APPEL A UNE REACTION COLLECTIVE

 

Pourquoi l’extrême droite fait-elle de tels scores ?

 

* Dans 17 départements Le Pen fait plus de 21% :

-Oise, Aisne, Ardennes, Moselle, Bas-Rhin, Haut-Rhin, Aube, Haute-Marne, Haute-Saône, Ain, Loire, Gard, Vaucluse, Alpes-Maritimes, Hérault, Bouches-du-Rhône, Var.

 

* Dans 24 départements  Le Pen fait entre 18 et 21% :

-Pas-de-Calais, Nord, Meuse, Eure, Marne, Meurthe-et-Moselle, Orne, Eure-et-Loir, Vosges, Loiret, Yonne, Loir-et-Cher, Doubs, Territoire de Belfort, Jura, Haute-Savoie, Rhône, Savoie, Isère, Drôme, Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne, Aude, Pyrénées Orientales.

 

 Le Pen fait plus que sa moyenne nationale dans 41 départements.

Il arrive en tête dans neuf régions : Alsace, Nord-Pas-de-Calais, Champagne-Ardenne, PACA, Rhône-Alpes, Franche-Comté, Lorraine, Picardie, Languedoc-Roussillon.

Dans toutes ces régions, Le Pen et Mégret réunis font plus que le FN en 1995.

A noter en particulier la confirmation d’un électorat d’extrême droite puissant en Alsace et en PACA qui restent les deux bastions d’extrême droite les plus courtisés.

 

A noter aussi deux faits nouveaux :

-         dans les banlieues populaires du Nord et de la région parisienne, le vote traditionnel de gauche (PCF, PS) s’est littéralement effondré au profit du vote Le Pen ;

-         dans les milieux dits ruraux on constate une forte montée en puissance du vote Le Pen.

 

Selon une étude d’opinion effectuée par Ipsos pour Vizzavi, Le Figaro, France2, Europe1 et Le Point le 21 avril 2002 sur un échantillon de 4044 personnes dites représentatives de la population française, toutes inscrites sur les listes électorales, on constate :

-         que le vote FN est plutôt masculin (21% contre 13% de femmes) ;

-         qu’il y a plutôt un équilibre entre les générations ;

-         un fort vote FN chez les chômeurs (38%) et les ouvriers (30%) ;

-         une confirmation du vote FN chez les agriculteurs (20%) et les artisans commerçants (19%), particulièrement en milieu rural ;

-         que ceux qui votent le moins FN sont les employés et les cadres supérieurs ;

-         que la motivation première du vote est l’insécurité, l’immigration est aussi une motivation importante (70 contre 60%),

-         que les fidèles du FN se sont décidés pour la plupart il y a plusieurs mois et un tiers ne se sont décidés qu’au dernier moment.

 

D’emblée, il faut observer qu’un certain nombre de clichés sur le vote Le Pen s’avèrent sans fondement. En premier lieu, on entend souvent dire que « les jeunes » voteraient naturellement à gauche et qu’une forte abstention de l’électorat jeune aurait fait perdre Jospin  et gagner le FN. Or on constate que parmi les jeunes qui ont voté 20% ont voté pour Le Pen.. Comment supposer alors que ceux qui se sont abstenus auraient majoritairement voté à gauche ? A l’inverse, on ne peut pas dire non plus qu’il y a eu une montée du vote jeune Le Pen. Les jeunes votent dans l’ensemble comme les autres générations, de même que les personnes âgées ne votent pas pour Le Pen plus que les autres (contrairement à certaines idées reçues).

Deuxièmement, la proportion du vote des ouvriers dans le vote pour Le Pen n’a pas augmenté. Les classes populaires votent certes en grand nombre pour Le Pen, mais c’était déjà le cas en 1995. On constate d’ailleurs que Le Pen n’a attiré que 200 000 voix de plus sur son nom qu’en 1995 et que c’est essentiellement à cause de l’abstention que les pourcentages de Le Pen ont semblé augmenter fortement. La véritable augmentation réside peut-être dans le vote pour Mégret, mais les éléments d’analyses manquent aujourd’hui pour faire un bilan complet.

