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Fauvisme et Cubisme
Le Dr Gachet

Fauvisme et Cubisme


Signification et Historique

VAN GOGH : un des précurseurs du mouvement fauviste

Le Cubisme


Signification et Historique

Exaltation de la couleur pure et simplification du dessin, le fauvisme constitue la première révolution artistique du XXème siècle. Celui ci sera très éphémère, il sera surtout présent de 1904, époque à laquelle il apparaît, jusqu'en 1907. Ce n'est ni une école, ni un système, mais un accord momentané de tendance entre de jeunes artistes indépendants soumis au même climat d'époque et portés par la fatalité des échanges et des rencontres. Son existence résulte d'une volonté de renouveler l'art de peindre, animant ces derniers qui en 1905, sont sur le point de définir, dans leurs oeuvres un système figuratif original. Cette année là, rassemblés autour de Matisse (1869_1954) au salon d'automne, leur violence explosive suscite un scandale. "Un pot de peinture a été jeté à la figure du public", s'indigne hautement Camille Mauclair, voyant l'ordre social outragé. On ne remarque à tort dans leurs peintures que l'éclat des couleurs ; on n'y voit pas une nouvelle spéculation sur l'espace autrement plus importante que la hauteur des tons. Mais il s'agit bien d'un nouveau mode de représentation pictural qui s'élabore, se façonne progressivement et se trouve parfaitement au point en 1906.
Le phénomène prend une extension européenne. Au même moment apparaissaient en Allemagne, d'abord à Dresde puis se propageaient à Munich, avec la participation de peintres slaves, coloristes spontanés, des mouvements analogues, mais de tendance expressionniste. Aboutissement d'une importante phase préparatoire, le paroxysme collectif du fauvisme ne pouvait se maintenir longtemps sur sa plus haute tension, et d'autres forces se faisaient jour, mais il avait engagé, sur le plan psychique et optique, le destin de l'art présent, son subjectivisme et sa liberté totale. Le nom de fauve a été trouvé lors du Salon d'Automne de 1905. Celui ci fut prononcé pour la première fois par Louis Vauxelles, critique d'avant garde au Gil Blas. La sculpture, moins offensive, avait été disséminée au hasard; apercevant au milieu de la salle centrale ou hurlaient justement si fort les couleurs stridentes de ceux que l'on nommait encore les "incohérents" ou les "invertébrés" un torse d'enfant et un buste de femme, à la manière florentine, d'Albert Marque, il s'écria, prenant Matisse à témoin: "Donatello chez les fauves!" Rapporté dans le Gil Blas du 17 octobre, le mot fit rapidement fortune et se généralisa. Comme pour l'impressionnisme et le cubisme, la qualification qui désigne le mouvement est accidentelle, venue de l'extérieur, étrangère à ses fondateurs, évocatrice uniquement de sa virulence et du choc contemporain, nullement de son processus et de sa signification. Le cubisme - analyse de la forme et différenciation objective de l'espace - est à son départ la conquête simultanée de deux génies opposés et complémentaires, enrichis de leurs dons mutuels, et liés à leur effort, selon l'expression de l'un d'eux, passé d'ailleurs par le fauvisme, comme "la cordée en montagne". Il est possible d'en fixer l'origine précise et d'en suivre aussitôt pas à pas, au moins jusqu'en 1914, la progression méthodique. Le fauvisme - jaillissement de la couleur et possession subjective de la surface - dont la cohésion est moindre en raison même de son caractère passionnel, du nombre et de l'inégalité de ses participants, n'offre pas le même aspect soudain et régulier. Il se développe moins par approfondissement organique que par élargissement successif, résulte d'une série d'explosions d'abord discontinues, intermittentes, qui finalement convergent et s'embrasent en brève et somptueuse flambée.
