Poitiers, 14 février 2010

1 Corinthiens 15:12-20

Chers frères et soeurs,

nous voici ce matin face au texte de l'épître proposé par nos listes.

Le thème de la résurrection est central dans la prédication de Paul. Il insiste à ce sujet à plusieurs reprises, et surtout dans ce chapitre 15 de la première aux Corinthiens.
Si vous vous souvenez, c'est aussi à ce sujet que s'est interrompu son discours aux philosophes d'Athènes rapporté dans les livre des Actes. "Nous t'entendrons là-dessus une autre fois".
C'est aussi un élément du message de l'Eglise chrétienne depuis les origines. Et chez nous, protestants, il suffit de rappeler la solennité de la célébration de Pâques, l'un des dimanches les plus fréquentés dans nos temples. Il suffit de demander quel est le cantique le plus chanté : "A toi la gloire, ô Ressuscité !"
La prochaine réunion de l'atelier oecuménique aura pour thème "la mort" et par conséquent aussi la résurrection, parce que, dans nos compréhensions et pratiques, il y a quelques différences, semble-t-il.
De plus, il se trouve que depuis quelques temps, je suis en train de lire un livre de N.T. Wright, évêque anglican de Durham, qui traite justement de ce sujet, et qui le relie à la mission de l'Eglise.

Tous ces éléments font que c'est donc ce texte que je vais méditer avec vous ce matin.

Avant d'aborder le texte lui-même, je vais essayer de passer en revue les diverses questions qu'il peut soulever, ainsi que certaines réponses qui leur sont données.

Autour du mot "résurrection" gravitent un certain nombre de notions : la vie éternelle, l'au-delà, l'âme et ce qu'elle devient, le paradis et l'enfer, voire le purgatoire, et même l'évocation des esprits ou la réincarnation, les livres de morts ou le culte des ancêtres. Toutes ces idées qui tentent d'expliquer, d'amadouer ou de masquer la mort.

Si je parle de résurrection, de quelle résurrection est-ce que je parle ? De quel corps ? Le précédent reconstitué ? Un nouveau corps ? Et de quelle nature ? Matériel, jusqu'où ? Spirituel ? Energétique, même ?
Une autre question est celle du moment de la résurrection : au moment même de la mort ? A la fin des temps ?
Et il y a aussi la question du lieu : sur la même terre, celle-ci? sur une nouvelle terre ? Au ciel ? C'est quoi le ciel ?
Sans parler de la question oiseuse des Sadducéens : les relations sociales des ressuscités, mariage, etc.

Avant de parler de la vie éternelle, abordons un peu le thème, déjà connu des anciens Grecs : l'immortalité de l'âme. Est-ce un thème biblique ? C'est quoi l'âme ? Si elle est immortelle, qu'est-ce que cela a pour conséquences ?

Passons de l'âme à la métempsychose, la réincarnation, notion d'origine orientale quoique connue de certains anciens Grecs et reprise en Europe depuis le 19e siècle. Il y a même des gens pour la justifier en théologie chrétienne. Avec à la fin, le nirvana, la fusion dans un grand tout, la disparition dans la divinité, ou l'esprit de la Nature, de la Terre, Gaïa, mais là on quitte l'Orient pour passer au Nouvel Age.

Et la vie éternelle alors ? Comme disait un humoriste, "c'est très long, surtout vers la fin". Comment la comprenons-nous ? Quand commence-t-elle ? Et même pour les Mormons, elle n'a pas de début, éternelle avant et après l'épisode de la vie humaine terrestre. En fait, pour un chrétien, c'est quoi cette vie éternelle qui est formulée dans le Crédo, le Symbole des Apôtres ?

Il y a aussi la question sensible que se pose les survivants : reverrons-nous les personnes aimées ?

En voilà beaucoup de questions.
Dans notre passage, Paul ne répond pas à toutes, même s'il laisse des éléments, qui montrent que ces questions ont traversé les siècles.
Si Paul aborde le sujet, c'est qu'il posait problème à cette époque, c'est qu'il a senti qu'il fallait qu'il appuie sur ce sujet là, et il insiste. Nous n'avons lu qu'un passage de ce chapitre, tout entier consacré à la résurrection.

