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Catherine ROUVEL

La biographie - page 04 -
Extraits
Avant-propos de la biographie
& L'enfance de Catherine à Marseille

 

 

BIOGRAPHIE de CATHERINE ROUVEL : AVANT-PROPOS

Lorsque j'ai entrepris mes recherches documentaires et mes investigations auprès de personnes ayant connu Catherine Rouvel à un moment ou à un autre de sa carrière, quelques comédiens ou réalisateurs m'ont demandé : "Mais pourquoi n'interrogez-vous pas directement Catherine ?". Mon propos n'a jamais été d'interviewer la comédienne et de recopier ses souvenirs. Quel intérêt aurais-je pu porter à cette écriture passive ? De plus, Catherine, malgré l'amitié qui nous lie et toute la gentillesse qu'on lui connaît, n'aurait de toutes façons pas été la plus à même de répondre à la plupart des interrogations concernant sa carrière ! Seule l'amitié des personnes rencontrées au cours de ces 40 années de métier a retenu son attention. Le reste appartient au passé. Tout ce qui est joué est joué. Dépassé. Il ne sert à rien de se retourner. Seul l'instant présent compte, le public qui est en face de soi, aujourd'hui. Demain est un autre jour, un autre défi, le seul qui l'intéresse. Hier n'existe déjà plus.

De plus, Catherine a toujours eu une attitude à la fois amusée et de retrait face à ce travail biographique. Non pas une attitude de désintéressement, mais de pudeur, de discrétion. Elle n'a jamais compris que l'on puisse ainsi s'intéresser à elle.

Je n'ai pas souhaité réaliser un livre de souvenirs où il serait révélé je ne sais quelle affaire privée ou sensationnelle -si tant est qu'il y en ait eu ! Mon propos a simplement été d'effectuer un rapide tour d'horizon d'une carrière commencée très tôt et qui compte déjà 40 années de rôles riches et extrêmement variés, de rencontres exceptionnelles, d'événements qui lui ressemblent, qu'elle a marqués de sa présence ou qui ont marqué son destin.

Ce sont justement le témoignage, le regard des autres qui m'intéressaient dans cette entreprise. Il a fallu plus de trois années de travail assidu, des tonnes de démarches, courriers et coups de téléphone, le plus souvent répétés, en vain parfois, pour un mot de plus à cette biographie, un nom de plus à une distribution, une anecdote... Cet ouvrage est le résultat d'un quasi acharnement thérapeutique auprès de tous ceux qui ont croisé Catherine de près ou de loin tout au long de ces quatre décennies ! Ceux que nous avons pu retrouver. Ceux qui ont accepté de donner suite à nos demandes de témoignage ou de documentation. Et nombre d'entre eux ont été tout simplement extraordinaires. L'on peut dire : militants.

Mais qu'il s'agissait pour eux de voir naître cet ouvrage ou de parler avant tout d'eux-mêmes ou de leur travail, il y avait au centre de tout cela un dénominateur commun, conjugué au passé, au présent comme à l'avenir : Catherine. La belle, l'ensoleilleuse, la talentueuse Catherine. Généreuse. Discrète. Les adjectifs qui revenaient dans tous les témoignages reçus n'ont jamais varié. Tous ceux qui ont connu Catherine au hasard d'un tournage ou d'une pièce en ont gardé un souvenir particulier qui révèle la véritable personnalité de la comédienne et de la femme : anti-star par excellence, extrêmement douée mais ô combien discrète, accorte mais retenue. L'opposé de tous les clichés véhiculés sur ce qu'il convient d'être pour réussir dans ce métier.

On ne peut s'empêcher de penser, à la lecture de cette biographie, à tous les comédiens et metteurs en scène disparus et qui ont joué un rôle capital dans la carrière de Catherine. Que de regrets de ne pouvoir recueillir aujourd'hui les témoignages d'amitié de Jean Renoir, Jean Vilar, Raymond Jourdan, Michel De Ré, Fernandel, Marcel Pagnol, Julien Duvivier, Yannick Andréï, Jacques Doniol-Valcroze, René Dupuy, Jean-Paul Sassy, Jacques-Henri Duval, Maurice Biraud, André Cayatte, Henri Virlojeux, Jacques Brel, Marcel Carné, Maria Casarès... Et que de bonheur d'avoir pu entendre évoquer par tous les autres tel ou tel moment de la carrière de Catherine, telle anecdote de tournage ou de tournée. Il m'est impossible de me lancer, dans cet avant-propos, dans la liste des personnes qui m'ont apporté leur soutien, leur participation. Il me faudrait les citer tous, tant ils ont été merveilleux de disponibilité et de gentillesse. Je les remercie chaleureusement pour leur aide. Ce livre est fait d'eux. Ils en sont la matière première au sens le plus noble du terme.

