La dénommée NAVOU (n°15), sans aucun prénom, serait arrivée d'Inde à Saint-Pierre
dans la plaine sucrière du sud de La Réunion, sans doute vers 1875 avec sa famille (il existe encore des NAVOU à La Réunion). Elle est immatriculée sous le n°101.766. Elle est servante et réside rue de la place d'Armes.
Le 27 décembre 1878, âgée d'environ 18 ans, elle donne naissance à deux jumelles, Maria (n°7) et Célina. Elle devient par la suite marchande, et part pour Madagascar, à
Diego-Suarez, sans doute vers 1885-1890, au début de la colonisation de la grande île par les français.
Naissances de Saint-Pierre, 1879 (Mairie de Saint-Pierre)
Acte n°11 : Maria
Navou
L'an mil huit cent soixante dix neuf, le neuf janvier à neuf heures du matin, par devant nous Charles NICOLE, adjoint au maire de la commune de Saint-Pierre, faisant par délégation du titulaire les fonctions d'officier de l'état civil, est comparu au bureau de la mairie, mademoiselle NAVOU, âgée de dix huit ans, servante domiciliée de Saint-Pierre, demeurant rue de la Place d'Armes, immatriculée sous le n° 101.766, laquelle nous a déclaré que le vingt sept décembre dernier, à neuf heures du soir, elle est accouchée chez monsieur Louis REMY, d'un enfant jumelle qu'elle nous présente, laquelle elle déclare donner le prénom de Maria, les dites déclaration et présentation faites en présence de messieurs
SINEGEN, âgé de trente neuf ans et MESTRY âgé de trente neuf ans, tous deux domestiques, domiciliés de Saint-Pierre, demeurant rue de la Place d'Armes, et ont la mère et les témoins déclarés ne savoir signer (...).
Famille NAVOU
Date
Lieu
Nombre
Naissance INSEE
1891-1915
Sainte-Marie
1
1916-1940
Sainte-Marie et Saint-Paul
2
1941-1965
Saint-Paul et Saint-Denis
3
1966-1990
Saint-Paul
4
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2001
Saint-Denis (1)
2
(1) Famille NAVOU-SIROUMBAL
Le 13 octobre 1894, NAVOU marie sa fille Maria, âgée de 15 ans et demi, à un cuisinier
indien récemment immigré. Fils de SAVRINAYAGON (père ou mère ?), Salomon PANON (n°6)
vient directement de Pondichéry, où il est né vers 1863. Son prénom, venant du roi biblique, indiquerait qu'il aurait été baptisé. Son patronyme est plutôt d'origine
européenne. Le sieur Panon, ancêtre de la fameuse famille Desbassayn, a notamment laissé son nom à l'actuelle commune de Bras-Panon à la Réunion. Mais une branche vivait aussi en Inde. Dès l'année suivante,
le 30 juillet 1895 (selon la tradition, mais officiellement le 8 août) naît Marthe Augustine SALOMON (n°3), qui par erreur, prend le prénom de son père pour patronyme.
Mariages de Diégo-Suarez, 1894
(CAOM MAD/DIEGOSUARE/6)
Acte n°11 : Panon Salomon & Navou Maria
L'an mil huit cent quatre vingt quatorze, le treize octobre à quatre heures du soir, par devant nous, Poirier Achille, receveur des postes remplissant par ordre de monsieur le gouverneur les fonctions d'officier de l'Etat Civil de la colonie de Diégo-Suarez, ont comparu le nommé Panon Salomon immigrant indien âgé de trente et un ans, natif de Pondichéry, chef-lieu des Etablissements français dans l'Inde, domicilié à Diégo-Suarez, fils majeur de Savrinayagon.
Et la nommée Navou Maria, sans profession, née le vingt sept décembre mil huit cent soixante dix huit à l'île de la Réunion, commune de Saint-Pierre, domiciliée à Diégo-Suarez, fille mineure de Navou marchande domiciliée à Diégo-Suarez.
Les comparants, procédant avec l'assistance de la mère de la future épouse ici présente et expressément consentante, nous ont requis de procéder à la célébration de leur mariage, dont les publications ont été faites les dimanches seize et vingt trois septembre de la présente année.
A l'appui de leur réquisition, les parties nous ont produit : 1°) Une décision de monsieur le gouverneur en date du vingt neuf septembre dernier dispensant le nommé Panon Salomon de produire l'acte de consentement ou l'acte de décès de ses parents, ainsi que son acte de naissance. 2°) L'acte de naissance de Navou Maria délivré sous la date du dix-sept mai mil huit cent quatre vingt quatorze.
