Que conclure de cette revue rapide ? d'abord, que les langues qui meurent complètement sont celles qui sont supplantées par des langues attachées à une civilisation et à un état social supérieurs, pour dire comme Alibert; deuxièmement, que ces langues supérieures , si on peut dire, ne sont pas fixées pour l'éternité, mais changent au long des siècles, en elles mêmes, et en digérant les vestiges des langues vaincues : c'est pour cela que nous parlons français, gascon ou occitan, et non pas aquitain, gaulois ou latin de César.
Notre grande poétesse Philadelfe de Gerde porta jusqu'à la mort le deuil de la défaite de Muret, symbole de la conquête française des Terres d'oc, et l'Occitanisme a propagé le thème de l'effacement de notre langue à cause de cette conquête. Alibert* a une idée plus réaliste quand il note (Gr. XII) qu' il fallut la Croisade (albigeoise) pour empêcher la constitution d'un État occitan ébauché parallèlement à Barcelone et à Toulouse ; idée reprise par Patrick Sauzet au Cercle de minuit (T.27).
En bref, l'occitan resta la langue de la vie courante dans les pays annexés par le pouvoir royal, tandis que le latin (et non pas le français) demeurait la langue de l'administration royale. Mais le prestige du français, langue du roi et de la cour, poussa les élites à l'apprendre et abandonner l'oc pour les usages les plus prestigieux. Il en fut de même en Gascogne, entièrement rattachée au pouvoir royal après 1453, et en Béarn annexé en 1620. Ce qui n'empêchait pas le peuple de parler oc dans la vie de tous les jours, quand les techniques de production ne changeaient guère, l'enseignement était peu répandu et les déplacements rares (T.33), en dehors des exils souvent définitifs de ceux qui allaient chercher fortune ailleurs.
Mais à la fin du siècle des lumières , la Révolution française inventa la nation française identifiée à la population de la république, une et indivisible comme celle-ci; le français parlé par tous les ténors de la Révolution doit être la langue de tous les républicains tandis que le fédéralisme et la superstition parlent bas breton;[ ] le fanatisme parle le basque comme nous le savons bien depuis le rapport du Bigourdan Barère (T.8). L'école publique mènera logiquement l'affaire jusqu'au bout (T.1), aidée par la révolution industrielle, puis les Guerres de 14-18 et encore plus de 39-45, qui vident la campagne : la modernité, représentée par l'électricité, l'eau au robinet, puis les tracteurs, les engrais et tout le machinisme agricole etc. parlent français, tandis que les autres langues sont des patois honteux (cf. A. Viaut, Flor de vinha, p. 28).
Nous pouvons le regretter, pleurer, cela, c'est le déroulement véritable des choses, un fait de sociolinguistique et psycholinguistique, disent les spécialistes. Les autres langues de France ne purent pas lutter avantageusement avec la langue de Paris, instrument d'une civilisation et d'un état social supérieurs comme disait Alibert.
Et celle-ci aura également du mal à résister devant l'anglais, considéré lui aussi comme instrument d'une civilisation et d'un état social supérieurs; nous n'en prendrons qu'un témoignage en un dessin humoristique illustrant un article sur le denier né de France Télécom, Wanadoo , le service de connexion à Internet (Éclair-Pyrénées , 18.4.96) : c'est un jeune qui pianote sur le clavier de l'ordinateur
Pour revenir à notre langue, c'est un thème classique chez les félibres et les occitanistes que la langue, que les oracles annonçaient comme moribonde depuis des siècles, se parle toujours en cette fin du XXème siècle. Oui ! Mais par combien de personnes et quelles personnes ?
Les enquêtes effectuées ces dernières années
sont souvent interprétées de façon optimiste
par les médias felibréens et occitanistes,
mais la réalité est là : en pays d'oc, même
à la campagne, celui qui veut engager une conversation
en oc n'a guère de chances de réussir, même
auprès des plus de 50 ans (T.21, 23). Dans les milieux
felibréens ou occitanistes eux-mêmes, ceux qui paient
les cotisations de nos associations, il n'est pas sûr qu'on
en compte un sur dix qui puisse tenir une conversation ordinaire
en un dialecte quelconque (T.7). Et de là à parler
en oc couramment chez soi, à transmettre la langue aux
enfants, à voir ceux-ci continuer à la parler une
fois passés par les écoles et l'université...
