Pour en prendre soin

C'est l'une des questions que tout fumeur se pose: "Comment conserver mes cigares?" Pour exprimer la quintessence de ses arômes, un Habano doit se fumer dans des conditions d'humidité aussi proches que possibles de celles qui l'ont vu naître. Un cigare trop sec devient friable. Sa cape risque d'éclater, de se déchirer. Son fumage, trop rapide, développe une fumée âcre et piquante. Maintenu dans une humidité excessive, il se consume mal. Sa fumée se fait lourde – sans pour autant témoigner de mâche, de corps – et a tendance à empâter le palais. En outre, il court le risque de moisir et de pourrir. Un problème pour lequel les importateurs eux-mêmes investissent beaucoup d'énergie et d'argent. Difficile à résoudre pour les professionnels, ce problème est évidemment délicat pour les particuliers. La solution la plus simple reste d'acheter ses cigares à la pièce, au fur et à mesure de ses besoins dans des civettes équipées d'armoires qui maintiennent les puros au taux d'humidité (65 à 70 %) et au degré de température (moins de 20°) idéaux. Mais tout le monde n'a pas la chance de compter, près de chez lui, un tel débitant. En outre, la richesse de l'offre est telle qu'aucun d'eux ne peut proposer un choix exhaustif. D'autant moins que, victime de leur succès, l'approvisionnement de certaines vitoles souffre parfois d'irrégularités.

Enfin, à l'occasion de cadeaux ou de voyages, certains vont découvrir des Habanos introuvables dans leur pays. D’où l’intérêt de posséder un humidor, coffret qui permet de conserver dans de bonnes conditions, ses Habanos. Du simple modèle Plexiglas aux coffrets luxueux en sycomore ou en loupe de vavona, sans oublier les armoires humidificatrices, artisans et industriels proposent de nombreuses solutions. Une richesse qui interpelle.

Tous ces équipements (coffrets ou armoires) ne témoignent ni d'une même efficacité ni des mêmes capacités ni de la même élégance. Comment choisir? Choix de la capacité. "Dis-moi comment (et combien) tu fumes, je te dirai quelle solution adopter." Une vérité de bon sens. Les besoins du "fumeur du dimanche" sont différents de ceux de l'accro aux cinq ou six vitoles quotidiennes. Le premier, dont le stock personnel n'excède pas les 25 pièces, n'a pas besoin d'un coffret géant, capable d'en accueillir 300. Cela dit, les habitudes changent. La consommation va généralement de pair avec la passion. Le néophyte commence par sacrifier au rite du cigare dominical, puis prend prétexte d'une occasion dite exceptionnelle pour arriver, assez rapidement, au moment où toute occasion mérite le Habano bienfaiteur. Mieux vaut donc anticiper son évolution et choisir un modèle d'une capacité légèrement supérieure à ses besoins du moment. De même, le néophyte prudent sélectionnera un coffret qui admet des modules plus grands que ceux auxquels il est habitué. Tôt ou tard, il souhaitera goûter, et conserver quelques "grandes capes". Étanchéité et odeur. Parmi les modèles correspondant à ses besoins, l’acheteur vérifiera et leur bonne étanchéité et (très important) leur parfaite neutralité olfactive des coffres proposés. Hormis quelques fabrications particulièrement bon marché et exotiques, la quasi totalité des propositions des industriels répondent à ces deux critères. Choix du système. Autre point délicat, le choix du système qui assure l'humidification du coffret. Trois systèmes perdurent avec plus ou moins de bonheur : la pierre, la mousse et la ventilation. Nous ne citons la pierre que pour mémoire. Elle ne garantit pas une diffusion régulière de l'eau dont elle est imprégnée et son autonomie reste limitée. Les mousses modernes, en revanche, présentent un réel progrès. Si les mousses classiques ont l'inconvénient de durcir et devenir pierre, la mousse dite "type fleuriste" offre une bonne fiabilité.

Quant au principe de la ventilation (le plus moderne), lui aussi se décline en plusieurs versions. Le principe: l'humidité est assurée par un appareil qui évapore l'eau. On touche là une solution semie-professionnelle. Celle qui fait rêver tout grand consommateur de puros. Elle permet de traiter des volumes plus grands et offre à son possesseur la possibilité de laisser ses cigares dans leur boîte d'origine. En revanche elle requiert une attention soutenue. Sous peine d'en voir le bac se métamorphoser en bouillon de culture, il convient de vérifier régulièrement la qualité de l'eau que renferme son récipient. Bien contrôler. Ces systèmes resteraient inefficaces sans la présence d'instruments fiables dont le rôle est de mesurer, pour la contrôler, l'humidité. Deux familles d'appareils jouent ce rôle: l'hygromètre et l'hygrostat. L'hygromètre est un appareil qui mesure le taux d'humidité ambiant. Il en existe de trois sortes: bilames (les moins chers), à cheveux synthétiques ou naturels (plus précis mais plus volumineux) et les électroniques. L'hygrostat est, lui, un dispositif électrique qui active automatiquement le système d'humidification en fonction de la température ambiante. Précaution avant son utilisation: il convient de le faire étalonner. Comment? Une fois le coffret, ou l'armoire, installé et rempli, laisser l'hygrostat s'adapter à son environnement pendant deux ou trois jours. Puis le rapporter chez le vendeur qui vérifiera son (bon) fonctionnement en comparant ses indications à celles communiquées par le sien.

