Avril 2008

Dernière mise à jour:mercredi 23 avril 2008 - Accueil - Message






Hypothèses spéculatives




Samedi 12 avril


Ma vie redevient progressivement "normale", si toutefois ce mot peut avoir un sens. J'ai un travail salarié, une vie plutôt tranquille. Pas de soucis particuliers. Pas de joies particulières non plus. Des petits plaisirs ponctuels. Une vie simple. Calme.

Hum, c'est vachement inspirant, ça ! Palpitant au plus haut point !

Désormais conseiller municipal, je suis souvent en réunions ou groupes de travail. Occupé. Un peu trop occupé. C'était pour moi une façon de passer à autre chose, me confronter au concret, m'affranchir de ma retenue dans les relations sociales. Maintenant que j'y suis, je ne suis pas certain d'y trouver durablement satisfaction...

Et puis agir, certes... mais qu'en est-il du temps pour penser-écrire ?

Je vis seul. Tranquille et peinard. Personne pour me déranger dans mon train-train. Mouais... personne non plus avec qui partager. Et puis je me laisse aller. Ma maison est négligée. Un peu crade.

Tout ça sent le renfermé. Vivre en solitaire peut vite mener à tourner en rond dans une autosuffisance infertile. Je n'ai pas beaucoup de relations, hormis au travail. Les salariés sont sympas, mais question échanges et réflexions... faut pas aller chercher trop loin. Ma collègue Artémis semble avoir repris une distance toute professionnelle, n'abordant plus l'aspect ambigu qui m'avait sorti de ma torpeur en me plongeant dans un questionnement perplexe. Je ne cherche pas à en parler avec elle, la laissant libre d'exprimer davantage. Nous nous entendons bien, mais elle ne semble plus désireuse d'aller au delà. Je crois que ça me va comme ça.

Même genre de situation avec Charlotte, que je ne sollicite plus. J'apprends à me tenir à distance, disponible sans être intrusif. Hier elle m'a appellé, toute heureuse, pour partager sa joie d'avoir été reçue à un poste qu'elle briguait. Mettant de côté le pincement infligé par sa dernière maladresse je l'ai félicitée et même fait rire avec quelques taquineries. J'aime quand elle rit.

D'une manière générale j'aime bien faire rire. Il me semble que c'est devenu rare. Mais je crois que je me trompe. Disons que c'est du rire anecdotique, pas du rire complice.

Par ailleurs je continue ma formation à l'accompagnement-écoute. C'est passionnant... mais ça réveille beaucoup de choses. C'en est épuisant, psychiquement parlant. Je constate que je suis encore "pris" dans des problématiques anciennes et que les manifestations affectives de ces dernières années en sont une conséquence directe.

À la longue je suis fatigué de me coltiner ce travail sans fin d'émancipation-reconstruction. J'en arrive à me demander à quoi ça sert. Ouais, pas vraiment enthousiaste ces jours-ci.

Du côté des relations internautiques il ne se passe quasiment rien. Je suis "absent", ailleurs, occupé dans une vie active à la fois bien remplie et "creuse". Il manque quelque chose de l'essentiel. Il manque du sens, il manque de l'élan vital. Quelque chose qui se projette vers l'avant, qui aille au delà d'une simple vie.

Le retour au calme ressemble a la fin prématurée d'un grand voyage.

Ça me déprime.

C'est comme si j'acceptais de renoncer. Baissant les bras après des années de lutte pour... je ne sais même pas quoi ! Du rêve ? de l'idéal ? de l'espoir ? Mais qu'ai-je donc crû ?

Je n'en finis pas d'accepter de me résigner au principe de réalité.

Je trouve ça triste. Profondément... décevant. J'ai l'impression d'avoir loupé quelque chose. Il y avait un passage temporairement ouvert et, tout embarassé du fardeau d'un passé mal construit, je ne suis pas parvenu à le franchir à temps.

C'est difficile de renoncer. Accepter mon impuissance à obtenir ce que je désire.

C'est pourtant le passage obligé pour aller vers de nouvelles découvertes. 
De nouveaux désirs, de nouveaux élans.

Peut-être. Probablement.
Hypothèses spéculatives...








Éclipse




Dimanche 21 avril


La mort est absente mais son ombre est toujours présente. Elle accapare depuis trop longtemps l'énergie de vie que j'ai jadis senti naître en moi. Soleil noir d'une éclipse totale, il fait nuit en plein jour. Je résiste contre la froidure, je ne veux pas m'engourdir, je ne veux pas me figer dans la rigidité du solitaire.

Résister à la tentation de l'isolement meurtri.






