Discours du 1° janvier 1997

Du Souverain de la Loi Nikken Shonin

J'exprime mes félicitations aux fidèles du monde entier avec qui je loue cette nouvelle année, sept cent quarante-cinquième depuis la fondation de notre école. Lorsqu'on porte un regard sur les nombreuses religions de ce monde, en réfléchissant aux conditions susceptibles d'apporter le bonheur aux hommes, ce qui est essentiel, plus que toute autre chose, est de savoir si le contenu que ces religions enseignent montre la logique qui s'applique à l'intégralité de l'univers et de l'homme.

Au centre de cette logique, nous trouvons les deux lois de la cause et de l'effet. La cause et l'effet apparaissent selon leur contenu, ressortissant au bien ou au mal. Une bonne action entraîne un bon effet, alors qu'une mauvaise action produit un mauvais effet. L'effet, bon ou mauvais, se répartit dans toutes les vies en souffrance ou en bien-être. Autrement dit, l'effet issu d'une mauvaise action se révèle en tant que souffrance dans la vie de tous les jours, alors que grâce à de bonnes causes, un effet de félicité apparaît. Le principe de la causalité est commun, sans exception, à toutes les vies de ce monde.

Expliquer avec précision l'aspect de la causalité et développer le principe de l'infinité du bien et du mal, de la souffrance et du bien-être, constituent la première et plus importante condition d'une religion supérieure. Ensuite, indiquer, sur la base de cet enseignement, la pratique permettant le salut de tous les êtres, représente la deuxième condition d'une religion correcte. De plus, indiquer l'effet final, c'est-à-dire le Bouddha de l'identité de l'être ordinaire et de l'ultime, finalité de la salvation de tous les êtres et, qui plus est, en apporter la preuve réelle, représente la troisième condition.

Parmi toutes les religions du monde, seul le bouddhisme, révélé par le vénéré Shakya, répond pleinement à la première condition. En particulier, seul le Sûtra du Lotus, débarrassé de l'enseignement des moyens, enseigne de manière correcte le vaste et profond principe de la causalité universelle du monde des dharma. Pour ce qui est de la deuxième condition, seul le Sûtra du Lotus, au sein des cinq ou sept mille sûtra constituant l'enseignement de Shakyamuni, en définit les grandes lignes. Enfin, en ce qui concerne la troisième condition, celle-ci est constituée de la substantifique moelle du Sûtra du Lotus et rejoint le passé infini du Bouddha Originel. Cette condition n'est présente que dans le bouddhisme de Nichiren Daishonin, apparu pour se consacrer au salut de tous les êtres après les deux millénaires des périodes de la Rectitude et de la Semblance de la Loi. De plus, même les contenus de la première et de la deuxième condition, pour la période actuelle de la fin de la Loi, sont compris dans la troisième condition et atteignent leur point ultime dans le Nam Myoho Renge Kyo des trois grandes lois ésotériques, propagé par notre fondateur Nichiren Daishonin.

Cette grande Loi a été transmise solennellement depuis sept siècles par la Nichiren Shoshu. A présent la vaste diffusion de cet enseignement susceptible d'apporter le véritable bonheur aux hommes du monde entier, a commencé sous la forme de l'unité du clergé et des pratiquants. Fidèles du monde entier, vous avez rencontré ce Dharma correct grâce à votre lien avec le Bouddha. Ayez la conviction que grâce à la réalisation du corps et de l'esprit récitant Nam Myoho Renge Kyo sur la foi des orientations de Nichiren Daishonin, les oeuvres et vertus de l'éveil dès ce corps naîtront bien, seront bien nourries, se réaliseront bien et prospéreront bien.

Dans le Mushi mochi gosho, Nichiren Daishonin souligne l'importance de respecter du fond du coeur la Loi merveilleuse le jour de l'an, début de l'année: " Celui qui le célèbre verra ses vertus croître et sera aimé des autres, comme la lune qui se lève à l'ouest et, se dirigeant vers l'est, atteindra sa plénitude; comme le soleil qui se lève à l'est, s'embrase en se dirigeant vers l'ouest ". Je conclus mon message du nouvel an en priant, pour qu'en cette nouvelle année, vous ayez la conviction que les oeuvres et vertus de la Loi correcte sont immenses et que vous progressiez dans la pratique personnelle et l'adaptation à autrui.


Réflexions.

"Lorsqu'on porte un regard sur les nombreuses religions de ce monde, en réfléchissant aux conditions susceptibles d'apporter le bonheur aux hommes, ce qui est essentiel, plus que toute autre chose, est de savoir si le contenu que ces religions enseignent, montre la logique qui s'applique à l'intégralité de l'univers et de l'homme".

Qu’une religion un code moral ou une philosophie puissent apporter le bonheur ou autre chose s’entend, sur le principe, dans la mesure ou ceux-ci interviennent de toute façon dans la construction, par l’être, de sa représentation du monde. En effet, se situer implique nécessairement <quelque chose> vis-à-vis de quoi on se situe. Dans ce sens, il n’est pas de pensée subjective organisée sans acte de modélisation, en termes d’acceptation ou de rejet, sur des objets physiques ou mentaux supposés pré existant à la pensée individuelle. Ce, qu’il s’agisse de modèles en tant que formes, sons, odeurs, concepts,... Or, jusqu'à ce jour diverses formes de pensée ont été arbitrairement élaborées à des fins de correction des déviations supposées de la pensée usuelle.

Ordinairement, ces élaborations de pensées visent à pacifier les inter-relations humaines par le biais de codes sociaux applicables à tous, ou pour le moins au plus grand nombre. Souvent, avidité oblige puisque ce n’est qu’une extension possible du premier point, leur but est seulement d’instituer ou de maintenir une quelconque et bête autocratie séculière ou non. Quelque fois encore, l’objet <bonheur> étant subjectivement défini, tentent-elles d’élaborer les éléments sensés y mener ou le faire perdurer. Dans ce dernier cas, et en acceptant le fait qu’il est de bon augure d’y trouver, à défaut d’une identité, une nette similitude entre les moyens et le but, notons cependant que l’envergure de l’adaptation envisagée vis-à-vis de la réalité est toujours matrice de ses résultats lors de son application par l’être.

Pour cette raison, dans le texte que nous traitons le terme de "condition" (En) éclaire et définit la constance et l’importance de l'environnement objectal de la pensée momentanée. Or, cet environnement objectal de la pensée individuelle est, de fait, toujours traduit par des images d'objets, de corps, ainsi que par des concepts et sentiments. Plus précisément, les concepts intégrés par chacun vont constituer une toile de fond sur laquelle toutes les images momentanées prendront une valeur, un sens, immédiatement ressentis en tant que sentiments. Dans ce sens, les points de vue culturels, sociaux, philosophiques ou religieux apparaissent nécessairement, en tant que références et modèles, comme "conditions susceptibles d'apporter le bonheur aux hommes". Cela implique que le contenu de ces enseignements, au même titre que ce en quoi chacun peut croire en général, imprègne, guide, ouvre, réduit, obscurcit ou éveille la pensée qui les accepte. Par extension, il découle donc nécessairement de ce point que les diverses souffrances et joies des êtres proviennent de ce en quoi ils croient, et ces objets conceptuels, intégrés par chacun, engendrent forcément leur propre résonance qualitative en l’esprit, les actes et le corps du sujet les hébergeant.

Ces grandes lignes générales définies et pour en revenir à l’enseignement du bouddha, il faut noter que le terme "apporter" ne renvoie certes pas à un contenu dont l'acquisition serait en soi source d'un ineffable bonheur tombé du ciel mais à un éclaircissement permettant, par l’intégration en soi, de faire coïncider nos actes momentanés avec notre propre réalité événementielle. Dans un premier temps cela prendra la forme d’une reconstruction de plus en plus riche et adaptée du fait perceptif/réactif, en final il s’agira de l’éveil suprême à l’aspect réel des phénomènes. Pour conclure cette approche des incontournables résonances induites par le fait d’adhérer à.., on ne peut donc, semble t-il, réellement apprécier le contenu d'une doctrine qu'à l’aune des actes et de la qualité de vie obtenue par ceux qui l’enseignent ou l'appliquent. Dans ces conditions, effectivement, il est parfaitement indispensable "de savoir si le contenu que ces religions enseignent montre la logique qui s'applique à l'intégralité de l'univers et de l'homme".

