Dérivé du latin vaccinae, c'est-à-dire "de la vache", le mot "vaccination"
signifie étymologiquement "envachement". C'est un terme apparu vers 1880, utilisé,
semble-t-il, pour la première fois par Pasteur sur la base des travaux de l'anglais
Jenner qui avait immunisé des patients contre la "variole de la vache", et donc de
la variole commune.
La vaccination n'est pas à proprement parler une découverte, car elle était pratiquée en
Turquie depuis des temps immémoriaux. Les turcs "vaccinaient" contre
la variole en prélevant des
traces du contenu de pustule des cas modérés de variole et en les inoculant à des
personnes saines.
La pratique, quelque peu risquée, fut découverte par l'ambassadrice d'Angleterre à
Constantinople, Lady Mary Wortley Montagu, personnage haut en couleur de la société
internationale de l'époque. Lady Montagu introduisit ce type d'immunisation en Grande-Bretagne,
en 1718. De nombreuses personnes s'immunisèrent ainsi contre cette maladie qui répandait
la terreur... mais quelques-unes en moururent. On ne peut donc pas dire que Jenner, qui
pratiqua le premier sur une large échelle la vaccination contre la variole (dite alors
"petite vérole") à partir de 1798 ait réellement découvert le principe de cette thérapeutique.
Sa découverte fut d'ailleurs faite sur des bases confuses et même fausses. Médecin de
campagne, Jenner croyait que la vaccine et sans doute la variole, affections virales
voisines mais non-identiques, avaient leurs origines dans une infection des sabots des
chevaux, d'où elle gagnait les bovins et peut-être les humains. La réalité était que la
maladie était transmise par des fermiers infectés, qui à leur tour infectaient les vaches chez
lesquelles elle se transformait en vaccine.
La vaccination pratiquée par Jenner n'était guère foncièrement différente de celle qu'avait
introduite Lady Montagu et qui porte le nom de "variolisation", puisque, à l'origine,
les personnes traitées devaient retourner chez Jenner une semaine plus tard, afin que l'on
put prélever une partie du pus de la vésicule vaccinale et l'inoculer à d'autres et ainsi de
suite... Cette méthode présentait cependant un inconvénient, c'est que les souches virales
finissaient par s'affaiblir et que Jenner dut plusieurs fois inoculer des prélèvements
humains à des vaches pour renforcer la souche. C'est ce que l'on appelle la "rétrovaccination".
Mais il y avait quand même une différence entre la variolisation grossière introduite par
Lady Montagu et celle que pratiquait Jenner : c'est que Jenner n'inoculait pas le virus de
la variole lui-même, mais celui de la vaccine de la vache, qui est différent, mais qui
déclenche cependant des réactions immunitaires efficaces contre celui de la variole.
La preuve en fut faite quand un émule mal avisé de Jenner, Pearson, se mêla lui aussi
de vacciner contre le variole et déclencha des cas d'erruption graves qui ressemblaient
beaucoup à la maladie qu'il voulait prévenir. En 1799, l'incident ayant apporté beaucoup
d'eau au moulin des adversaires de la vaccination jennérienne, Jenner démontra que la
solution utilisée par Pearson avait été contaminée par des germes varioliques.
De plus, Jenner ne pratiquait ses prélèvements qu'au septième jour de l'arrivée
des pustules, c'est-à-dire quand le germe avait perdu sa virulence. On peut donc dire
que Jenner a découvert le principe de la vaccination par germes atténués.
En dépit de fort mouvements d'hostilité, la vaccination jennérienne gagna du terrain;
en 1800, elle fut introduite en France par le duc de la Rochefoucauld-Liancourt.
En 1803 était créée la Royal Jennerian Society, qui assurait au public la
vaccination gratuite. La notion de germe atténué avait aussi entre-temps fait son
chemin dans l'esprit des médecins. Il était évident que l'on ne pouvait pas inoculer
les germes même d'une maladie contre laquelle on voulait immuniser, comme cela avait
été le cas avec la variolisation, sous peine de déclencher cette maladie elle-même.
Bien que l'on ignorât alors à peu près tout des mécanismes immunitaires, la notion
d'immunité commenca à se frayer un chemin et l'on postula, à juste titre, que
l'inoculation d'un germe atténué pouvait aider l'organisme à reconnaitre un germe et
à se défendre contre lui.
C'est ainsi que, lorsque Pasteur prépara le premier vaccin anti-bactérien dirigé contre
l'anthrax (ou maladie du charbon), il utilisa
des germes atténués. A cette occasion le savant rendit un chaleureux
hommage à Jenner, "l'un des plus grands anglais".
Ce principe de l'atténuation fut mis en oeuvre par Pasteur lors de sa préparation du vaccin
contre la rage :
le virus injecté fut l'objet de cent injections intracérébrales successives
d'un broyat de moëlle épinière de lapin infecté, et d'un animal à l'autre. Le vaccin n'avait
été expérimenté que sur des chiens quand, en 1885, on présente à Pasteur un enfant de 9 ans,
Joseph Meister, qui avait été mordu par un chien enragé. Bien qu'il ne fut pas médecin,
Pasteur accepta le défi qui lui était imposé : il expérimenta le vaccin sur l'enfant avec
le succès que l'on sait (voir la caricature parue à
l'époque dans le journal "Don Quichotte" :
l'ange de l'inoculation). La vaccination moderne était née.