Opacité




Lundi 22 avril


Je ne sais pas toujours pourquoi je me mets à flotter dans des eaux de marasmes, mais il y a toujours une raison. Pour ce qui se passe en ce moment il me semble bien que cela date des signaux émis par Artémis. À coup de grandes déclarations mystérieuses elle m'a replongé dans les affres des questionnements sensibles. Que voulait-elle dire sans le dire ? Qu'attendait-elle de moi ? Qu'y avait il derrière ces flous volontaires ?

Mais ce qui m'a fait vaciller c'est son éloignement inattendu, sous le prétexte que les choses n'allaient pas assez vite... Ben merde alors ! Elle attendait que je me lance vers l'inconnu alors qu'elle restait planquée derrière ses mystères !

Il n'en fallait pas plus pour raviver une histoire inachevée et remonter à la surface tout ce que je n'ai pas encore élucidé. D'où l'importance d'aller au bout des choses...

Franchement, j'en ai assez de rester coincé dans l'opacité de l'inexprimé ! Et puis j'en ai assez d'être toujours le "gentil" qui cherche à comprendre l'autre, sans brusquerie, sans insister, en respectant son rythme et ses limites...

Pfff, en faisant cela c'est moi que je ne respecte pas, finalement !





Situations idiotes



Mardi 23 avril


Une fois de plus je scinde mes écrits entre mon Carnet et ce journal. Les curieux liront les deux versions...

J'ai relaté ce soir une gueulante mémorable, sur laquelle je reviens ici.

J'ai quelques raisons d'en avoir marre d'être "trop gentil", et d'être en colère contre... moi-même. Car cela ne m'apporte pas toujours la reconnaissance dont je pourrais légitimement, et naïvement, bénéficier en retour. Être "trop gentil", ou même simplement attentionné, peut se retourner contre celui qui voulait être chaleureux.

C'est ce qui m'arrive avec ma collègue Artémis, qui est devenue étonnamment distante avec moi. Presque étrangère, comme si nous ne nous étions pas rapprochés durant les dernières semaines. C'est aussi ce qui s'est produit jadis avec Charlotte, du temps où elle manifestait une distance qui m'avait crevé le coeur durant des mois.

Maintenant, sans que je puisse dire que je m'en fous... je laisse faire. Je ne cherche pas garder le contact, ni même à faire des efforts particuliers. Je ne m'accroche pas. Je deviens neutre. Ni chaleureux, ni froid. Seulement là, mais sans m'impliquer, sans chercher à aller au devant de l'autre. Présent à titre utilitaire, sans affectif.

Je n'avais pas revu Charlotte depuis deux semaines, ni ne l'avais eue au téléphone. Elle m'a demandé de lui apporter des objets, ce que j'ai fait, mais sans rien de plus dans mon attitude que le minimum. Petit échange courtois, détendu, mais sans aucune expression d'affectivité.

C'est quand même bizarre d'en arriver à ça...

Je n'ai plus envie de faire preuve de gentillesse à fonds perdus. Je suis lassé de ne pas recevoir de retour. Moi aussi je sais me mettre à distance...

Je trouve que cela mène à des situations idiotes, mais tant pis.





Loin des yeux, loin du coeur





Mercredi 24 avril


J'ai enfin pu avoir quelques mots avec ma collègue Artémis. Échange fort instructif, éclairant pour des situations que j'ai vécu jadis.

Cette Chère Artémis, qui il y a deux mois me déclarait « voir de grandes choses possibles entre nous » [quelle choses ?], ressentant « quelque chose de très fort » [quoi donc ?], tout en refusant de me donner des éléments afin que je sache un peu de quoi il était question, à tout simplement d'autres centres d'intérêt ! En l'occurence son compagnon... qu'elle me confiait vouloir quitter il y a peu.

Loin des yeux, loin du coeur : il était simplement en déplacement durant les semaines. Maintenant il est chez eux, et Artémis souhaite passer du temps avec lui. Normal, évidemment.

Par contre, puisque nous ne travaillons plus ensemble durant nos journées, c'est moi qui suis "loin des yeux ". Donc je n'ai plus vraiment de place dans sa vie, cqfd. C'est à peu près ce qu'elle m'a dit. Explication plus ou moins valable, qui la convainc probablement davantage que moi. Car nous nous croisons quand même suffisamment pour que je perçoive nettement la différence, qui va au delà de ça. Il n'y a plus de signes d'amitié de sa part, plus de petits gestes et attentions, plus de temps pour rire et se taquiner, et aucune recherche de temps de dialogue. Dès la fin de la journée Artémis se sauve sous divers prétextes...

