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Extraits du Carnet de route
du soldat Frédéric Charignon,
1914 – 1918 La grande Guerre. Beaucoup de châteaudoublois restent gravés à
jamais sur notre monument aux morts, d’autres sont revenus mutilés ou marqués
pour leur vie.
Frédéric Charignon, né en 1880, paysan de notre commune a participé pendant
quatre ans à cette guerre. Homme exemplaire, il combattit dans les tranchées et
après avoir été grièvement blessé vécu le calvaire durant 23 ans avant de
décéder. « Plus jamais il ne pu tenir à nouveau les mancherons de la charrue »
Il raconte des histoires de guerre dans un carnet de route…
En voici quelques extraits:
Mes enfants m’ayant maintes fois sollicités de leur raconter des histoires de
guerre, c’est à leur intention que j’écris ces lignes:
Mobilisé au début de la
guerre de 1914, j’ai quitté le champ de bataille le 20 juin 1918 pour cause de
blessure grave. Entre temps, j’étais resté une dizaine de mois à l’arrière
(évacué pour fatigue générale et prévention) ; mais pendant de longs mois, j’ai
été exposé au pire danger, d’où je n’ai échappé que providentiellement.
L’infanterie dans laquelle j’ai toujours servi, a été, dans cette terrible
guerre, la plus exposée et la plus sacrifiée.
Première année de la guerre : 1914
…Vers les 2 heures, nous quittions Rosières, nous nous dirigeons vers Lihu, dont
nous apercevons, bientôt le clocher. Nous quittons la route et traversons un
champ de betteraves ; nous entrons, carrément, dans la fournaise, l’artillerie
boche nous bombarde fortement. « Faites abriter vos hommes » crie le commandant,
en les faisant avancer par bonds. Nous avançons, ainsi, le capitaine nous dit en
riant : « Oui, abritez vous derrière les feuilles de betteraves ». Enfin, nous
arrivons, sans trop de mal, à proximité du cimetière, nous creusons, à la hâte,
une petite tranchée, avec nos outils portatifs et vite, nous nous blottissons,
dans ce modeste abri. Les boches attaquent furieusement, balles et obus pleuvent
à outrance, nous ripostons du mieux que nous pouvons, je tire mes premières
cartouches, ce jour là. L’ennemi se dissimule, en avançant derrière les
gerbassons de blé ou en rampant avec des gerbes sur le dos. Nous redoublons nos
feux, la fusillade devient vive, déjà les premiers boches atteignent les abords
du cimetière ; deux de nos mitrailleuses y sont braquées, les mitrailleurs sont
sur le point de flancher, quand, tout à coup, le sergent Marcel surgit de
derrière une tombe et excite ses hommes à tenir bon ; ils se ressaisissent et
grâce aux mitrailleuses qui égrainent des nuages de balles, l’ennemi est contenu
sur ce point et ne peut plus avancer. Le choc a été rude, la nuit arrive, notre
compagnie n’a pas eu trop de mal, ni notre bataillon, non plus, mais le 2ème et
le 3ème, qui se trouvaient vers la ferme Lihu, ont été assez éprouvés. Nous
passons la journée dans notre tranchée que nous avons un peu approfondie, dans
la nuit, le village de Lihu a été fortement bombardé. Vers midi, le clocher est
démoli, au 2ème obus, l’église et les maisons voisines s’effondrent, sous la
mitraille. Au dessus de notre tranchée, les balles sifflent avec rage, surtout
vers le soir ; notre lieutenant est tué à l’angle du cimetière. Les boches
s’étant aperçu que le cimetière était occupé, le bombardent fortement, les
tombeaux sont brisés, les caveaux entrouverts ; c’est affreux. Il y eut quelques
morts et surtout des blessés à notre bataillon ; cette journée du 25, fut
surtout sanglante, pour les autres bataillons. Au Bois Madame, la 12ème
compagnie fut anéantie ou faite prisonnière et à la ferme Lihu, les autres
compagnies furent fortement éprouvées…
…Au jour, nous avons devant nous, l’immense plaine, quelques boches circulent au
loin ; nous leur tirons dessus avec entrain, en nous montrant, imprudemment,
au-dessus de la tranchée en enfilade ; des boches, cachés dans les arbres