En outre, soulignons qu'une telle logique, dont le cadre est ici défini :"l'univers et l'homme", se place automatiquement dans la situation d'éclairer tant la nature de l'observateur, l'homme, que celle des objets perçus, l'univers. En effet, l’enseignement de l’éveillé traite de la fusion de la sagesse avec le réel, c’est-à-dire les multiples phénomènes, puisque loin des envolées lyriques relatives à la grandeur divine du fait spirituel, la sagesse n’a comme source, comme application et comme mesure sensible que sa constante relation à l’événementiel. Or, il faut en convenir, la très grande majorité des logiques édifiées jusqu'à présent ont été élaborées, soit à partir du seuil incontournable de la perception humaine, comme si celle-ci était l’étalon parfait et objectif de la mesure du vrai, soit, et pis encore, à partir d’une « révélation » plus ou moins fumeuse, ce qui a pour néfaste effet d’éloigner la perception de ses caractéristiques subjectives pour l’amener à celles, ô combien plus vaines, de l’onirique. De notre point de vue donc, tant la logique des apparitions et disparitions phénoménales que celles, en reflet et donc inversées, des représentations en l’esprit de ces mêmes apparitions et disparitions sont là d’évidence concernées par cette "logique". De plus, selon notre école, non seulement l’univers, en tant que fait en lui-même et non simplement en tant qu’image subjective produite par l’observateur, est ultimement existant, sans origine ni fin, mais, en outre, est toujours constitué d’observateurs et d’objets perçus. En effet, tout dharma, phénomène, étant fait causal est constitué de matière et d’esprit, c’est-à-dire qu’il existe en terme de perception/réaction exprimant nécessairement un état subjectif et sensible. Or, s’il y a fait causal il y a forcément contiguïté de l’antériorité et de la postériorité et nous soutenons, en outre, que la cause et l’effet sont simultanés. Ceci pour couper court aux théories puériles, d’inspiration spiritualiste, qui s’égarent dans la recherche d’un authentique « soi-même » hors le phénoménal immédiat.

Pour être plus précis, nous citerons ce propos de Zhanran : « Aspect réel donc multiples phénomènes ; multiples phénomènes donc dix Ainsi ; dix Ainsi donc dix états ; dix états donc le principal et son support ». En bref, il est établi dans cette phrase que si l’aspect réel de la vie ne peut se trouver que dans le mouvement phénoménal, il n’est, explicitement, aucun état, de l’enfer à l’éveil suprême, qui ne puisse se trouver ailleurs que dans le principal, soit l’être percevant, et son support, ou le corps et l’environnement de celui-ci. Ceci est vrai, tant dans le sens où l’observateur et l’observé sont des états s’exprimant dans la forme, que dans le sens où les perceptions, de l’un et de l’autre, sont l’expression de l’état provisoire de chacun de ceux-ci. En outre, chacun des aspects du monde phénoménal concernant un observateur est non seulement fait sensible en terme de perception/réaction, mais condition « nécessaire » de la perception de l’observateur puisque agencé par celui-ci. Dès lors, aucun état ne se situe hors la forme, aucune forme n’est dénuée d’état, et chercher un mieux être en abandonnant le corps est typique du non-sens où conduisent les formes diverses du manque de sagesse. Le Daishonin à ce propos déclara : « C’est parce que l’on ne connaît pas la Loi merveilleuse de la simultanéité de la cause et de l’effet que se forment des doctrines entachées d’erreurs. Ne l’oubliez surtout pas. »

Dans le même axe de pensée, Shakyamuni enseigna : « Quand les agrégats ( matière, perception, image en soi, volition et conscience de l’acte) apparaissent, déclinent et meurent, ô moines, à chaque instant vous naissez, vous déclinez, vous mourez ». Il en ressort que les non dualités de la matière et de l’esprit, de l’être et de l’environnement s’expriment à travers les naissances et morts instantanées et, là, se trouve indiscutablement la merveille de la simultanéité de la cause et de l’effet. Tel est le regard porté par les éveillés sur la réalité phénoménale et de cette approche il découle d’une part que, rien n’étant acausal tout phénomène est composé d’une manière unique dans l’instant, d’autre part que, la forme/pensée étant à la fois effet et cause, le réel n’est continûment qu’un assemblage provisoire de matière, de perception, d’image en soi, de volition et de conscience de l’acte, dans un lieu objectal.

Il peut paraître trivial de souligner que le rapport aux choses et aux événements est incontournable dans le fait d'être. Cependant, pour aller plus avant il n’est, selon la citation de Nichiren, pas de non-être puisque la cause et l’effet de la forme/pensée momentanée sont simultanés. En outre, la simultanéité de la cause et de l’effet de la forme/pensée s’associant avec la non dualité de la cause et des facteurs extérieurs, il en découle l’absolue continuité du fait perceptif et des objets afférents puisque, le percept étant une construction, celui-ci ne peut ni se cristalliser d’une manière aléatoire, ni sans objets référentiels antérieurs. En conséquence, l'ignorance de l'aspect réel de soi-même et de l'environnement ne peut donc constituer la base d'une perception efficace et suffisante quant à la production du bonheur individuel et collectif.

Or, si certaines doctrines dérivant du « révélé » ne considèrent pas la sagesse comme étant l'outil unique et rare du positionnement de chacun, remplacer celle-ci par la foi en ce que l'on ne peut comprendre équivaut, la preuve en est, à l'incompréhension de soi-même et du reste. Sous cet angle, et loin de la notion de miracle dont l'acausalité seule justifie la non-production de sagesse en l'être, l'apparition en soi, grâce à cette "condition", d'une perception plus réaliste du monde objectal nous semble effectivement permettre la production d'une plus grande liberté et, par conséquent, d'un bonheur plus stable puisque engendré à chaque instant.

De fait, on ne peut trouver de réel bonheur et d'absolue liberté autre part que dans l'acte momentané, et celui-ci n'est, très certainement, jamais dépendant des circonstances. Ou, si l'on préfère, considérer l'acte comme dépendant des circonstances équivaut à s'emprisonner dans l'effrayante infinité poisseuse des justificatifs de toutes sortes, alors que produire des valeurs quelles que soient les conditions est bonheur/liberté. Dans ce sens, cette "logique" doit forcement éclairer la nature des apparitions et disparitions phénoménales ainsi qu’expliciter leur raison d’être. Elle doit également permettre à l’individu de percevoir, en lui, l’origine de sa production perceptive particulière, la nature de cette volonté consciente/inconsciente d’élaborer d’une manière unique l’agencement phénoménal de son existence et, par là même, lui donner les moyens de se dégager d’obscures et trompeuses formules telles que le hasard, le destin, la chance et la malchance.

"Au centre de cette logique, nous trouvons les deux lois de la cause et de l'effet. La cause et l'effet apparaissent selon leur contenu, ressortissant au bien ou au mal. Une bonne action entraîne un bon effet, alors qu'une mauvaise action produit un mauvais effet".

La phrase "Au centre de cette logique, nous trouvons les deux lois de la cause et de l'effet" cerne parfaitement le squelette incontournable de toutes les élaborations de la pensée humaine. Il n'est, chacun peut le constater, pas de logique à propension "explicative" sans interprétation particulière des causes et des effets des choses de ce monde. Toutes les doctrines philosophiques, morales ou religieuses "vendent", c’est le mot, un effet certain pour tel ou tel type de cause, à défaut d’élucider clairement l’événementiel présent. En outre, plus généralement, il n'est pas d'acte, issu forcément du sentiment subjectif du vrai, qui ne s'appuie sur une logique plus ou moins claire de la relation de cause à effet. Or, si diverses notions de cause et d'effet charpentent les regards portés sur les origines et les fins de l'observable, il va de soi que les résonances en découlant ne peuvent s'estimer que dans l'adaptation, ou la non adaptation, de chacun à la réalité sensible des êtres et des choses.

