Cette entrevue est reprise du magazine de street-punk PUNK LIVES numéro 3 (1982).

EVER AGAIN !

Lorsque j'ai appelé, avec une certaine crainte, Cal pour organiser cette entrevue, le chanteur énigmatique m'a poliment mais fermement envoyé balader. La raison en est que Discharge est souvent mal traité dans la presse. Et rien ne fera changer Cal d'avis. Il ne voudra pas me parler du tout.

Et ce soir, Discharge donne un de ses meilleurs concerts à l'occasion duquel cette entrevue sera réalisée. Ils sont fous : Cal bondit tout autour de la scène hurlant et s'agitant comme un fou furieux et les autres musiciens s'attaquent à leur instrument comme des affamés du hardcore. Decontrol ! Decontrol ! We've been shit on for too long ! Decontrol ! DECONTROL ! DECONTROWLL !!!
Ils ne voulaient tout simplement plus s'arrêter. Ca continuait et continuait encore. Et quand finalement ils mirent fin au show, une immense joie et une grande satisfaction se lirent sur les visages. Discharge au Zig Zag Club restera comme un grand souvenir, une référence dont on parlera longtemps. Un événement !

A cause de l'absence de Cal, la conversation risquait d'être fade et sans spontanéité. Cal étant le chanteur du groupe, le designer des pochettes, l'auteur de toutes les paroles et le centre du groupe lors des concerts, comment faire une interview satisfaisante sans lui ?
Pour préparer et encourager de future (bonne) relation, ce que vous lirez sera la plus stricte et fidèle transcription de l'entrevue avec Discharge.

Je retrouve Rainy (bassiste) en compagnie de Cal qui s'éclipse aussitôt. Arrive bientôt Bones (guitariste) me disant que Dave (batterie) nous rejoindra peut-être plus tard.

Que pensez-vous de ma critique sur votre dernier album ?

Rainy : Elle est pas mauvaise.

J'ai dit que vous vous intéressiez trop à la guerre...

Bones : Il n'y a rien d'autre que tu puisses faire.

Etes-vous d'accord avec ça : 'les intentions de Discharge sont honorables, les sujets sur la guerre nucléaire sont traités avec tout le dégout et la peur nécessaire, mais avec l'utilisation de mot tel que cauchemar, mutilation, douleur ou destruction, l'horreur ne devient plus qu'un slogan pour blouson de cuir.' (Sounds 15 mai)

Rainy : heu... Non.

Pensez-vous avoir trop chanté sur la guerre ?

Bones : Non.

Allez-vous introduire de nouveau sujet dans vos textes ou continuer sur la guerre ?

Bones : Ca sera pour le futur de toute façon.
Rainy : On ne sait pas... Mais c'est pas très important. Ca roule.

Que pensez-vous accomplir en chantant sur la guerre, comme ça ?

Rainy : Mettre du bon sens dans la tête des gamins, leur donner un peu de connaissances...

Vous croyez que les gens prennent le message au sérieux ?

Rainy : C'est sur.

Alors vos paroles sont prises au sérieux ?

Rainy et Bones : Ouais !

Ne souhaitez-vous jamais être plus qu'un groupe populaire underground ? Ne voudriez-vous pas devenir connu du grand public ?

Rainy : Non, on est très content comme nous sommes, ça nous convient.

Quelles affinités avez-vous avec les autres groupes Punk du moment ?

Rainy : Nous sommes tous les mêmes.

Que pensez-vous de tous ces groupes qui se disent influencés par Discharge ?

Bones : On apprécie.
Bones : Au moins, on n'est pas n'importe qui, qui faisons n'importe quoi.

L'album dure seulement une demi-heure. Vous ne trouvez-pas que c'est un peu court ?

Rainy : Non, c'est à peu près la même chose que les autres albums.

Y-a-t-il quelque chose que vous voudriez ajouter à l'interview que vous avez donné à Sounds ? Celle où vous (Rainy) dites que ça vous plait de chier dans le lit des gens chez qui vous faites la fête. Je sais que vous avez dit ça en plaisantant mais ça sonnait très sérieux.

