Madame la Ministre,

Le Conseil Culturel de Bretagne, qui regroupe 54 fédérations et associations culturelles, s'est, jusqu'à présent, gardé d'intervenir à propos dés interpellations, des mises en examen et des incarcérations qui ont suivi, en Bretagne, le vol d'explosifs à Plévin (octobre 1999) et l’attentat meurtrier de Quévert (avril 2000). Comme tous nos concitoyens, nous avons été profondément ébranlés par ce geste de violence aveugle et par la mort injuste de Laurence Turbec. (...) Nous refusons et ne permettons jamais que les revendications culturelles ou politiques du peuple breton, si légitimes soient-elles, et si ignorées soient-elles par le gouvernement français, puissent servir de caution à une telle folie. Car, pour nous, ainsi que nous l’avons exprimé lors du rassemblement auquel nous avions appelé le 8 mai dernier à Rennes « Là Bretagne, c'est la vie »

Aujourd’hui, c'est à nouveau au nom du respect de la vie humaine et des droits de l'Homme que nous estimons devoir attirer votre attention sur la situation des personnes incarcérées à la suite de ces évènements et sur celles de leurs familles :

-         la détention provisoire de ces 10 personnes dans des prisons de la région parisienne signifie pour leurs familles, de coûteux voyages que viennent s'ajouter parfois les dangers de la fatigue occasionnée par de longs trajets aller-retour par là route. Un tel éloignement ne saurait être justifié par une plus grande commodité de leur audition par les magistrats en charge du dossier, alors même que depuis 12 mois pour certains d'entre eux, ils n’ont été entendus que deux fois au plus. C'est pourquoi nous sollicitons de votre haute bienveillance, le transfert de ces détention implantés en Bretagne.

-         Plus encore, nous tenons à vous exprimer notre profonde inquiétude quant à l'état de santé de Monsieur Alain Solé, incarcère à la maison d’arrêt de Villepinte. Diabétique, Monsieur Solé ne bénéficie, en effet, pas du suivi alimentaire que nécessite sa maladie : sa vue a déjà sensiblement baissé et tout laisse craindre que ce manque de soins ait des conséquences irréversible sur sa santé. Une privation de liberté de bientôt un an pour une personne qui n'a toujours pas été jugée est une peine suffisamment lourde sans que vienne s'y ajouter la privation de son droit à la santé.

-         Enfin, nous nous étonnons des nombreux témoignages faisant état de la censure qui frappe, à là prison de la Santé, des revues culturelles en langue bretonne auxquelles certains de ces prisonniers sont abonnés.

Soyez assurée, Madame la Ministre, que notre volonté de ne pas interférer (dans le cours de la justice n'a d'égale que notre détermination à ne pas permettre qu'à la mort de Laurence Turbec vienne s'ajouter celle d’un prisonnier privé des soins qui lui sont dus ou d'un membre de sa famille sur la longue route qui le ramène du parloir vers la Bretagne.

Ni  la Justice, ni la Démocratie auxquelles nous sommes profondément attachés ne s’en trouveraient confortées. (...)

Jean-Louis LATOUR, président