Et derrière chaque témoignage, à côté de chaque personne et de chaque événement, imprégné de vie et d'amour, la silhouette de Georges se dessine. Avec cette tendresse touchante et constamment inquiète qui le caractérise. Une silhouette attentive et discrète, vigilante. Toujours en retrait mais extraordinairement présente. A l'écoute. Des événements, de la vie. De l'autre. De Catherine, il est le complément indispensable, comme le sont deux pièces d'un puzzle unique.

Si ce travail biographique a aujourd'hui quelque aboutissement -avec ses erreurs, ses manques sans aucun doute, son parti pris sûrement, mais matérialisé enfin- c'est parce que Georges l'a marqué de sa présence. Discrètement. Indiciblement. Par sa patience, son dévouement, sa disponibilité. Son affection. Son regard critique, sa mesure. Nos conversations passionnées au hasard de la rédaction de cet ouvrage ont resserré des liens que Catherine nous avait offerts. Pour tout cela je suis profondément reconnaissant à Catherine et je remercie Georges infiniment.

Je termine ce long préambule en évoquant la vendeuse de fruits du marché de Marseille qui, sur le tournage de "Borsalino", s'était prise d'amitié pour Catherine et parlait d'elle en ces termes affectueux que n'aurait pas reniés Renoir : "Catherine, c'est notre brugnon du midi". Je lui vole aujourd'hui cette appellation pour laisser place à l'histoire de quarante années de critiques de presse, d'interviews et de témoignages, quarante années de la vie d'une comédienne exceptionnelle : Catherine Rouvel, le brugnon du midi *.

 

* "Catherine Rouvel par A.Desvignes" (1997. Editions Autres Temps à Marseille) - Biographie aujourd'hui épuisée mais disponible à la Bibliothèque Nationale de France à Paris

 

 

 

 

 

DE L'ENFANCE MARSEILLAISE de CATHERINE ROUVEL A SA PREMIERE APPARITION AU CINEMA...

(Extraits de la biographie "Catherine Rouvel par A.Desvignes" © 1997)

 

Les Crottes et la rue Edgard Quinet : l'insouciance de l'enfance.

Catherine Rouvel est née Catherine Vitale un 31 août à Marseille dans le quartier bien inspiré de la Belle-de-Mai, d'un père d'origine grecque et d'une mère marseillaise. Elle a grandi aux "Crottes", rue Edgar Quinet, derrière la rue de Lyon à Marseille. Au numéro 20, c'est Yves Montand qui a passé une partie de son enfance, au premier étage. A quelques mètres de là, au numéro 14, c'est la petite Catherine Vitale qui a grandi. La rue des stars, comme l'appellent ceux qui se souviennent encore. Née à la Belle de Mai, Catherine a toujours vécu aux "Crottes", là où ses parents, Louise et François Vitale se sont installés à leur mariage en 1935.

Entre le père gréco-turc et la mère provençale qui se sont connus dans une petite épicerie du quartier de Saint-Mauron à Marseille, le coup de foudre a été immédiat. Louise était née en juin 1917 à Sainte-Françoise à Marseille, au Vieux-Port, près de l'Evêché, dans une chambre d'hôtel. Ses parents étaient également marseillais. " Je suis née pitchounette : je ne pesais que 900 grammes ! Née un 30 juin, on ne m'a déclarée que le 20 juillet ! Mon père était bon et ma mère très sévère. Quant à moi, je suis explosive et parfois renfermée mais j'ai un bon caractère, nous confie Louise. J'aurais voulu être intelligente, savoir m'exprimer avec facilité. J'ai été élevée dans un pensionnat de 11 à 13 ans, et à 14 ans je suis entrée en usine... ". Louise habitait près de l'Armée du Salut à la Cité Bel-Air, elle allait faire les courses à la petite épicerie du quartier Saint-Mauron pour son patron qui y faisait réserver son pain. Un jour, cependant, l'épicier avait donné le pain à un jeune homme qui répondait au nom de François Vitale, ce qui occasionna une vive discussion entre Louise et celui qui allait devenir son mari. La rencontre avait eu lieu. François chercha à revoir Louise. Les douze ans qui les séparaient -François était né en avril 1905- ne leur faisaient pas peur. En 1935, Loulouse et François se marient. Chacun rivalisait de beauté avec l'autre. Le père de Catherine était né en Turquie, de père italien exilé en Turquie et de mère grecque originaire de l'unique île catholique grecque. Chassés de leur pays en 1923 par les Turcs, François et ses parents sont arrivés à Marseille.