Cependant, notons que la lecture humaine et usuelle des causes et des effets s'effectuant dans un cadre temporel et spatial, celle-ci s'enlise elle-même dans l'incompréhension des phénomènes puisque la cause et l'effet deviennent, là, arbitrairement séparés l'une de l'autre par le temps et par l'espace. En conséquence, il découle naturellement de cette projection que rien ne peut être perçu en tant que tel, et donc à plus forte raison explicable, rien n'est non plus prévisible du fait de ce cadre déformant issu des lectures anthropocentriques sous-tendant les diverses cultures, philosophies et religions.

Pour ce qui nous concerne, nous tenons pour vrai que la cause et l’effet sont simultanés, et ce concept implique de s’attarder un instant sur le fait que seule la production (effet) dans l’instant est apparition (cause) d’une réalité. Dans notre logique, effectivement, il nous semble irréaliste de ne pas considérer l’efficience momentanée, ou production, en tant qu’effet du passé sans origine, et cette même efficience en tant que cause du futur sans fin. Or, si la sagesse résultant de l’éveil éclaire la simultanéité de la cause et de l’effet, elle traite également, nous venons de l’évoquer, de la non dualité de la cause inhérente et des facteurs. La cause est ce qui, immédiatement antérieure au fait perceptif, agence en permanence la production événementielle momentanée et la Une pensée simultanée à cette production. Dès lors, s’il est patent que l’événementiel momentané et la Une pensée en reflet d’un sujet sont bel et bien sa production, son karma, il n’est pas moins vrai que la conscience immédiate, elle, est, sur le principe, totalement libre. Libre et remodelant continûment la cause inhérente produisant à nouveau l’événementiel puisque la cause et l’effet, simultanés, ne sont en fait qu’une seule et même inconcevable et permanente chose. En d’autres termes, chercher l’origine de la causalité dans le phénoménal et, par là même, situer celle-ci dans le passé, est, à nos yeux, une absurdité ayant pour effet de recouvrir la production momentanée, seule à produire la réalité individuelle puisque continûment auto engendrée par toute forme.

Ce principe de réalité est difficilement contournable et, si l’on creuse plus avant, les multiples choix personnels axés sur un vrai relatif sont, là, bien évidemment concernés dans le sens où n’apparaît pour chacun que ce qu’il engendre. Dans un même axe de pensée, l’actuel Souverain de la Loi a très clairement expliqué : "Votre aspect présent est un effet, une rétribution révélée sous la forme de votre aspect. C’est parallèlement la cause qui modèle votre aspect futur. Pour celui qui pense être déshérité, cette situation est l’apparition de la rétribution du passé. Or, sa réaction à cette situation provoquera la rétribution dans le futur". Il ressort de cette citation que, si le présent peut s’expliquer <mécaniquement> par le poids du passé, ce constat implique l’évidence d’un futur <identique> qui ne saurait manquer de se produire en résonance. Ce qui, de fait, ne se peut, puisque la notion même d’identité de quoi que ce soit, dans le temps quant à lui-même ou vis-à-vis d’autre chose, est parfaitement subjective et onirique et n’a, pour fonction, que celle de recouvrir, à tort, l’événementiel mouvant d’un illusoire sentiment d’identité ou de fixité. Dans ces conditions il apparaît que seule la forme/pensée momentanée individuelle est matrice d’un temps et d’un espace qui, eux, sont d’évidence subjectifs. Le réel ne s’exprime donc que par la production dans l’instant.

Ce point établi, il est paradoxalement aisé de constater que le décalage entre le choix de la croyance et la manière de vivre la réalité quotidienne par chacun est tellement peu régulé par une recherche de sagesse et de liberté qu'il n'est bizarrement même pas question, pour le plus grand nombre, de relier le contenu de sa croyance à sa qualité de vie. Or, de même que pour l'apprentissage le plus banal, à quoi pourrait donc servir de produire ou de se rattacher à une façon de penser et d’agir si ce n'est pour acquérir aisance, satisfaction et plénitude vis-à-vis des phénomènes concernés?

Cela étant, considérons maintenant la qualité sensible inhérente à l'existence : "La cause et l'effet apparaissent selon leur contenu, ressortissant au bien ou au mal".

Deux lectures nous semblent là envisageables.

La première, extérieure, consiste à considérer le phénomène se produisant, en tant que cause ou en tant qu'effet, comme chargé d'un contenu identifié par les termes subjectifs de bien ou de mal. Dans leur quotidien les êtres ressentent effectivement, selon leur position particulière vis-à-vis d'un phénomène, un sentiment subjectif de plus ou de moins, de gain ou de perte, d’anxiété ou de tranquillité, de joie ou de souffrance. Cette première lecture, inhérente à la causalité linéaire, induit des sentiments divers et opposés tels: la chance ou la malchance, le hasard ou le destin, la pureté ou l'impureté, la liberté ou la contrainte, le vouloir et l'impossibilité. Tel est, pour l’humain, le cadre ordinaire de ses plaintes et errances de toutes sortes.

La seconde lecture, intérieure, envisage la simultanéité de la cause et de l'effet comme étant l'incontournable armature double du phénomène et de l'observateur. Dans cette approche, le "contenu ressortissant au bien ou au mal" ouvre davantage sur la qualité de l'acte momentané de perception ainsi que sur la qualité intrinsèque au phénomène observé, eux-mêmes à la fois cause et à la fois effet, que sur une pseudo qualité inhérente à la relation entre l'observateur et le phénomène. Pour exemple, il est illusoire de penser que l’on souffre à cause de...quelque chose, on ne souffre que des images par nous projetées et celles-ci ont pour effet de masquer la réalité même de l’événement. Dans le cadre de cette logique Nichiren Daishonin explique effectivement: "L'insensé reçoit lourdement les fautes légères du passé alors que le sage reçoit légèrement les fautes lourdes du passé". Dès lors, le terme de "contenu nomme la sagesse ou l’ignorance résidant dans l'acte momentané de perception/réaction et non une charge "lourde ou légère" provenant du passé, puisque les événements sont, non pas neutres car exprimant un état, une qualité, mais assurément décryptables, utilisables et modifiables puisque causaux.

En somme, seule la sagesse dans l'instant définit le poids ou la légèreté de l'infinité du passé, et tant les notions diverses d'accumulation de fautes ou d'oeuvres de bien, que celles relatives aux capacités ou incapacités relèvent uniquement de l'attachement, dans l’instant, à des virtualités rendues par là même abusivement existantes. Du reste, il semble patent que la propension à laisser envahir notre esprit par des images positives/négatives du rêve du passé ou du futur a pour seule efficace de rêver le présent. Or, il se trouve que celui-ci est le seul lieu de l’existence. En d’autres termes, seule la modification immédiate de sa représentation des choses dans le sens d’une plus grande sagesse perceptive correspond à rendre léger ce qui aurait pu être lourd.

C'est, du reste, l'objet de la phrase suivante : "Une bonne action entraîne un bon effet, alors qu'une mauvaise action produit un mauvais effet".

L'acte momentané qui ne serait pas un effet ne peut se concevoir et, de même, l'acte qui ne serait pas une cause ne le peut non plus. Or, toute perception/réaction est à la fois effet et cause, donc acte, et il serait vain de chercher une situation de non-acte pour quoi que ce soit dans les trois phases du passé, du présent et du futur. Dans ce contexte, l’effet étant simultanément cause, et celle-ci étant simultanément effet, le maintient de l’ignorance tout de suite est nécessairement l’ignorance toujours, puisque la continuité de l’existence n’est évidemment constituée que d’un unique et permanent <maintenant>. Il n’est, dès lors, même plus nécessaire de préciser que la volonté, consciente/inconsciente, de vivre telle ou telle réalité produit nécessairement l’apparition, ou le manque, des objets indispensables au maintien de l’état, et ce, sans que jamais l’acte de bien ou de mal soit l’apanage intrinsèque et exclusif d’un quelconque protagoniste. Le bien et le mal ne sont, de fait, que la qualité sous tendant l’acte momentané de perception/réaction, et non la valeur qualitative attribuée à la relation générée par l’acte, de l’extérieur, par l’un ou l’autre des observateurs/acteurs.

Pour ces raisons Nikken Shonin indique: "L'effet, bon ou mauvais, se répartit dans toutes les vies en souffrance ou en bien-être. Autrement dit, l'effet issu d'une mauvaise action se révèle en tant que souffrance dans la vie de tous les jours, alors que grâce à de bonnes causes, un effet de félicité apparaît."