Enfin, il faut insister sur le fait que 20% de voix pour l’extrême droite ne signifient pas que 20% des Français sont fascistes. Certes, le FN s’appuie sur un électorat fidèle qui soutient en connaissance de cause l’idéologie d’extrême droite, notamment sur l’immigration et la préférence nationale. A cela il faut ajouter un grand nombre de personnes qui votent Le Pen depuis longtemps en raison de son discours « prophétique » sur l’insécurité et l’ordre, en oubliant plus ou moins la question de l’immigration. Enfin, un tiers de l’électorat de Le Pen s’est décidé au dernier moment et il est difficile de dire s’ils adhéraient totalement au message du Front. Le vote pour Le Pen n’est donc ni un vote purement fasciste ni un vote uniquement protestataire (notamment en Alsace où les scores de Le Pen sont élevés depuis très longtemps).

 

Mais il faut faire plus que dénoncer ces clichés sur le vote pour Le Pen. Il faut d’ores et déjà tirer les leçons du scrutin du premier tour des élections présidentielles et pour ce faire, il faut envisager les causes profondes de la victoire de l’extrême droite.

 

La cause la plus visible mathématiquement est sans doute l’abstention. On ne peut pas savoir pour qui auraient voté les électeurs qui se sont abstenus, mais ce qui est sûr est le fait que les électeurs de Le Pen, eux, s'abstiennent moins que ceux des autres partis. Mais le problème est bien plus complexe que cela car l’abstention est aussi porteuse d’un message politique. S’abstenir c’est manifester son désintérêt voire son dégoût du système politique. Il ne suffit pas de traiter les abstentionnistes de « collabos », il faut s’interroger sur les causes réelles de l’abstention.

 

Parmi ces causes, on ne peut écarter un affaiblissement de la vigilance collective face aux organisations d’extrême droite, à leurs activités et à la banalisation de leur message. Depuis la scission du FN, les dirigeants socialistes, qui exercent sans partage le pouvoir gouvernemental, ont décidé de considérer comme subsidiaire le travail militant face à l’extrême droite. Le PS, surtout, a traité comme quantité négligeable de nombreuses propositions dans ce domaine, en expliquant que la scission du FN signifiait une fin proche des organisations d’extrême droite et en négligeant les problèmes posés par les accords droite-extrême-droite, dans les régions notamment.

La gauche plurielle n’a pas su faire le constat de sa disparition politique progressive dans les catégories dites populaires. Le PC non plus n’a pas saisi l’ampleur du désamour exprimé parfois de manière radicale. Cette incapacité de la gauche gouvernementale à répondre aux aspirations des classes populaires explique pour une grande part le vote pour Le Pen dans certaines régions et l’abstention. De nombreux sympathisants ou militants ont fait ce constat il y a déjà longtemps, cette analyse était même parfois perçue comme un populisme, amère désillusion !

 

Une autre des causes essentielles du score du FN est sans doute l’importance du thème de l’insécurité dans cette campagne. La droite a une responsabilité majeure dans la banalisation des idées d’extrême droite qui visent à amalgamer insécurité, banlieues et origine ethnique ou religieuse. Le PS et Chevènement à gauche n’ont rien trouvé de mieux à faire que de cautionner ce discours sans en percevoir le danger. Les partis gouvernementaux ont relayé et diffusé le message que Le Pen cherche à faire accepter depuis vingt ans. 

Les réactions de la droite à la suite du premier tour sont inquiétantes car elles vont précisément dans le sens d’une surenchère sécuritaire. Chirac a refusé l’idée d’un front républicain et la possibilité d’une ouverture à gauche et ses lieutenants ont analysé le scrutin comme le résultat de l’absence d’une véritable politique de sécurité à gauche. Il est à craindre qu’une telle escalade ait des résultats désastreux.

 

Mais la droite n’est pas seule responsable de l’omniprésence du discours sécuritaire. Les médias ont aussi été déterminants dans ce processus de banalisation des idées d’extrême-droite. Attirés par l’audimat, la télévision et particulièrement TF1 ont présenté l’insécurité sous un angle spectaculaire et démagogique qui a participé à l’amalgame entre délinquance et immigration, le tout en se justifiant par des sondages sur les soi-disant « préoccupations » des Français.