A la maison, rue Edgard Quinet, il était hors de question de parler grec. Chaque fois que la grand-mère de Catherine voulait parler à son fils, lui dire des choses que le reste de la famille ne devait pas entendre, elle les lui disait en grec. Cela mettait le père de Catherine hors de lui et il lui répondait en français. Quand les cousins venaient à la maison, Louise Vitale refusait qu'ils parlent grec !

Dès 14 ans, Louise avait travaillé dans une usine de savons où elle faisait le ménage, la manutention, l'emballage. Elle travaillait également dans une usine qui fabriquait des cierges : elle participait au conditionnement des bougies mais était plus souvent à quatre pattes à nettoyer les tâches de bougies laissées sur le sol sur leur lieu de fabrication. Plus tard, Louise faisait des ménages pour arrondir les fins de mois. En cachette de son mari car François ne voulait pas que son épouse travaille. Elle avait déjà assez de travail avec l'entretien du ménage et des deux enfants ! François était manutentionnaire dans la bière et la limonade. Il avait également travaillé en usine dès l'âge de 9 ans. La famille Vitale n'avait pas beaucoup d'argent, mais elle l'acceptait comme une situation normale et vivait en conséquence. Les Crottes étaient un quartier très populaire, habité par des immigrés. Le quartier rouge par excellence -entendez communiste. Tous les habitants étaient logés à la même enseigne : la même vie pauvre et chargée d'insouciance.

Les enfants des Crottes couraient dans les rues. Tout le temps. Ils se baignaient dans le lavoir du quartier, au bout de la rue Edgard Quinet. Les Crottes, c'étaient la joie, les cris. La rue, c'était le territoire réservé des enfants, c'était leur vie. On entendait les mères hurler par les fenêtres les prénoms de leurs enfants. A Marseille, et plus encore sans doute aux Crottes, tout s'est toujours passé en hurlant et avec beaucoup de gestes, un dialogue avec des cris et des mains, comme à l'italienne. Catherine était Cathy pour tous les enfants du quartier, ne se ménageant pas et ne réagissant surtout pas en fille. Loulouse, la maman de Catherine, se souvient du côté bagarreur de sa fille. " Un vrai garçon manqué ! ". Quand elle était petite, Cathy a voulu descendre les étages de son immeuble en glissant sur la rampe. Elle est tombée du mauvais côté de la rampe et s'est rattrapée de justesse avec les mains, les pieds dans le vide. Il a fallu l'intervention d'un voisin pour venir la secourir ! Si elle était tombée, elle allait s'empaler trois étages plus bas, sur la boule en pointe qui marquait l'extrémité de la rampe. Elle aimait beaucoup s'amuser, elle adorait tout ce qui concernait le cinéma et elle aimait danser. Elle cavalait dans les rues, elle sautait, elle grimpait à la corde. Insatiable. Un jour qu'elle jouait dans la rue Edgard Quinet, Cathy cria à sa mère de lui envoyer les galoches. Ce que fit Louise. Et Catherine reçut les galoches en bois sur la tête !

Dans la bande de la rue Quinet, des garçons demandaient au père de Catherine s'ils pouvaient sortir avec elle. Son père leur répondait qu'ils n'avaient qu'à aller le lui demander ! A Francis Colnot, 40 ans plus tard, Catherine racontera : " Quand mes seins ont poussé, les garçons m'ont regardée d'un oeil différent ". Catherine ne comprenait pas pourquoi. Elle était perçue différemment, elle devenait malgré elle différente des autres membres de la bande et elle n'aimait pas du tout ça !

