Signes de faiblesse sur l'économie française

 

Etudier le système qui montre les flux agissant au cœur de l'économie française amène à s'interroger, à terme, sur la pérennité des choix politiques et économiques qui prévalent actuellement dans ce domaine…

 

Ce système se distingue en effet en trois volets :

 

Or, la richesse d'un pays se distingue à la force de son économie de marché. C'est elle qui alimente les deux autres volets du système. Si elle éternue, l'Etat s'enrhume et l'économie sociale et solidaire s'oriente vers une asphyxie dramatique.

L'économie de marché permet d'évaluer la richesse d'un pays car elle s'appuie sur la vitalité et l'imagination des entrepreneurs qui créent et proposent des services, des produits de consommation ou des produits industriels. Et si des hommes et des femmes se lancent dans cette aventure (à risques), c'est qu'ils sont épris d'idées novatrices, de liberté d'action, d'espoir de réussir en accédant (et ce n'est pas à négliger) à un train de vie plus aisé qu'un salarié. Ils cherchent aussi à se rendre maître de leur jeu et à anticiper les bouleversements marquant l'environnement socio-économique, pour ne pas les subir précisément.

Donc ces hommes et ces femmes d'une énergie exceptionnelle (car il faut bien l'admettre, tout le monde n'a pas la "carrure" pour s'orienter et réussir dans la création d'entreprise) croient qu'il est possible de proposer des services, des idées, des produits, qui satisferont les consommateurs, voire les feront avancer vers une vie de plus en plus intéressante car de plus en plus débarrassée de ses contraintes fastidieuses.

Pour vivre leur rêve d'entrepreneurs, ils doivent cependant se soumettre à des obligations, payer des charges (souvent perçues comme lourdes, eu égard à ce qui se pratique dans d'autres pays plus ou moins voisins), et accepter de voir 50 % de leurs bénéfices réalisés partir en impôts de société. Du coup, ils deviennent obnubilés par le chiffre d'affaire à produire chaque mois, pour qu'au bout du compte l'affaire reste rentable, malgré toutes les ponctions qui auront été faites sur l'entreprise pour permettre aux deux autres volets de l'économie française de fonctionner également.

 

l'économie de marché (et les contribuables) alimentent è l'Etat qui subventionne è l'économie sociale & solidaire

 

Alors certains qui caressaient le rêve de s'établir à leur tour, finissent par considérer, une fois tous les calculs pris en compte, qu'il vaut mieux laisser tomber ce type de projet si c'est pour travailler "plus que plus" pour finalement ne pas gagner grand chose de plus qu'un salarié qui lui ne serait mobilisé dans son travail que 35 heures par semaine. (Il y a aussi une vie après le travail, se plaisent à dire certains…)

La France entretiendrait ainsi, comme le disait récemment sur nos écrans TV le Président de la République, un pessimisme ambiant !!! (Avril 2004) Les gens auraient tendance à baisser les bras trop vite vis-à-vis du défi de la création d'entreprise.

Car qu'est-ce qui alimente la motivation finalement d'un individu pour s'impliquer dans son emploi sinon le retour sur investissement qu'il pourra en retirer à terme ?

Or, c'est à ce niveau précisément que l'économie française ne manifeste pas d'ambition réelle vis-à-vis des forces vives qui sont sur son territoire.

Impact de l'héritage de notre culture ? Souci de faire valoir nos valeurs historiques ? Inertie de nos appareils politiques et administratifs ? Sans doute un mélange de tout cela…

Entre temps, heureusement que les entreprises de l'économie de marché (et les contribuables, quand ils sont imposables) continuent d'alimenter financièrement les administrations et les collectivités, lesquelles alimentent à leur tour l'économie sociale et solidaire !…

Mais si les candidats à la création d'entreprise rechignent finalement à se lancer, ce sont les emplois salariés qu'ils auraient pu créer ensuite qui se trouvent à leur tour entravés. Le serpent se mord la queue !!!

Or, avec les délocalisations d'entreprises de plus en plus nombreuses, cet apport de finances pour l'Etat et ses relais, se retrouve finalement menacé :

 

L'économie de marché en recul è Moins d'entrées d'argent dans les caisses de l'Etat !