L'effet, en l’occurrence l'acte, qui "se répartit dans toutes les vies", est simultanément cause pour l’excellente raison que l'acte, ou efficience momentanée, est d’évidence à la fois cause et à la fois effet. Or, "toutes les vies" implique nécessairement les trois phases du passé, du présent et du futur puisque Nichiren Daishonin indique: "Il ne peut y avoir de distinction entre les trois phases". En conséquence, selon notre approche, les termes "toutes les vies" et "la vie de tous les jours" apparaissent donc être une seule et même chose dans la mesure où la pensée momentanée est le seul et unique axe des trois phases du temps. Nous lisons effectivement dans le Tiantai : " Est vérité relative ou vulgaire tout ce qui relève de la causalité et de la production conditionnée... Concernant la vérité suprême, il s’agit de la résidence identique de tous les phénomènes dans une seule opération de pensée".

Quant à l’expression "se répartit dans toutes les vies", elle nomme ,de fait, l’attachement à certains types d’entraves puisque, nous ne l’ignorons pas, rien dans notre monde ne possède la caractéristique de durer en soi et seul se perpétue ce qui est reproduit dans l’instant. Autrement dit, seul l’attachement perdure au sein des trois phases puisqu’il est acte répété, et la souffrance individuelle apparaît n’être alors que le fruit d’une "économie" singulière et, à la longue, probablement lassante.

A propos de "grâce à de bonnes causes, un effet de félicité apparaît" nous rappelons que Nichiren Daishonin enseigne : "Il n'y a pas de plus grand bonheur, pour les êtres humains, que de réciter Nam Myoho Renge Kyo...Vous connaîtrez alors la joie illimitée que procure la Loi". De fait, puisque du point de vue de l'éveil "Nam Myoho Renge Kyo est la Une pensée des trois phases", les joies et les peines de la vie de tous les jours apparaissent être les conditions nécessaires, suffisantes et merveilleusement incontournables autorisant pour chacun l'obtention immédiate de l'éveil en ce corps. Elles seules nous permettent de mesurer notre réalité et de percevoir que, si l’on stoppe le flux d’images nous caractérisant, à notre insu, à tort et à notre détriment, au profit de Myoho Renge Kyo, nous sommes susceptibles, immédiatement, de ressentir la joie illimitée que procure la Loi. En outre, il est, là, évident que cette joie non conditionnelle éclaire alors un « vouloir s’attacher à... » certaines contraintes forcément répétitives, permettant ainsi l’éveil à celui-ci. Pour cette raison, dans le bouddhisme, réciter Nam Myoho Renge Kyo au sein du gain ou de la perte, de l'inquiétude ou de la joie est élever l’acte de réaction ordinaire au rang du suprême.

Dans cette même optique, concernant le bien et le mal ressentis ou engendrés, Nittatsu Shonin a lapidairement indiqué: "Le bien est produire des oeuvres et vertus pour soi et pour autrui maintenant et dans le futur. Le mal, ou le bien relatif, est ce qui n'est pas cela". En d’autres termes, dépasser l’image en son esprit du stimuli, quel qu’il soit, et s’éveiller, par la production du bouddha en soi, à la nature réelle du phénomène en question est le bien. D’autre part, attendu qu’il ne peut être d’acte parfaitement adapté à son objet dans la méconnaissance de ce dernier, la fusion de la conscience et de l’aspect réel des phénomènes constitue l’acte par excellence puisque la conscience est forcément acte et inversement.

Il découle de cette logique que si l’acte momentané, seul, est de l’ordre du réel, on ne peut, baignant dans la superficialité, laisser indéfiniment notre réalité s’accomplir "mécaniquement" sans se dire à un moment que, de fait, la production de valeur dans l’instant est production d’un instant de valeur et qu’il n’est point de réalité personnelle ailleurs, un autre jour, quand les conditions seront enfin merveilleusement propices. Identiquement, Nichiren enseigne : "Les biens deviennent bouddha quand ils s’accumulent". Or, distinguer l’accumulation de la production est illusoire puisque l’acte momentané de perception et de réaction, ou la sagesse, est nécessairement l’expression de l’accumulation de « quelque chose », et qu’on ne peut jamais dissocier la substance de ses fonctions ni les fonctions de la substance. En d’autres termes, l’efficience momentanée est toujours l’expression de la substance, et pour cette raison la production des fonctions de l’éveil est immédiatement l’apparition en soi de la substance de l’éveil. Dans son Enseignement Oral, Nichiren enseigne effectivement : "On peut considérer le pratiquant comme provisoirement à l’intérieur de l’entité, on peut considérer le non pratiquant comme provisoirement à l’extérieur de l’entité".

"Le principe de la causalité est commun, sans exception, à toutes les vies de ce monde"

Bien que d’une grande évidence ce constat de conditionalité implique des conséquences qui, semble t-il, n’éclatent pas aux yeux de tout un chacun :

1- absolue égalité de principe des multiples phénomènes,

2- non constance à l’identique d’un objet où d’un être en tant que <lui-même> dans le temps,

3- non identité de ceci et de cela,

4- vaine étroitesse du jugement définitif de <valeur> opéré sur quoi que ce soit : aspect, couleur, race, sexe, intelligence, capacité, notoriété, acquis, ...

5- vacuité patente de toute forme du fait même de la conditionalité,

6- absolue pérennité de la forme traduisant l’entité même des dix états dans la médianité.

Réalité qui, lorsqu’elle est partagée, engendre une infinie bienveillance envers toutes les formes, et telle est bien la lecture sensible que n’ont pas manqué d’imager les multiples commentateurs des actes du bouddha.

D’autre part, cette phrase ouvre sur le constat suivant enseigné par le Daishonin dans son Enseignement Oral: "A l'origine sont les dix états". Ordinairement, l’apparition et la disparition des phénomènes s’inscrivent nécessairement dans le cadre de la production conditionnée. En effet, rien ne semble pouvoir apparaître ou disparaître sans le concours de causes multiples, et ceci concerne tant le phénomène perçu par l’observateur que le sentiment intérieur de l’observateur lui-même. Or, si tout dharma est nécessairement fait sensible, perceptif et réactif dans la simultanéité de la cause et de l'effet, seul l’état vécu par la forme induit, pour chacune d’elle, un sentiment subjectif de durée et d’espace et génère, par conséquent, un choix mnémonique singulier éludant l’infinité des autres «possibles ». Donc, "A l’origine sont les dix états", implique qu’il est parfaitement déplacé de chercher une quelconque origine de quoi que ce soit dans le cadre étroit de notre lecture du temps, puisqu’on ne voit que ce que l’on croit dans l’instant.

En d’autres termes, si l’on considère avec attention cette phrase du Souverain de la Loi, il en ressort que tant la qualité de vie intérieure, que les images en soi découlant de la perception des phénomènes, ne sont que l’expression subjective de la causalité personnelle et inhérente à chaque forme. En conséquence, tout dharma produit dans l’instant un temps, un espace et une perception qualitative de ce qui lui semble être le réel uniquement en fonction d’un "vouloir voir" causal, et dont « l’origine » est nécessairement antérieure, ou plus exactement source immédiate du percept lui-même. Dans ce sens, la causalité linéaire fondée sur les trois phases du temps, issue du bouddhisme provisoire, n’est que l’expression de la bienveillante volonté d’adaptation à l’humain par l’Ainsi venu.

Après cette approche succincte de la causalité des multiples phénomènes constituant notre monde observable, envisageons à présent les trois grandes conditions permettant l'appréciation des diverses doctrines, telles que les définit l'actuel Souverain de la Loi.

1- "Expliquer avec précision l'aspect de la causalité et développer le principe de l'infinité du bien et du mal, de la souffrance et du bien-être, constituent la première et plus importante condition d'une religion supérieure".

