Dynamique économique actuelle
L’émission " C dans l’air " animée par Yves Calvi le 29 avril 2008 annonçait que le moral des Français était en baisse pour la 10ème fois consécutive. Et de commenter : " la France va plus mal qu’il y a un an "… Les gens ressentiraient un sentiment d’injustice sociale, la vie quotidienne devenant de plus en plus difficile…
Le moral des Français en baisse laisse présager une crainte pour la consommation, et donc pour la croissance… Il faut dire que les gens ont de plus en plus de mal à boucler leur fin de mois.
Philippe Dessertine, économiste invité sur le plateau, commentait en ces termes : " les chefs d’Etat commencent à ressentir ce qui va se passer… Il s’agit aujourd’hui de tenir le cap. Malheureusement, les boussoles utilisées en économie ne marchent plus : tous les indicateurs sont au rouge dans le monde entier… Aujourd’hui, il y a encore peu d’effet de la crise mondiale dans l’économie française. Ce sont les marchés qui décident de tout, et on peut s’interroger sur les pouvoirs qui restent ceux des politiques dans cette dynamique mondiale.
Nous sommes dans une situation qu’aucun chef d’Etat français n’a connu jusqu’à présent. Cette situation est beaucoup plus complexe qu’avant. Et elle devient de plus en plus grave au jour le jour.
Yves Calvi : Peut-on faire une analyse de fond sur la crise qui se prépare… Et est-ce que finalement, ça ne fait que commencer ?
Philippe Dessertine : l’économie nous promet, dans les semaines et les mois qui viennent du sang, de la sueur et des larmes. Tous les éléments (indicateurs) convergent et montrent que nous sommes dans un problème systémique et structurel. Nous sommes à un tournant historique : celui qui devra nous permettre d’intégrer les pays émergeants (la Chine et l’Inde) dans l’économie mondiale. La Chine et l’Inde commencent à se réveiller. On va donc devoir trouver une nouvelle gestion, une nouvelle forme de gouvernance économique du monde à laquelle nous ne sommes pas prêts pour l’instant…
La capitalisme asiatique peut devenir le moteur de l’économie planétaire : l’Europe est vieillissante ; certes, les Etats Unis se bagarrent. Mais on assiste aujourd’hui à l’affirmation d’un capitalisme planétaire sur-puissant avec des indicateurs qui tournent au rouge de façon dramatique : les marchés financiers dévissent, il y a le problème du pétrole, l’augmentation du prix des matières premières, le problème de la famine… Tous ces problèmes se raccordent, ce qui fait dire qu’on est dans un processus qui va durer longtemps, et ce qui explique qu’on attend une réponse du politique… Progressivement, les personnes perçoivent ces difficultés. Mais on n’entend pas beaucoup de vraies pistes pour savoir comment on doit traiter ce sujet. Certains évoquent l’idée de s’orienter vers un gouvernement mondial…
Est-ce que le salut viendra des Etats Unis ? Le dynamisme américain est fort… Mais d’autres pensent qu’ils sont à terre comme les autres.
Yves Calvi : Finalement, la question se résumerait ainsi : comment peut-on s’entendre pour vivre autrement ?
Commentaires :
Intégrer les pays émergeants dans l’économie actuelle telle qu’elle est suivie aujourd’hui nous entraînera effectivement dans le mur. Car dans l’esprit des économistes qui analysent la situation, il ne faut surtout pas remettre en question l’idée de libre concurrence entre les pays. Mais dans le contexte actuel, accepter la libre concurrence de pays qui ne pratiquent pas les mêmes coûts du travail que nous ne peut que nous entraîner dans un mur. C’est comme si nous étions tous dans un train lancé à pleine vitesse, lequel train se dirige précisément sur ce mur… Il n’y a donc pas de quoi pavoiser car le choc sera forcément brutal !
Comme j’ai pu l’écrire en 2005 _ pour un monde de partage, et non de guerres _, (trois ans déjà), la vie économique se traduit par une véritable guerre concurrentielle. Et les commentaires entendues dans l’émission d’Yves Calvi ne font que le confirmer : l’Europe se targue d’être aujourd’hui un vaste territoire à l’abri des guerres. Mais la guerre économique s’exerce totalement sur son sol. Et les chômeurs par millions en sont les victimes.