Trois groupes principaux, auxquels s'adjoint un isolé d'origine hollandaise, Van Dongen, contribuent en France à sa formation : les élèves de l'atelier Gustave Moreau et de l'académie Carrière (Matisse, Marquet, Camoin, Manguin, Puy) aux audaces préméditées, le couple éruptif de Chatou (De Vlaminck, Derain) au déchaînement immédiat et, dernier converti, de filiation impressionniste, le trio du Havre (Friesz, Dufy, Braque). Jeunes tempéraments enthousiastes, distinctifs, foncièrement individualistes, les interpénétrations se multiplient progressivement sur les lieux communs d'apprentissage, de travail et de combat et s'unifient grâce au prestige et à l'activité dominante de Matisse, l'aîné de tous, l'initiateur et l'animateur reconnu du mouvement.




VAN GOGH : un des précurseurs du mouvement fauviste

Van Gogh a eu une certaine influence sur les peintres fauves. Tout au long de son oeuvre, celui ci a fait une étude sur la couleur, et sur ce que celle-ci peut exprimer. Au début de son oeuvre, Van Gogh n'utilisait pas de couleurs éclatantes. Mais il faut tout de même souligner qu'il faisait déjà une étude sur la luminosité. Il commence déjà en 1884-1885 à tester les couleurs pour mettre en valeur certains points des tableaux. Par exemple, dans Les mangeurs de pommes de terreLes mangeurs de pommes de terre les visages sont illuminés. Celui-ci joue énormément sur la notion de clair obscur. Il n'hésite pas à utiliser du noir, ce qui n'était pas courant chez les impressionnistes qui considéraient que cette teinte n'était pas une couleur. Van Gogh commençait donc déjà à se différencier des peintres de son époque. La révélation du pouvoir de la couleur se fera surtout à Paris, notamment grâce à l'intérêt qu'il porte aux estampes japonaises. Dès Anvers, Van Gogh découvre les valeurs symboliques que peuvent avoir les tons. En effet, Vincent appellera le cobalt une couleur divine, pour lui le carmin est chaud... Contrairement à l'enseignement impressionniste que celui ci a reçu aux beaux arts, il s'intéresse au milieu des formes plutôt qu'à leur contour. Pour éviter le détournement de l'attention au seul profit des lignes, il colore celles ci, il grossit la touche.
Van Gogh va intensifier son étude sur la couleur en allant à Arles. Il espère y trouver un paysage de type japonais. Son rêve serait de créer un atelier du midi, réunissant plusieurs peintres qui exécuteraient des oeuvres colorées. En arrivant à Arles, Van Gogh décide d'aller voir la Méditerranée. Celui-ci dira à propos de son séjour aux Saintes Maries : "Maintenant que j'ai vu la mer, je ressens tout à fait l'importance qu'il y a de rester dans le midi et de sentir qu'il faut encore outrer la couleur davantage". Les toiles peintes à Arles ont une coloration remarquable. Durant cette période, on voit bien que Van Gogh n'hésite plus à utiliser des couleurs vives. Celui ci utilisera beaucoup le jaune. Ce choix est dû au fait que Vincent vénère le soleil. On peut voir que dans toutes ses oeuvres, même dans les scènes d'intérieurs, il règne une certaine luminosité, même si cette dernière n'est présente que sur une petite parcelle du tableau.
