Le problème de la ponctuation :
Les éditeurs modernes ponctuent généralement les
textes médiévaux, qui à l'origine ne contiennent pas
de marques spécifiques pour désigner les pauses,
intonations, etc. Naturellement, la ponctuation ajoutée
aide à la lecture et donc à la compréhension du texte.
Tout en s'attachant à être cohérente, ne peut-elle pas
néanmoins trahir parfois le texte, dans son mouvement
logique et dans son découpage initial ? Voici un exemple
tiré de l'édition du Livre de Poche, "Lettres
gothiques", Chansons des trouvères
:
Coi que soit de guerredon;
Je n'ai mais qui pour moi fine.
Tout ai mis en abandon,
Et s'estes aillours encline;
Voici une ponctuation possible, autre :
Coi que soit de guerredon,
(ou encore : Coi que soit de
guerredon.)
Je n'ai mais qui pour moi fine :
Tout est mis en abandon.
F. Gégou (Cf. biblio.), par exemple, choisit de ne
mettre aucune ponctuation à la fin du vers 21 (Coi
que soit de guerredon).
En somme, la ponctuation doit être comprise comme
arbitraire et le lecteur ne doit pas lui assujettir le
texte et en faire ainsi un élément réducteur, mais l'utiliser
comme une aide d'abord, afin de mieux pouvoir l'apprécier
ensuite. Le sens du texte ou la volonté de l'auteur ne
peuvent aujourd'hui être captés dans leur totalité, et
il faut bien se soumettre à ce fait !
* Notre texte est tiré de l'édition de Rosenberg (Le Livre de Poche, "Lettres Gothiques", Chansons des trouvères). Nous trouvons, ailleurs : Laist l'or et retient le plonc.
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