Il était donc temps, déjà en 2005, de revoir complètement la copie de ce jeu proposé, et de réfléchir à la façon que nous aurions de réaiguiller, voire de redéfinir les principes de ces échanges économiques, ceci pour permettre à chaque personne de trouver sa voie d’expression dans ce monde qui, pour l’instant, ne fait plus rêver, mais inquiète… La question posée par Yves Calvi m’incite donc aujourd’hui à reprendre le développement de ce que j’avais pu exposer il y a trois ans maintenant…
Il existerait un autre type de fonctionnement économique pouvant prendre en compte et l'environnement local, et les individus peuplant cet espace, sans laisser personne sur le carreau du chômage, hormis peut-être ceux et celles qui auraient fait volontairement le choix de vivre en marge de la société…
Lorsque chaque territoire privilégiera ses ressources locales avant d'envisager d'importer des produits ou de la main d'œuvre d'ailleurs, un nouveau vent soufflera sur les contrées, manifestant plus d'équilibre et d'harmonie.
L'idée maîtresse d'un changement de règles du jeu économique serait en effet d'inciter chaque région à être le plus autonome possible vis-à-vis des besoins de la population qui vit sur son espace. La Chine et l'Inde s'éveillent ? Plutôt que de laisser les prix du lait s'envoler parce que ces personnes vont consommer plus de produits laitiers, expliquons leur comment produire eux-mêmes leurs produits à base de lait, pour que le coût du lait n'augmente pas ailleurs !!! Cela remet totalement en cause l'économie de marché telle qu'elle s'est développée jusqu'ici, j'en conviens…Mais on ne peut que constater aujourd'hui les dégâts causés par ce jeu économique actuel…
Le monde s'est plu à croire que la planète était devenue un village depuis l'utilisation massive d'Internet. Certes, on peut communiquer avec plus d'aisance qu'auparavant... Mais il serait dangereux et ce serait de l'inconscience de laisser se concentrer sur un espace restreint des activités uniques et exclusives : l'environnement ne pourra pas encaisser les incidences engendrées par une telle concentration. Il n'aura pas la possibilité de faire face aux déchets issus d'une telle spécialisation d'activité ! Les industriels d'une méme filière qui font le choix de localiser sur un même pays et une même région de ce pays ne perçoivent-ils pas ce danger ?
Un pays qui comprendra au contraire la nécessité de devenir le plus autarcique possible devra, sur son territoire, mettre en place un système de production - recyclage proche de ce que nous donne à voir notre Mère Nature. En effet, le cycle de la vie nous montre qu'un même territoire naturel constitue un écosystème à lui seul, avec des organismes qui constituent le premier maillon de la chaîne alimentaire et les "nettoyeurs" en fin de chaîne qui permettent de rendre l'environnement propre, débarrassé des carcasses d'animaux morts. Il serait donc temps que nous, êtres humains, nous nous inspirions enfin de ce que nous montre la Nature pour vivre en harmonie avec elle, et nous sauver par le fait de grands désastres programmés par nos attitudes qui, jusqu'ici, ont été conquérantes vis-à-vis de l'espace (et inconscientes, n'ayons pas peur des mots !).
En 2005, je n’avais pas hésité à écrire ces lignes : à vouloir gagner toujours plus d'argent, le choix de certains entrepreneurs qui voyaient dans la délocalisation d'entreprise un moyen d'augmenter leurs marges bénéficiaires finira par être interrogé quand ces PDG réaliseront que leurs clients d'antant (les Européens de l'Ouest) ne seront plus en capacité d'acquérir leurs produits, faute de salaires perçus… Un chômeur achète beaucoup moins qu'un salarié. Mais cela, a priori, n'a pas encore été compris…
Sommes-nous parvenus à cette époque où cet exposé d’idées se concrétise par des faits tangibles ? Le moral des Français baisse pour la 10ème fois consécutive… ce qui interroge les perspectives de consommation, et donc de croissance…
Pour rééquilibrer le jeu de façon durable, il serait nécessaire que les hommes et femmes politiques affirment leurs rôles de protecteurs et protectrices d’un territoire et des gens qui y résident en remettant en place des taxes douanières sur les produits assemblés ailleurs qui reviennent sur l’hexagone pour y être vendus.
Si on compare le monde économique à un grand jeu de société où chaque pays serait un joueur, on ne peut qu’être surpris de constater que tous ces joueurs veulent jouer en suivant leurs propres règles. Et en effet, dès que l’on change de pays, ne serait-ce que sur le damier européen, on est soumis à des règles socio-économiques différentes. Ce qui engendre des appels d’air énormes d’une région d’Europe (l’Europe de l’ouest en particulier), vers une autre (l’Europe de l’Est par exemple). Seuls les enjeux diplomatiques expliquent qu’un jeu aussi déséquilibré puisse se prolonger alors que dans le cas d’un jeu de société classique, les joueurs auraient eu vite fait de se taper dessus en observant que chacun voulait appliquer ses propres règles.