La maison jauneIl est évident que la lumière, et donc le soleil exerce une certaine fascination sur Van Gogh. Le jaune sera donc présent dans la plupart des oeuvres de ce dernier. Il y aura même des tableaux où cette couleur prédomine. La peinture la plus célèbre est certainement Les tournesols peints en 1888 pour décorer la chambre du peintre. Vincent fera plusieurs représentations de tournesols. Le choix de cette fleur peut tout simplement se justifier par sa couleur. La Maison de Vincent à Arles ou La maison jaune, comme cette deuxième appellation l'indique, est aussi composée en grande partie par la teinte du soleil. L'ArlésienneL'Arlésienne, qui est madame Ginoux, pose sur un fond jaune. L'utilisation exclusive de cette couleur est fort originale pour cette fin de siècle. Celle-ci est un symbole de vie pour Van Gogh. Pour l'emploi de la couleur représentative du soleil, il est fort intéressant de revenir quelques années en arrière à Paris. En effet, les Livres peints en 1886 sont remarquables. Il s'agit d'une nature morte représentant un amas de livres. Ces derniers sont jaunes et oranges, de même que le mur du fond est jaune. Il faut surtout souligner que l'ordre plastique est fait de telle manière que lorsque l'on regarde la toile, on pourrait presque penser à une peinture abstraite. Il s'agit là certainement d'une des oeuvres de Van Gogh qui se rapproche le plus de l'art moderne. C'est une des toiles les plus audacieuses de Vincent. Il faut retenir que tous les tableaux présentés précédemment ont une intensité lumineuse stupéfiante. certains, tels que la Maison de Vincent à Arles où les Livres sont presque plus violents que les oeuvres fauves. Dans le Café de nuitCafé de nuit, le jaune est fortement présent, mais du point de vue coloriste ce tableau a d'autres atouts. Notons d'abord pour mieux comprendre les tons ce que Vincent dit à propos de ce café : "Dans mon tableau du café de nuit, j'ai cherché à exprimer que le café est un endroit où l'on peut se ruiner, devenir fou, ou commettre des crimes". On peut voir que dans ce café, les murs sont rouges et le plafond vert. La proximité de ces deux couleurs est représentative des terribles passions humaines qui sont présentes en ce lieu.
L'étude de La chambre à coucherLa chambre à coucher de Van Gogh à Arles peinte en 1889 est aussi intéressante. Il y a ici un soucis d'organisation plastique, de construction par la couleur. Vincent écrira à Théo : "C'est cette fois-ci ma chambre à coucher, seulement la couleur doit ici faire la chose, et en donnant par sa simplification un style plus grand aux choses, être suggestive du repos où du sommeil en général. Enfin la vue du tableau doit reposer la tête ou plutôt l'imagination". Van Gogh veut ici développer la signification des couleurs, et le sentiment que celles-ci peuvent dégager. Dans cette oeuvre, le bleu et le jaune prédominent. Le bleu donne une sensation de paix et de repos, alors que le jaune au premier plan évoque la vie et l'espoir.
Van Gogh aura vu toute l'importance que peuvent avoir les couleurs. Dans ses tableaux, on peut voir qu'il a mis en place une signification des couleurs. Le rouge et le vert représentent les passions humaines, le jaune est plutôt représentatif de l'amour, la foi, le triomphe et de la vie. Le bleu dégage une impression de paix , le bleu profond évoque l'infini. Et enfin, le noir sera un moyen pour Vincent de montrer son angoisse. Les recherches qu'aura fait Van Gogh sur la couleur durant sa vie vont permettre de passer de la technique de l'impressionnisme à l'art moderne. En effet, son oeuvre inspirera certains peintres fauves, et donc fera une liaison entre ces derniers et l'art du XIXème siècle.
Il est évident, que par l'utilisation de couleurs flamboyantes dans ses tableaux, Van Gogh est une des sources d'inspiration de plusieurs peintres fauves tels que De Vlaminck, Derain.... Lorsqu'en 1902, onze ans après le drame d'Auvers, la galerie Bernheim organise une exposition de ses tableaux, seuls des peintres et quelques amateurs d'avant garde connaissent la grandeur de l'oeuvre de Vincent. Vlaminck, devant les toiles, est bouleversé ; pourtant ce flamand de vingt-cinq ans, bâti en hercule et haut en couleur, ne s'émeut pas facilement. N'ira-t-il pas jusqu'à déclarer à Matisse violemment : "J'aime mieux Van Gogh que mon père!". Il écrira un demi siècle plus tard dans l'un de ses livres, Portraits avant décès : "Jusqu'à ce jour j'avais ignoré Van Gogh. Ses réalisations me parurent définitives mais du fait de l'admiration sans bornes que j'éprouvais pour l'homme et l'oeuvre il surgissait devant moi comme un adversaire. J'était heureux des certitudes qu'il m'apportait mais je venais de recevoir un rude coup". Il ajoute : "Je retrouvais chez lui certaines de mes aspirations. Sans doute de mêmes affinités nordiques ? Et en même temps qu'un sens révolutionnaire, un sentiment presque religieux de l'interprétation de la nature". Mais contrairement à ses déclarations, Vlaminck n'étudiera pas tout de suite l'art du peintre hollandais.