Les obstacles à cette pratique sont immenses. À commencer par le fait que pour parler dans une langue, il faut être au moins deux qui la parlent et la comprennent et surtout qui veuillent l'employer (T.34). Et dans un couple, femme et mari, même d'un même lieu (ce qui devient de plus en plus rare [Qu'il semble lointain le temps où Yulien de Casaboune faisait penser à son héros " Je suis fils de paysans, elle aussi Nous croyons au même Dieu. Nous parlons la même langue. Tous deux nous sommes riverains du même gave " Esprabes d'amou, 1926], ne sont pas toujours d'accord pour parler oc entre eux, encore moins aux enfants dont il ne faut pas entraver l'ascension sociale (T.33) : pour plus d'un, le cerveau est comme le grenier de la grange, il faut en épargner le volume pour ranger le foin et laisser la paille au pailler.
Parce que ces deux mots sont la clé, le ressort des nos efforts : ascension sociale , faire mieux que père et mère et permettre aux enfants de ne pas connaître les difficultés, parfois la pauvreté que nous avons éprouvées nous mêmes. Et en quelle langue se passent les examens qui consacrent la réussite scolaire ? En quelle langue s'écrivent les livres dispensateurs du savoir en presque toutes les matières ? En quelle langue se traitent les affaires qui permettent de vivre, et parfois de s'enrichir (T.17) ? Si ce n'est pas toujours le français, il est sûr que le concurrent n'est pas le gascon ou l'occitan, mais l'anglais
Bien sûr, L'occitan peut tout dire, comme l'écrivit M. Grosclaude* (PN- PG, n°79, juillet-août 1980 p. 5), en donnant la version gasconne des principes de la thermodynamique. Mais concrètement, en dehors de poèmes et contes ou nouvelles (et encore cf. T.30) et de quelques écrits sur la langue ou autour d'elle, quel auteur occitan, félibre ou occitaniste, a jamais écrit en oc un traité de philosophie, de médecine ou d'informatique ? Déjà, vers 1600, notre Guillaume Ader, bien qu'il eût illustré la langue gasconne méprisée par la bonne société de Toulouse, écrivit en latin ses deux traités de médecine [Cf.Guilhem Ader, Actes du colloque de Lombez de 1991, CIDO 1992, p. 34 et 44]. Aujourd'hui, sur les 16 numéros de 1993 à 1995, Païs gascons n'a publié que 6 éditoriaux en gascon contre 10 en langage maternel françois [Ordonnance sur le fait de justice du 10 août 1539, dite de Villers-Cotterêts, art. 111.], sans doute pour être plus sûr d'être lu par les abonnés...
Quand la langue était véritablement vivante dans le monde rural, Camelat et combien d'autres plaidaient déjà pour faire entrer la langue d'oc à l'école; la promulgation de la loi du 11 janvier 1951, dite Deixonne , fut donc l'aboutissement d'un long combat de gens d'élite des pays d'oc pour autoriser l'enseignement des "langues et dialectes locaux", selon son nom officiel. Depuis, il y eut d'autres progrès, dans l'école officielle et aussi dans ces écoles privées nés en Béarn, les Calandretas *. Et le combat continue grâce à beaucoup de militants qui s'y donnent sans compter.
Mais n'est-ce pas vider des tombereaux de sable dans l'Océan ? sans être grand démographe nous pouvons compter quelque 115 000 décès annuels de personnes de plus de 50 ans sur quelque 13 millions d'habitants des pays d'oc, et en supposant que le tiers des défunts parlaient l'oc, ce sont plus de 38 000 locuteurs que nous perdons chaque année, inexorablement (cf. P. Sauzet, T.27, al. 3 et 4). En face, combien d'élèves arrivent à 16 ou 18 ans en parlant la langue correctement [Il faut espérer que le compte-rendu reproduit en T.38 n'a pas été rédigé par l'instituteur, avec l'emploi systématique du passé composé à la française !], quand nous savons ce qui en est de l'anglais ou de l'espagnol étudiés pendant tant d'heures au cours de la scolarité ?