Chaque dimanche, la famille se réunissait autour de plats de spaghettis. La tribu des cousins et les nombreux amis apportaient le bonheur à la maison. On y faisait des fêtes à n'en plus finir. " On avait ce côté pauvre mais heureux. On savait rire de tout ". Les Crottes, c'était le lieu de la générosité absolue. Au troisième étage du 14 rue Edgard Quinet, " c'étaient des bringues chaque dimanche ! " se souvient Loulouse. " L'appartement était tellement petit, on débarrassait le lit, on déplaçait tout, on se trouvait de la place ! ". On faisait des spaghettis ou des alouettes sans tête. Chacun apportait sa part. On mettait une bouteille de vin de plus que d'habitude, celle qu'on n'avait pas bue dans la semaine en prévision du dimanche. " Et on était heureux. L'important, c'était la bonne ambiance. Ma table, était pour tout le monde; la maison était ouverte à tous ". Papa Vitale jouait de la guitare et de la mandoline. Les amis qui venaient jouaient aussi de la musique : de l'accordéon, de la guitare,... " François aurait voulu que ses enfants jouent également d'instruments de musique. Gugu a appris le clairon, la trompette, le cor de chasse. Cathy a commencé le violon mais ça a été une catastrophe et elle a vite arrêté ! ".

François Vitale appelait son épouse "Pâquerette". Lorsque Louise réagissait à ce surnom, son mari disait gentiment : " Elle bisque, mais c'est une femme formidable, pleine de volonté. Elle a beaucoup de mérite ! ". En fait, Louise aimait beaucoup ce surnom que lui avait trouvé son mari. " Ca me faisait plaisir. Il ne m'apportait jamais de fleurs. J'ai toujours gardé les deux bouts de muguet qui sont les seules fleurs que mon mari m'a données de toute ma vie ! Un jour, cependant, il est revenu avec des roses qu'il avait eues à une personne chez qui il était allé faire une livraison. C'était au moment de la fête des mères. Donner des fleurs, ce n'était pas son genre ! Comme j'adore les fleurs et surtout les pâquerettes, il me disait "Alors, ma Pâquerette !". Le mot est resté et à chaque fois qu'il me le disait, pour moi c'était le bonheur ! ".

Très souvent, la famille Vitale quittait les Crottes pour une visite de Marseille, ou pour une excursion à Cassis ou dans les calanques environnantes. " On allait au bord de mer du côté de l'Estaque où j'avais de la famille, ou on allait à Bras qui était le village de mes parents. On partait aussi avec les musiciens, en car, c'étaient des sorties champêtres ". Les musiciens, c'était "La Société", c'est-à-dire la fanfare des Crottes. François était porte-drapeau et jouait du clairon, Catherine défilait avec la fanfare. De ces sorties du dimanche, Catherine garde le souvenir amusé des plongées en mer polluée de l'Estaque, à la Fontaine des Tuiles. Les sorties aux grottes de Niolon. Et ce jour où elle est tombée, les fesses en plein sur un oursin. Il a fallu lui enlever les piques à la pince à épiler à la lueur d'un phare de moto !

Catherine, son frère et leurs parents habitaient un deux pièces en plein soleil, avec une petite chambrette pour les deux enfants. La grande pièce servait de salle-à-manger et de chambre pour les parents de Catherine. Quant à la chambrette, il s'agissait d'une toute petite pièce qui dans laquelle il y avait juste la place pour passer entre les deux petits lits. Catherine et son frère Gustave, son aîné d'un an -mais protégé comme un petit frère- pratiquaient le marchandage des tâches quotidiennes, des arrangements pour déterminer par exemple qui laverait la vaisselle ! Le style " Tu fais la vaisselle et je te donnerai mon chocolat " ! Gustave était le contraire de sa soeur, il arrivait d'ailleurs que Catherine aille défendre son frère dans des querelles de rue ! A table, Catherine et Gustave -que tout le monde surnommait Gugu- se jouaient la comédie. Il était hors de question que leurs assiettes fussent de contenu inégal : leurs parts respectives devaient être rigoureusement identiques ou c'étaient des répliques à n'en plus finir. Et pour ces prestations de frère et soeur se chamaillant, Gugu et Cathy étaient l'un et l'autre d'excellents comédiens ! Tous les prétextes étaient bons pour s'écrire des scènes et les jouer. " Quand je leur donnais des cerises, nous dit Loulouse, il ne fallait pas que Cathy ou Gugu en aient une plus grosse que l'autre, il fallait que chaque enfant aient le même nombre de cerises et qu'aucun des deux n'en aient de plus grosses que celles de l'autre ! ". Lorsque les deux enfants goûtaient, Cathy attendait que son frère ait terminé son chocolat. Gugu entrait alors dans une discussion sans fin, reprochant à sa soeur d'avoir encore son chocolat alors que lui-même n'en avait plus ! Cathy lui disait : " C'est de ta faute, pourquoi tu l'as mangé si vite ! ". Et c'était sans cesse de la même veine. On ne s'ennuyait pas aux Crottes ! " Ils étaient chien et chat ", nous confie Louise en riant. Ils se chamaillaient beaucoup. Un jour qu'il leur avait pris l'idée de nettoyer la maison, ils ont tout inondé et jusqu'aux voisins ! " Quand je suis arrivée, c'était le branle-bas de combat dans tout l'immeuble ! ".

