on stress s'avère être une méthode originale, d'une extrême facilité de mise en oeuvre puisqu'elle ne nécessite en tout et pour tout qu'une enceinte thermostatée où entreposer les organismes à l'air libre. Cette technique pourrait, dans un avenir proche, être intégrée en routine dans les programmes de biosurveillance, en tant qu'outil d'évaluation globale des contaminations côtières.

Fig. 1 : expérience de stress on stress sur des palourdes (Ruditapes decussatus), réalisée en mars 1996 au Laboratoire de Physiologie et Toxicologie Environnementales, UPRES EA.2138, Université de Nice Sophia-Antipolis.


Trois groupes de 12 animaux ont été constitués, maintenus dans des bacs d'eau de mer pendant une semaine avant la mise en anoxie à 15°C en chambre de culture : le premier bac servant de témoin, le deuxième et le troisième étant respectivement contaminés avec une solution de lindane (hexachlorocyclohexane, utilisé comme pesticide en agriculture) et de chlorure de cuivre (composé intervenant dans les procédés de sulfatage des cultures). Pendant la période d'anoxie, les animaux morts ont été comptés quotidiennement jusqu'à atteindre 100% de mortalité. En fin d'expérience, il apparaît clairement que les animaux témoins ont mieux résistés à la mise à l'air libre que leurs congénères contaminés.


 REFERENCES

VIARENGO A., CANESI L., PERTICA M., MANCINELLI G., ACCOMANDO R., SMAAL A.-C., ORUNESU M. (1995). Stress on stress response : a simple monitoring tool in the assessment of a general stress syndrome in mussels. Mar. Environ. Res., 39 : 245-248. [retour texte]