Poitiers (Chinois), 1 avril 2005

Matthieu 5:1-12

Chers frères et soeurs en Christ,

Voilà un passage bien connu de tous, tellement connu qu'on lui fait dire beaucoup de choses très différentes.

Il nous parle de bonheur promis, d'honneur retrouvé, mais aussi de pauvreté, de souffrance et de persécutions.

Certains en ont fait un recueil de recettes pour être heureux, d'autres une liste de choses à accomplir. Nous allons voir d'un peu plus près ce que le texte dit.

Le texte commence sur un regard de Jésus. Il voit la foule, il voit ses disciples à côté de lui. Et il leur parle. Voilà une des clés de cette vie qui promet le bonheur : regarder, voir ceux qui sont à côté de nous. Cesser de ne regarder que soi même. Commencer à placer son intérêt chez les autres.

Puis vient la série des "Heureux... car...". Prenons d'abord le mot même d'"heureux". En grec, c'est makarios. En anglais, il est parfois traduit par "blessed", ce qui veut aussi dire "béni". Ce qui signifie que c'est le résultat de l'action d'un autre, de Dieu, que le bonheur nous vient donc de Dieu, et n'est pas le résultat de ce que nous aurions pu faire nous-mêmes.

Ce qui signifie aussi, à l'envers, qu'il ne faut pas chercher à se faire son bonheur, mais bien à le chercher en Dieu. C'est lui qui le donne.

Encore une autre remarque au sujet des différences phrases du passage. Le temps des verbes après les "car" est pour deux au présent et pour les autres au futur. Les promesses de Dieu sont à la fois des promesses pour maintenant et des promesses pour plus tard. Le salut de Dieu, l'amour de Dieu ne sont pas uniquement pour l'avenir, il sont aussi pour aujourd'hui, pour le présent.

L'humilité (ceux qui se savent pauvres en eux-mêmes), et la douceur, si elles sont des qualités humaines, ne peuvent pas être des objets de commandement. On ne devient pas humble ou doux par obéissance. On le devient parce que Dieu nous permet de le devenir.

On ne choisit pas d'être triste. Et même tous ceux qui sont tristes ne sont pas nécessairement consolés, du moins pas tout de suite. La tristesse et la douleur peuvent rester. Mais la consolation de Dieu viendra, c'est une certitude, bientôt ou plus tard, si du moins on l'attend.

A ceux qui désirent vivre selon la volonté de Dieu, il promet que ce sera possible. Mais il faut alors bien comprendre que cette obéissance est le résultat de la grâce de Dieu. C'est lui qui la permet, sinon, ce serait impossible à l'homme.

Celui qui regarde les autres, et qui a pitié d'eux, sera regardé par Dieu, qui aura pitié de lui. En fait Dieu le regarde déjà, et a déjà pitié de lui. Et c'est plutôt parce que Dieu a d'abord eu pitié de moi, que je vais aussi regarder l'autre, et avoir pitié de lui. C'est parce que Dieu m'aime, que je vais aimer l'autre.

Qui peut dire : "Je suis pur en mon coeur" ? Personne, sinon, il ne l'est plus vraiment. Seul Dieu peut dire cela d'un homme. Mais en fait, aucun homme n'est complètement pur en son coeur. Et pourtant Dieu dit cela, parce qu'il regarde cet homme que je suis, que tu es comme pur, parce qu'il me voit, parce qu'il te voit, au travers du Christ. Et parce qu'il nous voit ainsi, nous pourrons aussi le voir tel qu'il est, Dieu d'amour.

Comment celui qui enlève la paix autour de lui pourrait-il être appelé fils de Dieu ? La paix, la plénitude (les deux mots sont proches en hébreu) sont des caractéristiques de Dieu. Elles sont données par Dieu aux hommes, s'ils veulent bien en vivre. Celui qui regarde les autres avec le regard de Jésus, peut-il faire autre chose que de créer la paix ?

Être persécuté au nom de Jésus, il y en a dans l'histoire qui l'ont recherché. Mais ce n'est pas ici ce que demande Jésus. Il annonce une consolation à ceux qui témoigneront de lui. Ce n'est pas la persécution qu'il faut rechercher, c'est le témoignage.

On voit que dans ces quelques versets, Jésus renverse des idées communes.

Le bonheur ne s'obtient par ses propres efforts. Il est un cadeau de Dieu, pour celui qui accepte de reconnaître que tout seul, il ne peut pas atteindre ce bonheur, et que Dieu seul peut lui donner.

L'honneur personnel n'est pas ce qui compte pour la vie du croyant. Le seul honneur qui compte, la seule gloire qui soit valable, c'est celle de Dieu. Dans les béatitudes, on peut voir qu'il ne s'agit jamais de défendre son honneur personnel, mais bien toujours celui de Dieu, et celui de l'autre, de celui qui est à côté de moi, et que je dois regarder, considérer.

En fait, il est un verbe qui pourrait résumer les béatitudes, et qui est un commandement de Dieu pour nous : aimer.
Dieu veut que nous aimions notre prochain, et que nous l'aimions, lui qui nous a aimé le premier, et qui l'a montré par la croix et la résurrection, et qui le montre tous les jours à ceux qui le suivent et qui l'aiment.

Heureux donc est celui qui sait que Dieu l'aime, car il l'aimera et aimera son prochain. Là est le bonheur du chrétien.

Amen.

(Philippe Cousson)

Retour