"Expliquer avec précision l'aspect de la causalité" constitue le premier volet de la première condition et pose, de fait, un problème pour les divers systèmes de pensée. Il apparaît en effet que tous, sans exception, démissionnent devant l'inconcevable régression à l'infini des causes et effets multiples. Il y a, tout le monde est d’accord sur ce point, toujours des effets à des causes et des causes à des effets dans le cadre d’observation des phénomènes généré par l’humain. Cependant, certains, voire le plus grand nombre, ne trouvèrent pour issue "logique" que l'étrange et onirique concept de "quelque chose" hors l’événementiel et, paradoxalement, le produisant. Cette logique velléitaire de fuyard rêveur a donc eu pour double effet de placer la source de l'existence en dehors de celle-ci, et, par juste retour des choses, d’interdire à leurs semblables de se diriger dans une voie réaliste, à défaut même d’élucider le sens intrinsèque au mouvement phénoménal. Ce type de conception a eu pour conséquence naturelle de ne pas même permettre d’envisager, par tout un chacun, l'apparition d'une sagesse adaptée à l'aspect réel des phénomènes puisque ces derniers, les phénomènes, ne sont en aucun cas l’aspect réel. En outre, ce n’est certes pas l’idée selon laquelle dieu aurait fait les hommes à son image qui peut servir de poteau indicateur d’une quelconque réalité. Encore que, inversée...

En conformité avec cet évident pataugeage, la sagesse n'est, dans les religions révélées, jamais indiquée en tant que but alors que la foi, elle, est sollicitée en vue de rapprocher l'être de ce qui est, croit-on, hors la causalité et par là même d’une nature autre et donc indescriptible. En conséquence, la foi en la spiritualité ne se distingue pas de l'obscurantisme le plus sombre, et l'incompréhension de la réalité en découlant alors alimente continûment les hébétements et pleurs s’échappant du brouillard épais de l'illusion fantasmatique.

Quant aux modes de pensée ne découlant pas d’une "vérité révélée", si la sagesse, sensée sourdre de certaines vertus péniblement acquises, est quelque fois présentée comme un but à atteindre, il convient de s’ouvrir au fait que cette sagesse s’applique à la seule gestion « éthique » de l’événementiel causal. Dès lors, à défaut d’accéder à la perception du vouloir momentané inhérent au phénomène, cette sagesse « adaptative » s’enlise dans un assujettissement que l’on ne peut guère confondre ou hisser au rang de l’éveil à l’aspect réel des phénomènes dans les trois phases du temps. En outre, la lecture usuelle et linéaire de la causalité s’effectuant dans le temps et dans l’espace, celle-ci masque inévitablement la simultanéité de la cause et de l’effet de la forme/pensée momentanée. Pour cette raison, et quelque soit la somme des réflexions accumulées, l’ombre même d’une sagesse en adéquation avec l’aspect réel des phénomènes ne peut-elle jamais en naître.

D’autre part, nous venons de l'évoquer, la causalité s'applique "sans exception, à toutes les vies de ce monde" et, tout dharma, étant causal, exprime nécessairement par ce fait une existence dotée de forme, d’esprit et donc de sensibilité perceptive. En conséquence, "le principe de l'infinité du bien et du mal, de la souffrance et du bien-être" nomme la qualité particulière et intrinsèque à toute forme momentanée dans les trois phases du temps. Que cette lecture apparaisse être "la première et plus importante condition" se conçoit facilement puisque la non considération des phénomènes, en tant que réalités sensibles, naît de l'ignorance la plus dense et aboutit, le constat est aisé, nécessairement à l’incompréhension, par chacun, de sa phénoménologie individuelle.

Quant à la lecture effectuée par notre école, l’actuel Souverain de la Loi à enseigné, à propos des dix Ainsi: "Les sept Ainsi que sont l’énergie, la production, la cause, la condition, l’effet, la rétribution et l’égalité totale de l’origine et de la fin, apparaissent selon la substance que sont l’aspect, la nature et la corporéité, et finalement y retournent. Dès lors, si la substance est celle du monde de l’enfer, ce sont les fonctions du monde de l’enfer qui se révèlent. Si la substance est celle du monde des esprits affamés, ce sont les conditions du monde des esprits affamés qui apparaissent. Il y a égalité de l’origine et de la fin". Pour cette raison, "l'infinité" nomme sans nul doute la merveille de la simultanéité de la cause et de l'effet exprimant l'état hors le temps de chaque forme. En outre, si l’on considère la non dualité de la cause inhérente, immédiatement antérieure au fait perceptif, et des facteurs, qui sont l’objet du fait perceptif lui-même, il va de soi que la pérennité de l’état/forme s’impose à l’évidence. Pour cette raison, selon notre école, la cause et l’effet, simultanés, ne résident que dans la position provisoire de la Une pensée momentanée et en cela, effectivement, nous pouvons constater "l’égalité de l’origine et de la fin". En effet, nous l’avons déjà évoqué, concevoir l’infinité ou l’origine comme une mesure de temps équivaudrait à s’enliser dans les errances des enseignements bouddhiques provisoires, voire à sombrer dans les miasmes des enseignements extérieurs. Dès lors, l’infinité n’est que re-production, la re-production n’est qu’acte dans l’instant et l’acte dans l’instant n’est forcément que l’attachement à ce que l’on croit vrai.

2- "Ensuite, indiquer, sur la base de cet enseignement, la pratique permettant le salut de tous les êtres, représente la deuxième condition d'une religion correcte".

Ainsi, sur la base de la simultanéité de la cause et de l'effet élucidant la présence et le "vouloir être » des multiples phénomènes en appui l'un sur l'autre, définir "la pratique permettant le salut de tous les êtres" correspond à la deuxième condition. La pratique (ji) est forcement la mise en application de la théorie (ri). Or, la mise en application d’une forme de pensée ne peut produire que les résonances, physiques ou mesurables, de la pensée elle-même et, de fait, quelque soit le domaine et qu’on en soit conscient ou pas, il n’y a jamais non application de celle-ci. Il en résulte que, si la théorie appliquée s'adapte parfaitement à son objet, l'aspect réel des phénomènes en ce qui nous concerne, la résonance de la mise en pratique a pour effet l'apparition d'une sagesse grandissante en l'être qui s'y engage puisque la sagesse est toujours une mesure des phénomènes. Ou, si l’on préfère, il ne peut y avoir de sagesse sans objet la produisant puisque la connaissance s’applique toujours à <quelque chose>, et la sagesse en résultant n’est jamais autre que la résonance de l’objet référencé. Tel est, depuis le Bouddha Shakyamuni, le sens de la Voie bouddhique puisque entendre son enseignement, qui équivaut à intégrer en soi des "objets" conceptuels, est le sens même d’entrer et de progresser physiquement et mentalement sur la voie de l’éveil.

En outre, par extension du même principe, il convient de s’ouvrir au fait que les voies inférieures que sont la joie temporaire, la tranquillité, l’orgueil, l’animalité, l’avidité et les multiples souffrances dites infernales sont uniquement déterminées, pour l’humain, par la mise en application de "logiques" de représentations mentales. Dans ce sens, il est aisé de comprendre pourquoi, lorsque Shakyamuni entreprit de descendre au fin fond de l’enfer pour en faire sortir les êtres supposés emprisonnés, il ne trouva en ces lieux que les gardiens et, évidemment, ceux-ci n’étaient autres que les hauts dignitaires des systèmes de pensée fallacieux, appliqués sur les choses de ce monde. Ceci explique parfaitement cela.

Pour en revenir à la doctrine, si nous examinons les deux premiers des quatre états supérieurs caractérisant la mise en pratique de l'enseignement du bouddha, il en ressort que l'état "d'écoute de l'enseignement" (7°) se transforme naturellement en le suivant: l'état "d'éveil par les facteurs" (8°). Ce qui signifie que, du fait d'engranger en soi l'enseignement du bouddha, cette condition environnementale de la pensée permet à la conscience usuelle de s'éveiller naturellement à certains aspects de la perception du bouddha. Ces éveils partiels, à ce qui dépasse la conscience habituelle, sont l'apparition de la sagesse en l'être et marquent simultanément les degrés parcourus dans la voie bouddhique. Inversement, il est parfaitement clair que les doctrines ne permettant pas, à ceux qui les pratiquent, l'accès à une profonde sagesse, n'en procèdent évidemment pas elles-mêmes. Il ne peut, de fait, y avoir de distinction entre une conscience, ou une inconscience, de la réalité et les actes en découlant et, dans cette même logique, si une doctrine a pour source une profonde sagesse celle-ci sourde forcément dans les actes mentaux et physiques de ceux qui l'appliquent.

