Poitiers, 2 janvier 2005

Galates 3

Chers frères et soeurs en Christ,

Commencerai-je la prédication de ce matin par une apostrophe comme celle que Paul fait aux Galates, du style : Stupides Poitevins ! N'avez-vous rien compris ?

C'est effectivement avec une telle force que Paul s'adresse à ces églises qu'il a fondé, et dont la vie n'a pas, depuis, toujours été rose. Il mentionne au verset 4 les souffrances qu'ils ont enduré à cause de leur foi nouvelle.

Qu'est-ce qui peut donc justifier un tel rappel à l'ordre de la part de l'apôtre ? C'est toujours un peu la même chose depuis le début de l'épître, et ce n'est sans doute pas fini. Les chrétiens de Galatie laissent l'image de chrétiens qui ont compris quelque chose de travers, qui se sont laissés berner par d'autres, et entraîner loin de ce Paul leur avait prêché, et qui avait permis à l'Esprit Saint d'habiter ces églises. Ils avaient fini par penser qu'il y avait encore des choses à faire pour entrer dans la justice de Dieu, qu'il fallait se soumettre à la loi de Moïse.

Dans ce chapitre, Paul va utiliser le thème de l'héritage de la promesse d'Abraham pour démonter cette prétention à aller chercher l'héritage, à aller se le procurer.

Parce qu'en fait, c'est un peu comme si l'héritier pensait que pour entrer en possession de la maison familiale, il lui fallait l'acheter. Parce que si on suit le raisonnement de Paul, c'est bien de cela dont il s'agit, d'héritage, d'héritier, de promesse.

Paul mène en parallèle deux notions qui se complètent : la promesse de la bénédiction d'Abraham, et la justification.

Parlons d'abord de la justification. De quoi s'agit-il ?

Il ne s'agit surtout pas, comme le langage actuel pourrait le laisser entendre, de se justifier de quelque manière que ce soit. Il ne s'agit pas de chercher à "justifier" ses actes, à leur chercher une raison valable, à les expliquer et à les défendre. Il ne s'agit pas non plus d'entrer dans un sordide marchandage qui mettrait en balance des actes "injustifiables" avec d'autres actes "méritoires". C'est même exactement le contraire. La première étape de la justification par la foi, c'est de reconnaître que nos actes sont injustifiables, au point que rien ne puisse les compenser. Non pas nécessairement tous, mais comme le laisse entendre le verset 10, un seul faux pas par rapport à la loi, et plus rien ne vaut. Ce serait alors la malédiction et plus de justification possible. Donc, cette première étape, c'est reconnaître notre incapacité à accomplir TOUT ce qui est dans la loi, la loi de Moïse, ou une autre loi.

Et alors la justification, c'est savoir, c'est accepter, que malgré cela, en dépit de cela, Dieu nous regarde comme justes, parce que nous croyons en son Fils Jésus-Christ. Sans avoir quoi que ce soit de spécial, de difficile à faire, Dieu regarde comme juste celui qui croit en Jésus-Christ, en Jésus-Christ crucifié et ressuscité.

Rappelons-nous la femme adultère. Jésus n'a rien exigé d'elle pour la laisser aller. Il la regarde comme différente, comme justifiée : Va, et ne pèche plus. C'est cela la justification par la foi. Si tu crois en Jésus-Christ, Fils de Dieu, crucifié et ressuscité, tu es justifié, regardé comme juste : Va et ne pèche plus.

Et maintenant, la promesse faite à Abraham, donc bien avant la loi de Moïse. Et cette promesse de bénédiction, elle ne concerne pas uniquement la descendance physique du patriarche, mais aussi toutes les nations. La promesse de la bénédiction de Dieu n'est pas réservée à un peuple précis, mais bien à toute la terre habitée, à tous les hommes. Elle est un appel à tous les hommes.

Et Paul poursuit son argumentation en utilisant un peu plus l'image de l'héritage et de la descendance. Pour lui, la descendance d'Abraham, c'est... Jésus, le Christ. Et par là même aussi tous ceux qui croient en lui.

La promesse de bénédiction de Dieu, faite d'abord à Abraham, renouvelée aux Hébreux et au peuple d'Israël aux temps bibliques, est maintenant appliquée par Paul à l'ensemble des croyants en Jésus-Christ. Ceux-là sont tous la descendance d'Abraham, quelque soit leur origine.

Voyons un peu ce que Paul dit de la loi. Il parle d'abord des "oeuvres de la loi" pour en dénoncer l'usage avant de la présenter sous un autre point de vue en fin de passage.

Dans le début du chapitre, il associe les oeuvres de la loi, à quelque chose à laquelle on n'aurait peut-être pas pensé, et à laquelle on associe plutôt le péché. Il l'associe à la chair. Effectivement, dans notre culture religieuse traditionnelle, la chair est associée au péché. La chair est faible. On parle même de péché de chair. Et bien, ici, il associe la chair aux oeuvres de la loi. Où peut bien être la logique ? Parce que, se confier dans les oeuvres de la loi, c'est se confier dans la chair. Accomplir les oeuvres de la loi, c'est les accomplir ici bas, quand on est dans la chair. C'est s'appuyer sur ce qu'on appelle de nos jours la pâte humaine. C'est d'ailleurs une image plutôt positive dans notre culture contemporaine. Pourtant pour Paul, ce qui importe, c'est l'Esprit. Pas l'esprit de l'homme, mais l'Esprit de Dieu, l'action de l'Esprit de Dieu. Or, la chair, c'est l'échec. C'est l'impossible accomplissement.

