|
Intro | Interviews | Textes | Chroniques | Liens | Contacts |
Pensées personnelles
Ma vision du mariage dans cette société conservatrice
Nous sommes au mois d’avril 2001. Au mois d’octobre, je vais me marier avec la femme que j’aime. J’ai des questions, peu de réponse. Des appréhensions. Beaucoup de joie également. Etrange. Je ne suis pas catholique, même pas croyant du tout en fait. Notre mariage ne se fera donc pas à l’église, mais il faut bien avouer que l’acte même du mariage conserve une certaine valeur dans notre société ‘catholico-bien-pensante’. Alors pourquoi faire le grand pas ?
Plein de choses me retiennent en fait : la bienséance de l’acte en lui-même, l’inscription étatique d’un changement d’ordre ou tout simplement le rituel, même sans l’église, entourant ce passage à l’acte. Tout d’abord, on veut nous faire croire que la vie de chenapan s’arrête au profit d’un statut de brave pantouflard une fois la bague passée au doigt. Je n’y crois pas. En plus, il faut bien avouer que le mariage en lui-même nécessite maintes organisations et une fête est un passage obligé. Nous allons organiser une petite fête de famille, sans plus. Les espérances des uns sont souvent les désespoirs des autres.
Certes, ces arguments soit-disant négatifs ne sont rien en comparaison d’un mariage de grande envergure, avec limousine devant l’église, curé sobre et rasé de près, buffet pour un régiment de ventripotants et orchestre de beaufs à la petite semaine. Mais tout de même, ce petit côté organisationnel et conventionnel me dérange un petit peu. Ok, si je voulais renoncer à tout ceci, je ferais un mariage à la "Las Vegas", torché en deux minutes. De ce fait, je vais parler de ma motivation à passer le cap et les attentes que j’en éprouve.
Les arguments pour. Ceux-là, je ne peux pas lutter contre. Tout d’abord je crois que le fait d’accepter de vivre avec quelqu’un, même si on ne sait pas comment va évoluer la vie, représente un acte fort. Le symbole de l’alliance est une des meilleures preuves d’amour qu’on puisse donner. Certains pensent que ce n’est qu’un bout de métal, c’est bien clair, mais avec une signification particulière. Un peu comme si on passait du stade de l’éternel glandouilleur au brave gars casé et sérieux. Drôle d’impression. En plus, il y a aussi la bonne occasion de mettre un super tailleur (c’est rare !) et une robe de mariée. Louée, car les prix sont vraiment exhorbitants. Ca fait toujours plaisir de se voir avec un look plus ‘fête officielle’ (et une belle présentation pour la famille), non ?
Il y a aussi une autre raison, rarement avouée dans le mariage : les finances et la protection du conjoint. Il faut bien avouer que dans notre société machiste et dévoué au culte du travail, l’image de la famille nombreuse est assez lourde à porter. En plus, il n’y a aucune couverture pour l’un ou l’autre conjoint, que ce soit en cas de décès, d’invalidité ou autre. La seule solution de palier à ce manque reste le mariage. Situation légèrement hypocrite dans une société en manque total de repère, mais ça c’est un autre débat. Les couples homosexuels et hétéros auront prochainement droit à un PACS. Uniquement dans le canton de Genève. C’est dommage, car l’idée est bonne et la protection entre concubin dépasse les frontières, les sexes et les mentalités. Enfin, c’est la vie.
Revenons à ma personne. Le mariage représente une preuve tangible de la passion que j’éprouve pour mon amie. Mais également le bon moyen de se prémunir de l’éventuel mauvais sort. Rien de plus, rien de moins. Maintenant, j’avoue que j’ai légèrement peur de passer ce cap. Certes, ma vie ne va pas changer, mais c’est difficile à expliquer le sentiment. Comme si les déconnades allaient s’arrêter et qu’il faudra par la suite penser aux enfants, à l’hypothèque de la maison, à la voiture en panne ou au tapis à réparer. Ok, j’exagère, mais voilà, c’est ce qui trotte dans ma tête…
Une chose est toute fois certaine, une bague au doigt me passera peut-être l’envie de faire le ‘bouffon’ ou de trop bouger à des soirées, mais ça ne pourra pas me passer la motivation d’écouter les sauvageries qui font une grande partie de ma vie ou de lire des bouquins subversifs… au grand désespoir et malheur de ma future épouse, ah ah !!!
Aaron Cometbus et les vers
[Cette nouvelle est la propriété du célèbre ‘Punk des Marécages’ Aaron Cometbus, tirée du mini-zine "En dépit de tout", lui-même traduit des divers Cometbus Zines. Si vous l’avez aimé, je ne peux que vous conseiller de rechercher ses autres écrits. Merci.]