Autre point à vérifier avant d'acheter: comment ces systèmes sont utilisés. À bannir, les coffrets dont l'appareil de mesure de l'hygrométrie jouxte le système d'humidification (c'est du bon sens).

Quant à l'élégance, elle relève du goût et … du budget de chacun. Plutôt que d'acheter un coffret tout fait, certains amateurs préfèrent chercher l'artisan qui leur confectionnera le meuble conforme à leurs goûts et leurs besoins. D'autres souhaitent créer eux-mêmes cet objet, en y adaptant système et hygrostat adéquats ou transformer un coffret ancien. Premier point à vérifier: que le coffret choisi est inodore. Deuxième point, tout aussi important, sa bonne étanchéité. Le reste est une question de bon sens et de technique. Il faut veiller à ce que le système d'humidification ne soit pas en contact avec les cigares et prévoir, pour ceux-ci, des plateaux claies bien ajourés, afin que l'humidité émise par le système circule facilement. Plateaux que l'amateur équipera de tasseaux (si possible mobiles) pour ranger ses vitoles par familles de modules. Quel que soit le système choisi, il convient de vérifier, au moins une fois par mois, le bon niveau du taux d'humidité. Il faut également changer régulièrement les cigares de place, en faisant remonter ceux qui se trouvent au fond de l'humidificateur si le système d'humidification est au-dessus.

Si l'humidité est primordiale, elle n'est pas le seul facteur de la bonne conservation des puros. La température ambiante joue un rôle. Le cigare craint - comme le tabac dont il est fait - les sauts de température. L'idéal? que celle-ci se stabilise aux alentours de 18° C. Une fraîcheur relative qui empêche le développement des lasiodermes, des petits vers, grands amateurs de tabac, capables de ruiner le contenu d'un humidor, voire d'une armoire, et qui peuvent se manifester quand la chaleur dépasse les 20°. Une condition que seule une cave spécialement équipée peut garantir.

Quatre principaux systèmes pour un coffret La cassette d'humidification. Un système notamment préconisé par Coprova Design. Très simple d'utilisation, cette cassette de plastique noir (23,8 cm sur 15,4 cm), mince (2cm d'épaisseur) se glisse au fond de l'humidor. Son intérieur, en mousse synthétique, est traité anti-bactérie. Sur sa partie supérieure, des ailettes circulaires s'agrandissent ou se rétrécissent, selon le taux d'humidité souhaité. Naturellement les vitoles ne doivent pas être en contact avec cette cassette. Son entretien reste très simple: il suffit de nettoyer la mousse au savon et rincer, tous les six mois. (Une cassette est prévue pour 200 pièces). Le système Credo. Il se présente sous diverses formes: rond ou rectangulaire, en plastique noir ou en métal doré, et de différentes tailles (pour traiter de 30 à 300 cigares). Voire en tube (pour coffrets de voyage). Il suffit d'imbiber la mousse prétraitée d'eau distillée. La régulation d'humidité d'effectue automatiquement à 70%. Attention: il faut régénérer la mousse tous les six mois à l'aide d'une solution spéciale. Le système Elie Bleu. Un autre système autorégulateur à 70%. Il en existe deux modèles. Soit pour 30 à 50 cigares, soit pour plus de 75 cigares (on utilisera plusieurs plaquettes pour les coffrets volumineux). Chacun se présente sous la forme d'une plaquette en inox adhésive. Chacune possède un intérieur en mousse synthétique et une de ses parois est dotée de fentes qui peuvent être rétrécies ou élargies en fonction des besoins. La mousse est changée gratuitement par le fabricant. Impératif: utiliser de l'eau distillée. Le système Hygrolator. Un autre système autorégulateur, tout en longueur qui se présente sous deux modèles: de 25 à 50 cigares et de 50 à 100. La solution de l'armoire 

Pour certains amateurs, gros consommateurs, aucun coffret ne saurait suffire. Ils rêvent d'une armoire pour y entreposer leurs précieuses vitoles, dans leurs boîtes d'origine. D'autres souhaitent aménager, dans leur bibliothèque, un compartiment cigares. Premières précautions: veiller à ce que le meuble choisi soit neutre d'odeurs et ferme hermétiquement. Pour assurer la bonne humidité ambiante, aucun des systèmes pour coffret (à moins d'en multiplier le nombre) ne saurait suffire. Mieux vaut avoir recours à un système d'humidification à moteur par évaporation naturelle. Selon les pays, différentes marques sont disponibles. Consultez votre débitant ou votre Casa del Habano.

