Parmi les mystères du
flamenco, c'est celui de ses origines qui fascine le plus. Une
fascination que cette musique de l'âme et du coeur ne fait
qu'entretenir, avec sa faculté d'évoluer au-delà de l'imaginable. Elle
intègre au fil du temps les éléments les plus inattendus sans jamais y
perdre l'âme qui l'illumine. Qu'il soit d'hier ou d'après-demain, le flamenco reste un cri de douleur et d'amour, une
émotion qui surgit du corps, qui devient visible dans le
geste, audible dans la voix et sous les doigts. La vibration intérieure
va atteindre ces organes qui transmettent à l'air environnant leur onde
étrange. Elle va parcourir l'espace, irradier artistes et public, dans
un commun envoûtement. Pour le charme qui caractérise cette forme
d'émotion totale, ce transport collectif, on a trouvé un mot, le
"duende". On atteint à des moments
privilégiés, d'une communion à laquelle peu d'expressions artistiques
peuvent parvenir, qui demandent cependant de la part de l'auditeur une
connaissance des "codes" puis un abandon dans cette sorte de transe du
fond de l'être, ce rituel dont l'Espagne est le foyer depuis toujours.
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Le flamenco : un brassage de cultures
Un véritable brassage de
cultures a permis de donner le jour au flamenco, qui reste une tradition
orale et visuelle dans l'Andalousie du XVe siècle.(...). La basse
Andalousie aura accueilli, au fil des siècles, les migrations et les
invasions les plus variées. Qu'ils aient été arabes, hindous, romains
même, ces "colons" ont adopté la langue espagnole comme mode de communication.
Les Andalous autochtones ont bien assimilé, à travers les années,
ces divers apports, tandis que la nombreuse colonie gitane, d'ascendance
hindoue, va jouer un rôle décisif dans la mise en forme du flamenco.
Dès lors cohabiteront, en plus ou moins bonne intelligence, les courants
des deux mondes : le flamenco gitan, et le flamenco des payos, les
non-gitans, dont Paco de Lucia n'est pas le moindre des interprètes
- à ne surtout pas prononcer à l'italienne, par ce "de Lutchia" qui
discréditera définitivement celui qui le profère. Paco De Lucia :
le plus grands des "tocaores" Guitariste exceptionnel, véritable ambassadeur,
parfois iconoclaste, d'un genre qui aime les affrontements, Paco de
Lucia s'impose comme le musicien majeur le plus complet parmi ceux
que l'on appelle les "tocaores" (il peut jouer Rodrigo Concierto
de Aranjuez ou Manuel de Falla). Il est un jalon à ce point essentiel
qu'il marque l'évolution de la guitare flamenca en "avant" et "après"
Paco de Lucia. Des disques comme "Solo quiero caminar", ou l'emblématique
"Almoreina"
en sont l'illustration parfaite.
Ils permettent de découvrir la sidérante virtuosité de l'artiste,
sa technique qui éblouit par la vitesse d'exécution, sa créativité
infinie et l'étendue de ses compositions, qu'elles soient sevillanas,
rumbas, bulerías, colombianas ou tangos.
Il faut également citer,
dans la liste des grands artistes de la guitare flamenca, cet autre
Andalou non gitan qu'est Manolo Sanlucar, dont le romantisme et la
sérénité ont cependant souffert du charisme envahissant de Paco de
Lucia. Enrique de Melchor mérite aussi une mention toute spéciale, lui
qui est régulièrement demandé par les plus grands cantaores pour les
accompagner. C'est d'ailleurs souvent dans ces couples/duos constitués
par le tocaor et le cantaor que l'on trouve les formes les plus
bouleversantes du flamenco. L'album qui réunit le père et les fils de
Lucia (Pepe, Ramon et Paco) en est un exemple. Le même Paco de Lucia se
retrouvera aux côtés du chanteur Fosforito (de son vrai nom Antonio
Fernández Díaz) dans le registre favori de celui-ci, fait de rigueur et
de sobriété. Le gitan et le payo Mais c'est bien sûr avec José Monje,
plus connu sous le nom de Camarón de la Isla, que Paco de Lucia marquera
l'histoire. Les deux hommes le gitan et le payo ont conduit le
flamenco au-delà de ses terres.

Castillo
de Arena Camarón de la Isla
L'écoute d'albums de Camarón
comme "Castillo de Arena" ou "Como
el Agua" sont des recueils de fierté gitane ; de cette solitude
inconsolable dont la voix de Camarón est l'expression la plus douloureuse.Véritable
demi-dieu, Camarón de la Isla incarne le cante flamenco dans tout
son drame et sa souffrance paraît celle d'un martyr. Il reste l'un
des rares interprètes du genre à avoir pu réconcilier le flamenco
avec d'autres musiques, y compris le rock.
"Como
El Agua" Camarón de la Isla (Artiste)
Le flamenco est
probablement l'un des arts populaires les plus créatifs et les artistes
qui s'y expriment permettent de mesurer la haute technicité nécessaire à
son interprétation. Il contient une incomparable complexité de rythme,
avec la précision du jeu de guitare qui suit à la fraction de seconde le
chanteur et toujours cette voix rauque qui est comme un cri primitif,
comme une plainte que chacun peut comprendre. Et c'est en entrant dans
ce monde fascinant qu'on découvre des émotions nouvelles, enfouies au
fond de soi. Il est probable qu'elles ne vous quitteront plus
après.
--José Ruiz

La
Leyenda del Tiempo Camarón de la Isla (Auteur)