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Psychiatrie historique et philosophique 2006-2007 : Freudisme
Séminaire du Pr Bernard Granger
8 Janvier 2007, 18h-20h.
Hôpital Tarnier, 89 rue d’Assas, Paris VIe
Jean-Luc Petit : « Psychanalyse et
neuroscience »
Plan
II. Freud
au crible des neurosciences
Conclusion
Résumé :
La controverse qui se développe actuellement au sujet du fondement scientifique et de l’efficacité thérapeutique de la psychanalyse apparaît à une analyse épistémologique dégagée du dogmatisme régnant en sciences cognitives comme beaucoup plus obscure qu’on ne le pense d’habitude. Ceci, non seulement parce que s’y affrontent les auteurs ayant contribué à deux ouvrages : un Livre noir de la psychanalyse et son Contre-livre (plus noir encore !); mais parce que les rôles tenus par les uns et les autres sont des rôles de circonstance qu’on se gardera de prendre pour ce qu’ils se donnent. Ni les psychanalystes de l’école de Jacques Lacan ne sont les défenseurs naturels du Sujet contre la Science, ni les thérapies cognitives et comportementales ne sont des applications autorisées des sciences cognitives, ni ces sciences cognitives à leur tour ne s’identifient sans problème avec les neurosciences. Et c’est prendre le public général pour plus dépourvu de sens critique que les média ne le supposent que de lui présenter comme « La Science » les aperçus prometteurs, certes, mais instables, éclatés et en mal de théorie intégrative, des disciplines rassemblées sous le titre « sciences cognitives ».
Dans l’espoir d’apporter un peu de clarté en ce débat obscur, nous ferons valoir que si Freud doit être sauvé, c’est d’abord de ceux qui se l’ont approprié et que ce sauvetage ne sera pas le fait de ceux qui s’autoproclament ses juges. Nous ne jouerons pas d’un premier Freud neurologue contre un deuxième Freud qui aurait quitté la science pour l’herméneutique des symptômes (Paul Ricœur l’a déjà fait). Ce qui nous paraît toujours vivant chez Freud, et qui ressortira mieux sur la toile de fond de son dialogue avec le philosophe Theodor Lipps, c’est précisément ce qu’incriminent en lui ses détracteurs cognitivistes, à savoir une conception résolument dynamique du psychisme irréductible à l’intellectualisation et l’abstraction de toute activité mentale comme traitement de l’information cognitive. Prenant parti pour ce dynamisme, nous n’estimons pourtant pas être engagé dans un combat d’arrière-garde contre les conceptions révolutionnaires de la nouvelle science de la cognition. Même si l’homogénéisation superficielle du discours dans la vulgarisation scientifique n’aide pas à le percevoir, la pointe avancée de la recherche expérimentale actuelle se déplace des questions de cognition individuelle « de haut niveau » comme les bases de la perception visuelle des formes, des mots ou des signes numériques vers des questions plus interpersonnelles et « de bas niveau » comme la perception des actions, des émotions, de la douleur ou des intentions d’autrui. Or, un tel déplacement d’intérêt s’accompagne de la montée en puissance d’un nouveau paradigme dont l’épistémologie tente de prendre la vraie mesure en expérimentant des idées audacieuses et déconcertantes fort éloignées du modèle de causalité élémentaire et de codage informationnel naïf qu’on a, à juste titre, appelé le modèle computationnel « turingo-laplacien ». Nous soulignerons les affinités surprenantes existant entre ce nouveau paradigme en neurosciences et les intuitions de Lipps et de Freud sur le dynamisme de l’inconscient psychique et la montée qu’ils y ont pressentie de l’énergie pulsionnelle vers l’intentionnalité du sens, telle qu’il vient à l’expression verbale, son point culminant.
Philosophe, n’entretenant pas d’illusions quant à mon influence sur le cours des recherches non plus que sur le discours dans lequel leurs résultats seront interprétés, n’émettant d’ailleurs aucune prétention à évaluer le niveau des connaissances scientifiques ni les aptitudes thérapeutiques ni les critères déontologiques des psychothérapeutes en exercice, de quelque obédience qu’ils soient, mon activité professionnelle me porte à m’intéresser aux idées des autres (avec une préférence pour celles qu’on rehausse du titre quelque fois trompeur de vérités scientifiques) pour ce que je m’imagine pouvoir y apporter quelque discernement. Quand tout paraît tellement clair à chacun que c’est pour ainsi dire « comme noir et blanc », c’est alors, justement, qu’il en faut pour apercevoir les ombres du tableau.
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