 

Ce dernier se doit donc de revoir à la baisse certaines de ses dépenses! Et ce sont les administrations qui en subissent les premières les frais : on ne peut plus se permettre d'avoir autant de fonctionnaires qu'avant. D'où la crise actuelle de l'enseignement (avec une baisse incroyable des recrutements de professeurs), d'où la crise de la recherche et des autres secteurs publics (fonction hospitalière). L'Etat essaye donc de freiner l'hémorragie, en tentant aussi d'inciter les industries françaises et les patrons à rester sur l'hexagone. Mais l'hémorragie se poursuit… Du coup, les effets du resserrement des budgets atteignent l'économie sociale et solidaire : les organismes (associations entre autres) qui en dépendent voient ainsi la pérennité de leur fonctionnement menacée à terme. Quant aux professionnels qui ont choisi ce volet de l'économie, ils redoutent un avenir marqué peut-être ,in fine, par la suppression de leurs postes ! Car quand il n'y a plus d'enveloppes pour financer ces derniers, ce sont des pans entiers d'activité économique qui s'écroulent.

Alors que faire, vis-à-vis de ce tableau pessimiste ?

Relancer l'économie qui est source de richesses ! Développer l'esprit d'initiative, de créativité, d'entreprise dès les premières années de scolarité (primaire, collèges), en initiant les jeunes à la réalité du monde de l'entreprise :

Les contenus d'enseignements devraient ainsi être revus en partie, de façon à se montrer plus proches du terrain de l'entreprise, et lutter aussi par voie de conséquence contre l'échec scolaire. Car c'est connu, quand les contenus sont trop abstraits, et trop éloignés de la vie quotidienne, cela favorise le fait que certains élèves s'en déconnectent.

Mais il ne s'agit pas non plus de renier tous les contenus d'enseignements généraux. Bien au contraire. Seulement, il serait bon de savoir ne pas axer l'enseignement des jeunes uniquement là dessus, car même dès la primaire, il est nécessaire que les jeunes perçoivent la réalité du monde socio-économique dans laquelle ils évoluent. Quant aux contenus d'histoire, s'ils pouvaient être associés à une certaine réflexion pour penser à la façon dont les problèmes d'aujourd'hui pourraient trouver une solution, cela serait parfait. En effet, apprendre l'histoire pour l'histoire est quelque peu barbant en soi. Mais regarder l'histoire pour en tirer des leçons en vue de faire face au présent, n'est-ce pas plus motivant ? Plus passionnant ? Plus percutant pour l'avenir ?

Susciter le développement de l'esprit entrepreunarial dans notre pays nécessite donc à qu'on apprenne aux jeunes comme aux moins jeunes à ne pas avoir peur de l'avenir, à y détecter des possibilités de réalisation. Plus les jeunes seront confiants en leurs possibilités d'entreprendre, moins il y en aura qui resteront sur les bas côtés de la société. Plus l'économie de marché, repensée de façon cohérente (car pour l'heure, elle est loin de s'inscrire dans une vraie démarche de développement durable !) prendra le dessus sur les autres volets de l'économie, moins l'économie sociale et solidaire aura de raison d'être.

Il y aura, bien-sûr, toujours le cas des personnes âgées, des handicapés et de l'enfance maltraitée qu'il conviendra de traiter via cette économie "sous perfusion", mais tout le volet de l'aide sociale orientée vers l'enjeu de l'insertion ou de la réinsertion professionnelle devrait s'en trouver allégé si effectivement les individus ayant été éduqués à trouver les ressources intérieures qui leur permettent de faire face aux accidents de la vie (chômage…) utilisent ces ressorts quand cela s'avère nécessaire.

Quant aux administrations qui plombent aussi les budgets de l'Etat, plus les NTCI seront investies par les usagers pour faire face à leur demande de formulaires multiples et variés, moins il y aura besoin de fonctionnaires au guichets d'accueil des diverses administrations.

A tous problèmes, il existe donc des solutions !!! Mais celles qui vous sont dessinées ici nécessiteront, pour se concrétiser, une vraie révolution culturelle dans notre pays ! Il ne s'agit plus d'être attentistes, mais actifs ! Il ne s'agit plus d'être craintifs mais confiants et audacieux !

