Enquête sur le poids de la violence à la télévision
Jean-Jacques Aillagon a installé la commission Kriegel.
Objectif : étudier les effets des images de violence sur les jeunes
Article paru dans l'Est Républicain - 1er semestre 2002
Quel est l'impact de la violence à la télévision sur le public et sur les jeunes ? Le meurtre d'une jeune fille par un adolescent qu'inspirait "Scream" a suscité l'effroi et rappelé la question.
Le ministre de la Culture et de la Communication a ainsi confié une mission d'études à la philosophe Blandine Kriegel. Il a tenu à présider lui-même à l'installation de cette commission, qui s'est aussitôt mise au travail.
Il s'agit de "réflexion et de propositions" a précisé Jean-Jacques Aillagon et elles seront menées en concertation avec le Conseil supérieur de l'audiovisuel.
Le sujet n'est pas nouveau, mais si 3500 recherches ont déjà été effectuées à l'étranger, aucune n'a encore été entreprise en France.
La commission ne prétend pas s'y engager mais elle auditionnera des experts et débattra en son sein pour en tirer des conclusions.
Composée d'un gros tiers de personnes du monde de la communication, d'un petit tiers d'universitaires et psychologues, d'un tiers d'avocats et de magistrats, la commission devrait connaître des débats animés.
Car si chacun s'accorde à reconnaître la montée de la violence à la télévision, les avis risquent de diverger sur son effet sur les téléspectateurs et encore plus sur les mesures à suggérer. Faut-il recourir à la censure lorsque le public peut être des enfants ?
Le rôle des parents
Une réelle inquiétude se fait jour chez les parents, les enseignants et les éducateurs face à un "système médiatique" qui rend de plus en plus difficile leur tâche d'éducation. Au point que la "fonction cathartique" de la violence en images serait dépassée. Là où, autrefois, il y avait des contes, il y aurait désormais des mises en scène d'atteintes à la personne sans vrai récit pour les relativiser. Sans doute faut-il distinguer les types de violences montrées sur les écrans. La commission s'y emploiera. Comme elle examinera les dangers potentiels des uns et des autres. Les effets s'exercent-ils sur des enfants déjà fragiles ou remettent-ils l'évolution psychologique de presque tous ? Sans doute faudra-t-il aussi s'interroger sur le rôle des parents face à leurs enfants dès leur plus jeune âge. Rude tâche pour une commission qui doit rendre son rapport avant la fin de l'année.
Le sujet est vraiment dans l'air. Durant la campagne présidentielle, une polémique a surgi sur le poids des journaux télévisés dans le montée du sentiment d'insécurité. Lequel aurait favorisé le vote en faveur de Jean-Marie Le Pen.
Le député socialiste Julien Dray est allé jusqu'à stigmatisé "TF Haine". Tel n'était pas l'objet de ceux qui ont lancé la réflexion sur la question.
Directeur de l'Observatoire du débat public, Denis Muzet estime que "le rapport au flot médiatique doit être pris en considération avant même toute observation de ce qu'on appelle l'opinion."
Les médias comme infrastructure, en somme. Mais lorsqu'il s'agit de leur appliquer le principe de précaution, cela s'appelle de la censure.
Chantal DIDIER
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