Catherine a grandi heureuse à Marseille " Sans doute parce que tout le monde vivait de la même façon. Ma mère a fait en sorte que nous ayons tout le temps à manger. Elle m'habillait avec des vêtements que les gens nous donnaient, mais c'était très bien ".

Parmi les amis de la famille Vitale qui fréquentaient les Crottes, Charles Campana se souvient avec émotion de l'amitié qui régnait rue Edgard Quinet. Il a connu Catherine au Garage, théâtre improvisé de Michel Fontayne, avenue du Prado à Marseille, et, avec elle, il a débuté sur les planches dans "George Dandin". Charles Campana avait connu le quartier des Crottes en raccompagnant Catherine chez elle en voiture après les répétitions théâtrales du Prado. Catherine lui avait présenté sa famille. Un courant d'amitié avait tout de suite passé. " J'ai eu l'impression de les connaître depuis toujours " nous dit Charles Campana qui se souvient également du rire de la jeune Catherine Vitale. " Elle avait un rire communicatif. Un soir, au théâtre, elle ne jouait pas. Elle était dans la salle. Elle s'est mise à rire, alors toute la salle s'est mise à rire avec elle ! ". Jean Adam et Charles improvisaient des scènes comiques uniquement pour faire rire Catherine !

Charles était chez Louise et François Vitale accueilli comme un membre de la famille. " Louise, formidable, simple, travailleuse, adorable, et d'une volonté extraordinaire. Le papa de Catherine était artiste, un conteur d'histoires. Il adorait parler de la Grèce et c'était merveilleux de l'écouter parler. Il aimait jouer de la guitare des heures durant. Il était merveilleux. Il avait un coeur gros comme ça. C'était la gentillesse même. Il se dégageait de lui une force, une intelligence extraordinaire. C'était également un bon vivant, il avait toujours le sourire, il était si agréable à vivre... ". L'amitié familiale du 14 rue Edgard Quinet valait pour tous les étages de l'immeuble ! Au deuxième, sous l'appartement des Vitale, Louis et Mado Valle donnaient à Catherine l'affection d'une deuxième famille. Ils complétaient avec naturel et gentillesse l'ambiance humble et chaude, simple et gaie, qui régnait à l'étage supérieur, chez Louise, François et leurs enfants Cathy et Gustave. Toutes ces personnes, toute cette ambiance, ont incontestablement contribué à la réussite de Catherine, l'ont aidée à appréhender la vie sereinement, à transmettre à son tour la bonté, la chaleur humaine.

Quand Charles Campana apprit par hasard que Mado Valle avait été la meilleure amie de sa mère, Marie Tribolo, à l'école du Canet à Marseille, les familles Valle et Campana se sont retrouvées. Les Vitale ont alors sympathisé avec les Campana et ont vécu une amitié extraordinaire dont Catherine aura été l'élément moteur involontaire. Louise évoque avec bonheur cette époque où elle a vu naître Lucette et Doudou, les enfants de Mado. Aujourd'hui, les VALLE ont rejoint le Var, comme les Vitale, et leurs relations sont restées les mêmes, les souvenirs chargés des moments formidables vécus aux Crottes à Marseille.

A Bras, le village natal de sa maman où elle venait, enfant, rendre visite à son grand-père, Catherine a laissé des souvenirs émus que Monique Dudon rappelle aujourd'hui : " Nous avons joué beaucoup avec Eliane, Michelle,... nous avions alors moins de dix ans. Les poupées nous passionnaient, mais quelles poupées !... des personnages en papier découpés dans les catalogues des grands magasins que nous collions sur des cartons et habillions avec des vêtements émanant des mêmes catalogues. Tu venais alors en vacances chez ton grand-père dans notre charmant petit village. Te souviens-tu des ravissants bouquets que nous confectionnions avec une plante grimpante couverte de fleurs blanches... tu jouais déjà "la mariée" avec talent. Nous étions très heureux de te voir arriver, tu symbolisais les vacances, les jeux, la joie de vivre... tu souriais déjà beaucoup... ".

