Contes culinaires

 

Hortense n'était pas une chèvre comme les autres, arrière petite cabri de la chèvre de monsieur Seguin, elle ne broutait que les trèfles à quatre feuilles et bêlait à qui voulait bien l'écouter que son lait était magique. J'en faisais des fromages et, comme Hortense était une chèvre très susceptible, je feignais de la croire. A cette époque, j'étais amoureux de Julie, une fille arrivée depuis peu au village. Hélas, elle ne voyait en moi qu'un ami attentionné. Un jour de printemps, trop malheureux de son indifférence, je partais dans les prés, une bouteille de vieil hydromel dans mon sac à dos. J'avais dérobé le précieux flacon dans le grenier de mon oncle Jean Pierre. Au milieux des fleurs j'ouvrais la bouteille. A la septième gorgée, le monde vacillait autour de moi. Je devenais tout petit et des ailes me poussaient dans le dos. Sans que je comprenne comment, je me retrouvais seul dans une pièce ronde et sans plafond. Les murs étaient tendus de toile rouge. Une fille est arrivée par le haut de ce que je décidais d'identifier comme un coquelicot géant. Elle aussi avait des ailes. -"Bonjour, je m'appelle Maya. Tu en fais une drôle de tête, tu es nouveaux ici ? - Hein ? Heu ? oui, enfin je crois. - Toi, mon ami, je sais ce qu'il te faut..." Sans me laisser le temps de lui répondre, elle se jetait sur moi et m'enlaçait amoureusement. Nous étions vêtus de pyjamas jaunes à rayures noires mais ils étaient très sexy et je ne me rappelle pas que nous en ayons été gênés dans nos ébats amoureux. Nous fîmes l'amour jusque tard dans l'après-midi. Maya était allongée contre moi, elle avait du pollen sur les antennes, je caressais sa joue en contemplant le soleil qui se couchait derrière les grands pétales écarlates. -"Tu sais Maya, je ne veux pas rester ici. J'aime Julie et, même si elle ne m'aime pas, je veux appartenir à son monde, toucher les mêmes pierres qu'elle et nager dans le lac derrière sa maison. - C'est drôle, tu n'es une abeille que depuis quelques heures et tu es déjà si fleur bleue. Avant que tu ne partes, je vais te faire un cadeau." Elle me glissait un bout de pétale dans la main et s'allongeait sur moi pour une dernière étreinte. Elle avait un goût de miel. Le plaisir était tel que le monde me semblait vaciller à nouveau autour de moi. Je me retrouvais seul, assis dans l'herbe. J'avais dû rêver. Pourtant j'avais toujours dans la main le cadeau de Maya. C'était une lettre. D'une écriture pattes de mouches une recette de cuisine y était inscrite accompagnée de quelques mots :

"Mon ami, nous les abeilles ne vivons pas longtemps et quand tu liras cette lettre, je serais déjà vieille, peut être morte. Mais je suis bien contente de t'avoir eu pour amant. Voici la recette qui te fera aimer de ta Julie. Gardes en le secret car c'est un filtre d'amour très puissant."

Ingrédients : - Deux petits Fromages de chèvre faits avec le lait d'Hortense, - deux grandes tranches de pain, - un peu d'huile d'olives, - un lit de cresson, - du miel de ma ruche,

Huiler légèrement les tranches de pain. Y déposer les petits fromages magiques et les napper d'une belle noisette de miel. Mettre le tout au grill quelques minutes. Lorsque les fromages commencent à fondre, les sortir du four et les déposer sur le lit de cresson. Bien sûr, servir chaud à celle dont tu veux gagner l'amour accompagné d'un vin blanc sucré ou d'hydromel.

 

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Guillaume Lagaillarde
Le 31 aôut 1997

E-mail : lagaillarde@mail.chez.com

 

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