Rainy : Ca arrive avec toutes les entrevues faites avec Sounds. Dix pour cent de ce que l'on dit disparaît et 15 pour cent sont laissés de côté.

Bien. C'est l'occasion de corriger ce qui a été écrit.

Rainy : Oh, ce qui est passé est passé.

Mais n'est-ce pas cette entrevue qui a dérangé Cal ?

Rainy : Je ne sais pas du tout.
Bones : Il a été cité de façon incorrecte.
Rainy : On a de bonnes critiques et de mauvaises. Ce qu'on leur dit n'est pas toujours imprimé. Et quand finalement ça sort, comme je l'ai dit, dix à quinze pour cent sont réellement nos propos et le reste est du remplissage. Tu vois ce que je veux dire ?

Ne trouvez-vous pas vous-même que vos chansons sont confuses, mélangées ?

Bones : Non, elles ne sont pas identiques pour nous.
Rainy : Je pense qu'elles ne sont pas pareilles. Depuis le premier 45 tours qui était très inégal, la production de nos disques s'est énormément amélioré.

Jusqu'où avez-vous l'intention d'améliorer votre son ?

Rainy : On fait des progrès tout le temps. Je pense que depuis le premier enregistrement on s'est sacrément amélioré et on continu. On s'est habitué à la vie en studio et on y travaille de meilleure façon.

Ne ferez-vous jamais un morceau lent ?

Rainy : Pas vraiment. Si on faisait un titre lent, beaucoup de gens se dresseraient pour faire... (il se met à taper du pied comme un fou)

Ne pensez-vous pas que cela aménerait une pause dans les concerts et que ça rajouterait un peu d'originalité ?

Rainy : Nous en avons un lent déjà de toute façon.
Bones : Un lent raisonnable, quand même.

Lequel ?

Rainy : Protest And Survive est lent. Lent !
Bones : Ouais, lent.
Rainy : On fait comme si on le jouait lentement. Tu vois ce que je veux dire ?

Est-ce que certains d'entre vous écoute Motorhead ? Vous sonnez parfois comme eux.

Rainy : Ils sonnent comme nous.

Que pensez-vous de ce qu'on appelle le crossover punk/metal ?

Bones : Il n'y a pas beaucoup de différence. On ne peut pas vraiment séparer le heavy metal et le punk sauf que les metalleux jouent un peu mieux, sans doute parce qu'ils jouent depuis plus longtemps.
Rainy : Ca change le son actuel, et de toute façon nous sommes vraiment bizarres.

Vous n'avez jamais eu envie de faire une musique plus... compliquée ?

Rainy : C'est compliqué. (je ris tout bas...)
Bones : C'est vrai. Il n'y a pas beaucoup de gens qui peuvent jouer ça.
Rainy : C'est compliqué, pour nous.

N'avez-vous pas envie d'améliorer la scène un petit peu ?

Rainy : Que veux tu dire ? Avec une batterie électronique et des bongos ou ce genre de chose ?

Non. Je pensais en changeant de tempo, peut-être de temps en temps, au milieu des titres...

Bones : On peut jouer ce genre là, mais ce n'est pas sympa, n'est-ce pas ?
Rainy : On aime jouer ce qu'on joue, ça nous ressemble, tu vois ce que je veux dire ?
Bones : C'est ce qu'on fait de mieux depuis 5 ans.

Quoi de neuf pour Discharge depuis 1977 ?

Bones : Les membres du groupe n'ont pas toujours été les mêmes.

Vous n'avez pas donné d'interview depuis un an ou presque et les gens voudrait savoir ce que vous pensez...

Rainy : Vous n'auriez pas du dénigrer Calvin. Il fait partie du groupe. Si vous l'attaquez, vous attaquez tout le groupe.

Ai-je critiqué Calvin dans mon compte-rendu ?

Rainy : Non, pas critiqué mais émis des remarques à son propos.

C'était seulement pour dire que la guerre revenait souvent comme thème.

Bones : Mais il chante pour notre musique n'est-ce pas, et si vous le dénigrez vous nous dénigrez...