Il était une fois un viel homme sage qui vivait en haut d’une colline. Plus bas, dans la ville, les vers fleurissaient secrètement dans les caves et dans les trous des murs. Durant des années, nous avons continué sans être remarqués et nous avons développé un réseau souterrain, très serré, très politique, avec nos propres fanzines, concerts et systèmes de soutien. Et pendant toutes ces années, l’homme sage est resté sur le sommet. Il se moquait de tous ses voisins, des reclus hippies vieillissants qui croyaient avoir gagné la guerre parce que les ‘Grateful Dead’ avaient réussi à passer à l’émission de Johnny Carson et parce que tous les dealers d’herbe étaient devenus millionnaires. Je me moquais, moi aussi. Puisque mes amis et moi étions des vers, je n’avais pas à craindre que cela ne nous arrive.
Un jour le viel homme sage descendit de sa colline et découvrit toutes les choses fantastiques que les vers avaient faites dans la ville. Oublieux du fait que cela avait mûri et s’était développé depuis des années, il déclara qu’il s’agissait d’un nouveau mouvement et entreprit de le promouvoir en tant que tel. Il y mit sa sagesse et son argent et nous y mîmes notre créativité et notre style. Bientôt le mélange atteignit une très grande exposition et nous étions tous contents. Mais vous savez ce qu’ils disent au sujet de l’exposition. Cela peut vous tuer.
Pendant quinze ans, les oiseaux nous avaient pourchassés. Ils avaient fait tout ce qu’ils pouvaient pour tuer notre culture, y compris se l’approprier et édulcorer chacun de ses aspects qu’ils pouvaient. Maintenant, ils voyaient l’exposition que nous étions en train d’avoir et, soudainement, ils arrivèrent et dirent que nous les intéressions beaucoup. Ce qu’ils voulaient dire était qu’ils nous avient volé tout ce qu’ils avaient pu et, maintenant, il n’y avait plus rien à nous voler si ce n’était nous-même. Si nous pouvions édulcorer notre musique et laisser tomber la politique, ils aimeraient bien acheter quelques vers.
Quelques vers, parmi lesquels il y avait de bons amis à moi, s’avancèrent. Qui pouvait les blâmer ? Ils avaient travaillé et lutté durement et ils voulaient une récompense. Je n’étais pas en colère. J’étais simplement désolé pour eux. Je les ai alors vu devenir le succès d'un soir. Les oiseaux dirent qu’ils étaient tout à fait comme ces autres vers d’il y a vingt ans. Ces drôles de vers qui avaient tant essayé d’atteindre la gloire et l’argent du monde des oiseaux qu’ils en avaient oublié que les vers ne peuvent vivre longtemps hors du sol et en mourirent.
Aujourd’hui, dirent les oiseaux, c’était comme une renaissance des vers. Ils sortirent de gros magazines de papier glacé et des émissions spéciales à la télé, annonçant que les dernières quinze années n’avaient jamais existé. Il n’y avait pas eu de mouvement ver underground, pas de culture ver autosuffisante, et certainement pas de politique ver.De façon assez surprenante, le vieil homme sage chantait la même chanson. Il prétendait qu’avant qu’il ne descende de sa colline pour découvrir les vers, ils avaient à peine existé pendant la décennie, sauf dans quelques enclaves violentes, faibles et débiles. Mais comment aurait-il pu s’avoir ? Il était en haut d’une colline durant toute cette décennie.
Je suis allé visiter mes anciens amis vers qui étaient devenus de grandes stars, et ils étaient malheureux. Toutes les galères, les luttes et le travail pénible avec les autres vers, pour n’aboutir à rien, leur manquaient. Ils étaient aimés dans le monde des oiseaux qu’ils détestaient et étaient haïs dans le monde des vers qu’ils aimaient.
Alors arrivèrent les serpents. Ils avaient toujours été parmi nous, se baladant à nos concerts. On les regardait d’un œil peu suspicieux mais ils étaient généralement acceptés. Ils étaient si jaloux des vers riches qui réussissaient, qu’ils s’habillèrent comme des vers et ils devinrent eux aussi riches et célèbres dans le monde des oiseaux. Les oiseaux étaient si bêtes qu’ils ne pouvaient pas reconnaître les serpents des vers. Mais les serpents étaient si intimidés qu’ils se grillaient eux-mêmes en essayant de ressembler au plus ver des vers et en montrant depuis combien de temps ils faisaient partie de le scène ver et combien de crédibilité ver ils avaient.
Par voie de conséquence, la vraie culture ver reçu plein d’exposition et d’attention non désirée. Et c’était dur pour nous, les vers, de continuer à évoluer et à développer notre culture de façon normale. Nous nous mîmes sur la défensive, creusant au plus profond de nos trous et devenant plus secrets dans nos façons de faire. Peut-être, nous disions-nous, que c’était là que nous devions être de toute façon. Très profond, où les oiseaux et les serpents ne peuvent pas nous trouver. C’est pour cela que nous sommes des vers.