Matisse était de quelques années plus âgé que Vlamink, il était aussi plus réfléchi et l'exaltation de la couleur correspondait davantage chez lui à un besoin cérébral qu'à une exaltation violente des sens. En 1896 il avait connu à Belle-Ile un peintre collectionneur anglais, John Russel, un ami de Vincent dont il avait même fait le portrait et avec qui il échangea plusieurs lettres ; en signe d'amitié, Russel fit cadeau à Matisse de deux de ses dessins de Van Gogh. Deux ans après, Matisse découvre le Midi et l'éblouissement solaire se superpose à son admiration pour l'homme qui a suscité en lui, comme il le déclarera plus tard, "l'éclat de la couleur pure" et fait naître "la passion des couleurs de l'arc-en-ciel". Il débarrasse sa palette des ocres et des terres et s'ouvre de plus en plus, comme ses toiles de cette époque - entre 1898 et 1901- le prouvent, à la violence colorée. L'impatience fougueuse de Vincent se retrouve à travers la pâte épaisse qui dilue les contours, dans la frénésie joyeuse du ton pur; les verts émeraudes, les cadmiums, les orangés, les bleus. Mais à partir de 1904 un changement se produit, une connaissance plus profonde, plus réfléchie, de l'oeuvre de Cézanne discipline, régularise cette véhémence passionnelle ; Matisse est un homme d'ordre, non d'impulsion, mais le choc de 1901 chez Bernheim fait resurgir en lui les anciennes ivresses, les effusions. Son esprit de synthèse cherche à concilier les deux influences qu'il subit : elles ne sont d'ailleurs pas contradictoires car le goût de la couleur pure peut parfaitement s'harmoniser avec le besoin d'une structuration du tableau, s'intégrer dans la hiérarchie des formes, leur architecture expressive. Au salon d'automne de 1905 Matisse aura, en tant que président de la commission de placement, à accrocher les quarante peintures et dessins de Vincent réunis pour lui rendre hommage.
Plus il ira, plus il ressentira l'influence de Van Gogh, mais dans le sens de la liberté, de l'intensité, de l'expressivité colorée. Il ne lui prend guère autre chose, étant plus préoccupé maintenant par les recherches chromatiques de Seurat et le cloisonnisme de Gauguin. Ici se vérifie la remarque profonde de Jean Leymarie: "Cézanne est le fondement de l'art moderne, Van Gogh en est la torche brûlante". Vincent n'exerce pas une influence directe sur l'esprit, la matière, le contenu purement plastique, il incendie, il embrase. Consumé dans sa propre passion, il sera le feu dont les étincelles attiseront et feront crépiter un à un les foyers de l'art vivant, le soleil dont les traînées de flammes n'en finiront pas de rougir l'horizon tandis que sa chaleur réchauffera tous les sourciers de l'aventure, les chercheurs d'absolu.
La peinture, à partir de Van Gogh, sera cette folie sublime qui transcendera le monde en une épopée flamboyante et donnera aux couleurs portées à leur paroxysme des significations jusque là ignorées. Mais en 1963 un jeune peintre de quarante ans, Carrade, pourra encore dire : "La couleur est un problème inconnu. Je crois qu'il sera possible de trouver des accords qui tuent ou qui pourront guérir". Vincent appelant à lui "la couleur suggestive", désirait "exprimer l'amour de deux amoureux par le mariage de deux complémentaires" ; à ses yeux le rouge était un excitant du vice, le jaune un stimulant de la bonté.
