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Les emballages
Corps ronds et corps carrés

Au sortir des mains du torcedor, les Habanos, du moins les cylindriques, présentent un corps bien rond. Certains le restent, d'autres vont voir, au contraire, leur rondeur s'altérer, au point de présenter une section presque carrée. Une métamorphose provoquée par leur conditionnement.
Ce n’est qu’au cours de la seconde moitié du XIXe siècle que les producteurs cubains on eut l’idée de créer des emballages pour mieux personnaliser leurs vitoles. Jusqu’alors ils se contentaient de les expédier dans des caisses qui pouvaient accueillir jusqu’à 10 000 pièces, simplement emballées en fagots de 25 ou de 50. Seules les caisses portaient l’étiquette du fabricant. Un processus qui facilitait les contrefaçons.
Aussi, en 1845, Gustavo Bock décidait de baguer ses propres vitoles ("El Aguila de Oro") pour mieux les distinguer. Idée vite reprise et bientôt améliorée grâce à la popularisation, à Cuba, de la lithographie. Technique qui permettra la réalisation de boîtes luxueusement décorées (probablement dès 1880, avec l’avènement de machines riches d’une gamme de quatorze couleurs). On attribue à Ramon Allones l’idée de ranger ses vitoles dans de telles boîtes. Un exemple vite repris par ses confrères. Aujourd'hui, on retiendra les conditionnements suivants:
Les boîtes traditionnelles – les Cubains utilisent le néologisme de habilitados. Il s'agit de ces boîtes décorées de vistas (héritières de celles inventées par Allones et ses contemporains), bordurées de bandes de couleurs, à l'intérieur desquelles les cigares sont disposés en deux couches. La première, au-dessus, de 13, la seconde de 12 unités. Leur particularité? Elles sont conçues de telle manière qu'elles tassent les cigares. Impératif né du temps où les exportations s’effectuaient par mer: il était indispensable que, quel que soit l’état de celle-ci, les vitoles ne puissent pas bouger et courir le risque de s’abîmer. Ainsi compressées, elles perdent leur rondeur originelle. À moins que chacune d’elles n’ait été mise sous tube où enroulée dans une feuille de cèdre (cas des Cedros de Luxe de Romeo y Julieta, notamment). Autre exception, ces coffrets traditionnels de type plumier, à l'intérieur desquels les vitoles sont déposées "en roue", protégées par une feuille aluminium (ainsi les Cazadores de Romeo y Julieta).
Les boîtes en bois naturel ou en bois verni. Leur existence est beaucoup plus récente. Aucune décoration baroque n'orne leurs parois. Les Cubains distinguent deux catégories de ce type d'emballage.
a)- Boîtes dotées d'un couvercle à glissière. Souvent, mais à tort, qualifiés de cabinets. Ces conditionnements peuvent être, à l'exemple de l'Epicure N° 2 de Hoyo de Monterrey (bois naturel) ou du Robustos de Cohiba (bois vernis), quasi-cubiques. Ils contiennent 25 ou 50 vitoles. Les Habanos, dans ces deux derniers cas, sont disposés en roue. D'autres "couvercles à glissière" sont presque plats. Ainsi les Taïnos de El Rey del Mundo. Dans cette dernière disposition, les vitoles sont disposées sur deux rangées.
Certaines vitoles sont proposées et en boîte traditionnelle et en boîte à couvercle à glissière. Ainsi le Lusitanias de Partagás, qui offre un corps "carré" quand il est extrait de sa boîte de 25, mais une parfaite rondeur au sortir d'un coffret en bois naturel à glissière de 50, son autre présentation (son corps est alors vierge de toute bague).
b)- Boîtes aux couvercles équipés d'un bouton pression. Il en existe de plusieurs formes, selon que leurs vitoles sont disposées sur trois rangées (8-9-8, les vitoles sont alors entourées d'un ruban de soie jaune), ou sur deux rangées, 13 + 12, ainsi les Série D 4 de Partagás (bois naturel) ou l'Esplendidos de Cohiba (bois vernis). Ce dernier type de coffret est conçu suffisamment large pour ne pas presser les vitoles. Dans ces versions, les Habanos conservent leur rondeur originelle.
