La façade des maçons
L’affaire Schuller : |
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On dit que Didier Schuller était un des principaux lieutenants de Charles
Pasqua dans les Hauts-de-Seine. Mais il était déjà un ami de l’ex. député
RPR Patrick Balkany, président de l’office HLM de 1985 à 1998, avant d’être
le directeur du même office.
Récemment une photo montrant Jacques Chirac en compagnie de Schuller a même fait la une de certains journaux parisiens. Mais le conseiller politique du RPR Patrick Devedjian déclare : « C'est un photo montage. (…) La mention est portée en petits caractères verticaux sur la reprographie elle-même. (…) Ainsi exploitée, la photographie peut devenir la forme la plus achevée de l'insinuation malveillante »[1]. |
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Didier Schuller avait aussi des liens avec des personnages
de la magistrature de l’époque comme Irène Stoller, Alain Marsaud, ou encore Alexandre Benmakhlouf.
Ce dernier était conseiller, chargé des questions juridiques auprès du Maire
de Paris de 1989 à 1991, alors que son épouse était directrice des affaires
juridiques de l’office d’HLM des Hauts-de-Seine à la même époque.
Mais il semblerait que cette dame manque de perspicacité puisque c’est le juge Eric Halphen qui, soupçonnant un réseau de fausses factures en marge des chantiers de l'office HLM des Hauts-de-Seine à l'automne 1994, sera à l’origine de l’instruction. |
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Après une perquisition du QG de campagne de
Didier Schuller dédié aux municipales de Clichy, une tentative de déstabilisation
du juge est alors imaginée. Une fausse escroquerie est mise sur pieds sept jours
après la perquisition pour faire plonger le docteur Maréchal, le beau-père du
juge Halphen. Mais cette opération se retournera contre son auteur et deviendra
« l'affaire Schuller-Maréchal ». Didier Schuller prit la fuite avec sa famille en février 1995, juste avant une perquisition à son domicile de Clichy. Il fit alors l'objet d'un mandat d'arrêt international pour « trafic d'influence et abus de biens sociaux ».
La même justice pour tous. C'est cette idée,
pendant longtemps, qui m'a fait aimer mon métier. Plusieurs affaires, dont
celle des HLM, m'ont fait toucher du doigt que cette justice-là n'existe plus.
Il faut ouvrir les yeux. Eric Halphen, Le Parisien, 14
janvier 2002. La connexion entre les Hauts-de-Seine et Paris : Un rapport commandé par le juge Vandingenen montre qu’une partie de
l’argent détourné dans les Hauts-de-Seine a atterri à Monaco et en Côte
d’Ivoire sur les comptes de deux sociétés, le GIE et la Seatib. Il se trouve
que ce sont les mêmes sociétés qui ont été mises en causes par le juge
Halphen lors de l’affaire des HLM de Paris. Marie Laforêt dénonce les bénéficiaires : C’est le 13 septembre 2001 qu’Antoine Schuller croise Marie Laforêt, et qu’ils réalisèrent que Didier Schuller et Eric de Lavandeyra « avaient les mêmes relations, les mêmes réseaux, où l’argent se mêle à la politique ». |
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Antoine a fait connaissance de Diego de Lavandeyra lorsqu’il fréquentait les
collèges helvétiques, et ils reprirent contact en France à la fin des années
90. Diego de Lavandeyra est le fils de Catherine Hennesy, richissime héritière
de la célèbre marque de Cognac, et de Eric de Lavandeyra, un agent de change
Suisse jusqu’en 1987. Ce dernier qui est aujourd’hui consultant en hôtellerie
et en tourisme, spécialisé sur le Moyen-Orient, via sa société Beaumont
Finance SA, épousa Marie Laforêt en 1990. La chanteuse est en instance de
divorce de cet homme dont elle est séparée depuis 1994. Elle lui réclame une
pension alimentaire de 4 500 euros par mois et l'ouverture d'une enquête qui
aidera à faire la lumière l’origine de ses revenus.