Aujourd’hui, le vieil homme sage fait toujours la promotion de sa vision distordue de la sous-culture ver et il y gagne beaucoup d’argent. Je l’aime toujours pour ce qu’il est et je me souviens des trucs sympas qu’il a faits pour moi et d’autres. Mais je déteste bien des choses qu’il fait maintenant et je ne pense désormais plus qu’ils soit très sage. Le dernier coup a été quand il a commencé à écrire des articles pour les magazines de papier glacé des oiseaux. Il pense que c’est bien de raconter aux oiseaux où sont cachés les vers et ce qu’ils y font. Je ne pense pas que cela soit bien. Il semble croire qu’il n’y a plus de guerre simplement parce que ‘Green Day’ a réussi à passer à l’émission de David Letterman et que les maisons de disque vendent des millions de disques vers. Mais nous n’avons pas gagné la guerre et, en fait, nous sommes peut-être même en train de la perdre.
Remise en question : la notion des votations
(délire et illusion pour une éventuelle réalité ?)
Dès mes 18 ans j’ai toujours voté. Toujours. Partant d’un vote à gauche de la gauche (j’étais jeune et idéaliste), je me suis gentillement dirigé vers un vote centre-gauche. Grave erreur. Depuis, je vote toujours, mais de manière contre-productive. A l’inverse de la majorité pensante et des recommandations politiques. Même si c’est une idée de merde et pas dans mon optique activiste, je m’en fous. Je m’explique. Je suis devenu sceptique quand à la vraie utilité du vote et de ma voix.
Comme mes idées sont de toute façon celles qui ne passeront pas (car trop progressistes, anti-capitalistes, sociales, etc) et qu’à chaque fois je suis déçu des résultats, je me suis posé la question : "Que puis-je changer ?". Quatre solutions s’ouvraient à mes yeux :
Cruels dilemmes ! Une solution que j’ai tout de suite écarter était la troisième. Ne pas voter, à mes yeux, est l’égal du silence. Ne pas avoir droit à la parole. Tu n’es rien. Merde, j’ai des choses à dire, une opinion, un avis, une voix. Même si elle est minoritaire, déplacée ou inutile, j’y ai droit. Je suis contre le silence par les urnes.
La première solution ne me plaisait pas plus. Je suis loin d’avoir conserver mes utopies, mes rêves et mes illusions sur la bonne évolution de la planète. Non seulement je suis négatif, mais je crois passer le seuil de la misanthropie. Loin des gens, loin des emmerdements. Bien souvent. J’ai cessé de croire à cette promesse d’une amélioration soudaine. Trop de désillusions, de coups-bas ou de mensonges ont forgé mon idée sur l’avenir de l’homme. Il ne me restait plus que deux solutions.
Etant donné que je ne peux pas me permettre de devenir un activiste pur et dur (peur, crainte, conformisme ou autre ?), j’ai opté pour la solution numéro deux ! Je vote comme un connard. Oui, je fais le jeu des crétins, je soutiens les initiatives vouées à l’échec, je vote à gauche pour déstabiliser, à droite si ça emmerde. Je m’en fous. Je haïs la politique.
Ma solution est nulle, je vous l’accorde. Mais soumettez-moi vos idées et peut-être que… ? Certes, voter n’importe comment et ne rien faire à côté revient au même que voter soit comme le moustachu facho de l’appartement du dessus soit comme le vieux hippie junkie communiste de l’appartement du dessous. C’est pourquoi j’essaye de tendre vers un activisme doux. Je boycotte certains produits, je consomme avec une éthique plus propre, je préfère acheter ‘localement’, je profite au maximum des transports publics, etc. Bien sûr, je le fais pour moi et je ne prêche rien ! Surtout que je suis loin d’être parfait et que les écarts m’arrivent également. Mais je crois que si le premier pas est franchi, alors peut-être un deuxième suivra et un troisième et ainsi de suite. Comme le nouveau-né qui apprend à marcher. Par exemple, depuis quelques temps, j’évite au maximum de consommer de la viande. Je me suis fixé maximum une à deux fois par semaine. Je dois reconnaître que ça ne me pose aucun problème et dans cette voie, il est fort probable que d’ici une année ou deux je sois complètement végétarien. C’est une petite chose, mais chaque grain de sable forme le désert, non ?
Enfin, je ne pense pas que ma solution soit la meilleure, mais elle m’offre une alternative au consumérisme débile. Si vous avez de meilleures optiques, dites-le-moi ? Sur ce, enculons les politiciens, les dirigeants économiques, les patrons exploitants, les businessmen, les tyrans, les dictateurs, les profiteurs et autres cons ! Ni dieu, ni maître, à bas la calotte et vive la sociale !
PS1 : j’avais une cinquième solution, c’était faire moi-même de la politique ! Mais l’idée de me retrouver dans ce système me donne vraiment la nausée…
PS 2 : plus facile à dire qu’à faire, la révolution ?
Fuck © & ® by Latex - 07.2001