Il va même bien plus loin. Les oeuvres de la loi mènent à la malédiction, exactement l'opposé de la promesse de la bénédiction. On croit marcher vers la promesse, et on s'en éloigne. Parce que Paul sait, tout pharisien qu'il était, qu'il est impossible d'accomplir toute la loi, de la mettre en pratique dans sa totalité. Et cette malédiction est attachée à la nature humaine faillible. Et pour sortir de cette malédiction, il a fallu que quelqu'un l'assume à la place de ceux qui ne le pouvaient pas. Jésus a été pendu au bois.

Et pourtant Paul n'en a pas fini avec la loi. Parce que, si cette loi ne peut pas conduire à la bénédiction, à la promesse, elle a la faculté de montrer son incapacité propre. Mais, cependant, elle indique tout de même les exigences de la justice. En cela, elle a une fonction de guide, de panneau indicateur. Et c'est ainsi, en montrant le chemin, et en montrant l'impossible parcours intégral, qu'elle montre la véritable issue qu'est la foi en Christ, le seul qui ait jamais pu accomplir la loi.

Venons-en alors à la foi. Comment les Galates ont-ils été amené à la foi ? Comment ont-ils reçu l'Esprit ? Par la prédication.

Il ne s'agit pas ici d'actes, d'actes salvateurs, mais de paroles, de paroles écoutées. Paul a prêché, et les Galates ont cru. Et ils ont reçu la bénédiction promise à Abraham, ils ont reçu l'Esprit. C'est un don de Dieu, c'est l'objet d'une promesse. Ce n'est pas l'objet d'un troc. Il n'y a rien a échanger contre le salut, contre la bénédiction de Dieu. Le juste vivra par la foi.

Quel qu'il soit, le croyant est héritier de la promesse, il est à Christ, il est un avec Christ et les autres croyants, quels qu'ils soient.

Plus ni Juif, ni Grec, ni esclave, ni libre, ni homme, ni femme. A l'époque, et même encore au 21e siècle, c'est une parole forte et libératrice quand elle est comprise et vécue. Parce que la promesse de Dieu ne fait pas de distinction de personnes. Tous ceux qui croient en Jésus-Christ sont tous fils de Dieu, et co-héritiers. Tous.

En ce premier dimanche de l'année, est-ce que Paul aurait à nous tenir le même discours qu'aux Galates ? Stupides Poitevins ! N'avez-vous rien compris ?

Une nouvelle année se présente à nous. La dernière a fini bien tristement. Et que faisons-nous souvent en ces jours ? Des bilans, et des résolutions. Une liste d'échecs et de réussites. Une comptabilité, plus ou moins bien tenue. Et que désirons-nous ? Diminuer les échecs, et augmenter les réussites. De qui les réussites ? Les nôtres, évidemment.

Sommes-nous si loin des Galates ? Même si personne n'est venu nous demander de respecter scrupuleusement les prescriptions de la loi juive, cela n'est pas forcément nécessaire. Nous savons bien nous fabriquer nous-mêmes des exigences, dont l'accomplissement nous valoriserait à nos yeux, mais dont l'échec est tout autant plausible. Notre monde n'aime pas les loosers. Où donc est la faille ? Où est le truc qui fait dérailler la machine ?

C'est pourtant simple. Où est la foi là-dedans ? Où est la grâce de Dieu ? Où est la promesse ?

En cette année qui s'ouvre, il ne s'agit pas de s'engager à faire (ou à ne pas faire) telle ou telle chose, à accomplir tel ou tel projet, mais bien de placer cette année sous la grâce de Dieu, de se placer chacun au bénéfice de la promesse de bénédiction, simplement par la foi en Jésus-Christ.

Il s'agit pour notre église de prêcher cet évangile de la justification par la foi, cet évangile pour tous, sans distinction de passé, cet évangile qui offre une vie tournée vers la promesse, vers l'avenir, vers l'espérance.

Et si par cette prédication, il n'y a plus de différences entre les croyants, il n'y a pas non plus de différences entre les hommes pour cet appel de Dieu, ni pour le regard d'amour qu'Il leur porte, et que nous avons aussi à leur porter.

La prédication de la foi est une tâche qui nous a été confiée à tous, chacun et en église, non pas parce qu'il faut le faire sinon..., mais parce que vivre de la foi, vivre par l'Esprit, par la bénédiction, vivre de la promesse, c'est cela, c'est témoigner en paroles et en actes, c'est évangéliser, c'est prêcher.

Alors, ne soyons pas des stupides Poitevins. Pour 2005, et pour les autres années, nous vivrons de la promesse de Dieu, par la foi en Jésus-Christ.

Amen.

(Philippe Cousson)

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