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C’est grâce à sa rencontre avec Marie que Antoine, en explorant le contenu d’un ordinateur qu’utilisait Eric de Lavandeyra, fit la découverte de « près de 1000 fichiers et sous-fichiers dont certains concernent la Grande Loge Nationale Française, l’obédience maçonnique à laquelle appartient mon père, ainsi que des affaires d’Etat tels que les sulfureux dossiers Pechiney et Société générale »[3]. Afin de rétablir l’équilibre de la balance des accusations qui semblent plomber la droite dans cette affaire, il est bon d’évoquer la déclaration de l’avocat de Marie Laforêt, Maître Gilles Stickel, qui précise que « plusieurs noms d’hommes politiques français figurent dans ces documents. Ils se rapportent surtout à des personnalités proches de Mitterrand »[4]. |
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L'équilibre existe aussi au sujet des lycées
de Paris si l'on en croit les révélations de Jean-Claude Méry sur sa cassette
: « Je les ai contraints à me
verser un total, sur cette opération, de 10 MF, que j'ai répartis moi-même, à
raison de 5 MF pour le RPR, ... 1 MF pour le PC, 3,5 MF pour le PS, le solde étant
des commissions versées à gauche et à droite pour faire que le travail soit
correct. »
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| Plus que pour des raisons personnelles, l’objectif de l’enquête de Marie
Laforêt sur son mari est avant tout de « de faire péter cette
saloperie de mafia de merde (…) une organisation criminelle disposant
d'un budget 250 fois supérieur à celui de la France »[5]. Il faut croire que mêmes avec de bons indicateurs, certaines enquêtes ont du mal à progresser. Depuis le 20 décembre une « note blanche » indiquant le lieu d'exil de Didier Schuller avait pourtant été transmise par les renseignements généraux[6]. Cette note avait fait suite à une réunion où Antoine Schuller remet au commissaire des RG, Jean-Michel Fouchoux, en plus de l’adresse de la résidence de son père, un Cd-Rom reprenant une partie du disque dur de l’ordinateur d’Eric de Lavandeyra. Mais ce n’est que depuis qu'Antoine Sculler a fait ses révélations à la presse que la situation a évolué. On critique souvent les journalistes d’investigations en les accusant de s’arroger des fonctions réservées à la justice. Ces critiques seraient fondées si on ne faisait pas trop souvent le constat étonnant, comme dans cette affaire, d’une stagnation pré-médiatique. Qui manipule qui ? Marie Laforêt passe le 9 février dans l’émission de Thierry Ardisson pour dénoncer, entre deux censures, un vaste complot franc-maçon international et un mari qui aurait essayé de l'entraîner dans l'Ordre du Temple solaire, secte notamment connu pour ces suicides de groupes. On rappellera que les négligences des investigations des autorités autour de l’OTS n’ont eu que pour effet de porter le doute sur la validité des résultats de l’enquête.
Je
ne crois pas en ce procès parce que l'instruction a
été incomplète, et donc vous avez un mauvais procès. Alain Vuarnet au procès de l’OTS
Ces doutes sont largement exploités par un certain Christian Cotten pense que les 72 membres de l'OTS décédés entre 1994 et 1995, en Suisse et en France, auraient été exécutés. D’après lui l'OTS servait à blanchir de l'argent sale pour le compte des partis politiques et des services secrets. Christian Cotten est connu à la fois pour son combat contre la franc-maçonnerie, mais aussi, paradoxalement, pour sa défense des organisations sectaires. Ce sont ces positions qui décrédibilisent considérablement les propos du duo Schuller-Laforêt, en plus de leur situation familiale respective qui pourrait justifier l’union de leur force dans une opération vengeresse et financièrement intéressée. Alors Didier Schuller contre-attaque en annonçant le lundi 4 février
dans
le quotidien dominicain Hoy qu'il rentrait en France notamment pour « libérer » son fils, « manipulé » selon