feuillés et bien dissimulés, nous canardent, ainsi que nous le sûmes, dans la
suite, mais impossible de rien voir, pour l’instant. D’ailleurs, pris en
enfilade, nous n’avions pas la facilité pour tirer ; de temps en temps, nous
regardions si l’ennemi n’arrivait pas ; c’est ainsi que le sergent Véran qui
était à côté de moi, prit une balle qui lui traversa la figure. Il tombe sur
mois, tout ensanglanté, je lui fais son pansement, sa blessure n’est pas
mortelle, mais il a de la fièvre et souffre d’une soif dévorante. Il veut s’en
aller au poste de secours qui est à la ferme, « Attends la nuit, lui dis-je, tu
ne peux pas t’en aller à présent ». Il prend patience, un moment, puis il
s’énerve, il trouve qu’il y a trop de temps à passer ainsi, ce n’est que 9 h. du
matin. « Je vais au bout de la tranchée, me dit-il, puis j’essaierai de gagner
la ferme en rampant ». Impossible de le retenir, il n’a pas fait 2 ou 3 m., hors
de la tranchée, qu’il reçoit une autre balle dans la cuisse, il revient, mais
ayant perdu beaucoup de sang, il expire vers les 3 h. Qu’elle triste journée
nous passâmes, blottis dans notre tranchée ! A tour de rôle, nous regardions, au
dessus, mais en vitesse, car les balles sifflaient. Enfin, la nuit arrive, nous
sommes relevés, en partant, je passe à côté de Dragon qui me supplie de
l’emmener, il est blessé à l’épaule, il est si faible qu’il ne peut pas marcher
seul, je le sors de la tranchée ; comme nous arrivons à la ferme, une vive
fusillade crépite, ce sont les boches qui attaquent. Je dépose mon blessé dans
une écurie de la ferme, où les infirmiers font nos pansements, la fusillade dure
toujours, les balles pleuvent dru comme grêle, contre le bâtiment de la ferme.
Le lieutenant nous rassemble pour partir à la contre attaque ; enfin, la
fusillade cesse, nous buvons au puits de la ferme, car la soif nous dévore.
Nuit assez calme, je dors bien, nous sommes derrière la ferme, la journée du 30,
nous procure un repos relatif. Avec des branchages, nous nous faisons un petit
abri, c’est calme, mais un calme trompeur. Vers les 11 h. du soir, nous allons
relever la partie de la compagnie qui est dans la tranchée des pommiers était
divisée en 2 : la grande, tout près de la ferme (150 m environ) et la petite,
plus à droite, séparée d’une centaine de mètres de la 1ère. Le sergent Leyronas
nous commande, il m’envoie avec Bontoux, en patrouille, nous longeons, en
rampant la route de Vermandovilliers. Il s’agit de savoir si la tranchée d’en
face est occupée ; nous restons assez longtemps aux écoutes, finalement nous
entendons tousser et parler à voix basse, devant nous. Pas de doute, la tranchée
est occupée, c’est ce que nous venons dire au sergent :; la nuit se termine sans
incident.
Dans la journée, nous nous tenons accroupis et mal à l’aise, car il ne faut pas
se montrer, peu de fusillades, mais le canon boche préparent une attaque. Nous
devions être relevés cette nuit, mais personne ne vient, c’est trop agité. La
relève est impossible, nous fait dire le lieutenant qui est à la ferme : le
temps est un peu couvert, par intervalle, la lune éclaire le paysage. Nous
voyons les boches qui avancent, nous faisons des feux de salve pour les arrêter,
par instant on voit briller leur casque et leur baïonnette. Guère de répit,
cette nuit là, vers les minuit, notre petit poste, qui est en avant de la petite
tranchée, est pris ; les hommes sont tués en partie. Un blessé qui a pu
s’échapper, passe à côté de nous, il souffre horriblement d’un coup de
baïonnette dans le dos. Nous faisons, cette nuit là, quantité de feux de salve,
pour contenir l’ennemi, qui tente à tout moment d’avancer ; nous tenons nos
positions toute la nuit, vers les 8 h : accalmie. Le lieutenant fait dire qu’il
ne peut nous relever, mais qu’il envoie du renfort et des cartouches ; on nous
en distribue, c’était nécessaire, car il ne nous en restait presque plus.
