Le cas du Docteur Aveline
L'histoire du docteur Aveline est spectaculaire. Ce n'est plus une maison mais un immeuble tout entier qui est victime de nocivités telluriques.
Le docteur Aveline loue un appartement à usage professionnel, rue Blanche, à Paris. Toutes les pièces en sont agréables, ensoleillées et bien disposées. Le médecin jouit lui-même d'une robuste santé. C'est un homme sain, équilibré. Il ne s'étonne pas que trois confrères, installés dans les mêmes lieux, y soient morts les uns après les autres depuis moins de 15 ans.
Troubles mentaux caractérisés par le premier, épuisement sans cause déterminée pour le deuxième, fausse angine de poitrine dans le cas du troisième.
Moins de 3 mois après son installation, il commence à se sentir mal. Il écrit, dans son autodiagnostic :
"… Diminution de mon rendement intellectuel, travail pénible, sommeil agité et rare, tout effort impossible. Bref, un épuisement tel que par moments, je me sentais à la merci de la moindre indisposition. Modification du caractère (irritabilité excessive et sans motif), de la sensibilité (presque impossible à dominer par instant, et pour des sujets sans propos), vertiges, éblouissements ; enfin palpitations et sensations d'angoisse cardiaque telles que, par moment, je devais porter la main à la poitrine…"
Le docteur s'affaiblit physiquement et moralement de jour en jour. Il a de plus en plus de mal à assurer ses consultations. Le simple fait de conduire sa voiture lui demande un effort surhumain…
Un confrère lui prescrit de changer d'air.
C'est effectivement salutaire. Quelques semaines de vacances, une croisière, et voilà le docteur Aveline de nouveau sur pied, en pleine forme. Le simple fait de quitter son appartement de la rue Blanche a fait disparaître tous les symptômes de son mal.
Il n'est pas plutôt de retour au cabinet que les mêmes problèmes ressurgissent. Il court les spécialistes, fait effectuer tous les examens et analyses possibles et imaginables. Rien.
Aveline réfléchit alors aux étranges décès des trois confrères qui l'ont précédé dans les lieux. Les maladies qui les ont emportés, remarque-t-il, ne sont habituellement pas mortelles. Les derniers temps, ils présentaient, paraît-il, ainsi que parfois leurs familles, de curieuses anomalies de comportement…
La femme de ménage du cabinet, une robuste femme, tombe elle aussi soudainement malade. On diagnostique une congestion oculaire bilatérale intense, avec début d'infiltration de la cornée. L'ophtamologue consulté est perplexe quant à la cause profonde de l'infection.
C'est l'occasion pour le docteur de s'aviser que l'immeuble dans son entier est assailli de graves ennuis de santé.
"… Une concierge nouvelle, écrit-il, maigrit de cinq kilos en deux mois et prétend devenir folle… Une jeune femme accouche d'un enfant mort-né, sans qu'aucune explication plausible puisse être formulée, en l'absence de tous signes cliniques et sérologiques…"
Au cinquième étage, un homme meurt avec tous les symptômes de la fausse angine de poitrine comme l'un de des prédécesseurs d'Aveline… L'immeuble de la rue Blanche est une véritable encyclopédie du bien-être en déroute !
Inquiet et désarmé, le docteur déménage. En quelques semaines, et sans suivre le moindre traitement, il recouvre une santé parfaite.
On découvrira un peu plus tard la cause cachée de cette mystérieuse malédiction. Sous les caves de l'immeuble circule un fort cours d'eau souterrain, dont _ ce qui n'arrange rien _ les eaux desservent les terrains de deux cimetières, celui des Batignolles et du Montparnasse. Il faudra qu'un spécialiste "ré-équilibre" les lieux pour que tous les maux disparaissent…