Même pour les anciens des Calandretas, donc jeunes élevés dans des familles attachées à la langue et qui, probablement, la parlent chez eux, combien la pratiquent, une fois entrés dans la vie d'adultes ? et en quelles occasions, alors qu'est si rare la pratique de la langue dans nos rues ?
Notre société attend tout de l'école; le monde félibréen et l'occitaniste encore plus, pour être surtout constitués de professionnels de l'éducation, de l'instituteur au professeur d'université. Ils ont une sorte de foi dans la loi, le décret, la circulaire du ministre, l'action des syndicats de l'éducation nationale. Bref, une démarche par les sentiers de l'organisation de l'état républicain dont les mêmes reprochent le centralisme
Ils sont pour la plupart des républicains proclamés, et souvent convaincus, de sensibilité de gauche, comme on dit, et ils revendiquent une liberté de plus pour notre langue. Oui ! Mais en constatant l'impossibilité de convaincre les citoyens des pays d'oc d'élire ceux qui mettraient à leur programme la reconquête du terrain perdu par la langue, ils comptent sur des manuvres d'arrière-plan pour arriver à leur but : obtenir des lois qui forceraient les gens à réapprendre la langue d'autrefois (T.10, 12, 26), version nouvelle de la formule célèbre : Pas de liberté pour les ennemis de la liberté . Et encore, quand nous disons "langue d'autrefois", c'est un euphémisme, parce que plusieurs espèrent imposer aux uns (gascons par exemple) la langue des autres (languedociens), et encore, telle qu'eux mêmes l'ont "normée" ou "standardisée".
L'un des chevaux de bataille est la signature par la France de la "Charte européenne des langues régionales et minoritaires". Reconnaître des droits de l'homme est un bon combat, certes. Mais est-ce un combat pour notre langue ? La Charte prévoit en effet l'enseignement des enfants dans leur langue maternelle mais aucun enfant né depuis des années n'a pour langue maternelle un dialecte ou langue d'oc. Adopter une telle loi ne permettra pas concrètement d'obliger l'administration à organiser un enseignement en notre langue, mais il permettra aux communautés immigrées de le faire et d'enseigner l'arabe ou le wolof à l'école primaire. Très bien pour ces enfants si ce n'est pas un handicap pour s'intégrer dans la société française : souvenons-nous de la parole de St Paul avec les Juifs, je fus comme Juif, pour gagner les Juifs (Cor. I, 9,20) ou du proverbe de chez nous " suivre la mode ou quitter le pays. "
La vérité, c'est que depuis longtemps, les "occitans" se sentent totalement français [Cf. Louis Alibert qui compare la langue des troubadours à " nos classiques du XVIIe siècle " français, évidemment !], même s'ils aiment entendre parler patois ou chanter en patois, et répondent que ce serait dommage que la langue se perde entièrement; mais nous savons quel serait le choix des parents d'élèves entre le maintien d'une classe dans telle école de ville ou de village et la création d'un poste d'instituteur itinérant en langue d'oc. C'est à peu près ce qu'écrit un expert en la matière, Jean-Louis Blenet, Président de la fédération des Calandretas (PN-PG n°173, març-abriu de 96) :
" Le mouvement d'oc, maintes fois dans son histoire, pour
ne pas dire constamment, semble demander qu'une loi fasse vivre
la culture occitane.
" Mais il n'y pas de loi qui fasse tenir debout celui qui
veut se coucher.
" Et nous devons reconnaître qu'en gros la société
d'oc ne porte pas en acte et d'une façon forte son envie
de donner un avenir à la culture occitane. (La discussion
sur les raisons de cela serait très intéressante
et donnerait quelques clés pour l'action.)
" L'État dans son refus pose aux occitanistes une
question qui est positive.
" L'État dit : Tu me demandes des mesures, un statut
? Je dis non. Que fais-tu ? Que faisons-nous ? D'autres demandes
?
" Et l'État n'a pas besoin d'être putassier
pour ce faire, il a un bon argumentaire.