L'utilisateur ne manquera pas de changer l'eau tous les mois et le filtre tous les deux mois environ. Équiper ce lieu d'un système thermique capable de réguler la température aux environs de 18° s'avèrera plus délicat. Il est sans aucun doute plus facile – et guère plus coûteux - de s'en remettre aux armoires pré-équipées. L'eau de votre système La plupart des systèmes conseillent, sinon préconisent, l'utilisation d'eau distillée ou déminéralisée. L'eau du robinet est, trop souvent, chargée de bactéries et finit par encrasser l'appareil. L'eau distillée (plus chère, certes) sera utilisée pour les petits systèmes à base de mousse. L'eau déminéralisée (en vente dans les supermarchés) est recommandée pour les systèmes nécessitant des changements d'eau assez fréquents. Si l'humidificateur utilisé (cas des systèmes pour armoires) est un grand consommateur d'eau, son possesseur pourra se contenter de purifier l'eau du robinet à l'aide de cachets adéquats (type Micropur ou Hydroclonazone), en vente dans les pharmacies. Trucs de dépannage Faute d'humidor, comment conserver ses cigares? Une première solution provisoire: les laisser dans leur boîte et entourer celle-ci d'une serviette légèrement humidifiée. Variante: ranger les cigares dans une boîte hermétique – style tupperware – dans laquelle est placée une petite boîte plastique, boîte de film ou de diapositives, contenant du coton ou, mieux, de la "mousse de fleuriste", imbibés d'eau. 

Ne jamais déposer ses cigares dans le compartiment légumes de son réfrigérateur. Le cigare est un formidable capteur d'arômes. Inutile, donc, de le laisser se parfumer à la salade, aux tomates et autres produits alimentaires. Le liasoderm Les Cubains l'appellent "bicho". Un petit nom (presque) charmant pour une minuscule bestiole (moins de 3 mm de long, à l'âge adulte) encore plus redoutable que son nom (latin) le lasse présager: lasioderma serricorne. Autrement dit, le lasioderm. Ce petit coléoptère aime la chaleur et… le tabac. Et pas n'importe quel tabac. Uniquement le tabac fermenté et séché. Autrement dit, celui dont sont faits les Habanos (et aussi les autres cigares). Son cycle est simple. La larve se nourrit de feuilles de tabac, devient adulte, pond des œufs qui, sous l'effet de la chaleur (ils adorent les températures de 30°) deviennent larves, puis adultes… etc… Au moment où le torcedor roule ses vitoles, des œufs de ce coléoptère peuvent se trouver dans les feuilles. Emprisonné dans le cigare, ce ver n'en continue pas moins sa croissance. Une croissance que favorise la chaleur. Il se délecte alors des feuilles de tripe puis, devenu adulte, il creuse un petit tunnel dans le puro en quête d'autres "pâturages". Il perce la cape, s'engouffre dans la vitole voisine, y dépose ses œufs… Et le cycle infernal commence.

L'amateur, lui, découvrira son cigare percé de petits trous - ce qui à la rigueur ne serait pas trop dramatique. En voulant le fumer, il réalisera que ce dernier a perdu le plus clair de ses qualités de puissance et d'arômes. Dans les manufactures, les cigares sont en principe traités contre ce fléau. Mais certains de ces "bichos" résistent. En revanche les cigares que roulent - dans les hôtels et autres "Casas del Habano" - les torcedores en démonstration, n'offrent pas les mêmes garanties. L'été, à la moindre vague de chaleur, le risque de voir ces lasioderms se manifester se précise.. Seul le froid (une température de moins de 12°) empêche ces coléoptères de se développer. Première règle: n'entreposer dans son humidor que les Habanos de marques. Prévoir pour ses puros plus exotiques, un humidor spécial.

Si des petits trous apparaissent sur le corps de vos cigares, sachez "faire la part du feu". Videz votre humidor, triez les cigares troués et vérifiez les autres un à un. En les tenant verticalement et en tapotant doucement leur pied sur une feuille blanche: si une fine poussière de tabac en découle, le cigare est contaminé. Pour ceux-là, une seule solution. Rangez-les dans une boîte que vous entreposerez dans… votre congélateur. Abandonnez-les au moins une bonne semaine. Puis laissez-les décongeler tranquillement, avant de les remettre dans votre humidor. L'idéal: les réadapter progressivement à la bonne humidité, afin de ne pas faire éclater leur cape. Mais il est à craindre que ceux dont le corps présente plusieurs trous ne valent plus grand chose: les bichos auront pris le meilleur. Si les trous sont concentrés au pied de la vitole, coupez un centimètre au-dessus: les lasiodermes vous auront peut-être laissé quelque chose à fumer. Entre temps, nettoyez minutieusement votre humidor, en éliminant tous les débris et poussières de tabac qui s'y sont déposés. Ne pas oublier les coins, charnières et serrures.