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Catherine ROUVEL
1987

De sable et de sang

 
A gauche : la VHS USA : Patrick Catalifo
A droite : Patrick Catalifo debout, et, venant de la droite, Catherine Rouvel

 

La critique des Cahiers du Cinéma n°408, mai 1988 : partie 01 - partie 02

1987 - Cinéma - De sable et de sang (ex-Corrida, ex-La grande passe) - Réalisation Jeanne Labrune

Titre américain : Sand and blood.

Fiche technique : Tournage Catherine : 14 au 28-9-87 - Sortie Paris : 4-5-88 - 1h.42.

Avec Patrick CATALIFO (Francisco), Sami FREY (Manuel), Clémentine CELARIE (Marion), André DUSSOLLIER (Emilio), Catherine ROUVEL (Carmina), Maria CASARES (Dolorès), Pierre FORGET (Le père), Camille GRANDVILLE (Annie), Stéphane ALBOUY (Mario) et Fabien FERNANDEZ, Frédéric SANCHEZ, José-Manuel MONZON, Pierre FORGET, André JOLI, Jacqueline ROSENFELD, Jean-Marie BOURRET, Dominique VACHE, Christian CHESSA

> Sélection Cannes 88 "Un certain regard".

L'histoire : La rencontre entre un jeune toréador qui rêve de devenir l'égal des grands toréros, et un radiologue sensible qui déteste la corrida. Une fascination mutuelle va naître entre les deux hommes...

Notes : On ne peut reprocher à Jeanne LABRUNE d'avoir traduit fidèlement sa pensée puisqu'elle déclarait, à propos d'une corrida à laquelle elle avait assisté : "Ce qui me perturbait, c'était à la fois d'être écoeurée par ce que je voyais et de pouvoir rester". C'est exactement ce sentiment qui transparaît à l'image dans l'affrontement Sami FREY-Patrick CATALIFO (excellent) et la gène vient de là. De cette forme d'explication filmée d'un sentiment trouble, comme si de filmer cette ambiguïté permettait à Jeanne LABRUNE d'extérioriser son embarras pour mieux en demander pardon publiquement. Le malaise demeure et demeurera car ce n'est qu'à aimer la corrida que l'on peut trouver beau cet étalage de boucherie comme l'écrit cet amoureux des tueries légales, Nicolas BOUKRIEF, dans "Starfix" : "De sable et de sang offre de belles images de corrida cruelles et animales. Une animalité que Jeanne Labrune sait retrouver dans ses personnages...". "Télé Loisirs", par contre, pose la question en ces termes : "Art ou boucherie ? La réalisatrice Jeanne Labrune prend parti sans prendre vraiment parti, tout en prenant parti... en partie". Dans "V.S.D.", Didier VALLEE observe que le film n'a pour but ni de faire l'apologie de la corrida, "ni de la condamner".

"Le Monde" observe, dans la mise en scène de ce film "le mouvement de balancier, attraction-répulsion, qui s'établit entre Sami Frey et Patrick Catalifo; Jeanne Labrune suit jusqu'au bout d'un itinéraire quelque peu psychanalytique, la contagion de la peur dans cette relation d'hommes".

Jeanne LABRUNE a-t-elle voulu parler d'un amour l'un pour l'autre ou a-t-elle voulu symboliser deux parties d'une même âme, deux moteurs, l'art et la mort, habités à l'écran pour des raisons de dramatisation par deux êtres qui sont en réalité le même homme. Cette symbolisation extrême est peut-être à l'origine de l'hésitation que le public a ressentie face à ce film. La critique n'a pas toujours compris les sentiments de la réalisatrice. Ainsi, "Télé Loisirs" écrit : "Autre faiblesse : le flou qui entoure les liens profonds entre les principaux protagonistes".

Mais la plupart ont "joué le jeu" de Jeanne Labrune, l'ont compris ou lui ont fait le crédit de l'accepter. Pour "Femmes d'aujourd'hui", "Entre les deux hommes s'établit une relation tourmentée, ambiguë, où se mêlent étroitement fascination et répulsion. Un grand film magnifique réalisé par une femme de talent qui a su, avec grâce et délicatesse, faire revivre une histoire passionnelle dans la chaleur torride des corridas (...) Un film étonnant. Il faut le voir, c'est si rare d'être étonné par le cinéma". Dans "7 à Paris", Eric LIBLOT écrit : "La grande réussite du film, c'est de jouer avec ces sentiments contradictoires : la fascination / la répulsion, le mensonge / la vérité,... La mise en scène joue de ces contradictions. Oppositions dans les cadrages (serrés / larges), dans le montage (nerveux / coulé), dans la lumière (soleil / ombre),... Jeanne Labrune fait penser à une funambule, son film sur les épaules, elle avance sur son fil, en position instable, toujours en danger. C'est cette insécurité permanente qui donne au film toute sa force". Dans "Jours de France", Jean-Claude BRIALY parle de "la fascination réciproque de ces deux hommes" et de "l'échange de leur propre peur. Un miracle de délicatesse et d'émotion".

Jeanne LABRUNE, elle-même, parle à Monique HOUSSIN ("L'Humanité") de cette histoire d'amitié : "C'est celle de deux hommes de milieux différents. Ils ignorent tout du monde de l'autre. Ils vont aller l'un vers l'autre dans une extrême pudeur".


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