Pour un monde de partages et non de guerres !
(Sujet de conférence)
Bonjour à vous tous et à vous toutes qui êtes venu(e)s écouter ce sujet de conférence.
En tant que psychosociologue et observateur du monde contemporain, je souhaite, ce soir, vous faire partager quelques idées sur l’environnement socio-économique qui est le nôtre aujourd’hui, ceci en vue d’initier une réflexion sur la façon dont chacun de nous peut participer à son évolution positive.
Le référendum du 29 mai 2005 en France a fait dire à un homme politique " l’Europe, aujourd’hui, ne fait plus rêver ! ". Et il avait raison. L’Europe, vaste territoire aux frontières non fixées de façon définitive, traversée par des appels d’air qui renvoient la main d’œuvre industrielle peu ou pas qualifiée vers l’Est du Continent, qui ébranle par le fait des pans entiers d’économie nationale, ne fait plus rêver les Français ni les Néerlandais.
Déçus, les autres peuples européens sont restés perplexes devant ce double Non qui interpelle les bases sur lesquelles l’Europe avait été fondée jusqu’ici.
Entre le non de gauche qui dénonce le fait que l’Europe tend à mettre les peuples en concurrence sur un même territoire, et le non de droite qui revendique le maintien d’une identité nationale préservée, et le respect des choix nationaux spécifiques, les européens français ont peut-être tout simplement remis en cause le principe d’une économie aujourd’hui mondialisée, qui ignore désormais la personne en tant que telle, avec les questions qui sont les siennes. La règle de l’économie mondialisée semble en effet se moquer des préoccupations et des désirs légitimes d’épanouissement qui animent les individus sur un territoire donné.
Il serait donc pertinent maintenant de faire une pause dans ce jeu qui se déroule par devers nous, et de prendre un peu de temps pour comprendre comment l’économie de marché en est arrivée à nous imposer l’option des délocalisations d’entreprises (voire des salariés) et pourquoi elle impose ce genre de jeu qui n’amuse plus personne…
Pour comprendre d’où le mal provient, il nous est ici nécessaire de faire un retour sur l’histoire, et de revenir assez loin dans le temps, en une époque où les enjeux du commerce s’exerçaient davantage entre villages qu’entre blocs continentaux.
La fenêtre temporelle qu’il convient alors d’ouvrir serait celle du Moyen Age où les activités de commerce concernaient les villages qui étaient voisins les uns des autres. C’est sans doute à cette époque que l’origine de nos problèmes actuels se situe.
Car en cette époque lointaine, faire du commerce entre villages traduisait avant tout un signe de paix entre des communautés séparées de quelques kilomètres. Tout village, dans ce temps là, aurait pu vivre effectivement de façon autonome, autarcique : tous les corps de métier de base s’y trouvaient présents. Le fait de commercer avec les villages voisins n’était donc pas vital pour la survie de la communauté, puisque l’un comme l’autre disposaient des mêmes ressources en terme de métiers présents sur son sol. L’acte de commerce intervillage était donc d’abord un acte de pacification, une manifestation de relations paisibles voulant être passées avec l’autre.
Les villageois d’une bourgade vendaient par exemple à leurs voisins des tomates (que ces derniers produisaient aussi)… Ceux-ci acceptaient par diplomatie… Puis eux-mêmes vendaient aux premiers des poulets (que le village acheteur produisait aussi). Mais là encore il s’agissait de gestes politiques manifestant un souhait de paix. Car concrètement, chacun des villages aurait pu rester autonome vis-à-vis de ses propres productions.
Aujourd’hui, en 2005 (date où ce texte a été écrit), nous sommes toujours dans cette logique : la France produit ses tomates. Et pourtant l’Espagne propose à la France d’acheter des tomates. Les élevages bovins existent dans tous les pays, mais on exporte notre viande bovine chez le voisin qui produit ses steaks à partir des vaches qui lui appartiennent. Et lorsque l’on désapprouve la façon dont un dirigeant gère son pays et son peuple, on le boycotte, au sens où l’on cesse de commercer avec lui…
L’acte commercial traduit donc l’existence de relations que l’on souhaite maintenir calmes entre les villages, entre les régions, entre les nations…
Mais aujourd’hui, cela ne fonctionne plus…
La vie économique se traduit par une véritable guerre concurrentielle, et les morts, par millions, sont tous ces chômeurs qui se retrouvent en marge du jeu. Certes, ce n’est au départ qu’une mort symbolique, temporelle… Mais si elle se prolonge trop longtemps, comprenez : si un individu reste trop longtemps sur le carreau du chômage, il peut en arriver à faire le choix de se supprimer complètement, et dans ce cas, sa mort initialement virtuelle devient plus que réelle.
