La Traversée |
Toute beauté pour celui qui flotte, mais une pensée de désespoir pour ceux qui on subit un naufrage. À ces gens dont la vie fut retirée par cette beauté, une beauté qui se change en cauchemar. Mais enfin faut continuer à voir la beauté car ce n'est pas à nous de décider si la nature est mauvaise ou non. Il faut plutôt la contempler, et si jamais elle se déchaîne, on doit vivre ou mourir avec. Nous ne sommes qu'un élément dans cet univers, et cet élément c'est à nous de l'intégrer. J'ai toujours rêvé de faire une croisière en Alaska et là ce rêve ne fait que s'accentuer. Un poisson vient de sauter comme pour montrer que sous ce vitrail, la faune marine est toujours là. Présentement, nous ne voyons plus l'eau. Ce n'est plus qu'un immense champ de glace que le bateau laboure et que la nature referme derrière nous, comme pour panser une plaie. Pour moi voir ce grand désert blanc qui flotte, c'est voir la grandeur, la force, la beauté et la fragilité de la vie. Chaque morceau de glace est un humain qui tente de se tenir à l'autre et là un intrus les sépare. Mais croyez-le ou non, ils se rassemblent et s'entraident pour continuer à vivre ensemble le temps d'une vie. Je viens de faire un tour sur la passerelle pour sentir le bon air pur et glacé et si bon à respirer mais certaines gens n'aiment pas beaucoup sentir la contraction de leur muscle sous l'effet du froid. Saviez-vous que pour apprécier la chaleur, il faut avoir un écart de température sinon vous ne sauriez plus ce qu'est la chaleur. Nous voyons la côte et son relief. La nappe de dentelle s'est détachée de son ancrage comme pour nous faciliter la tâche de nous rendre à destination. Dire que sous cette couverture se cache un autre monde, un monde qui frémille, se bat et donne à cet univers un autre maillon de vie. Sans eau, pas de vie. Sans vie c'est le zéro absolu. Aucune matière, c'est la mort. Vaut mieux voir la mort pour nous faire apprécier la vie. Ici la glace est assez mince qu'elle danse avec les vagues sans faire de faux pas. De place en place, quelques trous bien ronds, peut-être fait par les phoques pour venir respirer. Du côté du bateau, les vagues nous disent bonjour à la façon de Mme de Pompadour. Je leur lève ma calotte discrètement iiiiiii Nous serons arrivés dans 10 minutes. Voici ma traversée tel que dit dans mon journal de bord iiii
Boing |
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