En conclusion, il est illusoire de penser qu'un corps de pensée ne provenant pas de l'éveil suprême puisse le générer, même par hasard, chez les personnes qui s'y attachent et, chacun peut l’observer, les actes quotidiens sont nécessairement l'expression de ce en quoi l'on croît. Quant aux doctrines qui, privilégiant la croyance en quelque chose, n’établissent pas de rapport direct entre les actes de leurs croyants et les circonstances de leur vie, il va de soi que, non seulement le "quelque chose" en quoi la croyance est placée mais également la logique qui vise à le sous-tendre proviennent de l’irréalisme et aboutissent à l’irréalité. Pour cette raison, les tentatives entreprises par certains pour établir l’antique véracité d’une doctrine en prétextant que, dans le passé elle put être bonne, mais que depuis elle a été oubliée, perdue, spoliée ou mal utilisée sont évidemment oniriques, puisque ce qu’elle a concrètement engendré chez les êtres, depuis son origine jusqu'à nos jours, est la seule mesure admissible de ce qu’elle a toujours contenu.

3- "De plus, indiquer l'effet final, c'est-à-dire le Bouddha de l'identité de l'être ordinaire et de l'ultime, finalité de la salvation de tous les êtres et, qui plus est, en apporter la preuve réelle, représente la troisième condition".

"le Bouddha de l'identité de l'être ordinaire et de l'ultime" peut s'envisager sous différents angles. Tout d'abord, et contrairement à la logique enseignée dans les enseignements pré-Hokkekyo par Shakyamuni, l'accumulation des actes de bien dans le passé, ainsi que l'apparition des signes et caractéristiques d'un éveillé ne sont pas nécessaires à l'obtention de l'éveil en ce corps, en cette vie. Dans ce sens, l'être ordinaire avec ses manques, ses cicatrices, ses angoisses et ses qualités peut devenir identique à l'ultime, l'éveil, sans être contraint à naître et re-naître encore, c'est-à-dire sans changer de corps. Le grand sage Nichiren enseigne effectivement :"Le simple mortel est l'entité des trois corps et le bouddha originel. Le bouddha est la fonction des trois corps et le bouddha éphémère".

Différemment exprimé, Nichikan Shonin enseigne : "La foi étant l’origine de la récitation du Daimoku, elle est la merveille de la cause originelle. La récitation étant la conclusion de la foi, elle est la merveille de l’effet originel. Autrement dit, ce phénomène est la causalité de la Une pensée dont l’origine et la conclusion sont instantanées". Que l’on envisage la pratique de la Loi, en particulier, ou bien les actes quotidiens, plus généralement, le principe reste effectif : l’acte momentané est toujours prise de position singulière et donc choix sélectif en fonction d’un vrai référencé. Quant à la dernière phrase de cette citation, celle-ci met en évidence la simultanéité de l’origine et de la conclusion. D’où il découle que seul l’instant sans épaisseur, à la fois effet du passé infini et cause de l’infinité future, est de l’ordre du réel, et ce dernier se trouve donc être sans origine ni fin, c’est-à-dire nécessairement hors le temps puisque les concepts de temps ou d’espace sont des mesures de ce qui possède origine et fin. Du reste, tant les velléitaires interrogations que les irréalistes certitudes relatives aux concepts d'origine et de fin sont le lot des doctrines qui, dans le rêve, distinguent la cause de l'effet, établissant ainsi à tort leur non simultanéité.

D'autre part, Nichiren Daishonin, dans son comportement quotidien d'être ordinaire a montré l'ultime, c'est-à-dire le corps de la Loi, dans l'expression de sa sagesse et de ses actes. En aparté, ce principe d’identité de la Personne et de la Loi, propre à notre école, rejette toute notion de transcendance et établi la pérennité de la forme/pensée de l’éveil <à l’origine>. Enfin on peut y voir l'affirmation suivante : les phénomènes ou dharma ordinaires étant la seule réalité ils doivent pouvoir composer le Corps de la Loi, c'est-à-dire l'ultime, dans la forme et tel est le cas de l’Objet fondamental de vénération pour l'introspection du coeur. Dans cet Objet, indique effectivement le Daishonin, tous les êtres des dix états "éclairés par les cinq caractères de Myoho Renge Kyo montrent leur aspect vénérable < à l'origine >".

Concernant "la preuve réelle", elle se rapporte à la distinction qu’effectue notre école entre l’éveil exprimé sous l’angle théorique (ri) et sous celui de sa concrétisation (ji). Or, contrairement aux stériles vues spiritualistes, nous considérons qu’une qualité sensible, de l’enfer le plus sombre à l’éveil parfait, ne peut exister indépendamment d’une forme qui l’exprime puisque la non dualité de la matière et de l’esprit constitue, selon le Daishonin, le suprême. L’éveil parfait ne peut donc être que forme/pensée et celle-ci, ou l’Objet fondamental de vénération pour l’introspection du cœur, constitue, quand à la base de la doctrine, " la preuve réelle". Dès lors, conformément au processus général selon lequel l’état de vie d’un être imprègne forcément ses actes et ses élaborations d’objets, il va de soi qu’il en est de même, et au plus haut point, de la révélation par le Daishonin de l’Objet fondamental. Inversement, la pratique effectuée devant cet objet et par conséquent la production en soi, de celui-ci, le cristallise en le corps du pratiquant. Nichiren indique effectivement : "Ne cherchez jamais ce Gohonzon en dehors de vous-même. Il n’existe que dans la chair de notre poitrine, en nous, êtres ordinaires, qui gardons le Sûtra du Lotus et récitons Nam Myoho Renge Kyo".

Dans ce sens, "apporter la preuve réelle", nomme l'apparition de la sagesse de l'éveil dans le comportement quotidien des êtres ordinaires s'engageant dans cette voie. C'est également le sens de l'expression "indiquer l'effet final", c'est-à-dire l'identité de l'être ordinaire, nous-mêmes, et de l'ultime, le bouddha, lorsque nos propres actes de la pensée, de la parole et physiques appuyés sur la Loi en montrent la grandeur et la qualité. Cette logique se conçoit, du reste, sans grande difficulté lorsque l'on considère que l'instant présent est l'aboutissement du passé infini, que cet instant ne subit ni naissance ni mort, qu'il est toujours l'effet final de l'être et le seul lieu d’expression des dix mondes "à l’origine". En somme, donc, nous ne considérons pas de réalité autre que la perception/réaction momentanée et permanente, et nous soutenons que considérer " l'effet final " comme se situant dans un autre monde est typique de l'inadéquation à la réalité de certaines doctrines.

Telle est la preuve réelle qu'il convient de chercher en chaque personne épousant une philosophie ou une religion. Il y a, en effet, toujours absolue identité entre la profondeur de la conscience, ce en quoi l'on croit, et les actes du quotidien. Ceci explicite le seul principe de réalité admissible pour la raison, fut-elle ordinaire, et les fumeuses arguties relatives au paradisiaque "après" prôné par certains ont toujours eu, pour corollaire patent et immédiat, les incessantes et diverses souffrances des êtres.

"Parmi toutes les religions du monde, seul le bouddhisme, révélé par le vénéré Shakya, répond pleinement à la première condition. En particulier, seul le Sûtra du Lotus, débarrassé de l'enseignement des moyens, enseigne de manière correcte le vaste et profond principe de la causalité universelle du monde des dharma".

La première phrase met en lumière le fait que seul le bouddhisme répond "avec précision" à la question de la causalité des multiples phénomènes. Il est vrai, cependant, que la comparaison est, dès la première condition inégale, dans la mesure où, nous l’avons évoqué, certaines doctrines se perdent dans le cul de sac de la régression à l’infini des causes et des effets et, en conséquence, pondent des concepts bâtards tels que la chance et la malchance, le hasard et la destinée, l'ignorance en d'autres termes. Notons, en outre, que ces égarements, à défaut d'expliciter le mouvement et l'essence des phénomènes, aboutissent malgré tout à des notions de causes, certes, mais relatives à des concepts d'ordre éthiques, moraux ou religieux sans effets positifs patents, puisque circonstanciels et par là même décalés, quant à la qualité d’approche du réel par chacun. Ce qui, évidemment, a pour effet de disqualifier ces systèmes d'entrée.