Dans de nombreuses lettres Vincent est souvent revenu sur le fait que la peinture peut non seulement susciter des sensations, des idées, mais avoir, à travers les couleurs, une valeur morale ; la puissance émotive et expressive qu'il donne à chaque ton sera, par le choc brutal produit sur les nerfs du spectateur, une des sources de l'art moderne. Inconnu ou presque jusqu'à l'exposition chez Berheim, Van Gogh sera, en quelque sorte, non l'initiateur mais le révélateur de la couleur : il poussera à leur maximum d'intensité paroxystique les tendances, les besoins existant déjà et il les liera en gerbes de flammes. Il est également intéressant de noter que lorsque Van Gogh, dans ses lettres, désigne les maîtres coloristes dont il s'inspire, ce sont, outre les impressionnistes et les japonais, Narcisse Diaz, Félix Ziem et Monticelli. Ce dernier, par son baroquisme flamboyant aux audaces d'or et de feu, représentait une forme d'expressionnisme méridional dont Matisse avait éprouvé, mais directement sur le motif, la violence colorée. Pourtant, lorsque Valtat à Arcachon, en 1894, à Collioure et Banyuls l'année suivante puis à partir de 1897-1898 sur la côte d'azur et en Italie emploie, comme Matisse et Marquet, le ton pur; lorsque Vlaminck et Derain font la même chose à Chatou, accusant et simplifiant les plans, poussant jusqu'à l'outrance le rouge et le bleu ; lorsque Van Dongen, arrivé de sa Hollande natale, s'inspire du chromatisme primaire des affiches, ce n'est pas à Van Gogh qu'ils doivent la passion spontanée de la couleur, mais pour certains au fameux "Talisman", ce tableautin violemment polychrome exécuté par Sérusier sous la direction de Gauguin dans le Bois d'Amour de Pont Aven, pour d'autre à l'enseignement de Gustave Moreau, pour d'autre encore à l'influence de Matisse avec qui s'étaient liés d'amitié avec Vlaminck et Derain, à ces courants souterrains, indéfinissables, dont les forces instinctives poussent plusieurs artistes, sans liens apparent entre eux, vers les mêmes voies.
Toutes ces vocations révolutionnaires que l'on baptisera fauves sont donc nées d'autant de conjonctures obscures, de rencontres hasardeuses, d'affrontements imprévus dont le dénominateur commun était la soif de la lumière traduite par la puissance de la couleur. La flambée fauve, dès la fameuse manifestation du salon d'automne, se reconnaîtra vite en Van Gogh. L'évangile contenue dans une lettre écrite en avril 1888 à John Russel associe sa recherche exaltée de la couleur à l'influence directe de Monticelli : "Il nous donne, écrit Vincent, quelque chose de passionné et d'éternel : la riche couleur et le riche soleil du glorieux Midi à la façon d'un vrai coloriste que l'on peut mettre en parallèle avec la conception du Midi qui est celle de Delacroix ; c'est à dire que le Midi est représenté uniquement par un contraste simultané de couleurs, de leurs dérivés, de leur harmonie et non par des formes ou des lignes ayant leur valeur en soi...". La plupart des fauves iront vérifier ces théories là même où Van Gogh avait regardé face à face l'"éternel soleil fort" et où les exaltations allaient devenir des certitudes. Comme lui, Matisse, Derain, Vlaminck, Van Dongen, Marquet, Manguin, Dufy, Friez, Braque et quelques autres ont compris que la force du ton et son contenu passionnel étaient capables d'exprimer en même temps la forme, la matière, la lumière, l'atmosphère et de réaliser la synthèse entre