" Il dit : Pourquoi je dis non ? Parce que j'ai un tas de
demandes, de milliers de choses à faire et que je choisirai
l'indispensable, parce que nous ne devons pas gaspiller l'argent
public, etc. Alors je dis d'abord non à tout et je ferai
ce à quoi je ne pourrai pas échapper.
" Et nous pouvons être sûrs que tant qu'il pourra
y échapper, il le fera. "
De même, en une journée de réflexion sur Pyrénées-Atlantiques
au XXIe siècle initiée par le Conseil général
présidé par F. Bayrou, Maurice Jeantet, président
de l'Institut d'administration des entreprises, dit :
" Pourquoi aussi ne pas apprendre l'espagnol dès l'école
primaire ? L'occitan et le basque c'est bien, mais pour la veillée.
(Éclair-Pyrénées, 26.6.96).
"
Non, nos hommes politiques ne sont pas sots; ils savent bien que les électeurs n'ont pas envie de voir l'argent public passer à tout ce qu'il faudrait pour enseigner la langue d'autrefois [Subventions 1996 du Conseil régional d'Aquitaine aux associations des Pyrénées-Atlantiques (Éclair-Pyrénées du 26.6.96) : Fédération des Calandretas, 165 000 F; Image-Imatge, 52 000 F ; Carbnaval-Pantalonada de Pau, 30 000 F ; Fédération départementale des Chasseurs 325 250 F ; sans commentaire]. Ils viendront serrer les mains aux fêtes des félibres et des occitanistes, ils chanteront sur la scène de Siros ou d'Ibos, ils feront des déclarations en patois, en oc ou en occitan, comme vous voudrez mais ils n'iront guère plus loin s'ils veulent être réélus par des gens qui savent ce que leur coûtent les impôts.
Quand une langue n'est plus apprise au berceau et ne sert plus à gagner la vie, dire les amours, les pleurs, les cris et les prières, quelle peut être la motivation pour l'apprendre et la parler à nouveau ?
Quand Mistral lança le Félibrige, c'était une réaction de jeunes bourgeois d'esprit romantique qui ne travaillaient pas des leurs mains. Comme Virgile, ils chantèrent la noblesse du travail des paysans qui les faisaient vivre des leurs rentes et se convainquirent qu'ils parlaient la langue des paysans et des ouvriers à qui ils rendaient une dignité perdue. Mais ils demeurèrent loin du peuple, jugé trop inculte, comme le souligne la thèse récente de Pierre Pasquini [Le pays des parlers perdus, Montpellier, 1994.] Ils firent de l'oc une langue de culture, faite des mots d'un dictionnaire de référence, le Tresòr dóu Felibrige, avec ses grammairiens et ses académies, dispensatrices de prix aux bons élèves de la classe. Tout ce qu'il fallait pour décourager ceux qui n'avaient que de mauvais souvenirs de l'école et de la grammaire.
L'occitanisme fut une réaction contre le conservatisme politique des chefs du Félibrige et contre la double subordination de la graphie au modèle français et de la langue au modèle provençal. Mais si une sorte de gauchisme de 1945 supplanta le romantisme de 1854, il resta l'affaire d'une élite d'intellectuels : au lieu de vivre de rentes ou de commerce comme Mistral et ses amis, ils faisaient carrière au service de l'état français, la plupart comme enseignants, et souvent de français.
C'est facile de parler patois, quand nous avons une pile de diplômes
de la République pour prouver à tout le monde que
nous sommes maîtres dans la langue de Molière et
de Descartes, surtout après avoir changé le nom
méprisé de patois en ce nom scientifique
d'occitan. Mais sommes-nous des modèles pour
le peuple sorti tôt de l'école et qui parle le patois
appris chez soi de parents sans diplômes ? Pas du tout,
plutôt l'objet de la méfiance des simples devant
ceux qui leur semblent trop avisés. Quand nous luttons
pour faire créer un CAPES, puis un jour une agrégation
d'occitan, quand nous demandons des postes d'enseignants d'oc,
le faisons-nous pour la langue, ou pour notre carrière
d'enseignants ? Sans doute un peu de tout, et il ne faut pas museler
le b uf qui foule l'aire; mais les gens se méfient
Si les occitanistes et les félibres étaient vraiment
sentis comme modèles pour notre peuple et en particulier
pour nos jeunes, comme le sont les sportifs ou les chanteurs,
il y aurait peut-être un courant pour donner envie d'apprendre
et de parler la langue. Mais, comme le notait amèrement
Michel Chapduelh [Occitans ! n°70, nov.-dec. de 1995,
p. 19], la génération de 68 a tout fait pour tuer
l'affectivité, origine de tous les fascismes et nous nous
étonnons d'avoir de jeunes élèves sans enthousiasme.