Je ne l'ai jamais dénigré.

Bones : Vous avez fait des remarques sur ses textes.

Ce n'était pas les textes eux-mêmes mais plutôt l'usage abusif de la guerre comme slogan. Ce que je voulais dire c'est que le message est très estimable mais que martelé comme ça il perd de sa force.

Bones : Vous pourriez le dire de façon différente, non ?
Rainy : Les paroles sont significatives, vous voyez. Elles disent quelque chose.
Bones : La menace nucléaire est la chose la plus importante de nos vies, non ? Au moins pour cette génération, en tout cas.

Cependant, comme je l'ai dit, pour certaines personnes c'est juste un slogan sympa.

Bones : Oui, peut-être pour certaines personnes. Mais ceux qui achètent nos disques y croient.

Pensez-vous que beaucoup de gens achètent vos disques pour la musique ou pour les paroles ?

Bones : Je suppose pour les deux. On ne peut pas dissocier musique et paroles. Quand vous achetez un disque c'est pour la musique et les textes, non ? Laissons tomber ce sujet et passons à autre chose.
Rainy : Oui, vous ne devriez pas critiquer Calvin, c'est un bon auteur.

Vous et Crass semblez d'accord sur de nombreux sujets mais vous l'exprimez différemment. Que diriez-vous avoir en commun avec Crass ?

Bones : Je ne veux pas faire de commentaire sur d'autres groupes. Quand on s'exprime sur d'autres groupes, nos propos sont déformés.

Bon, une autre question alors. On a beaucoup entendu d'idées d'autres groupes sur l'Anarchie (Flux, The Exploited, Conflict,...) mais on n'a jamais entendu la version de Discharge. Quand vous utilisez le logo A et le visage, que voulez-vous exprimer sur l'Anarchie ?

Rainy : C'est un secret.
Bones : Oui, on a une version différente de l'Anarchie.

Pouvez-vous nous donner un indice ?

Rainy : Tout est dans ma tête.
Bones : Oui, tout est dans sa tête...
Rainy : On ne veut pas parler sur l'Anarchie, c'est trop dingue. Tout est dans la tête, tu vois ce que je veux dire ? Je pense par moi-même.

C'est juste que vous mettez votre logo Anarchy sur beaucoup de vos 45 tours... Sinon, croyez-vous que la personne qui s'intéresse à vous et à vos opinions peut avoir plus d'intelligence que celle qui est attirés par d'autres groupes qui chantent sur la violence et autres sujets similaires ?

Bones : Ca dépend. Si tu aimes le Hardcore tu apprécies tout ce qui est rapide et bon, non ?

Voyez-vous des différences entre les fans des différents groupes ? Pour moi, il y a plusieurs types de punk aujourd'hui.

Rainy : C'est totalement faux ça.
Bones : On s'en fout de savoir quel genre de personne vient nous voir. Si elle aime notre musique, on joue pour elle.
Rainy : Ce sont tous les mêmes gamins. Le meilleur public qu'on puisse avoir.

Voilà, c'est tout. Vous n'avez pas dit grand chose.

Bones : C'est vrai.
Rainy : Je parie que tu maquilleras bien tout ça...

Non.

Rainy : On a ton adresse de toute façon.

C'est que vous ne donnez pas beaucoup d'interview, et je pense que vous auriez eu l'occasion de vous exprimez plus.

Bones : Nous avons notre caractère propre, on n'aime pas trop parler...

Les gens s'intéressent à ce que vous faites.

Rainy : Nous sommes de gentils garçons... Classe moyenne, maisons... Petit jardin...

C'est donc ça.

Rainy : (grimaçant) Tu le déformeras.

Sûrement pas.

Conclusion (de quelqu'un qui ne déforme pas) : Rainy et Bones ont de l'humour, aime leur musique, croient en leurs messages, s'amuse ensemble et prennent les interviews trop au sérieux.

Discharge sera toujours Discharge, toujours au sommet de leur style, toujours dans l'ombre mais jamais rien d'autre car c'est ce qu'ils veulent.



 Discharge
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