PETIT HISTORIQUE
La bière existe depuis des milliers d'années et se retrouve dans tous les pays du monde.
C'est en Mésopotamie, dans les sables de Suner, puis en Chaldée et en Assyrie que les savants ont découvert les premiers documents archéologiques sur les boissons fermentées à base de grains.
Puis la bière fut adoptée en Egypte, et y devint une boisson nationale consacrée à OSIRIS, Dieu du soleil. Les brasseurs égyptiens macéraient une mouture d'orge, additionnée de mie de pain fermentée et aromatisée par une fusion de lupin.
De l'Egypte, la bière passa en Espagne où elle prit le nom de CELIA ou de CERIA.
Rome, puis la Grèce, connurent à leur tour la bière.
Celle-ci apparut en Gaule un siècle avant Jésus-Christ. Les Gaulois l'appelèrent KORMA et les Celtes CERVOISE, nom dérivé de CERES, Déesse des moissons.
Les Chinois fabriquaient une bière de riz 5.000 ans avant notre ère.
Les peuples africains consomment, depuis la nuit des temps, des boissons fermentées à base de manioc et de mil. En débarquant aux Caraïbes, Christophe COLOMB s'étonna de la consommation d'une bière de maïs par les indigènes.
Le monopole du brassage de la bière fut accordé aux moines de CHARLEMAGNE au IXème Siècle. L'Abbaye de SAINT GALL, en Suisse, qui date de l'an 820, ne comptait pas moins de trois brasseries et une malterie. En 1070, l'abbesse SAINTE HILDEGARDE signale dans un manuscrit que l'amertume du houblon permet de conserver les bières plus longtemps. En 1268, SAINT LOUIS définit les statuts de la corporation des brasseurs.
L'usage du houblon, en tant que matière aromatique principale de la bière, ne sera imposé qu'en 1435 par un édit de JEAN SANS PEUR, Duc de bourgogne.
Au XVIème siècle, le populaire Duc de Brabant, Jean PRIMUS, dit GAMBRINUS, devint dans nos régions, le symbole de la brasserie. Mais depuis plusieurs siècles déjà, les brasseries des FLANDRES et de LORRAINE vénéraient SAINT ARNOULD comme leur patron.
Comme celui du pain, le principe de la fabrication de la bière a peu changé. Elle demeure un produit naturel.
Les découvertes de PASTEUR, en 1876, sur les ensemencements par cellules pures de levure, et l'invention des machines frigorifiques à la fin du XIXème siècle, permirent un essor considérable de ce produit dont la consommation mondiale avoisine actuellement le milliard d'hectolitres et vient juste en deuxième place des boissons élaborées, derrière le thé.
LA BIERE, UNE HISTOIRE DE BONNES FEMMES
Il y a quelques milliers d'années, alors que l'homme chassait avec un matériel peu performant, sa femme était aux fourneaux (eh oui, déjà) pour lui préparer de succulents plats.
Pour ce faire, elle laissait le grain reposer dans l'eau et portait à ébullition la mixture, quand l'heure du repas approchait. Son homme, qui rentrait généralement la queue entre les jambes, était bien content de voir une bonne "soupe maison" déjà prête.
Surtout qu'après s'être empiffré comme un goinfre, des pulsations lui montaient le long des jambes et lui remettaient "les pendules à l'heure", si je peux me permettre. La bonne femme, réjouie par le comportement de son homme, continua à faire sa bonne soupe maison : elle venait, sans le savoir, de donner naissance à la première bière ...
TRADITION RÉGIONALE
Il y a quelques dizaines d'années, le Dauphiné possédait ses Brasseries :
LA BRASSERIE DE LA FRISE
Devenue l'une des brasseries les plus importantes du Dauphiné avant la seconde guerre mondiale, la Brasserie de la Frise fut créée par Jean-Baptiste BRUN dans les années 1830, au 4 boulevard Edouard Rey à Grenoble.
Quelques années plus tard, elle quittera le centre-ville pour aller s'installer dans des locaux plus vastes et mieux adaptés à Fontaine, au-lieu dit la Frise, qui deviendra Grenoblois en 1862.
En 1883, l'établissement prend le nom de Brasserie BRUN Père et Fils. Elle comptait une vingtaine d'employés. En 1891, la famille BRUN vend son fond de commerce à un groupe d'hommes d'affaires grenoblois qui fondent la Société Anonyme des Brasseries de la Frise. Avec cet apport d'argent, la Brasserie de la Frise va prospérer et connaître une grande notoriété régionale.
La Brasserie de la Frise produira en 1903 20 000 hl de bière sur l'ensemble du bassin grenoblois.
A partir de 1920, la Brasserie de la Frise prit une ampleur régionale en fournissant toute la région de Grenoble, le Nord-Isère et la vallée du Grésivaudan jusqu'à Chambéry.
De 1926 à 1929, la production annuelle s'élevait à 30.000hl et la Brasserie comptait 70 ouvriers au plus fort de sa saison.
Malgré la concurrence des brasseurs Lyonnais et Alsaciens, la production se maintint jusqu'en 1955, année du décès prématuré de Bernard PIGEON, directeur de la Brasserie, et s'arrêta en 1957, après l'échec de pourparlers en vue du rachat de la Société par la Brasserie Jorcin de Chambéry.