Marie-José Dudon se souvient des premiers pas de comédienne de Catherine pour le bonheur de ses jeunes amies de Bras. " Très jeune déjà tu prenais des allures de star. Les mains posées sur tes hanches, tu inclinais légèrement la tête, laissant tomber ton épaisse chevelure brune sur le côté. Tu posais déjà pour des photographes imaginaires ".

 

Marou : l'être d'exception.

A l'école primaire des Crottes, à deux pas de la rue Edgard Quinet, Catherine organise des ballets dans la cour de récréation et les fêtes de fin d'année sous l'oeil bienveillant de son institutrice, Madame Rouveyre, grâce à qui elle va évoluer tout doucement de son milieu pauvre à un milieu plus intellectuel.

Catherine en parle toujours avec beaucoup d'émotion : " Si tous les instituteurs du monde étaient comme elle, la vie ne serait pas comme elle est. C'était un génie. Elle était absolument extraordinaire. C'est un être que je vénère à jamais ". Catherine découvre "Poussière" puis "Moby dick" qu'elle lira intégralement par amour pour Georges ! Catherine restera dans cette école jusqu'à 13 ans, année où elle obtient son Certificat d'Etudes. Forte en français, en récitation et en gymnastique, la jeune Cathy était mauvaise en calcul. Elle entrera pour deux ans boulevard Vialat dans une école où on lui fera faire de la couture. Si Catherine n'a pu être l'élève du Lycée Marseilleveyre dans lequel Georges était enseignant, c'est aussi parce que l'argent de la famille ne pouvait suffire à payer le tramway qui aurait pu transporter quotidiennement la jeune Cathy des Crottes jusqu'au lycée.

Marou était le surnom affectueux donné à Madame Rouveyre : " Je lui dois tout : elle m'avait prise en amitié et était la seule à se soucier de mon voeu d'être danseuse. Mon père était un immigré grec et pour lui, la danse était un métier de putain ! Alors, elle m'a payé des cours de danse à l'Institut Cinématographique. Au départ, je ne m'intéressais pas du tout au cinéma mais mon institutrice voulait absolument faire de moi une actrice, et son fils, Georges, était lui-même passionné de cinéma; je fus vite contaminée ! ". C'est donc Marou qui la fait rentrer à l'Institut du Cinéma où Catherine apprend à jouer la comédie, à se placer devant une caméra. Pourtant, sur l'affiche de l'école, seul le mot "danse" avait retenu son attention. Le cinéma ne l'intéressait pas du tout. Elle voulait être danseuse et rien d'autre. C'est grâce à ce cours de comédie que Catherine sera amenée à faire ses premières participations cinématographiques au côté de Fernandel. En 1957, c'est le choc, la perte de Marou. Son plus gros chagrin. Un vrai bouleversement. " Plus qu'une ombre, un changement profond. La présence de la mort alors que je n'avais que l'insouciance de la vie ".

 

Georges : des yeux bleus pour une histoire exceptionnelle.

Catherine était tombée amoureuse de Georges dès l'âge de 11 ans. Elle se souvient de Georges, tout jeune professeur de lettres, lui récitant des poèmes lorsqu'il venait chercher sa mère à la sortie de l'école. " Il ne m'a regardée que quand j'ai eu 16 ans ! ", raconte Catherine. Elle le regardait mais sans succès. Ses copines et elle admiraient ses beaux yeux bleus et le trouvaient très beau. Quand Georges a commencé à regarder Catherine, c'était d'abord à travers les yeux de sa mère qui en faisait un portrait mêlé de louanges et d'affection. Et Catherine admirait Georges à travers Marou pour qui elle avait une admiration illimitée. " J'ai tout fait pour qu'il m'enlève mais ça a été dur, j'étais tellement jeune pour lui qu'il n'osait pas. J'ai dû insister. Il a fini par céder, mais pas facilement ! ".

De Georges, Catherine dit aujourd'hui : " Il a une telle patience d'avoir une comédienne à côté de lui ! C'est lui qui a eu plus confiance en moi que moi en moi ! Il n'a jamais été mon professeur mais il m'a tout appris. C'est un être exceptionnel ".