L’Europe se targue donc d’être aujourd’hui un vaste territoire à l’abri des guerres. Mais la guerre économique s’exerce totalement sur son sol. Et les chômeurs par millions en sont les victimes.
Il est donc temps de revoir complètement la copie de ce jeu proposé, et de réfléchir à la façon que nous aurions de réaiguiller, voire de redéfinir les principes de ces échanges économiques, ceci pour permettre à chaque personne de trouver sa voie d’expression dans ce monde qui, pour l’instant, ne fait plus rêver, mais inquiète…
Certes l’ambition est vaste, voire utopique. Mais si le rêve est encore permis, alors permettez moi de vous exposer celui que j’aimerais voir se matérialiser…
L’homme ne peut être dissocié du territoire sur lequel il évolue. Il est né sur une terre, entourée d’une atmosphère… Invité à travailler son sol, il a fait le choix de se spécialiser en abandonnant l’idée d’exploiter au mieux toutes les ressources proposées par son environnement pour se focaliser sur l’une d’elles en particulier… A partir de là, il s’est coupé de la nature, en choisissant d’ignorer ses cycles et en se comportant en conquérant, sans l’once d’une sagesse pouvant guider ses actes.
Il existerait pourtant un autre type de fonctionnement économique pouvant prendre en compte et l'environnement local, et les individus peuplant cet espace, sans laisser personne sur le carreau du chômage, hormis peut-être ceux et celles qui auraient fait volontairement le choix de vivre en marge de la société…
Lorsque chaque territoire privilégiera ses ressources locales avant d'envisager d'importer des produits ou de la main d'œuvre d'ailleurs, un nouveau vent soufflera sur les contrées, manifestant plus d'équilibre et d'harmonie.
L'idée maîtresse d'un changement de règles du jeu économique serait en effet d'inciter chaque région à être le plus autonome possible vis-à-vis des besoins de la population qui vit sur son espace. Cela remet totalement en cause l'économie de marché telle qu'elle s'est développée jusqu'ici, j'en conviens…Mais on ne peut que constater aujourd'hui les dégâts causés par ce jeu économique actuel. Or, l'idée ici est de suggérer un autre modèle. Permettez moi donc de poursuivre mon développement…
Un pays qui comprendrait la nécessité de devenir le plus autarcique possible devrait en effet, sur son territoire, mettre en place un système de production - recyclage proche de ce que nous donne à voir notre Mère Nature. En effet, le cycle de la vie nous montre qu'un même territoire naturel constitue un écosystème à lui seul, avec des organismes qui constituent le premier maillon de la chaîne alimentaire et les "nettoyeurs" en fin de chaîne qui permettent de rendre l'environnement propre, débarrassé des carcasses d'animaux morts. Il serait donc temps que nous, êtres humains, nous nous inspirions enfin de ce que nous montre la Nature pour vivre en harmonie avec elle, et nous sauver par le fait de grands désastres programmés par nos attitudes qui, jusqu'ici, ont été conquérantes vis-à-vis de l'espace (et inconscientes, n'ayons pas peur des mots !).
S'inspirer de la nature reviendrait alors à résoudre l'équation suivante :
comment assurer la satisfaction des besoins élémentaires de tous en mobilisant les ressources présentes sur ce territoire ? Celui-ci est-il en mesure de répondre à toutes ces attentes, et si non, quel territoire limitrophe pourrait suppléer aux éventuels manques ?
Réduire le trajet des marchandises et ainsi diminuer les coûts de transport et de pollution associée, c'était le leitmotiv d'un forum pour le développement durable qui s'était déroulé à Besançon en juin 2005. Le modèle de fonctionnement que je vous propose aujourd'hui y répond totalement, mais au prix d'une véritable révolution culturelle quant à la façon de penser l'économie. Y sommes-nous prêts ? Ou devra-t-on encore attendre d'autres signes de déséquilibres écologiques de la planète pour s'y résoudre enfin ?