l'émotion et la représentation ; comme lui ils ont cherché à atteindre la plénitude par la violence, l'excès. "En fortifiant toutes les couleurs, écrivait Vincent à sa soeur, on obtient le calme et l'harmonie", c'est-à-dire on appréhende le cosmos tout entier par le contact direct, on parvient à la possession par la communion. Mais l'utilisation thérapeutique de la couleur telle qu'il la concevait, en même temps que sa signification mystique, seront ignorées des fauves. Par-delà le ton pur, porteur d'espace et d'énergie, Vincent ne perdait jamais de vue l'écriture et l'architecture ; l'ivresse colorée n'était pas, à ses yeux, un but mais un moyen de recréer le réel en exagérant son caractère dans sa totalité expressive. Ce n'est qu'à Auvers qu'il s'abandonnera, désespéré, au chaos, lorsqu'au terme de son douloureux calvaire, après tant d'échecs, il se croira délaissé par Théo, son dernier appui, et qu'il ne verra devant lui que des visages fermés et une nature hostile. Alors la terre se renverse et s'ouvre, les blés basculent dans la soleil, le ciel se charge de nuées orageuses et les vols de corbeaux funèbres s'éparpillent en tous sens, épouvantés, comme si le coup de pistolet du 27 juillet 1890 venait d'être tiré sur eux.
De cette tragédie les fauves n'ont rien retenu. L'ont-ils seulement comprise? La leçon de Vincent ne résidait pas pour eux dans son corps à corps avec le destin, elle se limitait aux fulgurances de sa palette qui, à leurs yeux, engageaient moins l'homme que le tableau. Pour le maître d'Auvers la couleur devait être "suggestive" et l'artiste n'oublie pas, en livrant son message, qu'il a été prédicateur, il a la hantise de la communication, il veut parler par la couleur à ceux qu'il n'a pas pu atteindre par la parole ; elle lui sert, comme il l'affirme, à s'"exprimer fortement". "Je ne peint pas pour moi-même, a-t-il déclaré, mais pour les générations à venir". Chez lui, le spirituel - peinture et vie mêlées - occupe la première place alors que les fauves l'ignoreront totalement ; le Moi solitaire et halluciné de Vincent débouche sur une aventure collective qui ne garde de son message que le tumulte et la fureur. L'explosion fauve transposera dans le domaine des sens le système de forces mises à nu, dans le domaine de l'esprit, au cours du pathétique dialogue de Van Gogh avec lui même et avec l'univers ; mais alors qu'il n'a cessé de se heurter à la réalité dont il éprouve douloureusement les limites, les fauves, eux, s'y précipiteront tête baissée.
Il est intéressant de noter que les fauves ont réalisé un des rêves de Vincent, qui consistait à créer un atelier du Midi. En effet, Matisse emmène Derain à Collioure pour peindre. La prédiction de Van Gogh annonçant : "Qu'une nouvelle école coloriste prendra racine dans le Midi, j'y crois", est confirmée. Les fauves iront tout comme lui chercher l'inspiration dans le sud, où il règne une luminosité éclatante. L'influence de Van Gogh est évidente lorsque l'on compare Les péniches peintes en 1904 par Derain et Les bateaux amarrés peints en 1888 par Van Gogh. Ici il y a une similitude de composition (même vue plongeante, même horizon surélevé) et de motifs. Derain crée ses péniches trois ans après l'exposition chez Bernheim-jeune qui se déroulait du 15 au 31 mars 1901, et où Derain a présenté Vlaminck à Matisse. Ce tableau montre bien que suite à l'exposition, Derain a procédé à une étude des oeuvres de Van Gogh.
