Site généalogique de Christian Duic

Accueil
Remonter
St Benoît & Salazie
St André & St Denis
St Pierre & Diégo-Suarez
Sources généalogiques


MAJ Page le 01/06/03


De Saint-Benoît à Salazie

Un jour de 1846, à Saint-Benoît, une jeune esclave du nom d'Adèle (n°23) met au monde une fille prénommé Eugénie (n°11). Elle n'a peut-être même pas 16 ans, et n'avoue pas le nom du père. Elle n'est officiellement pas mariée, mais peut-être vit-elle secrètement en concubinage. Ou bien aurait-elle été violée ? Son maître ne prend même pas la peine de déclarer la naissance à la mairie, comme souvent à l'époque. Car les esclaves n'ont aucun droit, selon le code noir de 1685.

A peine deux ans plus tard, l'esclavage est aboli. Le décret entre en vigueur à la Réunion le 20 décembre 1848. Pour combler l'absence d'état civil, les 62.000 nouveaux citoyens affranchis sont enregistrés dans des registres spéciaux. Ils adoptent un patronyme, souvent imposé par l'administration coloniale. Pour Adèle et Eugénie, ce sera TIVOLI, d'après le célèbre lieu de villégiature proche de Rome, connu depuis l'antiquité pour ses résidences et jardins magnifiques (villa Hadriana, villa d'Este). D'autres anciens esclaves de Saint-Pierre, dans le sud de l'île, adoptent le même patronyme (Vitaline ° 1830, Etienne ° 1838, Marie ° 1848). Mais au fil du temps, TIVOLI évolue en VAULIE ou VOULIE, en l'absence de la première syllabe. Il n'existe plus aujourd'hui à La Réunion.


Esclave affranchie

Adèle meurt peu après (ni à Saint-Benoît, Saint-André ou Salazie). Sa fille Eugénie a alors pour tuteur Jolicœur LUGY, un ancien esclave né vers 1817. Elle devient couturière. Agée de seulement 15 ans, elle épouse à Salazie le 14 mai 1861 Bénédict PROSCRIS, avec le consentement de son tuteur et du conseil de famille tenu le 30 avril à Saint-André. 

Mariages de Salazie, 1861 (Ex-Section Outre-Mer des Archives nationales)
L'an mil huit cent soixante et un, le quatorze mai à onze heures du matin, en la maison commune et par-devant nous Arthur HAUDREFOY, président de l'agence municipale et officier de l'état civil du district de Salazie, Ile de La Réunion, ont comparu le sieur Bénédict PROSCRIS, cultivateur, domicilié de ce district, né à la côte d'Afrique en mil huit cent dix, père et mère inconnus, veuf en première noce de Marianne SULALAY, de son vivant cultivatrice, domiciliée de ce district, d'une part, et la demoiselle Eugénie TIVOLI, couturière, domiciliée de ce district, né en cette île, commune de Saint-Benoît, en mil huit cent quarante six, fille mineure et naturelle de Adèle, décédée, et du consentement du sieur Jolicœur LUGY, tuteur (...) nommé par conseil de famille tenu à Saint-André en date du trente avril dernier, ici présent, d'autre part (...) après avoir donné lecture 1- Des procès verbaux des publications ci-dessus relatives. 2- D'un extrait du premier mariage du futur époux pour remplacer son acte de naissance. 3- D'un extrait des registres spéciaux pour remplacer l'acte de naissance de la future épouse. 4- De l'acte de décès de la première femme du futur époux. 5- Du conseil de famille dont il est ci-dessus parlé, lesquelles deux dernières pièces sont demeurées jointes et annexées au présent mariage après avoir été signées et paraphées par nous (...) en présence des sieurs Isidore GIBET âgé de 45 ans, Jacques CONSTANT âgé de 45 ans, Aza BALLET 60 ans, Julien SANSREPROCHE âgé de 50 ans, tous quatre cultivateurs domiciliés de ce district et pris pour témoins... (aucune signature)

Bénédict PROCRIS ou PROSCRIS (n°10) est né à la côte d'Afrique en 1810 de parents inconnus. Il arrive à La Réunion sans doute vers 1825-1830. Il connaît donc l'esclavage, même si son nom n'apparaît pas dans la liste des affranchis de 1848. D'après son patronyme étonnant, il aurait même pu être un marron du cirque de Salazie. Il se marie le 22 janvier 1859 à Saint-André à Marianne SULALA, qui meurt peu après. Lors de son second mariage à Salazie avec Eugénie TIVOLI deux ans plus tard, il a 51 ans, soit 36 ans de différence ! Leur fille aînée Marie Adèle (n°5) naît douze mois plus tard, le 27 mai 1862, toujours à Salazie, au lieu-dit " le Village ". Le cadet, Joseph, naît seulement le 19 janvier 1868, mais une autre fille, Fanny, serait née entre temps. La famille réside alors au lieu-dit " Hétaux bananiers ", et travaille comme engagés au service de la demoiselle Annette de LASERVE. Dans les années 1870, elle redescend dans la grande plaine sucrière du nord, à Saint-André. 

Naissances de Salazie, 1862 (Ex-Section Outre-Mer des Archives nationales)
L'an mil huit cent soixante deux, le vingt huit mai à dix heures du matin, en la maison commune et par-devant nous Arthur HAUDREFOY, président de l'agence municipale et officier de l'Etat Civil du district de Salazie, île de la Réunion, a comparu le sieur Bénédict PROSCRIS, âgé de cinquante six ans, cultivateur domicilié de ce district au lieu dit le Village, lequel nous a présenté une enfant légitime du sexe féminin, née en ce district le vingt sept mai courant à trois heures de l'après-midi en sa demeure au sus-dit lieu, de lui déclarant et de dame Eugénie VOULIE son épouse, âgée de dix sept ans, et à laquelle enfant il déclare donner les prénoms de Marie Adèle. Les dites présentation et déclaration faites en présence des sieurs Eugène GIRLADET, âgé de cinquante neuf ans, et Bouquet LEBON, âgé de trente huit ans, tous deux cultivateurs domiciliés de ce district et témoins. Et avons signé le présent acte de naissance sur les trois registres. Les deux témoins et le père de l'enfant ayant déclaré ne savoir de ce interpellés suivant la loi après lecture faite.