Je n'ignore pas que le jeu économique actuel s'explique par la volonté de réduire constamment les prix de vente, pour s'attirer davantage de clientèles et générer plus de marges bénéficiaires. Ce principe explique les délocalisations massives d'entreprises auxquelles on assiste désormais trop souvent en France, et qui mettent sur la paille des personnes qui, du coup, vont devoir revoir leur mode de consommation; eu égard à leur train de vie qui va s'en trouver remis en question. Et au regard de cette réalité déjà bien perceptible, le comportement du consommateur français ne cesse de se réfreiner : comme tout augmente, hormis le salaire, on finit obligatoirement par revoir à la baisse certaines lignes budgétaires. Or quand on sait que les gouvernements misent sur la consommation des ménages pour booster l'économie, on perçoit déjà le malaise qui grandit…
Ainsi, à vouloir gagner toujours plus d'argent, le choix de certains entrepreneurs qui voyaient dans la délocalisation d'entreprise un moyen d'augmenter leurs marges bénéficiaires finira par être interrogé quand ces PDG réaliseront que leurs clients d'antant (les Européens de l'Ouest) ne seront plus en capacité d'acquérir leurs produits, faute de salaires perçus… Un chômeur achète beaucoup moins qu'un salarié. Mais cela, a priori, n'a pas encore été compris…
Avec une économie recentrée à l'échelle d'une région, d'un pays, voire d'un continent (mais avec le risque, pour ce dernier cas, d'assister à des propositions de délocalisation de main d'œuvre comme certains chefs d'entreprise se sont permis de le faire ces derniers mois), on retrouvera la voie de la logique de l'écosystème qui permet à chacun de trouver une raison d'être professionnelle, et à un territoire d'être autosuffisant, dans le respect du développement durable pour les générations à venir.
Cessons de mettre l'argent à la première place ou au premier plan, et pensons à privilégier plutôt le bien-être de chacun, celui-ci n'ayant pas nécessairement besoin de passer par l'accumulation exagérée de biens matériels…
Et si l'on souhaite exporter des savoir-faire régionaux, faisons-le sur des produits agro-alimentaires qui caractérisent une région. Les spécialités locales auront toujours leur succès : la saucisse de Morteau, la saucisse de Montbéliard, la cancoillotte, la tartiflette, le jambon de Bayonne, la tarte flambée alsacienne…, tous ces noms ont acquis leur renommée à l'échelle de l'hexagone. Et lorsque les touristes viennent en France, ce n'est pas seulement pour les paysages, mais aussi pour les dégustations culinaires qu'ils peuvent y faire…
Les idées aussi peuvent s'exporter ou s'importer : les livres, pour faire connaître un endroit du monde auront toujours du succès… Tous les peuples de la Terre n'ont pas encore accès à l'informatique (pour ceux qui trouvent les Cdroms plus attrayants que les bouquins)…
La clé d'une économie qui se développerait dans l'esprit du développement durable est donc de privilégier l'activité à l'échelle d'un territoire pour permettre à chaque personne de trouver sa place professionnelle. Et tout processus de production doit s'accompagner d'un processus de reclyclage sur le même espace. Inutile de continuer d'exporter les déchets ailleurs ou d'importer ceux des autres qui n'ont pas fait le choix de recycler leurs déjections chez eux. Cela nous évitera les manifestations des écologistes qui ne manqueront pas de trouver dans ce système une vraie responsabilisation des actes choisis. Et si on n'a pas la clé pour recycler nos déchets engendrés, alors évitons la production en question, jusqu'à ce qu'on ait trouvé la solution du recyclage. Cette attitude est la seule qui pourra nous permettre de poursuivre nos existences sur la Terre…
Pour le reste, on pourra toujours échanger entre blocs continentaux sur les modèles culturels qui caractérisent chacun d'eux. Plutôt que de chercher à leur imposer des produits qu'ils peuvent fabriquer chez eux, on ira à leur rencontre pour les connaître vraiment et respecter leurs pratiques culturelles tout comme leurs croyances… On sera alors dans une logique de cœur, et non plus dans une logique d'argent. C'est à ce prix, et à ce prix seulement, qu'on pourra laisser entrevoir à nos enfants un avenir qui les attirera et vis-à-vis duquel ils pourront entretenir une soif d'apprendre…
C'est à ce rêve là que je vous invite ce soir, c'est à ce rêve là que j'ai envie de croire.
Merci de votre écoute…
B. Masgonty