[Paja d'avants|Paja Sinòpsi]

La refòrma lingüistica occitana
Tèxtes de l'I.E.O.

Part setau : Remarcas de fin
Tirat de : Ligam-DiGaM No 2, Gèr de 1994, pp.16-24

LA RÉFORME LINGUISTIQUE OCCITANE ET L'ENSEIGNEMENT DE LA LANGUE D'OC
Le système de redressement de la langue d'Oc que l'on vient d'exposer ne diffère pas beaucoup de celui qui a été appliqué au catalan moderne par l'Institut d'Études Catalanes de Barcelone, sous la direction du grand philologue Pompeu Fabra, en dehors de quelques particularités spécifiquement catalanes qui ont été rejetées. Il faut tenir compte que le catalan fait partie du groupe romano-occitan et que, comme notre langue, il comporte plusieurs dialectes et de nombreux parlers. Le problème à résoudre de l'autre côté des Pyrénées se présentait, à peu de chose près, d'une façon identique : pallier à l'émiettement dialectal.
D'autre part, les idées de Mistral et de ses disciples sont très voisines de celles de l'Institut d'Études Occitanes. Il est vrai qu'elles sont appliquées avec plus de rigueur, et l'on ne saurait s'en étonner si l'on considère qu'elles s'adressent non plus au seul provençal, mais à tous les parlers du Midi de la France qui sont restés beaucoup plus conservateurs des formes primitives de la langue que le Bas-Rhodanien.
Citons d'abord Gaston Paris dans "Penseurs et poètes" à propos de Mistral :
« Qui dit langue littéraire dit nécessairement autre chose que parler local. »
Roumanille dans «La part dóu bon Dieu» :
« Ce n'est point toute prononciation que nous prenons pour règle de notre manière d'écrire ; nous ne considérons que la prononciation autorisée par le bon usage, que nous reconnaissons comme législateur exclusif dans les langues. »
Jules Ronjat dans « L'ourtougràfi prouvençalo » :
« Ne reproduisez pas servilement dans notre écriture tous les défauts du langage commun et quotidien, mais donnez aux mots leur physionomie complète, sans les adoucissements ou effacements coutumiers de la conversation, dont le cours rapide use les mots en frottant les uns contre les autres, comme des galets dans un torrent. »
« Gardez aux mots leur physionomie complète et écrivez donc  : a) les lettres qui, muettes dans le mot isolé, s'entendent dans le mot suivi d'un autre ; et b) les lettres qui, muettes dans le mot simple, s'entendent dans les mots qui en sont tirés, les mots dérivés ou parents. »
Et Mistral dans « Recueil des Noëls de Saboly  » :
« La suppression totale des lettres étymologiques conduirait à la destruction de la langue provençale et à Babel. »
Passons maintenant à la réforme linguistique proprement dite. Voici l'opinion de Mistral dans « Mistral et la rédemption d'une langue », de P. Devoluy, p. 191 :
« L'unification absolue de notre langue demanderait l'abolition des dialectes. La force des choses empêchera toujours cela. Et c'est perdre son temps que de vouloir aller contre la nécessité. »
Jules Ronjat, à propos de l'épuration, de la fixation et de l'enrichissement du provençal par Mistral d'après G. Paris :
« L'épuration a consisté surtout à éliminer autant que possible les mots français qui avaient remplacé, dans l'usage même du peuple, leurs correspondants provençaux... Mistral a restauré les formes provençales quand il les trouvait encore vivantes. Entre plusieurs sons ou formes usitées sur le territoire de son parler naturel de base, Mistral a parfois admis dans le vulgaire illustre au lieu de telle ou telle particularité maillanaise un type fonétique soit plus généralement répandu, soit tenu pour plus pur ou pour mieux sonnant, ex. : femo, femello, semena, cementèri, préférés à fumo, fumèllo, samena, çamentèri. »
« L'enrichissement a consisté essentiellement à faire entrer dans le vocabulaire, en les adaptant fonétiquement, tous les termes utiles qui ne sont pas en usage dans le parler de base... »
Et Gaston Paris, lui-même, dans « Penseurs et Poètes » :
« Jusque là, comme il arrive nécessairement dans un ensemble de parlers laissés à toute leur liberté, l'une et l'autre (phonétique et morphologie) variaient à l'infini ; en respectant cette liberté, il est impossible de créer une langue littéraire. Je n'en donnerai qu'un exemple : dans les Provençales (1852) on trouve pour le mot femme les formes femo, fumo, feno, fenna, et ce ne sont pas là de simples différences de graphies, ce sont bel et bien des variantes phonétiques. La nouvelle orthographe choisit une de ces formes, généralement la plus rapprochée du latin (ici femo) et on l'admet seule, cette forme fait désormais partie de la langue des félibres. »
Roumanille dans « La part dóu bon Dieu » :
« Dans le dialecte d'Arles et d'Avignon, nous prononçons pradaié, vengueian, capouié, etc..., et bra, venè, douna (à la deuxième personne du pluriel des verbes), ce qui adoucit singulièrement notre prononciation. Eh bien : nous consentons, Mistral, Aubanel, Mathieu et moi à abjurer ces délicieuses formes de langage pour adopter les suivantes qui appartiennent à vos dialectes : pradarié, vengueriam (depuis venguerian), venès, dounas, capoulié, bras, etc., etc »
Nous n'ajouterons rien à ces textes suffisamment éloquents par eux-mêmes. L'Institut d'Études Occitanes se contente d'appliquer les principes mistraliens, d'en développer les conséquences en tenant compte de l'évolution des idées et de la situation depuis près d'un siècle. Ce que ne pouvait réaliser Mistral est devenu possible. Le besoin d'unité, si relative soit-elle, apparaît de plus en plus pressant. L'Institut ouvre la voie et en prépare les instruments : grammaires, dictionnaires, cours d'enseignement, textes.
La langue d'Oc, déjà plus ou moins étudiée dans nos Universités, ne tardera pas, nous le souhaitons ardemment, à pénétrer dans nos écoles à tous les degrés de l'enseignement. La réforme linguistique que nous venons d'exposer et que nous appliquons est la seule logique et sûre, utile et efficace pour l'enseignement et l'écriture de notre langue.

Institut d'Études Occitanes


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