Toutes les pièces ci-dessus désignées resteront annexées au présent acte de mariage, ainsi que le certificat de publications et de non opposition, délivré par nous, officier de l'Etat Civil en date de ce jour.
Les futurs époux ainsi que les personnes ici présentes pour autoriser le mariage, interpellés par nous en exécution de la loi du dix juillet mil huit cent cinquante, nous ont déclaré qu'il n'a point été fait de contrat de mariage.
Aucune opposition à ce mariage ne nous ayant été signifiée, nous, officier de l'Etat Civil faisant droit à la réquisition des parties, leur avons donné lecture des pièces ci-dessous désignées et des dispositions du code civil au chapitre VI du titre du mariage sur les droits et les devoirs respectifs des époux, après quoi nous avons demandé au futur époux et à la future épouse, s'ils voulaient se prendre pour mari et pour femme, chacun d'eux ayant répondu séparément et affirmativement, nous avons prononcé au nom de la loi que le nommé Panon Salomon et la nommée Navou Maria sont unis par la mariage.
Le tout a été fait publiquement et en présence des sieurs : Martine Jean-Baptiste âgé de trente cinq ans, Titus Julien âgé de quarante ans, tous deux charpentiers domiciliés à Antsirane, chef-lieu de Diégo-Suarez, témoins du futur époux, et Nasseau Joseph boulanger âgé de vingt trois ans, Labourdette Jean-Baptiste commis de commerce âgé de trente ans, tous deux domiciliés à Antsirane (Diégo-Suarez), témoins de la future épouse.
Lecture faite du présent acte aux comparants et aux témoins, nous l'avons signé avec eux sur les trois registres, la comparante et la mère de la future épouse ayant déclarés ne le savoir faire.
Naissances de Diégo-Suarez, 1895 (CAOM MAD/DIEGOSUARE/7)
Acte n°27 : Salomon Marthe Augustine.
L'an mil huit cent quatre vingt quinze, le neuf août à huit heures du matin par devant nous Poirier Achille, receveur des
postes remplissant les fonctions d'officier de l'Etat Civil de la colonie de Diégo-Suarez, a comparu le sieur Panon Salomon âgé de trente deux ans, cuisinier, né à Pondichéry, lequel nous a présenté une enfant du sexe féminin, qu'il nous a dit être née à Antsirana le huit août à [...] heures du [...] de lui déclarant et de Navou Maria, âgée de dix sept ans, sans profession, née à l'île de la Réunion, commune de Saint Pierre, tous deux domiciliés à
Diégo-Suarez, et il a donné à cette enfant les prénoms de Marthe et Augustine. Ces déclarations et présentation ont été faites en présence des sieurs Patriery Chaïbou âgé de trente sept ans et Moutoussamy Traya âgé de trente quatre ans, tous deux cuisiniers, domiciliés à Diégo-Suarez et, a le comparant signé avec nous le présent acte après lecture faite, les témoins ayant déclaré ne le savoir faire.
Mentions marginales :
Mariée à Diégo-Suarez le 12/11/1917 avec Samori Julien.
Décédée à Ploemeur (Morbihan) le 11/07/1986.
Le devenir de Salomon PANON est inconnu. D'après la tradition orale, il aurait été un aventurier qui abandonna très tôt sa famille pour partir à Beira sur la côte du Mozambique... Maria NAVOU doit donc élevée seule ses enfants. Elle n'exerce pas de profession, mais est vraisemblablement aidée par sa mère, dont la date du décès est inconnue (avant 1942). Le
12 novembre 1917, elle marie à Julien SAMORI, né fin 1878 comme elle, sa fille Marthe Augustine, couturière de 22 ans, qui "
déclare sous la foi du serment qu'elle ignore le domicile de son père duquel elle est sans nouvelle depuis fort longtemps ".
Mariages de Diégo-Suarez, 1917 (Service de l'Etat Civil de
Nantes)
Acte n°21 : Samori Julien et Salomon Marthe Augustine
Registres des mariages de Diégo-Suarez, 1917 (Service de l'Etat Civil de Nantes).
L'an mil neuf cent dix sept, et le lundi douze novembre à seize heures quinze minutes par devant nous, DEMORTIERE Georges, administrateur en chef des colonies, chevalier de la Légion d'Honneur, maire de Diégo-Suarez, remplissant les fonctions d'officier de l'Etat Civil, ont comparu :
Monsieur SAMORI Julien, caporal tailleur au troisième Régiment de tirailleurs malgaches, célibataire, né à Saint-André (Réunion) le douze décembre mil huit cent soixante dix huit, domicilié à Diégo-Suarez (Madagascar), fils majeur et légitime de SAMORI, cultivateur, et de PROSCRIS Marie Adèle, couturière, tous deux domiciliés à Saint-Denis (Réunion), agissant de propre volonté, d'une part.