Plus sérieusement, car rejetant toute notion de transcendance, Shakyamuni développa, dans un premier temps, une causalité linéaire au sein des trois phases du temps. En égard à la logique usuelle de ses contemporains, déjà familiarisés avec la notion de réincarnation, cette approche avait évidemment une vocation pédagogique.

Par la suite, dans la partie provisoire du Sûtra du Lotus, il enseigna que chaque phénomène résultait d'une combinaison de causes et d'effets multiples et, pour cette raison, n'était pas intrinsèquement différent de lui-même, c’est-à-dire le bouddha. L'établissement de cette non différenciation de principe entre le bouddha, paré de multiples vertus, et un simple brin d'herbe éclaire, en outre, la possibilité pour toutes les formes, du minéral à l'humain, de composer le bouddha. Partant d'une lecture antérieure où le bouddha Shakyamuni apparaissait nettement supérieur, voire surhumain, vis-à-vis de toutes les formes de vie existantes, cette déclaration était de fait révolutionnaire.

En outre, les "dix Ainsi" enseignés dans cette partie provisoire du Lotus éclairent la réalité suivante : tout phénomène, ou dharma, possède matière et esprit, potentiel et activité élaboratrice, cause et effet exprimant dans leur simultanéité une qualité d'être et un environnement spatio-temporel unique puisque engendré. De plus, une totale égalité entre l'aspect provisoire du phénomène et la rétribution des actes depuis un passé sans origine est, là, affirmée. Tel est l'aspect de la causalité enseigné avec précision par le bouddha Shakyamuni et, comparées à cet éclairage, il est évident que peu d'autres lectures se trouvent en situation de resplendir.

Cependant, la seconde phrase de l’extrait étudié indique: "seul le Sûtra du Lotus, débarrassé de l'enseignement des moyens, enseigne de manière correcte le vaste et profond principe de la causalité universelle du monde des dharma". Or, les "dix Ainsi" de la partie provisoire font partie des moyens et il découle naturellement de ceci qu'on ne saurait, par le biais de cette seule approche, aboutir à une vision similaire à celle du bouddha. Qu'en est-il donc, dès lors, de l'aspect réel des phénomènes pour l’Ainsi Venu?

Nous lisons, dans un autre texte de l’actuel Souverain de la Loi, Nikken Shonin: "On dit également détruire et utiliser... C'est-à-dire qu'en lisant les phrases du chapitre des moyens on détruit le sens éphémère de la doctrine et, avec ces mêmes phrases, on fait apparaître l'aspect réel de l'instant originel hors le temps". La causalité développée dans le cadre des dix Ainsi explicite la non différenciation de principe des multiples phénomènes tout en indiquant, par extension, l'origine non mesurable de ceux-ci. En effet, le concept de la simultanéité de la cause et de l’effet ouvre, s’il est observé avec un peu d’attention, sur la racine même de l’origine. Plus clairement, si la cause et l’effet sont simultanés, la cause est effet et l’effet est cause, ceci sans que l’on puisse distinguer un avant et un après, une origine et une fin, sauf à considérer le principal, l’être, et son support, l’environnement, comme étant le perpétuel "instant originel hors le temps" de la forme/pensée.

Toutefois, en regard de la propension humaine à situer le présent comme un point placé entre le passé et le futur, l'énoncé des dix Ainsi pouvait continuer à autoriser une approche réductrice étroitement anthropocentrique. Pour cette raison, l'actuel Souverain de la Loi indique "débarrassé", équivalent à "détruire", et ouvre par ce moyen sur la perception de l'éveillé en nous orientant vers "l'aspect réel de l'instant originel hors le temps". Cette approche, découlant de l'éveil sans égal, sans supérieur, de la boddhéité, débouche, en pleine opposition avec le bon sens le plus commun et donc le plus partagé, sur la totale immobilité des multiples phénomènes. Dans cette perspective, les trois phases du temps, l'espace, les naissances et morts et la causalité linéaire se réduisent à l’unique production momentanée où la forme/pensée provisoire est, seule, "l’aspect réel de l'instant originel hors le temps". Telle est la vision du monde des phénomènes par le bouddha, et l’enseignement des dix Ainsi de la partie non définitive du Lotus apparaît donc n'être qu’un aspect «provisoire » découlant de la volonté d’adaptation du bouddha à l’humain.

Nous lisons effectivement, dans le chapitre "Durée de la vie" de la partie définitive du Lotus: "Il n'y a ni flux ni reflux de la naissance et de la mort, ni vie dans ce monde ni anéantissement plus tard".

L’école Tiantai affirme : "Dire qu’il n’y a pas de permanence parce que l’homme naît et meurt, que les choses périclitent et se transforment, est entièrement une vision illusoire".

Dans la même approche, Nichiren Daishonin enseigne: "Les souffrances ne deviennent le nirvana que si l'on réalise que l'entité de la vie humaine, à travers vie et mort, ne peut ni apparaître ni disparaître".

Plus clairement encore, le Daishonin expliqua en 1255 : "Non seulement l’Ainsi venu Maha Vairocana, mais également tous les êtres tels que nous, jusqu’aux grillons, fourmis, moustiques et mouches, tous sont forme/pensée sans commencement ni fin. Penser qu’il y a un début et une fin pour les êtres relève des vues erronées des voies extérieures".

En conséquence, il apparaît que le fait de s’appuyer sur la perception des apparitions et disparitions phénoménales, ou sur la naissance et la mort des êtres, font que, si l’accord tacite ou démonstratif des avis d’autrui vient en général conforter la "normalité" de l’émotion ressentie il n’en est pas moins vrai, aux yeux du Bouddha, qu’il ne s’agit là, dans le rêve, que de la perpétuation d’une souffrance issue de l’ignorance de la réalité des phénomènes.

D'autre part, considéré selon les développements, postérieurs au Lotus, des écoles chinoise et japonaise, tout dharma est forme/pensée momentanée et, de ce fait, l'instant atemporel de l'existant est forcément la matérialisation de Une pensée trois mille. Cette expression phénoménale dans l’instant marque nécessairement, au travers de la forme/pensée momentanée, l’un des dix mondes à la fois sous l’angle de l’effet et sous celui de la cause. Nichikan Shonin dira de cette Une pensée qu'elle est "inclure et imprégner". "Inclure" nomme la réunion des multiples phénomènes permettant de constituer causalement la Une pensée en terme d'effet, et "imprégner" éclaire l'efficience simultanée en résultant, en terme de cause, sur l'agencement phénoménal futur.

Dès lors, "vaste" indique l'infinité spatiale et temporelle du phénoménal, et "profond" éclaire l'immensité de la sagesse du bouddha en adéquation parfaite avec le monde des dharma. Pour cette raison, le terme de Nyorai, qui est un des qualificatifs du bouddha, est interprété comme suit par Nichiren Daishonin : "En vertu du principe on dit <Ainsi>, et en vertu de la sagesse on dit <venu>. Tel est le corps de rétribution de l'Ainsi venu".

"Le corps de rétribution de l'Ainsi venu" correspond, pour les êtres, à la sagesse, et, de l’enfer le plus dense à l’éveil suprême, nous pouvons observer qu’il y a nécessairement toujours une parfaite identité entre la substance, la Une pensée momentanée, et ses fonctions, l’expression du corps et des paroles au quotidien. En d’autres termes, toute perception/réaction est l’expression d’une «sagesse » adaptative et celle-ci inclut nécessairement le corps et son environnement, qui correspondent à l’orientation la plus « dense» de l’être. Considérant cette lecture, la perception/réaction de chaque dharma à son environnement correspond à « venir », dans l’instant, de ce à quoi il se réfère en terme d’antériorité immédiate, et ce lieu des choix peut être considéré comme son « principe » puisque les multiples phénomènes sont , dans leur étonnante singularité, indiscutablement « ainsi ». Dans la même logique, mais en des termes relatifs à son expérience intérieure et à sa résonnance extérieure, Zhanran nous révèle: "Sachez le bien, notre vie et son environnement sont l'entité de Une pensée trois mille. Quand nous parvenons à l'éveil, selon ce principe fondamental, notre vie imprègne l'univers entier à la fois physiquement et spirituellement".