Peu après, le renfort arrive, nous nous poussons plus à droite pour lui faire
place, de sorte que je me trouve presque à l’extrémité de la tranchée. A cet
endroit, la tranchée est, à peine ébauchée ; vite, nous nous mettons à
l’ouvrage, pour l’approfondir, car le jour arrive, et, en même temps, un épais
brouillard nous environne. A peine avais-je commencé à donner quelques coups de
bêche, que j’entends le sergent crier : « Voilà les boches, feux à répétition !
». En effet, ils arrivent sur nous, en grand nombre, baïonnette au canon ;
jamais je ne les avais vus de si près et dans tout le restant de la guerre, non
plus. Ce fut l’heure la plus critique et la plus terrible que j’aie vu de ma
vie. Pas d’hésitation, je pose ma bêche, j’empoigne mon fusil et je tire à bout
portant les cartouches du magasin, les boches avancent toujours, le feu n’était
pas très nourri, puisque nous étions pris en enfilade. Il n’y avait que quelques
hommes qui pouvaient tirer, et j’étais du nombre ; déjà la tranchée est
entourée¨à l’extrême droite, les boches tapent à coups de crosse, que faire ? Je
n’ai pas le temps de recharger mon fusil, sans courir le risque de recevoir un
coup de crosse ou de baïonnette sur la tête, à l’exemple d’un certain nombre,
notre sergent compris. Je me décide à partir, n’emportant que mon fusil et
laissant sac, bidon, musette sur le terrain. En partant, je fais signe au
camarade Bontoux de me suivre, il était à côté de moi, il a eu l’air de venir,
je ne l’ai plus revu. Tout ceci se passait en moins de temps, qu’il n’en faut
pour le dire ; à grandes enjambées, je gagnais le petit bois, à 150 m environ, à
travers les balles qui pleuvaient dru. Près de la ferme, nous trouvons notre
lieutenant qui rassemble les débris de la compagnie et nous reproche d’avoir
abandonné notre position. Il m’appelle en particulier et me dit : «Dites moi,
exactement, ce qui s’est passé ! », ce que je fis, « A combien évaluez-vous, le
nombre de boches ? » « A un bataillon, environ ». Il comprit que toute
résistance était impossible, puis le sergent Leyronas arrive et confirme ma
déposition. « Restez là, nous dit le lieutenant, je vais rendre compte de la
situation au commandant ». Dans ce désarroi, les boches s’emparent de la
tranchée et de la ferme de Lihu qu’ils incendient. Le commandant qui était
blotti, un peu en arrière, dans une cache improvisée, eut juste le temps de
rejoindre le poste du colonel, situé à 200 m de la ferme, environ, au bout de la
route d’Herleville ; c’est là que le lieutenant le trouva, au bout d’un moment,
nous voyons revenir le lieutenant : « Ordre du général, il faut reprendre, à la
baïonnette la ferme et la tranchée ».
On nous envoie deux compagnies de renfort du 140ème régiment d’infanterie qui
était au village de Lihu ; elles arrivent et sont reçues par une violente
canonnade. Nous reprenons la ferme, sans difficulté, mais il n’en est pas de
même de la tranchée des pommiers qui domine et où les boches se sont fortement
installés, un violent combat a lieu. Dans le petit bois de la ferme, le 140ème
est fortement éprouvé, nous gardons les jardins de la ferme, mais impossible de
reprendre la tranchée et la ferme. Le bilan de la journée a été désastreux pour
la compagnie : nous étions plus de 80 hommes dans les deux tranchées, un
quinzaine se sont échappées et la section de réserve (28 hommes) a été épargnée
; le soir, nous restons donc une quarantaine…
Seconde année de guerre : 1915
… C’est au début de notre arrivée à ce secteur qu’eut lieu un petit incident qui
eut des suites terribles. Notre nouveau lieutenant Cantero, ayant ordonné à
Laprée de prendre la garde, comme les autres le jour, celui-ci refusa, disant
qu’il en était exempté de la part du Capitaine (qui était absent), puisqu’il
était volontaire pour les patrouilles. Passant outre, le lieutenant lui intima
l’ordre par 3 fois, Laprée, malgré nos conseils ne voulut pas se soumettre et
persista dans son refus. Dès lors, le lieutenant le laissa en toute liberté,