 

" Elle n'est pas jolie, Cathy, mais... "

Catherine rapporte cette réflexion, entendue d'un voisin de pallier dans une cage d'escalier. Elle devait avoir 5 ou 6 ans. " Elle n'est pas jolie Cathy, mais elle a quelque chose ". Catherine n'avait entendu, n'avait donné son importance qu'à une seule partie de la phrase. La première. " Elle n'est pas jolie, Cathy... ". Plus tard, Catherine a compris ce que signifiait cette phrase, mais, à 5 ans, elle avait une toute autre résonance. " On ne doit jamais parler devant les enfants comme s'ils n'existent pas ". La première chose sans doute que Catherine se rappelle, quant à son enfance, c'est ce manque de confiance en elle qu'elle attribue à cette phrase de ce voisin. Elle se voyait vilaine, avec un pois-chiche en guise de nez, une grosse bouche et des yeux dilatés. " J'étais un pou ", dit-elle.

En 1956, Catherine Vitale, avec son nez-pois-chiche et ses yeux dilatés sera pourtant élue "Reine de Marseille" ! Un certain Franck Fernandel se trouvait dans le jury. "Le Soir" écrit : " C'est une drôle d'affaire que d'être membre d'un jury chargé de juger la plus jolie d'un groupe de très jolies filles. On se sent pour le moins ému devant telle responsabilité ! ". Catherine l'emporte largement sur ses deux dauphines Hélène Vial et Annie Nesi. On lui trouve " du bon sens, un maintien digne, des yeux rieurs ", on la dit " gentille et pas bête du tout ! ". Afin de parer à toute récrimination, Bob Cassini, organisateur de la fête, avait pris ses précautions et fait signer à chaque candidate une déclaration où elle s'engageait à limiter toute manifestation éventuelle de mécontentement à une inoffensive crise de larme ! La même année, le Studio Elge à Marseille, organise l'élection de la "Reine de la photo 1956" dont Catherine (devenue Katy Vital pour la circonstance) sortira vainqueur devant Mesdemoiselles Wurtz et Tomasi (Miss Corse 1956). C'est à l'Hôtel Splendide que Katy, coiffée par Antoine Costantino, reçoit la coupe symbolisant le titre de "Reine de la photo 1956".

 

Quand Catherine va voir Jean Giono à Manosque...

Son premier grand rôle au cinéma, Catherine a failli l'obtenir de François Villiers qui, dès 1955, cherchait une sauvageonne pour le film "L'eau vive" qu'il réalisera par étapes de juin 1956 à mai 1957. C'est Pascale Audret qui sera finalement choisie pour ce premier rôle. François Villiers était venu à Marseille pour établir la distribution de son film. Il voulait des gens du terroir, des inconnus authentiques. Au casting, toutes les filles qui prétendaient au rôle principal, attendaient le moment de leur audition munie du foulard de l'héroïne de Jean Giono. Catherine avait immédiatement retenu l'attention de François Villiers. Sur les conseils de Georges, Catherine, qui n'avait pas 18 ans à l'époque, a eu le culot d'aller rencontrer Jean Giono dans sa maison de Manosque. C'était l'heure de la sieste. Jean Giono l'a reçue très amicalement et a laissé à la jeune Catherine de bonnes espérances quant à son avenir sur le film.

François Villiers, revenu à Marseille, contactait à nouveau quelques unes des comédiennes retenues après la première audition. Catherine était habillée d'une jupe de lainage qui la gonflait, au grand désespoir de François Villiers qui était venu chercher une sauvageonne mince, élancée. Avec cette jupe là, la sauvageonne que Giono décrivait comme une chèvre des montagnes, était devenue plantureuse et ne faisait plus l'affaire !

Suite à son entrevue avec l'auteur de "L'eau vive", Catherine avait reçu une lettre manuscrite de Giono lui disant sa quasi certitude de voir Catherine dans le rôle principal du film, celui de la jeune sauvageonne, ou, à défaut, dans celui de la jeune tenancière de l'auberge. Ce dernier rôle a finalement été pourvu par la productrice du film ! Dans cette lettre de Giono, une faute d'orthographe s'était glissée. Giono avait écrit : " Il y a 90 chances sur 100 pour que vous soyiez retenue... ". La mère de Georges, institutrice de Cathy, avait immédiatement entouré la faute d'un cercle d'encre rouge !