Disons le donc clairement, si d’aventure cela n’était pas compris jusqu’à présent : le monde économique actuel est on ne peut plus tordu :
Lorsqu’après une journée de travail dans ce monde désenchanté, on s’immerge dans le film Excalibur, on reste songeur devant cette phrase de Merlin : " une Terre, un roi… Si le roi va bien, la terre s’épanouira et prospérera. Si le roi va mal, la terre dépérira, la famine et la pauvreté s’étendront . "
Les hommes et les femmes politiques qui nous gouvernent doivent être bien malades pour que la terre de notre territoire national aille aussi mal, avec toutes ces personnes qui ont de plus en plus de mal à finir leur fin de mois ! Quand observera-t-on l’expression du courage en politique qui consistera à dire à nos voisins européens ou d’autres contrées qu’en attendant une harmonisation des coûts du travail entre le pays souhaitant exporter chez nous et notre territoire, on remettra en place des taxes douanières, ceci pour faire en sorte que les produits faits ailleurs soient finalement vendus au même prix que les produits réalisés sur place ?
Si des chefs d’entreprise veulent délocaliser leur entreprise ailleurs pour vendre aux populations du pays où ils s’implanteront, qu’ils le fassent volontiers. Mais si c’est pour délocaliser ailleurs un site de production pour vendre finalement les produits sur le territoire d’où l’entreprise est partie, c’est ouvrir en grand la porte par laquelle soufflera le vent de la désolation et du sentiment d’injustice grandissant.
Les Français, comme d’autres européens de l’Ouest commencent à être acculés à des conditions de vie de moins en moins enviées. Que les politiques prennent gardent à ce que ces personnes, dans un dernier désespoir ressenti, ne descendent dans la rue pour une " implosion sociale " à laquelle nul pays de l’Europe de l’Ouest n’est à l’abri.
L’Europe se targuait d’être devenue un territoire à l’abri ces guerres entre les peuples… Elle n’est pas à l’abri de voir chaque pays imploser, dans un sentiment de ras-le-bol exacerbé par des conditions économiques devenues insupportables, et surtout, en paradoxe total avec les préceptes du développement durable… Comment la Terre pourra-t-elle en effet continuer à encaisser la surconcentration d’activités d’un même type sur une même portion de terrain (pour cause de coût de main d’œuvre battant toute concurrence), alors que le bon sens des lois naturelles requiert au contraire une diversification équilibrée des production sur un espace donné ?…
Comme on le voit, les incidences systémiques de toutes ces questions sont multiples, et demandent une certaine sagesse pour être appréhendées. Sagesse qui semble avoir disparu depuis longtemps des hommes et femmes politiques qui nous gouvernent et des chefs d’entreprise quand ceux-ci sont animés par leur seule cupidité.
Finalement, c’est la cupidité humaine qui explique à elle seule cette dérive déplorable à laquelle on assiste, impuissant, depuis notre place de simple citoyen… Où demeurent les indicateurs positifs qui peuvent encore nous faire espérer en des jours meilleurs ? Est-ce dans la capacité des peuples à se soulever spontanément que résidera la solution ? Ou est-ce le pouvoir du consommateur qui engendrera une autre réaction des PDG des multinationales actuelles ?
En faisant le choix d’acheter différemment, on peut contraindre les stratégies entrepreneuriales à revoir leurs copies : être attentif sur la provenance d’un produit, choisir de le reposer lorsque l’on constate qu’il a parcouru des milliers de kilomètres, alors qu’il est aussi produit sur place, se soucier des conditions de travail de ceux qui ont fabriqué le produit et choisir de boycotter les entreprises qui n’expriment pas une RSE (responsabilité sociale d’entreprise) aussi exemplaire que ce qu’on aimerait trouver en tant que salarié, ceci pour obliger les dirigeants de ces firmes à revoir leur copie managériale, voilà autant de pistes qui peuvent contraindre ceux qui se croient à l’abri des pressions " du peuple " à revoir finalement leurs positions. Ceci pour rééquilibrer un jeu, qui, pour l’instant, reste des plus tordus…
On ne peut finalement qu’être surpris de cette absence de bon sens chez ceux qui détiennent le pouvoir de gouvernance… Puisse la sagesse illuminer enfin leurs yeux, pour qu’ils réagissent avant qu’il ne soit trop tard…
Brice Masgonty
Vous souhaitez réagir à ce texte ?
Sinon,
Retour aux autres thèmes