pendant les 8 jours que nous restâmes et porta sa punition, avec le motif : «
Refus d’obéissance, devant l’ennemi », ça tournait mal ; dans la section où
Laprée était estimé, nous rédigeâmes une protestation en sa faveur ; elle n’eut
pas grand effet et Laprée s’obstinait, toujours, nous étions inquiets à son
sujet, lui ne s’en faisait pas et croyait s’en tirer, en passant au Conseil de
guerre, ce qui pour lui, n’était pas la première fois. C’était une forte tête,
mais qui avait des qualités ; en le prenant de bonne, on obtenait ce qu’on
voulait ; volontaire pour les corvées périlleuses, il nous rendait service,
profitant de sa liberté, il allait, en rampant, fouiller les poches des cadavres
boches qui gisaient, nombreux, en avant de nos fils de fer barbelés, ces
cadavres étaient là, depuis la fameuse attaque du 31 octobre. L’avant-veille de
notre relève, l’ami Blache, étant de faction, tua à la pointe du jour 2 belles
perdrix, mais il fallait aller les chercher, ce qu’il (Laprée) fit, en rampant
et sans incident en profitant du brouillard. Aussi, notre premier travail, en
arrivant au repos à Bayonvilliers fut de nous mettre en quête d’une maison pour
souper, nous trouvâmes une bonne vieille femme et toute l’escouade se régala des
perdrix. Il ne manquait que Laprée qui fut emprisonné, en arrivant ; quelle
triste journée, fut celle du lendemain dimanche 18 avril, quand nous apprîmes,
vers midi, que Laprée qui avait comparu devant une cour martiale, venait d’être
condamné à être fusillé et qu’il allait être exécuté immédiatement ! Notre
escouade fut pressentie pour l’exécution, mais nous refusâmes. On rassemble le
régiment et on nous mène sur le terrain à 1 heure environ de Bayonvilliers, le
condamné arrive dans une voiture, descend, escorté de l’aumônier qui le
réconforte et s’achemine vers le poteau ; le fameux lieutenant Cantero est à
côté de nous, il reçoit un abattage du commandant Ricous, pour la manœuvre de
son peloton : le commandant avait, paraît-il, essayé d’arrêter la punition.
Comme nous le détestions ce lieutenant ! .. Un silence impressionnant plane,
tous les yeux sont fixés sur le condamné, il dit quelques mots, recommande au
peloton d’exécution de viser au cœur, embrasse l’aumônier et parle contre les
officiers, mais on l’arrête. Un feu de salve l’étend raide mort, au pied du
poteau. On fait défiler le régiment devant son corps, pour impressionner les
hommes et leur donner à réfléchir sur la rigueur de la discipline.
Nous revînmes bien ruinés de cette triste cérémonie, on blâmait le capitaine
d’être absent à ce moment là : il était en permission ; au lieu de défendre
Laprée, dont il s’était servi, si souvent, pour les patrouilles périlleuses, il
l’avait abandonné. Le soir, à la nuit tombante, quand le lieutenant vint faire
l’appel, il fut obligé de faire demi-tour, de tous les cantonnements, on criait
: « Voilà l’assassin, enlevez-le » Enfin, consolation suprême, nous apprîmes que
Laprée avait fait une bonne mort. Il avait bon cœur, il s’était fort démené pour
la construction de la chapelle, c’était le gône Lyonnais, victime de son
éducation, on l’aimait, malgré tout et on le regretta fortement…
…Le 27 avril 1915, jour de ma fête, je reçois un énorme paquet de la maman, il
m’aide à améliorer l’ordinaire, pendant notre séjour à la tranchée. Après un
temps pluvieux, le beau temps revient, la nuit, un clair de lune superbe nous
rend la garde plus facile, l’alouette a fait son apparition, les arbres
commencent à feuiller, c’est le printemps et avec lui, l’espérance de la fin de
nos misères. On s’illusionne toujours, sur la fin prochaine de la guerre, la
maman est moins optimiste, dans ses lettres, elle croit avec raison à une plus
longue guerre.
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Ecole de Châteaudouble entre 1928 – 1949
Monsieur et Madame Beyssier , instituteurs à Châteaudouble,
se sont beaucoup investis dans la vie scolaire et extra scolaire
et ont apporté beaucoup de vie dans notre village rural.
