Vannes (Mor-Bihan) : des militants de la Coordination Anti-Répressive de Bretagne manifestent contre la répression.

 

Ce samedi 14 juillet 2001 après-midi, une vingtaine de membres de la Coordination Anti-Répressive de Bretagne manifestent à Gwened/Vannes, dans le cadre des fêtes historiques consacrées à Louis XIV, pour réclamer la libération des sept prisonniers politiques bretons en détention « provisoire » depuis 21 mois et demi pour le plus ancien, Alain Solé, de Felger/Fougères (Ille-et-Vilaine), diabétique, devenu insulino-dépendant pendant sa détention, suite au manque de soins suivis dont il est victime, depuis 14 mois et demi pour les quatre derniers, arrêtés en mai 2001. 

Ces sept militants d'Emgann (gauche indépendantiste bretonne) sont détenus en région parisienne. Deux autres d'entre eux souffrent de pathologies graves : il s'agit du Lorientais Gérard Bernard, détenu depuis le 10 novembre 1999 : il souffre de la thyroïde, et malgré un rapport d'expertise médicale du 7 décembre dernier, il n'a pu subir la scintigraphie estimée nécessaire afin d'éliminer toute éventualité cancéreuse ; Paskal Laizé, de Saint-Brice-en-Coglès, près de Fougères, avait été grièvement blessé aux rotules peu avant son arrestation le 2 mai 2000 ; il est quasi certain qu'il ne pourra plus jamais marcher normalement, en raison du manque de soins de kinésithérapie et de rééducation.

 Ces faits rentrent dans la catégorie des « traitements inhumains ou dégradants » prohibés par la Convention Européenne des Droits de l'Homme dont la France est pourtant signataire. Le Comité européen pour la Prévention de la Torture et des traitements inhumains ou dégradants s'est récemment saisi du cas d'Alain Solé suite aux interventions pressantes de la Coordination Anti-Répressive de Bretagne. Les responsables politiques français nient à ces sept militants politiques bretons la qualité de prisonniers politiques. 

Il s'agit pourtant de poursuites menées par une police spécialisée, la Division Nationale Anti-Terroriste (ses membres revendiquent d'ailleurs couramment cette qualité de police politique), aux ordres de juges d'instruction spécialisés, membres de la 14ème section du parquet de Paris, avec 96 heures de garde à vue, intervention de l'avocat seulement à la 72ème heure , centralisation des poursuites à Paris, traitement auquel ne sont même plus soumises les personnes suspectées d'espionnage ou de trahison… Les tribunaux qui jugent ces affaires de « terrorisme » sont, en correctionnelle, toujours composés des mêmes magistrats, et, pour la cour d'assises, il n'y siège que des magistrats professionnels, et absolument pas de jurés populaires. Au mépris de la présomption d'innocence, les plus hauts responsables politiques français interviennent d'ailleurs dans ces dossiers, tels Monsieur Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'Intérieur, sur T.F. le dimanche 21 novembre 1999 sur T.F.1 et début mai 2000 et Madame Marylise Lebranchu, ministre de la Justice, sur France 3 et dans les colonnes du « Journal du Dimanche » le dimanche 24 décembre 2000.

CLAUDE CHIRAC CONVOQUEE ET ENTENDUE COMME TEMOIN : L'HYPOCRITE INDIGNATION DE JOSSELIN DE ROHAN. Dans une déclaration datant du mercredi 11 juillet 2001, Monsieur Josselin de Rohan, sénateur du Mor-Bihan, Président du Conseil Régional de « Bretagne », Président du groupe R.P.R. au Sénat français, juge ''assez lamentable qu'on s'en prenne à la famille'' de Jacques Chirac, après l'audition dans la matinée de Madame Claude Chirac, la fille du chef de l'Etat français, dans le cadre de l'enquête sur les voyages privés. ''Je trouve assez lamentable que faute de pouvoir s'en prendre au chef de l'Etat, on s'en prenne à sa famille'', a déclaré ce proche du président de la République à plusieurs organes de presse. Madame Claude Chirac, qui occupe les fonctions de conseiller pour la communication à l'Elysée, a été convoquée mercredi à 8h00 et a passé un peu plus d'une heure dans le bureau des juges, selon des sources judiciaires. ''L'instruction fera apparaître la réalité des faits et fera disparaître des fantasmes et des calomnies'', a conclu le président du groupe R.P.R. au Sénat français. 

Madame Claude Chirac, fille du chef de l'Etat Français, nous semble avoir été, comme d'autres proches de Monsieur Jacques Chirac, avoir été normalement entendue comme témoin après convocation par des magistrats chargés d'une instruction. A notre connaissance, Monsieur Josselin de Rohan ne s'est nullement indigné du fait que la police politique D.N.A.T.(Division Nationale Anti-Terroriste) et S.R.P.J. français de Roazon/Rennes et les magistrats instructeurs de la tristement célèbre 14ème section du parquet « anti-terroriste » de Paris utilisent des méthodes bien plus brutales dans les enquêtes menées en Bretagne depuis fin septembre 1999. Il n'a jamais caractérisé de « lamentables » ces pratiques dont voici quelques-unes : n mise en garde à vue d'une femme de 78 ans entendue comme témoin dans une enquête où son petit-fils, monsieur Paskal Laizé, est mis en examen, n portes brisées lors d'interpellations en juin 2000, à Donges (Loire-Atlantique) et Tremeven (Finistère), avec intervention du Groupe d'Intervention de la Police Nationale française casqués et cagoulés devant deux enfants, le père de famille étant gardé quasiment nu attaché sur une chaise au cours de la perquisition qui a duré deux heures, aucune de ces deux interventions n'amenant de mise en examen dans le cadre des instructions en cours pour « terrorisme »… n maintien en détention « provisoire » des militants bretons poursuivis en région parisienne, ce qui oblige les familles à de très longs et coûteux trajets pour une visite restreinte le plupart de temps à une demi-heure, imposant par exemple au jeune Fragan Bernard (7 ans !) qui vivait seul avec son père (dont les allocations familiales et le R.M.I.ont été supprimées, le tribunal d'instance de Lorient ayant récemment décidé l'expulsion de l'appartement familial) à faire plus de 1 000 kilomètres (Lorient/Fleury-Mérogis) aller-retour pour voir son père pendant 30 minutes !

n acharnement tout spécial contre la famille Georgeault de Fougères : le père Kristian est en détention « provisoire » depuis début mai 2000, sa fille aînée, Solenn, également mise en examen, n'a pu lui rendre une seule visite depuis, les interpellations de la mère, Mireille, sous les yeux de la plus jeune des filles ne se comptent plus, les relations proches (frère, sœur des parents…) ou lointaines (camarades de classe de la fille aînée à l'école primaire sont soumises à un harcèlement hallucinant (filatures, interpellations, pressions illégales de la police auprès des employeurs…). 

Ou bien Monsieur Josselin de Rohan ne daigne pas sortir de son château et ne peut donc s'intéresser au sort des manants, ce qui le disqualifie, ou bien il sait pertinemment ce qui se passe, et son indignation à sens unique est parfaitement révélatrice de son engagement et de ses responsabilités dans la répression qui se déchaîne en Bretagne, ce qui le disqualifie tout autant… Pour la Coordination Anti-Répressive de Bretagne, Le porte-parole, Claude Le Duigou le 14 juillet 2001

 

Pour la Coordination Anti-Répressive de Bretagne,

Le porte-parole,

Claude Le Duigou.

le 14 juillet 2001