Soutine affirmait n'avoir aucune sympathie particulière pour l'oeuvre de Van Gogh. Or il suffirait de songer au délire tourbillonnaire des paysages de Cagnes et de Céret pour reconnaître en Soutine la présence, fut-elle inconsciente, d'une des plus terribles virulence de son précurseur. Mais la preuve est encore mieux faite, d'une manière plus secrète et d'autant plus profonde, par l'apparence commune de ces deux natures mortes, de Van Gogh et de Soutine à une filiation spirituelle et picturale dont Rembrandt est à la fois le maître et le symbole. Le drame de la lumière et de l'ombre, l'expression plastique et l'expression humaine libérant en la matière son âme la plus obscure, voilà le tourment et le trésor communs à Rembrandt, Van Gogh et Soutine.
Lorsque l'on observe les oeuvres fauves, on retrouve les mêmes dispositions de couleurs que chez Van Gogh. Par exemple, dans la Partie de campagne de De Vlaminck, on peut voir qu'il y a la proximité du rouge et du vert. Il est tout de même difficile d'affirmer que la position et l'intensité des tons avaient la même signification que chez Vincent. En effet, les fauves voyait plus en Van Gogh l'éclatement des couleurs que l'expressionnisme. Toutefois, même si les procédés de Vincent n'ont pas toujours été exploités avec le même objectif, ceux ci auront malgré tout permis en parti aux fauves d'élaborer leur technique, ainsi que de s'identifier.




Le Cubisme

Mouvement artistique, né en 1906-1907, qui rompt avec la vision naturaliste traditionnelle en représentant le sujet fragmenté : l'artiste le décompose en des plans géométriques inscrits dans un espace tridimensionnel sans profondeur. Le tableau de Picasso les Demoiselles d'Avignon (1907) marque traditionnellement la naissance du cubisme. On y décèle l'influence de Cézanne (selon qui "il faut traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône"), de la statuaire romane espagnole et de la sculpture d'Afrique noire. Les éléments constitutifs du vocabulaire graphique cubiste sont ensuite élaborés par Picasso, Braque et Gris (à partir de 1911), dont les recherches néo-cézanniennes (1908-1909) débouchent sur ce que l'on appelle le cubisme analytique (1910-1913) : plusieurs aspects d'un même sujet géométrisé, fragmenté, s'inscrivent simultanément dans l'espace. Le cubisme synthétique (1913-1914) voit la réduction du sujet à son essence et l'on a pu parler d'une véritable esthétique conceptuelle, surtout à propos de Gris, qui, partant du cylindre, fait une bouteille. Avec Léger, Delaunay, Gleizes, Metzinger, Marcoussis, La Fresnaye, Lhote, le cubisme a proposé, jusqu'en 1930 environs, des formes généralement restées plus proches de la nature et, par conséquent, plus lisibles.
Pour Van Gogh, les peintres cubistes vont exprimer leur idées et leurs sentiments par l'appui de la couleur et des lignes. Le seul tableau de Van Gogh que l'on pourrait considérer comme un des précurseurs du cubisme serait les livres peints en 1886. Cet amas de livres en apparence désordonnés symbolise la culture littéraire de Vincent. La composition de l'oeuvre obéit à un ordre plastique subtilement coloré, et composé uniquement de droites, ce qui fait d'elle une peinture presque abstraite. Cette toile est assez étonnante par rapport à la date à laquelle elle a été crée. Il s'agit d'une des oeuvres les plus audacieuses de Van Gogh. On ne peut tout de même pas affirmer que cette peinture a directement influencé les artistes cubistes, en effet, ceux ci se tourneront plutôt vers Picasso... Mais on voit là tout le génie de Vincent, et toute son originalité. Par contre pour ce qui est du cubisme, on retrouve dans ce mouvement les mêmes utilisations des couleurs que dans l'oeuvre de Van Gogh. Prenons par exemple, la toile de Picasso intitulée La femme qui pleure. On distingue bien ici l'opposition du vert et du rouge, qui donne un sentiment de drame. Il est fort possible que cette inspiration vienne des fauves, mais il est intéressant de noter qu'il y a une signification des couleurs. De même que Van Gogh, les peintres cubistes vont exprimer leur idées et leurs sentiments par l'appui de la couleur et des lignes.



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