Enfin, il s'agit d'arrêter de se voiler la face : une économie durable repose d'abord et avant tout sur les possibilités d'une région de faire face à ses besoins en mobilisant préférentiellement et autant que faire se peut, ses propres ressources locales. Pour ce qui est des importations, il serait donc temps de ne faire venir chez nous que ce que nous n'y produisons pas. Stop ! à tous les produits étrangers qui entrent directement en concurrence avec nos produits locaux ! Et qui engendre colère et tensions chez les producteurs de nos régions. N'acceptons les produits étrangers que dans la mesure où nous ne pouvons pas les réaliser nous mêmes. Et dans le cas où cela ne serait pas envisageable, qu'ils soient au moins taxés au niveau des douanes pour que leur prix de vente, in fine, soient alignés sur les prix des produits conçus sur notre territoire. Il s'agit bien, ici, d'une révolution dans la logique du libre échange économique (n'en déplaise à l'O.M.S. qui sanctionne actuellement les pays qui tentent d'utiliser cette stratégie de défense pourtant tout à fait cohérente pour la préservation de leurs propres activités économiques !). Il en va de notre sérénité de vie sur notre hexagone, et de la préservation des emplois sur notre territoire… Car quand une part de plus en plus grandissante de personnes se retrouveront licenciées économiquement parce que leur entreprise perçoit qu'il y a plus d'argent à gagner en délocalisant un site, leur pouvoir d'achat moyen se verra nécessairement baisser. Et qui dit pouvoir d'achat en baisse dit baisse de la consommation. Or n'est ce pas sur la consommation des ménages que les Etats comptent actuellement pour relancer l'économie ?!?

Ils seront livides, ces PDG d'entreprise qui sont pour l'instant séduits par ces pays à la main d'œuvre si peu chère quand ils verront que leurs clients particuliers occidentaux consomment de moins en moins, parce que dépourvus de pouvoir d'achat décent, du fait de licenciements économiques subis en masse !!! Mais ce sera malheureusement trop tard !

Alors bien-sûr, aujourd'hui, en avril 04, on voit les manifestations des enseignants qui n'acceptent pas de voir des postes à ce point supprimés ! L'Etat tente d'argumenter en évoquant les chiffres de la démographie française…

Quoiqu'il en soit, et il faut aujourd'hui le clamer bien fort :

l'économie française est malade du fait que l'économie de marché, associée aux contributions versées par les personnes imposables, ne suffit plus à alimenter et à équilibrer les dépenses de l'Etat d'une part, et l'Economie sociale et solidaire par voie de conséquence.

Les plans de licenciements massifs dus aux délocalisations d'entreprise grèvent dangereusement les rentrées d'argent dans les caisses de l'Etat ! Et en augmentant le poids des charges sociales, l'Etat rend frileux tous les candidats à la création d'activité qui auraient pu relancer l'économie de marché...

Trop d'économie libérale débridée menace l'emploi des personnes peu qualifiées (les entreprise préférant solliciter des individus dont le coût de main d'œuvre est nettement moins cher pour un résultat équivalent _ la logique qui explique les délocalisations d'entreprises actuelles).

Trop de politique sociale et de charges sur les entrepreneurs freine l'envie d'entreprendre, et donc l'embauche de salariés. Il serait temps de trouver un juste milieu !!! Chose que notre société semble vraiment avoir du mal à concrétiser !

Alors à quand le choix d'une économie équilibrée ? A quand le choix d'une politique sociale qui privilégiera le discernement des situations particulières, plutôt que l'application pure et dure de seuils donnant droit ou non à des prestations ?

A quand l'arrivée, dans notre pays, d'hommes et de femmes politiques responsables qui auront le souci de l'équité financière et sociale ? Qui auront le courage de faire la chasse à tous ceux et toutes celles qui cherchent à profiter du système ? Et qui sauront expliquer à la population qu'il est normal que les chefs d'entreprise gagnent plus qu'un salarié, ceci pour les stimuler à rester chefs d'entreprise ou à le devenir ? Car sans chef d'entreprise, il ne peut y avoir de salariés !!!

Bien-sûr les excès trop flagrants sont toujours perçus de façon intolérable par ceux que le système de protection sociale permet finalement d'exploiter encore mieux. Car comme le disait une personne sur un plateau de télévision quelques temps avant les Régionales, quel homme ou quelle femme disposant d'un statut de leader politique pourrait vivre aujourd'hui avec les minimas sociaux (RMI, salaire de C.E.S.) sans avoir recours à l'assistanat social en plus ? "Personne", a convenu une des personnalités alors présentes.

Alors que les hommes qui nous gouvernent commencent à baisser quelque peu leur salaire de Ministre, et qu'il soit mis un terme à la prolongation des perceptions de ces salaires alors que les Ministres anciennement nommés ne le sont plus. Ah qu'ils ont raison les Guignols de l'info sur Canal +, quand ils caricaturent le pouvoir actuel en image de monarchie ! Il y a des privilèges qui perdurent et qui sont à proprement parler intolérables !!! Et dire que les Français, dont je fais partie, ont dans leur histoire le souvenir de la Révolution de 1789. On n'a manifestement rien retenu de cette transition difficile : en 2004, nous sommes toujours dans une Monarchie qui se fait appelée République.