Pascale Audret, forte de sa récente création théâtrale dans "Le journal d'Anne Franck", fut préférée à Catherine par la production. Si le destin l'avait privée de ce rôle (qui n'eut pas un retentissement extraordinaire), il avait fait un autre choix que personne ne regrettera puisque, pour "Le déjeuner sur l'herbe", Jean Renoir cherchait " une parfaite inconnue ". Le rôle ne serait jamais revenu à Catherine si elle avait obtenu auparavant celui de "L'eau vive".

 

Première apparition au cinéma...

Les premiers pas de Catherine Vitale au cinéma sont plutôt modestes et toutes les filmographies parues çà et là concernant Catherine Rouvel, les ont toujours ignorés. Remarquée alors qu'elle poursuit ses activités de comédie sur les planches, comme nous l'allons voir plus loin, Catherine va figurer aux côtés de Fernandel dans "Sous le ciel de Provence" (également connu sous le titre "Quatre pas dans les nuages") que réalise Mario Soldati en mai 1956. Le film est réalisé aux studios Sainte Marthe à Marseille, mais les scènes concernant Catherine ont été tournées à la gare Saint-Charles à Marseille. On peut voir Fernandel courir sur le quai de la Gare Saint-Charles et prendre un train en marche alors qu'à la fenêtre de ce train se trouvent deux jeunes femmes, dont l'une, debout et semblant faire des signes à une personne restée sur le quai, n'est autre que Catherine !

 

Honoré de Marseille : une deuxième participation auprès de Fernandel...

L'été 1956, une autre participation pour le grand écran fait à nouveau rencontrer Fernandel et Catherine Vitale. C'est Maurice Régamey qui lui propose de figurer dans "Honoré de Marseille" en jeune fille concourant pour le titre de "Miss flots bleus". Dans ce scénario de Jean Manse, Fernandel raconte à un reporter l'histoire de sa ville, Marseille, ce qui lui donne l'occasion d'interpréter plusieurs personnages : Protis, fondateur de Marseille, Honoris, inventeur de la pétanque, et enfin Honoré, descendant des deux personnages précédents et dont la principale activité est l'oisiveté. Maurice Régamey, dont c'était le premier long métrage avait souhaité réaliser une sorte de "Si Marseille m'était conté" humoristique. Dans les dix dernières minutes du film, Fernandel -Honoré- est Président du Comité d'Organisation de l'élection de "Miss flots bleus", élection truquée qui se déroule sur le port de Marseille en présence de Rellys, Andrex, Henri Crémieux et Maryse Patris. On voit Fernandel se rendre dans les coulisses de la scène où défilent les concurrentes, aller embrasser Catherine Vitale en lui disant : " Toujours belle ! ". Fernandel clôt le film en interprétant la chanson "Honoré de Marseille" dont le "Honoré" sera repris par Catherine Vitale et toutes les prétendantes au titre de "Miss flots bleus".

Cette figuration vaudra à Catherine Vitale sa première couverture de magazine ("Cinémonde") au côté de Fernandel en août 56, mais tout à fait anonymement, la légende choisie par Cinémonde étant " Entouré d'un essaim de jolies filles, Fernandel est la vedette de Honoré de Marseille ". C'est à la suite de ce film que Catherine a été demandée pour concourir au titre de "Reine de Marseille" qu'elle remportera haut-la-main.

La commission de censure émettait en ces termes des réserves sur la moralité du film : "Quelques allusions à la conduite légère d'Honoré et quelques phrases du dialogue ne conviennent pas aux enfants. Par ailleurs, la séquence du concours de beauté où la caméra s'arrête complaisamment sur les anatomies des concurrentes (...) appelle des réserves ". Pour ces raisons, la commission ne recommandait la vision du film qu'aux " adultes, avec réserves ".

 

(à suivre...)

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Sommaire Catherine Rouvel

1997 - Sortie de la biographie de Catherine Rouvel
* Page 01 : Le livre & les différents hommages et signatures
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Page 02 : Biographie express de Catherine Rouve
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Page 03 : Toutes les photos de la signature du livre à Bras
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Page 04 : Avant-propos de la biographie + extraits du livre

* Le livre dans la presse marseillaise

Février-mars 1997 Catherine Rouvel à la Cinémathèque de Grenoble

Fin août 1997 - Evénement - Catherine : 40 ans de carrière : le PRIX RAIMU décerné à Cogolin - Avec Catherine Rouvel, Charles Aznavour, Frédéric Gorny, Hélène Vincent, Isabelle Nohain, Philippe Caubère, Alexandre Thibault,...

Liens internet : Festival Raimu 1997 - Le site Frédéric Gorny






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