Et Mademoiselle SALOMON Marthe Augustine, couturière, célibataire, née à Diégo-Suarez (Madagascar) le huit août mil huit cent quatre vingt quinze, domiciliée en cette commune, fille majeure et légitime de SALOMON Panon et de NAVOU Maria, sans profession, son épouse, domiciliée à Diégo-Suarez (Madagascar), agissant avec le consentement de sa mère, présente au mariage et expressément consentante d'autre part.
Les dits comparants nous ont requis de procéder à la célébration de leur mariage, à l'appui de cette réquisition, les parties ont produit :
1- L'acte de publication de leur mariage qui a été affiché à la porte de la maison commune d'Antisarane les dimanches vingt et un et vingt huit octobre mil neuf cent dix sept, sans qu'il soit survenu d'opposition.
2- Une expédition de l'acte de naissance du futur époux délivrée à la date du trois août mil neuf cent dix sept.
3- Une expédition de l'acte de naissance de la future épouse délivrée à la date du vingt août mil neuf cent dix sept.
En ce qui concerne le consentement du père de la future épouse, celle-ci déclare sous la foi du serment qu'elle ignore le domicile actuel de son père, duquel elle est sans nouvelle depuis fort longtemps.
Les futurs époux ainsi que la mère de la future épouse ici présente pour autoriser le mariage, interpellés par nous en exécution de la loi du dix juillet mil huit cent cinquante, nous ont déclaré qu'il n'a pas été fait de contrat de mariage.
Aucune opposition ne nous ayant été signifiée, nous, officier de l'Etat Civil faisant droit à la réquisition des parties, leur avons donné lecture des pièces ci-dessus mentionnées, qui ont été dûment paraphées par les parties et nous pour être annexées au présent, ainsi que du chapitre six titre cinq du code civile " des droits et des devoirs respectifs des époux ".
Après quoi, nous avons demandé au futur époux et à la future épouse s'ils voulaient se prendre pour mari et pour femme, chacun d'eux ayant répondu séparément et affirmativement, nous avons prononcé au nom de la loi que monsieur SAMORI Julien et mademoiselle SALOMON Marthe Augustine sont unis par la mariage.
Le tout a été fait publiquement et en présence de messieurs DURUT Auguste, âgé de trente sept ans, sergent à la section des commis et ouvriers d'administration de l'Intendance militaire, et NIVRY Joseph âgé de soixante et un ans, tailleur de pierres, témoins du futur époux, et de messieurs MARTINE Jean-Baptiste, âgé de cinquante huit ans, charpentier et POSSIN Pavadé, âgé de soixante cinq ans, commerçant, témoins de la future épouse, tous quatre non parents des époux et domiciliés à Diégo-Suarez (Madagascar).
Et nous avons donné lecture du présent acte, que les parties et les témoins ont signé avec nous, la mère de la future épouse ayant déclaré ne le savoir de ce interpellée.
Installé à Madagascar depuis 1902, Julien SAMORI (n°2) était devenu tailleur d'habits. Le 14 mai 1914, six mois avant qu'éclate la première guerre mondiale, il s'était s'engagé avec le grade de caporal dans le 3e régiment de tirailleurs malgaches, en poste sur l'importante base militaire française à
Diégo-Suarez. C'est ainsi qu'il rencontre
Marthe Augustine SALOMON, dont il est l'aîné de 17 ans.
Les
tirailleurs malgaches
Dès le 17e siècle, des troupes armées spécifiques
sont affectées à la protection des territoires conquis par la France. Elles
sont d’abord recrutées en métropole, puis progressivement dans les colonies
même, en distinguant les colons français et les indigènes. Tous volontaires,
ces soldats indigènes reçoivent une prime d’engagement. Leur nombre
s’accroissant à la fin du 19e siècle, ils s’organisent en plusieurs corps
avec en 1894 plusieurs régiments de tirailleurs sénégalais, soudanais,
annamites, tonkinois, malgaches, une compagnie de Cipahis en Inde… Avec le décret
de décembre 1900, ils comprennent à Madagascar :
·Le 3e régiment
de tirailleurs sénégalais à Majunga.
