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De l'ingérence à la neutralité ou la fragile limite des concensus
Il m'arrive parfois de faire des rencontres pour le moins impromptus dans le train.
C'est ainsi qu'un soir, rentrant à Genève, j'ai fait la connaissance d'une charmante Américaine d'une vingtaine d'année, le visage angélique, les yeux d'une clarté à faire pâlir tous les océans de la terre et un sourire à vous irradier le cœur.
Bref, j'ai appris qu'elle suivait une école de langue à Genève et nous avons échangé nos adresses dans l'espoir de nous revoir.
J'ai eu avec elle dès le départ un très bon feeling et, lors des rencontres qui ont suivies, une très grande complicité s'est immédiatement installée. Nos conversations étaient légères et toujours sur le ton de la badinerie. C'est donc tout naturellement que, lorsqu'elle m'a demandé la profession de mes parents, je lui ai répondu :
Elle a rigolé, et m'a répondu :
Rigolant en moi-même, je l'ai regardé avec un air de reproche, et cynique, je lui ai aussitôt lancé :
Ses yeux se sont assombris, ses sourcils se sont froncés, et d'un air inquiet, elle m'a demandé :
Je lui ai répondu hésitant :
A suivi alors toute une discussion assez animée et plutôt inattendue. Elle venait d'une famille religieuse et assez conservatrice des Etats-Unis, prônant une certaine morale et, j'aurais du m'en douter, votant de génération en génération Républicain.
Je n'aurais pas du glisser sur cette discussion avec elle. Mais au final j'en ai tout de même tiré une très bonne leçon
Pour tout dire, je suis tellement habitué à rencontrer des gens qui sont plus ou moins du même bord politique que moi ou du moins ayant le même mode pensée, que je me suis retrouvé déstabilisé face à une personne dont les valeurs étaient aux antipodes des miennes.
De plus, et ça je dois bien le reconnaître, elle m'a exposé des faits et des théories qui m'ont démontré toutes les défaillances du parti Démocrate durant toute la durée de leur mandat. Elle m'a surtout démontré que le libéral-socialisme prôné par Bill Clinton était bien loin d'être un palliatif satisfaisant à ce que je supposais être la politique égoïste et stupide des Républicains.
Et, sans que j'adhère totalement à ces idées, j'ai bien dû reconnaître qu'elle n'avait pas tout à fait tort sur certains points.
Je me suis rendu compte alors que je ne connaissais pas du tout la politique des Etats-Unis, et qu'elle, en tant que résidente du pays, avait une vue d'ensemble plus juste de ce qui s'y passe réellement.
Comment pouvais-je alors me permettre de juger des choix politiques américains ? De quel droit pouvais-je donner mon opinion sur les dernières présidentielles aux USA ??? Et surtout étais-je à même, sur la terrasse de ce Café à Genève d'imaginer pouvoir régler les problèmes du monde avec juste ma pensée sectaire de gauchiste, convaincu d'être plus tolérant que les autres ???
En même temps, et c'était paradoxal, je me souvenais de Schlüssel en Autriche, de Berlusconi en Italie… je me suis souvenu des essaies nucléaires de Chirac dans l'atoll du pacifique, de l'ingérence des Américains dans l'affaire des fonds en déshérence, de la guerre en Irak et ailleurs : Cuba, Viet-Nam… les différentes purifications éthniques etc., et je m'interdisais de penser que fort d'une conviction qui m'était propre, je devais me taire juste pour ne pas blesser mon interlocuteur.
Voilà toute la limite consensuelle et dérisoire entre l'ingérence et la neutralité.
Maintenant, sur le mode des trois principes fondamentaux de la Révolution Française, si nous définissons schématiquement, la droite comme le pendant politique de la Liberté individuelle et la gauche, comme celui de l'Egalité entre les individus, nous constatons très vite que ces concepts sont finalement bien trop abstraits.
L'événement m'a tout simplement rappelé que la politique au fil des siècles est devenue si complexe, qu'elle en a perdu sa part d'humanité, et je me suis dit que ce n'était pas pour rien que le troisième et dernier principe de la Révolution s'est appelé Fraternité.
L'important est d'être à l'écoute de l'autre, de respecter ses convictions et ses idéaux.
Aujourd'hui, Christen est retournée aux Etats-Unis. Elle y a retrouvé sa petite vie dans le Connecticut, ses parents, son frère et son petit chat. Elle m'a écrit quelques messages… nous avons gardé de bons contacts, malgré nos divergences politiques. Car finalement, les divergences d'opinion ne devraient jamais venir noircir les relations entre les humains : ce sont des choses dérisoires qui n'ont aucune valeur profonde dans la vie d'un homme.
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Pierrot - 08.2001