lui par une secte « liée au fascisme européen ». Derrière le théâtre d’ombre des affaires on assiste à la lutte des frères, toutes obédiences confondues, contre ceux qui veulent mettre à jour leurs manigances. Didier Schuller est membre de la loge Silence de la Grande Loge Nationale Française (GLNF). Christian Curtet, cité plus haut, est membre de la Grande Loge de France. Eric de Lavandeyra a, quant à lui, occupé un rôle important au sein du Grand prieuré des Gaules, organe longtemps chargé de faire respecter les rites les plus stricts au sein de la GLNF[7]. Mais bien que le combat qui consiste à révéler la vérité soit honorable, ceux qui se sont alloué ce rôle ont mal choisi leur porte-parole. Quelle crédibilité donner à quelqu’un qui dénonce la fraternité et supporte des manipulateurs coercitifs en prétextant défendre les idées et les croyances de chacun ? Comprenne qui pourra…
Je suis fier d'être dans une secte, c'est un signe de
bonne santé pour notre conscience collective. Christian Cotten lors de la réunion
sur « La Commission d'Enquête sur la Violation des Droits de l'Homme »
Je suis le premier à défendre la liberté d’expression, mais je crains qu’en l’occurrence le remède soit pire que le mal. « Les véritables bénéficiaires » de ces affaires n’ont pas beaucoup d’inquiétudes à avoir si ils ne sont que combattus par des personnes aux principes aussi ambigus. Ce sont ces mêmes personnes qui dans l’affaire de l’Ordre du Temple Solaire accusent Charles PASQUA et quelques hauts dignitaires de la Franc-maçonnerie d’être les principaux commanditaires de ce qu’ils pensent être un meurtre. Ce sont encore les mêmes qui accusent le docteur Abgrall, expert judiciaire officiel sur l'OTS, d'avoir été membre pendant 19 ans de l'AMORC, puis de l'ORT, ordre concurrent de l'OTS. Ce sont toujours les mêmes qui nous apprennent qu’un des morts du Vercors, qui a tué ses collègues par balle avant de se suicider, était membre de la police nationale et était venu plusieurs fois au Ministère de l'Intérieur avant le « suicide collectif ». |
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Bien que le départ de l'instruction ait été dû à des
évènements moins macabres, on peut faire un parallèle sur
l'accentuation médiatique de l'affaire Schuller et de l'OTS. Celle-ci a
eu lieu à l'apparition de Marie Laforêt, comme ce fut le cas lors du procès
de l'OTS en la personne d’Alain Vuarnet. L'ancien champion de ski dont
la femme et le frère sont morts au Vercors affirme que le seul homme
traduit en justice en France, Michel Tabachnik, « est l'arbre qui
cache la forêt »[8].
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Quant aux prélèvements sur les marchés publics des HLM du département, ils se réglaient parfois, selon les témoins de l'époque, au cours de «tenues» franc-maçonnes au sein même de l'office, avec Didier Schuller comme organisateur. Pots-de-vin à l'ombre des HLM, Armelle THORAVAL, Libération, le 6 février 2002
On peut s’étonner que, malgré les personnalités mises en cause par
Christian Cotten, ce dernier n’ait pas eu, à ma connaissance, maille à
partir avec elles. Des consignes ont pu être données pour ne pas transformer
le combat d’un seul homme en une croisade, ou pour laisser s’agiter celui
qui se discrédite par ses accointances. En fait, ce laisser-faire d'apparat se
trouve être une forme d'autocontrôle. Les dénonciations d'un homme qui fait
l'apologie des sectes sont sujettes à caution, quoi qu'il dise. Le bruit de
fond ainsi créé donne l'impression que l'on s’occupe de l’affaire. Mais en
fait ce brouhaha n'a pour effet que d'écarter des investigateurs dignes de
confiance qui ne veulent pas se compromettre dans
un tel cirque. Ce genre d’affaire se termine généralement par des non-lieux,
ou par l’accusation des lampistes. Personne ne tient réellement à ce que
quelqu’un ne vienne « remuer la merde », car il se
pourrait que derrière des réseaux mafieux, certaines loges de la franc-maçonnerie
cachent des pratiques obscures. [1] « Une photo contestée », sur le site www.republicain-lorrain.fr, 14 février 2002. [2] Le Canard Enchaîné, n°4242, 13 février 2002. [3] Paris Match, n°2750, 7 février 2002. [4]
Pas de Schuller dans les papiers trouvés chez Marie Laforêt,
Tribune de Genève, 8 février 2002. [5]
Marie Laforêt dans « Tout le monde en parle », France 2,
samedi 9 février 2002. Malgré un mail de ma part, les responsables de
l'émission n'ont pas jugé bon de répondre à ces deux questions : [6]
« Personne n'a envie qu'il rentre » par Armelle THORAVAL, Libération,
23 janvier 2002. [7]
« Schuller, le fils qui cache Laforêt » par Armelle THORAVAL, Libération,
23 janvier 2002. [8]
LA VERITE EST AILLEURS, http://www.republique.ch/ballades/sectes/
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