C'était mal vu de vouloir parler de la langue du papet
(cf. P. Sauzet, T.27, al. 2 et T.37 in fine), l'avenir était
pour l'occitan normé, standardisé etc. Mais si la
langue des dictionnaires et des grammaires normées vaut
plus que celle du c ur, pourquoi se fatiguer à l'apprendre
quand on sait qu'elle ne servira pas du tout dans la vie de tous
les jours, sinon pour devenir capessien d'occitan et se chercher
des postes et des élèves pour faire tourner la roue
! (T.37)
Nous avons, certes, la solution révolutionnaire : se battre contre tout ce qui est institué dans cette société capitaliste française de m et établir la dictature du peuple occitan prolétaire exploité. Dictature sur qui ? sur lui-même, bien sûr, pour le libérer de l'oppression et le forcer à apprendre et parler la langue des démocrates que furent Raymond VI de Toulouse, Gaston Fébus de Foix ou Henri III de Navarre. Imposer de même cette langue à ceux qui sont venus d'ailleurs travailler ou de retirer chez nous (cf. T.22), à moins de pratiquer quelque purification ethnique pour rester entre occitans...
Mais assez de sottises (T.20, al. 4 et 5) ! sans aller chercher le vouloir des rois ou le jacobinisme des républicains, c'est l'évolution du monde qui a fait disparaître la société et le mode de vie ruraux où s'était maintenue la langue d'oc, son biotope comme disent ceux qui veulent, à coup de millions de francs, faire revivre l'ours chez nous. Sans cette terre où elle avait ses racines, ce ne sont pas des institutions politiques, autonomistes ou indépendantes, qui pourront faire revivre la langue comme moyen naturel de communication sociale, parlé tous les jours et partout, et donc transmis aux enfants par les mères : l'affaire n'est pas gagnée en Catalogne, bien qu'elle ait une bourgeoisie catalaniste depuis toujours, encore moins en Irlande indépendante a fortiori de ce versant des Pyrénées, tourné vers Paris depuis des siècles et des siècles.
Et qui pourrait chiffrer le coût de la traduction en oc, même unifié, de l'immense "littérature" scientifique (T.35, al. 3) et technique qui commande tout travail moderne ? Déjà nous n'arrivons pas à le faire de l'anglais au français Nous sommes en-dessous de la masse critique, et celui qui veut être lu écrit en français (T.30 et 32).
En face de cela, nos disputes sur la meilleure façon d'écrire, de parler ou d'enseigner la langue ne sont qu'épiphénomènes (T.24); nous tirons l'aviron pour remonter de Bayonne à Peyrehorade, mais même si nous étions tous d'accord entre tilloliers, nous sommes trop peu, et le courant de l'Adour emporte inexorablement notre tillole vers le Boucau et l'Océan...
Dans le n°16 du 7 septembre 1995, en rendant compte d'une enquête sur l'aranais, La Setmana titrait " Occitan : quelle possibilité de survivre ? "; nous répondons comme langue de culture apprise par ceux qui ont du loisir [Ce qui n'exclut pas l'école, puisque le mot schola e vient du grec où il veut dire le loisir : il faut avoir du loisir pour apprendre !], amoureux d'une histoire et d'une civilisation ethniques qui enchantent celui qui a la chance de les découvrir (cf. T.13). On apprend toujours le grec ancien et il y a des hellénistes qui font leur bonheur de vivre avec Homère et ses héros : Serait-il plus sot de faire de même pour ce qui est à nous ?.
Aussi, s'il n'y a pus d'espoir raisonnable de faire revivre notre langue dans la vie de tous les jours, mas seulement comme un loisir culturel, nous devons changer le regard que nous avons sur elle. C'est ce que nous allons essayer de faire dans le chapitre suivant.