Le village de Mens a connu une histoire longue et mouvementée. Des tribus ligures jusqu'à la conquête romaine, il ne reste pas de traces dans le paysage. Les romains y établirent un marché qu'ils favorisèrent en lui accordant des avantages fiscaux.
Mens s'appelait alors "Forum Neronis".
Au 5ème siècle arrivent les reliques de
Saint-Mens;
Saint-Mens sera le nom du village jusqu'au 16ème siècle, où il deviendra
simplement Mens.
Un tombeau du saint deviendra lieu de pèlerinage, une église sera bâtie à
l'emplacement des démolitions et constructions successives.
Au Moyen-Age, toute la population masculine participe à l'édification et à l'entretien des fortifications, dont il ne reste de traces que dans un mur de soutènement rue Sous la Tour. Le tracé de cette enceinte peut se deviner, on l'imagine bien autour du centre ancien, facilement repérable au bâti resserré qui le caractérise.
Hors les murs s'est développé un petit faubourg habité par des tisserands. C'est aussi hors de l'enceinte que se tenaient les deux foires annuelles : blé, seigle, avoine, chanvre, vigne; l'élevage du mouton est important.
Au 13ème siècle Mens devient rapidement le centre de production et d'échanges le plus important de la région. C'est à Mens, avec le marché hebdomadaire, que s'est fixé le cours des denrées, pour les grains comme pour les bestiaux, pour les clous et la toile de chanvre. Et au 16ème siècle le bourg devient le grand entrepôt des toiles de chanvre.
La population du Trièves s'est petit à petit formée de descendants des Vaudois, Albigeois et Lombards, qui étaient comme des réformés avant la lettre, et adhérèrent très tôt au mouvement de la Réforme. Dès le début du 16ème siècle Mens devient un centre calviniste. Le nom de Saint-Mens est abandonné pour devenir Mens; le premier temple est construit en 1561. La population augmente notablement. Mais bientôt les guerres de religions marquent profondément la ville et ses habitants. Incendie et pillage sur ordre du roi; organisation en place forte protestante avec Lesdiguières. Mais aussi actes "d'objection des conscience" de la part d'évêques ou de prêtres qui refusent la délation ou les massacres.
Dès 1573 une période de paix, couronnée par l'Édit de Nantes en 1598, affermit la Réforme dans le Trièves. Mens compte en 1573 environ 1200 habitants, dont 95% sont protestants.
Au 17ème siècle, Mens est un noeud de routes important, une étape très fréquentée, un centre commercial. C'est la zone de passage entre le Dauphiné et la Provence, les échanges sont surtout orientés vers le midi. Le vin provient du Diois ou de la Provence; de la Méditerranée arrivent poisson séché, huile et sel. De Mens partent surtout de l'avoine, de la toile et des clous. Les relations avec le Dauphiné sont difficiles : "Les abîmes du Drac sont un obstacle plus redoutable que la barrière montagneuse du sud". Dans ce même 17ème siècle les incendies sont très fréquents : les maisons sont recouvertes en chaume, et le bourg est parfois totalement incendié; ou comme en 1630 ce sont "seulement" 41 maisons et le temple.
Au 18ème siècle, la ville commence à s'étendre au-delà du noyau central, le long des voies de communication.
Quelques chiffres :
1729 : 30 tisserands
1778 : 6000 pièces de toiles fabriquées
1789 : on compte 26 fabricants de clous et
320 métiers à tisser.
Avec le 19ème siècle
s'amorce le désenclavement du Trièves par rapport à Grenoble, réalisé par
l'ouverture de nouvelles routes et d'une ligne de chemin de fer.
S'il facilite
l'écoulement des produits agricoles, il amène en contre-partie une concurrence
pour le productions artisanales de Mens, amorçant leur déclin. Par contre, une
activité touristique se développe avec les cures thermales des sources
d'Oriol. De nombreux hôtels et pensions de famille s'ouvrent à Mens.
La halle et les fontaines datent de 1840, l'usine pour le tissage de la soie de 1895. Elle fermera en 1962.
Pendant près d'un siècle, une
"École Modèle" protestante forme des instituteurs. Son apothéose
sera la construction en 1895 d'un nouveau bâtiment; fermée en 1914, l'école
deviendra un préventorium, puis une maison de convalescence :
"l'Obiou" est toujours modernisé et en service actuellement.
Au cours des siècles, Mens a toujours conservé son rôle de "capitale du Trièves", regroupant au service de toute la région, ses fonctions artisanales, commerçantes et d'enseignement. Le patrimoine bâti, peu détérioré, témoigne de ce passé et de la vie présente d'une manière évidente.