Le Japonisme
VAN GOGH et le modèle japonais
Lorsque Van Gogh arrive à Arles, il est ébloui par la clarté de la lumière et le rayonnement des couleurs. A toute occasion, il parle du ciel d'un bleu profond, de la terre rouge, de la richesse de la végétation. Dans la gravure sur bois japonaise, c'est surtout la vigueur de la couleur pure qui intensifie l'opposition des complémentaires. Le pont de Hiroshige , avec les rafales de pluie, n'était en somme qu'un événement fugitif dans le cadre de la nature. Van Gogh a copié avec une grande compréhension les figures qui marchent en se hâtant, la composition en diagonale, la tonalité claire du coloris. Mais cette fois encore, il donne plus d'intensité au modèle en encerclant l'image d'un liseré vert et rouge, enrichissant ainsi d'une touche personnelle le travail purement manuel du copiste (Pont sous la pluie, 1887). Il ne se contente pas de reprendre des paysages japonais pour leurs éléments plastiques, il choisit aussi des figures pour illustrer certaines méthodes de composition. Par exemple, il prend comme modèle l'Acteur de Kesai Yeisen, une estampe japonaise en couleur, pour introduire cette figure en mouvement dans un cadre de paysage qui contient encore quelques indices de profondeur de champ.
Père Tanguy de l'année 1887, l'
Autoportrait à l'oreille coupée de 1889 ne montre pas de différences essentielles, sauf si l'on tient compte, dans le second, de l'éclaircissement de la couleur et d'une facture plus large. Le mur du fond, avec ses estampes en couleur, est resté le même. Dans le détail du portrait, on voit distinctement que les traits du visage ne sont plus les seuls à témoigner du personnage ; ce serait plutôt l'inclusion de certains éléments vécus, comme des motifs décoratifs entre autres, qui sont entrés dans la formation des moyens plastiques employés. Pour Vincent, l'art japonais n'est pas seulement un moyen d'atteindre au but, c'est aussi un témoignage de sa volonté d'artiste. S'associer à cet art, se représenter à travers lui, c'est bien davantage que ne voulait dire Manet dans son Portrait de Zola de 1868. Chez Manet, les accessoires ont été placés là afin d'informer le spectateur d'une certaine façon ; de même, la disposition par couches successives, parallèles au plan du tableau, est le signe d'une décision nouvelle, inspirée par la gravure sur bois japonaise. Nous trouvons encore des éléments semblables dans le portrait du Père Tanguy, mais l'Autoportrait à l'oreille coupée ne peut être qualifié que de confession, car, du plus profond de son abattement, Vincent voit encore dans l'art japonais une ultime exhortation à vivre dans un monde de misère.