Extraits des mémoires de l’instituteur Monsieur Beyssier:
La coopérative scolaire
... Nous venons de voir, par ce qui
précède, ce que nous avons fait pour la jeunesse du village ; nous n’en avons
pas, pour autant, oublié nos élèves qui, pendant vingt deux ans nous ont procuré
tant de joies, donné tant de satisfactions et qui sont aujourd’hui de « vieux »
amis pour nous… Songez qu’au moment où on écrit ces lignes, beaucoup sont
grands-parents depuis des années !
Peu après notre arrivée à Châteaudouble nous avons créé une
coopérative scolaire qui avait deux buts principaux : organiser des voyages
scolaires en fin d’année, et faire fonctionner une cantine.
La cantine scolaire
La commune étant très dispersée, beaucoup d’enfants
mangeaient, à midi, à l’école : cela signifiait qu’ils mangeaient froid
dans la cour, à la belle saison ; autour du poêle de la classe, en hiver,
certains faisaient parfois réchauffer un plat ; et, lorsqu’il n’y avait plus de
feu, ils montaient chez nous et on faisait le nécessaire
sur notre poêle ; car, à cette époque, on avait même pas le butane….
Nous pensâmes qu’une bonne soupe chaude, l’hiver serait la
bienvenue, une soupe de pâtes, vite faite, bien sûr, sur le poêle de la classe.
La coopérative achetait les pâtes et le beurre ; on fit faire une longue table
par le menuisier du village, table qu’on installa au fond de la classe des
petits ; maman mettait chauffer l’eau à la récréation et on se débrouillait pour
que la soupe fût cuite à onze heures ; les enfants mettaient leurs couverts ;
ajoutons que la serviette était de rigueur alors que beaucoup n’en avaient pas
chez eux. On servait la soupe avant de monter déjeuner et les enfants mangeaient
gentiment seuls.
Nous donnions aussi – toujours gratuitement un dessert. Au
moment des fruits, les parents nous en envoyaient ; pendant l’inter classe, les
enfants les épluchaient ; on faisait des confitures « de ménage », le sucre
étant acheté par la caisse.
Les élèves continuaient d’apporter quelque chose, bien sûr,
pour compléter le repas ; mais les parents étaient tranquilles et ils
apprécièrent, comme il se doit notre modeste réalisation. C’était notre bonne
qui faisait la vaisselle ; plus tard, lorsqu’elle nous quitta, nos enfants étant
plus grands, les grands élèves montaient chez nous et faisaient leur vaisselle,
à tour de rôle.
Les sorties scolaires
Les enfants de Châteaudouble furent, vers 1930, les
premiers, dans le canton, à faire, en fin d’année, des sorties scolaires ;
chaque élève versait une modeste cotisation mensuelle ; ont fit un élevage de
vers à soie ; et, pour avoir une prime supplémentaire, on pratiquait l’élevage
au rameau : on coupait les branches des mûriers qu’on étendait sur les claies ;
on ramassait des escargots, abondants à l’époque ; et, pour créer une certaine
émulation, on notait les apports de chacun ; on vendit même des champignons et
des plantes médicinales, surtout du tilleul et du sureau ; et puis, et surtout,
la société sportive alimentait généreusement la caisse de la coopérative grâce à
son concours de tir et à ses manifestations au terrain du « pont ».
Ainsi, à bon compte, les enfants purent faire des sorties
très modestes, au début ; plus importantes, par la suite. On louait les cars de
la maison Ollier, à Peyrus, remplacée plus tard par la maison Moulin. En 1931,
notre premier voyage eut lieu au col des Limouches ! Ce fut une journée
mémorable qui se passa sans incident ; notons d’ailleurs, au passage, qu’au
cours de nos nombreux voyages, nous n’eûmes jamais le moindre ennui…
… L’année suivante, nous allâmes aux gorges d’Omblèze ;
nous acceptâmes les grands élèves de nos collègues Chaudier de Peyrus, ce
qui diminuait d’autant le prix du voyage.
…Nous fîmes le Vercors, le lac du Bourget….
…En 1947, nous fîmes un grand voyage en deux jours à la
mer…
…Nous quittâmes Châteaudouble en 1949.
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