Les cabinets (ou estuches). Ils sont toujours en bois vernis et présentent des bords arrondis. Seules deux vitoles bénéficient de ce conditionnement au fini très élaboré: le Montecristo A de Montecristo et le Sir Winston de H. Upmann.
Les fagots. Si tous les Habanos reposent et vieillissent (dans les manufactures) sous cette forme, seules quelques vitoles, parmi les moins prestigieuses (les José L. Piedra), sont commercialisées sous cette forme, qui demeure la plus historique.
Les étuis. Certaines vitoles sont commercialisées en étuis de 5 ou de 3 unités. Jadis, certains de ces étuis étaient en aluminium, voire en bois. Actuellement, seuls demeurent les étuis cartonnés. Les Habanos gardent alors leur rondeur originelle.
Boîtes de 10 et de 24. Certains Habanos sont proposés dans des conditionnements de 10 (de type boîte traditionnelle). Une seule vitole, le Fundadores de Trinidad, est commercialisée en boîte de 24 (en coffret plumier de bois naturel et à bouton pression). Rappelons que les Fundadores sont également disponibles en coffrets de 50 et en étuis de 5.
Les coffrets spéciaux. Ils sont les héritiers de pratiques anciennes quand, pour honorer un hôte, un fabricant faisait réaliser par des artisans des coffrets particuliers. Parmi les classiques de cette époque, ceux qui prenaient la forme d’un bohio, fermette traditionnelle cubaine. Une pratique toujours d’actualité et qui permet bien des variantes. Ainsi Fidel Castro a fait composer des humidors dont la forme évoque la ferme de Birán, où il est né. Ces dernières années, se sont multipliées les initiatives de ce genre. Cohiba, pour son trentième anniversaire, a relancé la vogue de pots en porcelaine dans lesquels les 25 vitoles sont rangées debout. Exemple suivi par Cuaba et Montecristo. Au cours de dîners de bienfaisance, d’autres coffrets – œuvre d’art sont proposés aux enchères. Citons - pour le prestige de l’artiste qui l’a décoré, le peintre Osvaldo Guayasamin -, celui dont le couvercle était un bas-relief en feuilles d’or, mis en vente lors du dîner de gala marquant le trentième anniversaire de Cohiba. Il fut vendu 130 000 dollars en 1996. D’autres, depuis, ont battu ce record.
Cellophane et tube
Dans leur boîte ou leur coffret, la plupart des Habanos se présentent simplement vêtus d'une bague, voire nus. Certains apparaissent enrobés de cellophane ou se cachent sous des tubes (généralement d'aluminium), voire sous des étuis cartonnés individuels (certains Cohiba). Habillages que bien des amateurs trouvent suspects. "La cellophane est à la cape ce que le blush est au maquillage" fait partie de leur (vieux) catéchisme.
Certes, de nombreuses vitoles bas de gamme s'en remettent à l’artifice de la cellophane pour se donner une illusion de brillant. Par sa transparence et ses reflets, celle-ci donne de l'éclat aux capes ternes et gomme, à l'œil, les excès de rides et de nervures dont souffrent celles-ci. Cependant, l'axiome "cellophane = piètre qualité" témoigne de trop d'exceptions pour être tenu pour vrai. Cohiba l’a longtemps utilisée pour ses Lanceros, ses Coronas Especiales et ses Panetelas.
Quant aux tubes, leur plus évident avantage est de protéger le cigare lors des transports. L'amateur leur reproche de dissimuler la vision de la cape. Au moment de les ranger dans son humidor, le fumeur prendra le temps de retirer l'emballage de cellophane de ceux qui en sont habillés et de dévisser les bouchons des tubes métalliques afin de mieux les faire profiter d'une meilleure humidification.
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