Le jeu du foulard

 

Stupeur ! stupéfaction ! incompréhension !

Quels sont donc ces nouveaux jeux qui animent les adolescents d'aujourd'hui ? Quel enjeu trouvent-ils à tenter des actes qui peuvent leur coûter la vie ?

Notre société serait-elle à ce point sombre et cynique que les jeunes chercheraient à s'évader de leur réalité par le biais de ce nouveau moyen ? On dit de ce jeu qu'il peut amener des moments d'extase via des hallucinations pour celui qui le subit. Mais quels dangers en contrepartie ! Risque de mort par strangulation, risque, si un jeune qui se prête à ce jeu et en survit, de tomber dans le coma pour en ressortir soit paralysé, soit atteint dans ses potentialités psychiques initiales.

On savait que les adolescents passaient toujours par une phase de remise en cause de la société des adultes, que leur opposition avait aussi pour but de leur permettre de s'affirmer en tant que personne autonome (eu égard au lien de dépendance qu'ils avaient eu jusque là avec leurs parents…). Mais de là à se prêter à ce jeu !… Pourquoi ?

Agissent-ils par défi ? Se lancent-ils des épreuves à visée "initiatique" (en vue de pouvoir intégrer ensuite un groupe et y être reconnu - sur la base du discours qu'ils pourront rapporter de leur "expérience") ? Quelque soit l'objet qui sous-tend une telle pratique, les adultes d'aujourd'hui ne comprennent pas pourquoi ce jeu a pris un tel essor en France…

On connaissait l'expérience interdite (ce film qui montrait un groupe d'étudiants en médecine cherchant à vivre ces états de "mort clinique" pour explorer l'autre rive de l'existence évoquée par ceux qui sont passés accidentellement par cet état). Voici aujourd'hui le jeu du foulard. Jeu qui se sait interdit lui aussi puisque les jeunes le pratiquent à l'insu des adultes. Doit-on pour autant l'interpréter comme un acte "initiatique" ? Ou y a-t-il autre chose derrière cette pratique ?

On connaît les pratiques initiatiques des peuples dits primitifs. Joseph L. HENDERSON, disciple de C.G. JUNG, en disait dans "l'homme et ses symboles" (nov 90) : "le rituel, qu'on prenne l'exemple de collectivités tribales ou de sociétés plus évoluées, insiste toujours sur le rite de la mort et de la renaissance…"

Les rites initiatiques seraient liés au mythe du héros… image archétypale inscrite dans l'inconscient collectif. Ainsi, le thème le plus répandu chez les jeunes, directement rattaché au mythe du héros, est celui de l'épreuve de force.

Mais "il existe une grande différence entre le mythe du héros et le rite d'initiation : les types héroïques mettent tous leurs efforts à atteindre le but de leurs ambitions. Ils réussissent, même si aussitôt après, ils sont punis ou tués… Dans l'initiation, au contraire, on demande au novice de renoncer à toute ambition, toute volonté personnelle, tout désir, pour se soumettre à l'épreuve. Il doit accepter de s'exposer à cette épreuve sans espoir de succès. En fait, il doit être prêt à mourir. Que la marque de l'épreuve soit bénigne (une période de jeûne, une dent cassée, un tatouage) ou douloureuse (circoncision ou autres mutilations) le but reste le même. Il s'agit de créer l'état d'esprit symbolique de la mort, d'où puisse jaillir l'état d'esprit symbolique d'une renaissance." (Joseph L. HENDERSON, dans "L'homme et ses symboles", nov 90, pages 130-132).

Les adolescents d'aujourd'hui qui se prêtent au jeu du foulard, répondent-il à un rituel initiatique en vue d'être acceptés par les bandes de jeunes d'aujourd'hui ? Ce serait bien possible ! Mais si c'est le cas, c'est toute la campagne de sensibilisation visée par le gouvernement et l'Education Nationale qui serait à revoir : il ne s'agirait plus en effet de cibler seulement les jeunes individuellement, mais de cerner les groupes et de sensibiliser les leaders de ces groupes, ceux-là mêmes qui imposeraient le passage par cette épreuve !

Si c'est vraiment cette piste qu'il convient de retenir, cela pourrait offrir certaines voies d'investigation aux enquêteurs mandatés pour s'informer le cas échéant sur les circonstances qui ont pu amener un jeune a s'adonner à cette pratique... Le jeu du foulard se serait alors mis en place à l'image de la pratique du bizutage qui existait à l'entrée dans les grandes écoles, avant que l'Etat ne mette son holà et ne condamne de tels actes !

Et si malheureusement un jeu de foulard mal vécu ne peut ramener un adolescent à la vie, toute mort engendrée par cette pratique devrait inciter une enquête auprès des amis et des groupes de jeunes auprès desquels la victime avait tenté de s'approcher. Il serait ainsi possible d'apprécier l'influence qu'ont pu avoir certains sur la mise en place d'une telle pratique par ce jeune. Tant mieux si cette piste d'investigation n'est pas validée par l'enquête conséquente ! Mais si par malheur elle devait l'être, les parents dont l'enfant est mort dans de telles circonstances seraient en droit de porter plainte pour "manipulation ayant entraîné la mort sans intention de la donner".

 

 

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