C'est en 1987 que les locaux furent détruit pour laisser place à la construction du centre tertiaire d'affaires, Europole.
LA BRASSERIE DE SAINT ROBERT
Cette Brasserie située sur un lieu-dit de la commune de Saint-Egrève a longtemps été concurrente de la Brasserie de la Frise.
En 1899, après le décès de M. POULAT, l'entreprise prendra pour nom Brasserie Vve Poulat et Viallet.
En 1931, Jean VIALLET, propriétaire de la Brasserie de St Robert, fait appel à Camille MOITRY, ancien directeur de la Brasserie de l'Union à Metz.
En 1937, la Brasserie Vve Poulat et Viallet produira 20.000 hl, distribués sous les noms de bière de St-Robert et bière Edelweiss.
En 1939, Camille MOITRY, officier de réserve, est mobilisé et doit quitter son poste de directeur. La production de bière cessera en 1942, malgré des projets de fusion avec la Brasserie de la Frise.
LA BRASSERIE WINDECK FRERES, A VIENNE
La Brasserie fut construite en 1855, place de la Croix Rouge à Pont-Evêque, par les trois frères WINDECK : Philippe, Pierre et Ennemont.
En 1881, elle atteindra un bon rythme de fabrication et recevra à Paris, en 1890, deux médailles d'or pour la qualité de sa production. Ennemont WINDECK a été l'un des premiers brasseurs à expérimenter dans sa chaîne de production un appareil de pasteurisation inventé en 1893 par M. RICHARD-PACHE de Chambéry. Ceci permit la commercialisation en fûts et en bouteilles, sans problème de conservation.
En 1900, la Brasserie est mise aux enchères publiques et acquise par M. GAILLARD, brasseur. Ce dernier maintiendra la production pendant quelques années, avant de transformer ses bâtiments en entrepôts de boissons.
LA BRASSERIE DE VOIRON
La Brasserie de Voiron était déjà signalée en 1866, rue Grenette, avant d'être transférée chemin de Maubec en 1874.
En 1889, la Brasserie était dirigée par son propriétaire M. BACKESS. Ce dernier assura une production locale jusqu'en 1914. Sa bière était mousseuse en bocks et en bouteilles ; en 1903 il en fabriqua jusqu'à 5.000 hl.
LA BRASSERIE DE LA TRAPPE DE CHAMBARAND
Arrivés en 1868 sur le plateau de Chambarand, les Pères Trappistes ont commencé la fabrication de la bière en 1872.
Pour l'élaboration de leur bière, les Pères Trappistes réalisaient une fermentation haute entre 15° et 20°. Mais l'utilisation de ce procédé entraînait des problèmes de conservation ; pour remédier à ce problème, un maître brasseur bavarois fut engagé en 1885 et mit en place un procédé de basse fermentation.
Grâce aux blocs de glace qui étaient stockés en hiver, les Pères Trappistes purent garantir une bière de qualité égale en toutes saisons.
En 1904, les pères Trappistes cédèrent leur activité à M. DUMASDIER, de Roybon. L'exploitation de cette Brasserie cessa en 1922. En 1931, des religieuses remplacèrent les pères et s'orientèrent vers la fabrication du fromage.
LA BRASSERIE DU BOCAGE
Créée en 1819 à Chambéry par Jean BECH, et après une succession de directeurs, elle fût acquise par Joseph JORCIN en mai 1884.
La bière était fabriquée avec des orges de Hongrie et d'Auvergne, des houblons d'Alsace et de Bavière, et l'eau d'une source voisine. Elle était distribuée aussi sous les noms de La Ducale et Sabaudia. Les travaux d'installation des machines frigorifiques et autres modernisations en 1897 permirent de faire passer la production de 3.500 hl en 1885 à 19.400 hl en 1911, et atteint 60.000 hl en 1931.
En 1956, la Brasserie Jorcin s'unissait au groupe des bières de Champigneulles. L'exploitation s'arrêta en 1970.
LA BRASSERIE REGIONALE DE BOURG-EN-BRESSE
Cette Brasserie est certainement l'une des plus anciennes fabriques de notre région Rhône-Alpes. Elle fut construite en 1750 par Pierre GOUJON. De nombreux propriétaires et brasseurs se sont succédés à la tête de la Brasserie. En 1926, la Brasserie Régionale de Bourg produisit 20.000 hl et ceci jusqu'en 1947.
La bière était commercialisée sous les noms de Schild Brau et Prima dans tout l'Ain. En 1952, la fabrication de la bière fut abandonnée au bénéfice des boissons gazeuses.
Nous avons recensé et présenté quelques anciennes Brasseries du Dauphiné. Mais il en existait d'autres, plus petites, qui fabriquaient des bières de meilleures qualités et qui disparurent vers la fin du XIXème siècle.
Dans les Hautes-Alpes :
- la Brasserie Clerc et Bonnet,
- la Brasserie Viviand, à Gap.
En Isère :
- la Brasserie Michon, à Saint-Marcelin,
- la Brasserie Villaret et Siran, à La-Tour-du-Pin,
- la Brasserie Sage, à Vienne.
Remis à jour le 07 novembre 2002