Voyons donc ce qu'il nous dit, et comment il construit son argumentation.
Il utilise une série de raisonnements par l'absurde, comme on dit en mathématiques.
Si... alors ça ne va pas.

Il aborde trois points importants : la prédication, la foi et l'espérance, et les relie à la résurrection.

Comme la plupart des Grecs, comme on le voit à Athènes, certains croyants de Corinthe disent qu'il n'y a pas de résurrection des morts. Pour Paul, ça ne va pas. Parler ainsi, c'est proprement vider l'Evangile qu'il prêche.

Pas de résurrection des morts. Mais alors Christ n'est pas non plus ressuscité. C'est pourtant ce que Paul prêche, ce qu'il leur a prêché à eux aussi. Et il aurait prêché quelque chose de faux, sans fondement. Sa prédication n'aurait alors aucune valeur. Elle serait vide, vaine.
Mais le message de Paul, toute sa vie depuis le chemin de Damas, ça n'est pas rien, ça n'est pas vide. Toute sa vie, tout son message sont basés sur cet événement de la résurrection et de sa rencontre avec le ressuscité.
Même si ce message va contre tout ce qui se disait chez les Grecs, c'est le message de l'Evangile qu'annonce Paul : Christ est mort, et ressuscité.

Non seulement sa prédication serait vide, celle de l'Eglise de Corinthe aussi, mais de même leur foi serait vide. Leur témoignage serait alors en plus un mensonge, un faux témoignage à Dieu, s'ils continuent de croire qu'il n'y a pas de résurrection des morts.
Paul utilise aussi un autre adjectif pour caractériser leur foi dans ce cas-là : inutile, futile. Il ne sert à rien de croire au Christ dans ce cas là, parce qu'alors, les péchés sont toujours là, et le salut absent, ils sont perdus, encore.

Paul poursuit : puisque tout ne se passe que dans cette vie, notre espérance serait aussi limitée à cette vie, sans libération du péché, sans victoire sur la mort. Les croyants qui se limitent à cette vie sont alors pour Paul les humains les plus pitoyables.

La clé de l'espérance n'est pas dans cette vie, Paul en est persuadé. De la même façon qu'il est persuadé de la résurrection de Jésus-Christ. Et cette résurrection est pour lui la preuve de la résurrection à venir, aussi sa première manifestation anticipée. Il est le signal que quelque chose de nouveau est à attendre.

Revenons maintenant aux questions que je soulevais en commençant.

La résurrection des morts, essentielle pour Paul, essentielle pour l'Eglise, quasiment inconnue de l'Ancien Testament, refusée par la pensée grecque, est relativement bien documentée dans le Nouveau Testament. Je vous épargnerai les références.
De même que le Christ ressuscité avait un corps, de même les ressuscités auront un corps, différent, incorruptible, mais un corps, pas un esprit immatériel.
La résurrection est encore à venir, au moment du retour du Christ, C'est un autre point particulièrement important pour Paul et le Nouveau Testament.
Il y aura aussi des nouveaux cieux et une nouvelle terre. La création aussi sera en quelque sorte ressuscitée, événement auquel elle soupire, nous dit l'épître aux Romains. Le monde, la matière, ne seront pas dissous, mais régénérés.

Mais alors, quid de l'au-delà ? Je dirais que ni l'Ancien, ni le Nouveau Testament ne sont très disert sur un tel endroit ni sur ce qui s'y passe. C'est un lieu de sommeil, de repos, si on essaye de le décrire. Par contre ce qui est certain depuis le Nouveau Testament, c'est son état provisoire.
Rien à voir avec la vision grecque de l'âme qui quitterait son corps mortel mort pour les enfers, le Royaume des morts, ou même les Champs Elyséens, le paradis.
La Bible n'est pas dualiste, avec un monde matériel qui serait mauvais et que l'on quitterait pour enfin atteindre le bonheur. Il ne s'agit pas de laisser son corps pour sauver son âme.
Pour les écrivains bibliques, la personne humaine est un tout, corps, âme et esprit, une unité. La mort met fin à la vie que nous connaissons. La résurrection redonnera la totalité, dont un corps.
On sait très peu de choses sur ce qui se passe entre la mort et la résurrection, ni même s'il se passe quelque chose de particulier. On trouve seulement des allusions comme la parole au brigand ou le désir exprimé par Paul aux Philippiens.
Pour les apôtres ce n'est pas l'essentiel.