·Un
bataillon d'infanterie coloniale à Diégo-Suarez.
·Trois régiments
de tirailleurs malgaches, le 1er à Tananarive, le 2e à Fianarantsoa, le 3e à
Diégo-Suarez.
D’autres corps seront créés par la suite avec
notamment à Diégo-Suarez : le 7e régiment d'artillerie coloniale et la
11e compagnie d'ouvriers. Par ailleurs, un bataillon de quatre compagnies de
Volontaires Réunionnais est créé en mars 1895 lors de la reprise d’hostilités
à Madagascar.
Pendant
la Grande Guerre, les troupes coloniales sont divisées en six groupes et un
corps d’occupation (en Chine). Madagascar constitue le groupe d’Afrique
orientale commandé par le gouverneur de l’île, avec un quartier général à
Tananarive. Elle fournit 45.800 hommes, dont 41.000 pour les unités
combattantes en Europe. Les premiers régiments partent le 9 octobre 1915. Ils
sont pour la plupart acclimatés dans le sud de la France, dans un camp près de
Fréjus, avec d’autres troupes indigènes d’Afrique et d’Asie. Ils
rejoignent ensuite le front dans le nord de la France. Les tirailleurs malgaches
s’illustrent surtout en mai-septembre 1918, près de Soissons. Ils contribuent
à refouler les allemands vers l’Est. Environ 2.400 sont « morts pour la
France » (près de 10.000 malgaches selon certaines sources). Au total,
les troupes coloniales fournissent un quart des combattants français en Europe.
Par ailleurs, l’aviateur Roland Garros, né à Saint-Denis de la Réunion en
1888, est tué dans les Ardennes en 1918.
Julien SAMORI a cinq enfants à Diégo-Suarez. Dans les années 1940, la famille est particulièrement connue tant par son commerce, que par ses deux fils qui constituent un orchestre de jazz réputé parmi les marins en escale. C'est d'ailleurs un marin breton qu'épouse la benjamine Marcelle en 1950. Julien s'éteint à l'âge de 78 ans le 7 juillet 1957. Il avait précédemment enterré sa belle-mère Maria NAVOU, décédée
le 24 août 1942. Dans les années 1960, après l'indépendance de Madagascar, sa veuve et ses enfants rejoindront progressivement la France, et non pas La Réunion, qui malgré la départementalisation de 1946, connaît encore des difficultés économiques.
Décès de Diégo-Suarez, 1942 (Service de l'état civil de
Nantes)
Acte n°78 : Navou
Maria
Le vint quatre août mil neuf cent quarante deux à vingt deux heures est décédé à Diégo-Suarez, Maria NAVOU, née à Saint-Pierre (Réunion) le vingt sept décembre mil huit cent soixante dix huit, sans profession, domiciliée à Diégo-Suarez, fille de feue NAVOU, veuve de Panon SALOMON, dressé (...) sur la déclaration de SAMORI Julien, âgé de soixante trois ans, tailleur d'habits, domicilié à Diégo-Suarez, gendre de la défunte, qui lecture faite signe avec nous, SCHNEIDER Vincent, premier adjoint, officier de l'Etat Civil, délégué par l'administrateur maritime de Diégo-Suarez.
Décès de Diégo-Suarez, 1957 (Mairie de Diégo-Suarez)
Acte n°55 : Samori
Julien
Le sept juillet mil neuf cent cinquante sept, treize heures, est
décédé à Diégo-Suarez :
Julien SAMORI, né à Saint-André (Réunion), le douze décembre mil
huit soixante dix huit, profession tailleur d'habits, domicilié à
Diégo-Suarez, fils de feu SAMORI, sans profession, et de feue Marie
Adèle PROSCRIT, marié avec Marthe Augustine SALOMON.
Dressé le huit juillet mil neuf cent cinquante sept, neuf heures, sur
la déclaration de Mathurin Edmond, âgé de soixante quatre ans,
retraité domicilié à Diégo-Suarez, qui lecture faite, signé avec
nous, LEONI Jean, conseiller municipal deuxième adjoint au maire
délégué aux fonctions d'Officier d'Etat Civil de Diégo-Suarez.
La
famille SAMORI à Madagascar dans les années 1950
Augustine SALOMON entourée de sa fille
aînée Yvette, d'une amie et d'une de ses petites-filles.
Henri SAMORI, son épouse Thérèse et
leur fille.
Maurice SAMORI, son épouse Odette et la
fille du premier mariage d'Odette.
La benjamine Marcelle SAMORI et son
futur époux Gustave DUIC.