Adam de la Halle :

Dame, vos hom vous estrine...

 

(I) Dame, vos hom vous estrine
D'une nouvele canchon
Or verrai a vostre don
Se courtoisie i est fine
4
Je vous aim sans traïson

A tort m'en portés cuerine
Car con plus avés fuison
De biauté sans mesprison
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Plus fort cuers s'i enrachine

(II) Tel fait doit une roïne
Pardonner a un garchon
Qu'en cuer n'a point de raison
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Ou Amours met se saisine
Ja si tost n'ameroit on
Une caitive meschine

Maigre et de male boichon 16
C'une de clere fachon
Blanche riant et rosine

(III) En vous ai mis de ravine
Cuer et cors vie et renon
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Coi que soit de guerredon
Je n'ai mais qui pour moi fine
Tout ai mis en abandon
Et s'estes aillours encline
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Car je truis samblant felon

Et oevre de Guennelon
Autres got dont j'ai famine

(IV) Hé las j'ai a bonne estrine 28
Le cunquiiet dou baston
Quant je vous di a bandon

De mon cuer tout le couvine
Pour venir a garison
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Vo bouche a dire ne fine
Que ja n'arai se mal non
Et que tout perc mon sermon

Bien sanlés estre devine 36

(V) Vous faites capel d'espine
S'ostés le vermeil bouton
Qui mieus vaut esgardés mon
Comme chieus qui l'or afine
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Laist l'ort et retient le bon
Je ne.l di pas pour haïne
Ne pour nule soupechon
Mais gaitiés vous dou sourgon
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Que vous n'i quaés souvine

(VI) Jalousie est me voisine
Par coi en vostre occoison
Me fait dire desraison
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Si m'en donnés decepline

Dame, votre vassal vous fait cadeau
D'une nouvelle chanson
Au don que vous m'accorderez, je verrai
S'il s'y trouve parfaite courtoisie
Je vous aime sans traîtrise
Vous m'en portez à tort du ressentiment
Car plus surabonde
Votre beauté sans tache
Plus un cœur s'y enracine

Une reine doit pardonner
Un tel comportement à un pauvre garçon
Car il n'y a pas de raison en un cœur
Où Amour a placé sa mainmise
On n'aimerait pas aussi vite
Une pauvre gamine
Maigre et de mauvais aloi
Qu'une belle au clair visage
Souriante, au teint blanc et rosé

Avec fougue j'ai mis en vous
Mon cœur et mon corps, ma vie et mon renom,
Quelle que soit ma récompense
Je n'ai rien de plus à vous offrir
Je vous ai tout abandonné
Et pourtant vous vous tournez ailleurs
Et je découvre en vous une attitude perfide
Une œuvre digne de Ganelon
Un autre goûte ce dont j'ai faim

Hélas! je reçois en cadeau
La pointe souillée de boue du bâton
Quand je vous dis librement
Tout l'état de mon cœur
Pour parvenir à la guérison
Votre bouche ne cesse de dire
Que je ne connaîtrai jamais que le chagrin
Et que je perds tout mon discours
Vous ressemblez bien à une devineresse

Vous faites une couronne d'épines
Mais vous en ôtez les boutons vermeils
Qui en font la valeur, croyez-moi,
Comme celui qui affine l'or
En ôte les impuretés et retient le bon
Je ne le dis par haine
Ni par aucun soupçon
Mais gardez-vous du surgeon
De peur d'y tomber à la renverse.

Jalousie est ma voisine
En ce qui vous concerne,
Elle me fait dire des sottises
Vous m'en donnez la discipline

La ponctuation moderne n'existant pas au XIII° siècle, nous avons jugé bon de laisser le texte ainsi, ce qui permet à notre avis d'être plus à même d'appréhender son sens. Cf. " Point de détail ".


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