Que les emplois aidés existent dans notre pays, pour favoriser le retour sur le marché de personnes en âge d'être actives mais qui se sont retrouvées éloignées du monde professionnel pendant un temps plutôt long, c'est une bonne chose ! Mais que les entreprises, voire les administrations utilisent ce système en remerciant une personne qui bénéficiait jusque là d'un tel contrat, en la "remettant sur la paille", pour en reprendre une derrière aux mêmes conditions, ce n'est pas là ce que j'entends par "favoriser le retour vers l'emploi durable de personnes qui en ont été éloignées". Ce serait plutôt les écœurer encore plus d'un système qui se révèle être vraiment critiquable à plus d'un titre ! Entre temps on aura exploité leurs compétences et potentiels. Ne nous étonnons alors pas si certaines personnes finissent par tomber dans le syndrome du burn out (être vidé de toute son énergie à force d'avoir eu le sentiment d'avoir été exploité trop longtemps !). Une maladie professionnelle qui prend une importance grandissante, malheureusement…

Pour lutter contre ces dérives des aides sociales, il serait temps que les politiques aient le courage d'établir des règles applicables par tous, y compris par les administrations de l'Etat : une structure qui accepterait de prendre un demandeur d'emploi par le biais d'un contrat aidé devrait être obligée de garder ensuite cette personne dans ses effectifs, (par le biais d'un CDD classique à temps plein !!), pour que cette dernière puisse ensuite inscrire sur son CV une expérience minimale de trois ans sur ce poste, et qu'elle puisse espérer bénéficier de l'ascenseur social dans cette structure, si tel est son désir. Quant aux structures qui choisiraient de recourir à deux personnes sous statut C.E.S., la Direction Départementale du Travail, de l'Emploi et de la Formation Professionnelle devrait lui rappeler qu'avec deux contrats C.E.S. à mi-temps, elle trouverait l'équivalent au travers d'un contrat à temps plein. Donc, pourquoi maintenir deux personnes dans une précarité sociale, quand l'une d'elle pourrait retrouver pied sur le plan financier ? De fait, une observation attentive des demandes de C.E.S. devrait être opérée pour qu'une structure ne puisse employer qu'une personne sous ce statut ; et qu'à l'issue, elle la garde dans ses effectifs pendant encore 3 ans minimum en contrat classique avant d'envisager de reprendre une autre personne en statut C.E.S. A cette condition seulement, les contrats aidés retrouveront leur sens.

Alors soyons optimiste, et allons jusqu'au bout de cette idée : l'idéal serait, en effet, qu'une personne bénéficiant d'un tel contrat aidé au départ puisse, si ses résultats vis-à-vis du travail accompli suivent, renégocier les termes de sa contribution à la structure, de façon à le ramener rapidement à un salaire lui permettant de retrouver une autonomie financière acceptable. C'est cela, la base de la psychologie de la motivation ! Et à mon sens, les structures auraient vraiment à y gagner. Car quand on soutient au départ une personne en lui laissant le champ libre de s'exprimer pleinement si elle le souhaite, on ne peut que favoriser une motivation grandissante chez elle. Par contre, si on la soutient un temps, de façon partielle, pour ensuite la renvoyer à sa misère sociale, on la leurre, et on dessert la structure qui avait accepté de prendre cette personne. En effet, quelle motivation peut guider quelqu'un quand il sait que de toutes façons, au bout du compte, on le jettera comme une vieille chaussette ?!? Il n'exprime dès lors que le mini-max demandé. Et la structure y perd quant à la plus-value que cette personne aurait pu finalement lui apporter si elle avait été reconnue comme ayant droit à se développer dans cette entreprise, au même titre que les autres.

Encore une fois, pour en arriver à ce bouleversement des consciences, cela nécessitera une vraie révolution culturelle !!! (On peut toujours rêver… car l'espoir fait vivre, dit-on).

Favoriser l'esprit d'entreprendre… Alléger les autres aspects de l'économie qui plombent celle qui est la vraie source de richesse. Voilà, en quelques mots, le fil conducteur que devraient suivre ceux qui ont à charge de définir les politiques d'action dans ce domaine. Pour le reste, les pistes sont sous-entendues dans le développement que je viens de faire ci-dessus.

Brice Masgonty

Psychosociologue

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