La résurrection, c'est la défaite de l'ennemi final, la mort. Et cette défaite est déjà consommée, parce que Christ est ressuscité. Et c'est aussi en cela qu'il est Seigneur, bien plus que tous les Césars, parce qu'eux la mort les atteint, malgré leur divinisation. Jamais ils ne ressuscitent. Jamais ils ne reviennent. Le seul vrai Seigneur, c'est le Christ, le Christ victorieux, ressuscité.

Si ce n'est pas dans cette vie seulement que nous espérons, c'est que nous espérons pour la vie éternelle. Et là, ça se complique un peu pour les croyants. Depuis la conversion, manifestée par le baptême, le croyant est déjà au bénéfice de la résurrection, de la vie nouvelle, de la vie éternelle, d'une vie en compagnie du Christ. Bien que encore dans la vie actuelle, encore au milieu du monde, le croyant a déjà dépassé la mort. La vie après la résurrection sera une poursuite de sa vie actuelle, un renouvellement. Le croyant vit un avant-goût de la vie éternelle du ressuscité. A sa mort, à la fin de sa première vie, le croyant laissera son corps de mort, comme dit Paul, le corps de son péché. S'il n'y a pas de résurrection, il restera avec ce corps, avec le péché.

Le croyant a commencé une vie de communion avec son Seigneur et Sauveur. Il a la certitude que cette communion ne sera pas interrompue par la mort, qu'au delà de la mort, la vie se poursuivra, que comme dit Paul, il sera avec le Seigneur. Après la résurrection, c'est clair. Avant, on ne sait pas comment mais la certitude reste.

Je ne parlerai pas de ce qui n'est pas biblique : les esprits, les fantômes, les mânes, le purgatoire, la réincarnation ou le retour au grand tout.

Je n'ai parlé en fait que de ce qui concerne les croyants, parce que c'est ce dont parle principalement le Nouveau Testament. Pour les autres hommes, il y a plusieurs interprétations. Beaucoup de passages mentionnent le jugement de Dieu, et aussi envisagent un après-résurrection loin du visage de Dieu.

Comment dans son comportement et sa proclamation l'Eglise peut-elle intégrer la résurrection ?

Annoncer que l'espérance ne se limite pas à cette vie.
Attention, je n'ai pas dit : annoncer que l'espérance ne concerne pas cette vie. Sinon, à quoi aurait servi le ministère du Christ ?

Vivre et faire vivre cette espérance dès cette vie, par des gestes et des paroles qui sont autant d'avant-goût, de prémices de la vie du monde à-venir. Tout ce qui est vécu, proclamé, de justice et de charité, de beauté, de vie avec le Seigneur, aura son prolongement au-delà de la résurrection. Seuls le péché et ses cicatrices ne passeront pas la mort. En cela, la résurrection est essentielle. Elle est renaissance, renouvellement, re-création. Annoncer que la mort et le péché sont vaincus, annoncer qu'une autre vie est possible, qu'elle peut commencer maintenant, telle est aussi la tâche de l'Eglise, parce que le Christ est ressuscité, comme prémices et manifestation de cette nouvelle vie à poursuivre au-delà de la mort, de la mort qui a été vaincue, définitivement.

La mission de l'Eglise, portée par l'espérance de la résurrection est donc à multiples facettes : bien sûr annoncer et proclamer cette espérance, mais aussi faire vivre la justice et la charité, faire vivre la beauté et l'art, défendre et protéger la nature, la création, toutes choses qui passeront la résurrection, renouvelées et transformées. Et tout cela à la gloire de Dieu seul, et de son Fils, notre Seigneur et Sauveur, notre ami et notre frère, mort et ressuscité.

Amen.

(Philippe Cousson)

Retour