Le dernier congrès de la JC, tenu du 27 au 29 novembre à Gennevilliers, n'a soulevé qu'une question, celle des réseaux. Pour nous, cette question est secondaire, la principale est celle des revendications, qui, elle, n'a pas été abordée. Le congrès aurait dû être l'occasion de débattre d'un programme politique de défense des intérêts de la jeunesse, de la stratégie la -plus adaptée dans les luttes pour y parvenir, de la tactique unitaire et de l'organisation dont nous avions besoin. Quelles ont été les propositions du congrès, secteur par secteur ?
Les lycées
La JC a édité un document sur les "avancées démocratiques" dans les lycées. Nous ne sommes pas opposés à ce que les lycéens siègent dans les Conseils d'Administration (CA) de leurs bahuts s'ils n'y vont pas pour adapter les revendications à la gestion de la pénurie. Mais c'est bien lors d' actions de masse que l'on situe mieux les amis et les ennemis la jeunesse. Si l'on regarde le mouvement lycéen d'octobre dernier, qu'elle a été l'attitude du gouvernement ? Les lycéens regroupaient, au plus fort de la lutte, près de 500 000 jeunes défilant dans les rues de France pour exiger une augmentation du budget de l'Education Nationale. D'emblée, cela remettait en cause budget 99 et les critères de convergence pour l'entrée dans l'euro. De ce point de vue , le mouvement était éminemment politique, quelque soit l'appréciation portée par lensemble des lycéens. Or, ce mouvement entrait, lui, en contradiction avec un quelconque soutien gouvernement et à sa politique. Nous savons, par ailleurs, que les élections européennes sont une échéance importante pour les partis au gouvernement. Tout mouvement social cristallisant une opposition installerait le Pouvoir dans une situation délicate au plan électoral. Les européennes vont être le premier test de masse qui validera ou non la politique menée depuis juin 97. Une accumulation de mouvements sociaux risque de casser ce qui est considéré comme la seule politique de gauche. 500 000 lycéens qui se révoltent pouvaient constituer la base d'une contestation encore plus large. Dans le milieu lycéen la question était d'autant plus délicate que les relais politiques étaient faibles. Malgré tout, Allègre s'est constamment appuyé sur la FIDL pour s'assurer un soutien lycéen.
Pour le gouvernement, tout devait être fait pour stopper, casser, déconsidérer le mouvement légitime des lycéens. L'habituelle image des "casseurs" n'a pu émouvoir qu'une frange de la population traditionnellement réactionnaire. Mais dans !'ensemble, la population a majoritairement soutenu 'les lycéens.
Les préfets, les proviseurs, tous ont alors été mis à contribution pour enrayer l'action des lycéens. Parmi le dispositif de contre-attaque gouvernemental il y eut les Conseils de la Vie Lycéenne dont l'objectif était de limiter l'action au cadre local. Il ne s'agissait en aucun cas de développer une quelconque "démocratie" mais instituer des organes de cogestion. Il fallait détourner l'attention des lycéens sur les problèmes de leurs établissement respectifs et rompre avec une dynamique nationale. Ces conseils plaçaient les jeunes dans l'application, établissement par établissement, du budget de l'Etat. En aucun cas les lycéens qui y siégeaient ne pouvaient augmenter un budget que seuls les députés pouvaient modifier. Or, le gouvernement ne voulait pas de mouvement national cristallisé par la revendication unifiante de l'augmentation du budget de l'Education Nationale.
La force du mouvement fut son caractère spontané et démocratique à la base. Sa faiblesse provenait de l'absence d'une organisation nationale cherchant à unifier les luttes en faisant converger les forces dans une station unitaire à Paris. Tels sont les enseignements que nous pouvons tirer du mouvement lycéen.
D'un point de vue général, le plus important est de montrer les limites de la victoire des lycéens et réparer les militants à éviter les pièges du gouvernement. Il faut évidemment positiver toute lutte et être lucide, Les lycéens réclamaient des profs et des classes allégées Allègre leur a répondu 10 000 emplois-jeunes, des appelés du contingent, l'allégement des programmes, 35 élèves par classe et le recrutement de maitres-auxiliaires. La réponse du ministère est celle de la précarité et de la restriction budgétaire dues à application de l'euro, de Maastricht et d'Amsterdam. Ce n'est pas celle qu'exigeaient les lycéens. Pour briser ce carcan, revendiquons des profs et des moyens pour l'école.
Le 21 décembre le ministre a présenté une "charte pour la réforme de lycées" qui vise à appauvrir les contenus d'enseignement, à instaurer les 3 5 élèves par classe., ce, qui n'est pas une amélioration des conditions d'études, Il s'avère que cette charte va engendrer de nouvelles difficultés contre lesquelles il faudra se mobiliser. Il faudra veiller à ce que l'on refuse de participer à une négociation qui amènerait les lycéens à accepter le cadre global. Une mobilisation pourrait se construire à partir du retrait de la charte, sans condition ni amendement. La JC aurait tout intérêt à mener une campagne de dénonciation avec tracts et articles dans Avant-Garde.