Le Pen a d’ailleurs su très habilement utiliser les médias, et ce de deux manières. Premièrement, il a développé une stratégie de victimisation autour du faux débat sur les signatures en se prétendant victime d’un complot mené par Chirac pour l’empêcher de se présenter (et les médias se sont précipités pour propager cette théorie sans qu’elle soit justifiée par des éléments réels d’investigation). Deuxièmement, il a développé une image plus sereine, plus calme et moins offensive du FN et s’est fait passer pour un candidat « normal ». Au final, Le Pen est apparu comme celui qui avait raison depuis vingt ans et qu’on n’a jamais laissé s’exprimer.

Enfin, il faut répéter que l’appel de Le Pen aux « sans grades », au « peuple » et aux « petites gens » n’est qu’une opération démagogique de plus pour un candidat qui se caractérise plutôt par son opportunisme que par sa fidélité aux classes populaires. Par exemple, lorsque Mégret était encore idéologue du FN, les militants distribuaient des tracts à la sortie des usines pour infiltrer les syndicats en prétendant défendre les travailleurs. Le FN a même essayé de créer ses propres syndicats quand il ne pouvait pas infiltrer ceux présents, alors que Le Pen défendait une vision libérale et paternaliste de l’économie avant l’arrivée de Mégret. Le Pen cherche avant tout à instrumentaliser les classes populaires au profit de ses idées nationalistes.

 

Voilà ce que l’on peut dire, selon nous, des causes du score de Le Pen. Il reste à insister sur l’importance du contexte européen. En Autriche, en Italie, au Danemark et au Portugal le gouvernements de droite se maintiennent grâce à des alliances avec l’extrême droite. Dans ces quatre pays, les campagnes ont été marquées par la prédominance du thème de l’insécurité, le discrédit de la gauche face à son électorat populaire et le rôle fondamental des médias. Ce climat propice à l’extrême droite laisse présager des résultats d’une surenchère sécuritaire à droite, il faut tout faire pour qu’il n’y ait plus de connivences entre la droite et l’extrême droite en France, si cela est possible.

Dans ces conditions, nous tenons à appeler à un regain de solidarité envers tous ceux qui ont été, sont ou seront victimes de l’extrême droite en France et en Europe, que ce soit à titre individuel ou collectivement selon des modalité qui restent à définir. Depuis le 11 septembre déjà, beaucoup de Français ont été victimes de discrimination au simple prétexte qu’ils sont d’origine étrangère, habitent une cité ou sont sans emploi. Il ne faut pas que le racisme et la xénophobie l’emportent, ni directement par le vote pour Le Pen, ni indirectement par la banalisation de ses idées au sein des partis politiques républicains.

 

La plus grande part de cette analyse rejoint des débats qui ont déjà eu lieu dans le CUVED et pour nous, militants antifascistes, la victoire de Le Pen était prévisible, même si elle fut une amère surprise. C’est pourquoi le CUVED insiste sur la nécessité d’un travail au quotidien contre l’extrême droite et ses idées au delà des engagements temporaires à l’occasion des élections. Quant au vote du deuxième tour, les membres du CUVED ne se sont pas résolus à donner de consigne unique. Nous appelons à un vote contre Le Pen que ce soit un vote pour Chirac ou un vote blanc.

 

 

 

 

 

 

APPELS A LA MANIFESTATION

 

 

 

 

 

 

 

 

SAMEDI 27 AVRIL à 14H

PLACE KLEBER

à l’initiative de mouvements de jeunesse

 

 

 

 

 

Et surtout

 

 

MERCREDI 1 MAI à partir de 10H

départ PLACE DE LA BOURSE

 

 

 

 

 

 

 

COMITE UNIVERSITAIRE DE VIGILANCE CONTRE L’EXTREME DROITE

 

C/O Maison des Potes

150, avenue de Colmar

67100 STRASBOURG

cuved@caramail.com