Mouais... heureusement que je ne m'étais pas laissé embarquer trop vite par ses demandes pressantes ! Je suis devenu prudent et cette protection m'est fort utile pour éviter désillusions et déconvenues. Il n'empêche que ça atteint quand même mon moral. Je crois bien que la période de morosité que je vis actuellement est largement issue de cet éloignement qui réveille quelques souvenirs râpeux.

C'est ainsi. Je n'ai rien à lui reprocher, elle est libre. Je ne lui en veux pas d'ailleurs, mais je suis touché, peiné. Je pensais que s'était développé entre nous une forme de lien qui m'aurait épargné de ce genre de choses. Au moins qu'elle ait le modeste courage de me dire ce qu'il en était, tout simplement.

Aaah, grand naïf que je suis ! [de moins en moins, heureusement...]
Je ne suis pas dupe de ce qu'elle ne m'a pas dit. Petites lâchetés ordinaires que nous avons tous, imaginant l'autre bien moins clairvoyant que ce que l'intuition permet.

Mais oui, tu es moins disponible, tu es préoccupée... mais oui, cela n'a rien à voir avec moi...
[mais tu ne m'en avais quand même pas parlé. Est-ce ainsi que tu conçois la confiance ? Mais je ne te dirai rien de cela, parce que tu le nierais avec une bonne foi outragée qui ne leurrerait que toi.]



Voila qui vient à point nommé par rapport à des réflexions que j'avais envie de développer : ma façon de me lier.

À force de réfléchir sur ce sujet éminemment sensible, et attentif à mes ressentis en la matière, j'en ai conclu que ma façon d'entrer en relation de proximité, ou d'amitié, reposait sur ce que j'appelle "confiance". Mais confiance en quoi ?

En fait lorsque j'investis un lien je le fais d'une façon qui ne va que dans un seul sens : toujours plus. N'étant pas conçu pour la marche arrière, chacun de mes engagements est sérieusement évalué. Pour moi le lien consiste en une "alliance", un pacte qui consiste à rester solidaire et présent, réceptif et bienveillant. Voilà la confiance. Je ne me désiste pas... et j'en attends autant en sens inverse. C'est là ma grosse erreur ! Celle que je répète à chaque fois malgré une prudence toujours accrue.

Naaaaan, l'autre ne voit pas le monde comme moi ! Pour n'en avoir pas encore suffisamment conscience, je me "fais avoir" par... ma trop grande crédulité. Je crois encore aux bons sentiments et à la fidélité...

Mais en suis-je capable ? En fait il se pourrait bien que moi aussi j'agisse de la même façon vis à vis de personnes qui investissent un lien avec moi sans que je ne le fasse de façon équivalente en réciprocité ! Tout simplement parce que chacun ne pense pas à dire ou demander ce qui semble évident selon notre regard personnel. Et puis parce que les bonnes intentions ne correspondent pas systématiquement avec la réalité des actes...

Dans l'absolu je comprends parfaitement ce « loin des yeux, loin du coeur ». Il me convient pour la plupart des liens. Mais je peux en souffrir lorsque j'apprécie une relation, qu'elle m'apporte quelque chose dont j'ai "besoin" à ce moment-là, et que l'autre ressent un désir moindre d'échange. Surtout si ce n'est pas clairement verbalisé. Car une fois que je sais de quoi il est question, je prends mon petit chagrin par la main et je m'éloigne à une distance qui m'est plus confortable. L'important est que je sache à quoi m'en tenir. Artémis m'a dit les choses avec une franchise toute simple, peut-être même sans s'en rendre vraiment compte.

Ça me peine, mais au moins je ne suis plus dans le questionnement. Je reprends une place de "collègue". Mais faudra pas qu'elle vienne de nouveau jouer dans le registre des sentiments ! Je n'aime pas du tout les chaud-froid. Je n'aime pas me sentir considéré comme étant au service des fantaisies de l'autre !

Pour les personnes qui vivent les relations au présent, sans ces notions d'alliance, de pacte de confiance, de solidarité, je comprends que les choses soient plus simples : on prend ce qui est possible au moment où c'est possible. Et éventuellement on quitte dès que d'autres possibles se présentent.

On quitte aussi dès que la relation ne satisfait plus, ou n'apporte plus suffisamment de plaisir.

Voila qui ramène à la condition d'objet de désir...

Tout cela me fait vivre des choses un peu difficile, mais c'est toujours intéressant. Ne serait-ce que parce que je me confronte aussi à moi-même sous la forme de questions : « et moi, est-ce que je suis vraiment tel que je l'attend des autres ? » Pas si sûr...

Je crois que j'ai encore pas mal de choses à découvrir de l'altérité.