A propos de la pratique, qui constitue la deuxième condition, le texte indique : "Pour ce qui est de la deuxième condition, seul le Sûtra du Lotus, au sein des cinq ou sept mille sûtra constituant l'enseignement de Shakyamuni, en définit les grandes lignes".

En premier lieu, "les grandes lignes" indiquent ce vers quoi et par quoi la pratique est orientée. D’entrée, les états "d'écoute de la doctrine", "d'éveil par les facteurs" et de "bodhisattva" sont, dès la partie provisoire du Lotus, rejetés au profit du seul et unique véhicule de la boddhéité pour tous les êtres. Il s'agit donc, là, d'une mise à l'écart des modèles d'identifications inférieurs à l'éveil suprême. Or, si l'on considère avec le minimum de lucidité requis que le but avoué définit tant les moyens que les résultats, il en découle une identité patente entre l'objet visé et la qualité s'élaborant en l'être. (Ce qui n'est pas anodin au vu des objectifs actuels de nos contemporains, ainsi que de leurs inévitables conséquences, dont seul le présent tissu relationnel et social matérialise les formes d'une façon ô combien explicite!)

De plus, l'identité de principe du bouddha et des multiples formes, ensuite le fait que Shakyamuni ait atteint l'éveil non pas en Inde mais dans un passé extrêmement lointain, enfin qu'il ait lui-même, dans un passé plus éloigné encore désigné par les termes "à l'origine", pratiqué la voie de bodhisattva, peuvent être considérés comme autant d'éléments indiquant "les grandes lignes".

En second lieu, notre lecture quotidienne du Sûtra du Lotus s’appuie sur les chapitres "Moyens" et "Durée de la vie". Cette pratique, effectuée par Nichiren Daishonin et prônée par lui à ses disciples, constitue la partie auxiliaire de la pratique essentielle: Nam Myoho Renge Kyo. Cependant, comme l'a expliqué Zhiyi : "La récitation du texte du sûtra est la respiration du corps de la Loi". C'est, du reste, le sens du terme dharma, ou « soutenir », et l'architecture engendrée par la voix ne peut pas ne pas être un corps en la personne qui le produit. Identiquement, selon la même logique, il ne peut se faire que l’expression de chacun, dans la vie de tous les jours, ne soit pas la fonction et donc l’apparition des objets de référence intégrés par lui. Chaque instant est donc acte efficient, l'efficience étant nécessairement un choix singulier d'exhumation d'objets.

Pour en revenir à la logique indiquée par Zhiyi, la phrase "seul le Sûtra du Lotus...en définit les grandes lignes" se justifie puisque la "respiration du corps de la Loi" apparaît-être la fonction de l'essence, le bouddha originel sous la forme phonétique de Myoho Renge Kyo, et la lecture du Sûtra du Lotus pour la pratique auxiliaire. Or, telle est bien, selon notre école, la grande Loi cachée au profond des phrases et, de fait, la cérémonie de l'enseignement du Sûtra du Lotus elle-même exprime nécessairement l'Objet fondamental de vénération pour l'introspection du coeur. Telle est du moins la position du Daishonin qui explique : " Ce honzon n’est en rien une création de Nichiren. C’est la figuration, gravée sur bois, du vénérable Shakyamuni et de tous les autres bouddha dans le stupa précieux".

"Enfin, en ce qui concerne la troisième condition, celle-ci est constituée de la substantifique moelle du Sûtra du Lotus et rejoint le passé infini du Bouddha Originel".

La "substantifique moelle du Sûtre du Lotus" est ce dont le Sûtra du Lotus, ou la sagesse de Shakyamuni est l’écho, l’ombre. En effet, toute sagesse n’est jamais qu’une mesure et une adaptation plus ou moins parfaite à l’objet auquel elle s’applique et celui-ci, inévitablement, la définit, puisqu’il n’est pas de connaissance sans objet. Dans ce sens, les "grandes lignes" du Sûtra du Lotus évoquées ci-dessus, de même que le principe de "Une pensée trois mille" s'effacent-ils naturellement au profit unique de l'Objet dont ils ne sont que la résonance, l'empreinte. Concernant la sagesse sans égal, sans supérieur de la boddhéité, l’objet la définissant est le Corps de la Loi ou Objet fondamental et, de fait, il ne peut nécessairement s’agir, selon notre école, que d’une forme puisque les dix états, de l’enfer à l’éveil suprême, ne sont que forme/pensée depuis l’origine.

Pour cette raison, dont l’éblouissante clarté n’a pour corollaire que l’aveuglement des voies extérieures, Nichikan Shonin expliqua: "Selon la doctrine de cette école, la réalité de Une pensée trois mille est une réalité tangible. Si bien que la réalité de la Loi est fondamentalement l’expression concrète de Une pensée trois mille. C’est pourquoi on l’appelle Objet fondamental de vénération du principe de Une pensée trois mille parfaitement matérialisé". Ainsi, la forme/pensée de l’éveil est l’Objet « Corps de la Loi », à l’origine, et son aspect spirituel, ou sagesse est également objet dans son application phonétique sous la forme de Myoho Renge Kyo. Là se situent, nécessairement dans la forme, deux des trois Corps du Bouddha devant lesquels Shakyamuni a pratiqué, <à l’origine>, en vue de l’obtention de l’éveil.

En effet, de la même manière qu’un état ne peut apparaître sans s’appuyer sur un ou des objets, réels/irréels, présents/absents, pour se concrétiser et, en outre, qu’un objet mental ou physique est toujours nommable, l’état d’éveil n’existe que dans la forme est celle-ci est nommable. En fait, seul Nichiren Daishonin laissa l’éveil sous cette double forme et, en cela, montra l’origine hors le temps de l’éveil de tous les être, sans exception. Nikken Shonin a effectivement expliqué "...il est naturel que Nichiren Daishonin ait révélé le Bouddha de l’origine du passé (Nam Myoho Renge Kyo) en tant que substance de la Loi à propager. Toutefois, du point de vue des prédispositions, c’est-à-dire des êtres, on ne peut voir l’origine du passé que dans le Dai Gohonzon de l’estrade des préceptes...".

La dernière phrase est explicite du fait que tout objet, en général, se situe intrinsèquement en dehors du champ de l’élaboration mentale puisque celle-ci, dans son fonctionnement naturel, ne peut qu’être imprégnée de notions subjectives de temps masquant l’immédiateté de l’objet. Dès lors, au vu des prédispositions humaines, il va de soi que l’éveil de toutes les formes en un lieu objectal constitue la "bonne médecine" permettant à chacun d’ouvrir son esprit, dans l’instant, par identification, à la réalité de son propre éveil <à l’origine>.

Dans notre école, donc, la pratique de Nam Myoho Renge Kyo devant l’Objet correspond à la pratique du degré de dénomination où l’évocation du nom de la forme est faire apparaître immédiatement l’éveil dès ce corps. En réalité, d’ailleurs, comme nous considérons la cause simultanée à l’effet et l’effet simultané à la cause, il va de soi que seule la production momentanée du corps du bouddha est l’apparition de celui-ci. De la même manière, et là nous sommes honteusement triviaux, la production de n’importe quoi d’autre dans l’instant est forcément l’apparition de n’importe quoi d’autre immédiatement. Le Daishonin enseigne effectivement:"Le nom possède la vertu d'aboutir immanquablement à la substance".

"Cette condition n'est présente que dans le bouddhisme de Nichiren Daishonin, apparu pour se consacrer au salut de tous les êtres après les deux millénaires des périodes de la Rectitude et de la Semblance de la Loi".

Le terme de "condition", utilisé dans le même sens une seconde fois dans le texte, nomme ici la matérialisation de l’éveil de toutes les formes depuis le passé infini. Or, cette "condition" physique, plus déterminante que les seules conditions conceptuelles, possède la capacité de pouvoir imprégner l’immédiateté de la Une pensée momentanée, alors que les concepts ne le peuvent, sauf à s’effacer brutalement, laissant ainsi la pensée momentanée fusionner avec l’objet. Ce qui revient au même, pourrait-on penser, mais si les concepts proviennent de l’objet ceux-ci ne peuvent, d’évidence, qu’être traités dans le temps par la pensée discursive, alors que l’objet réside, lui, dans l’immédiateté, comme l’efficience forme/pensée elle-même du reste. Plus avant, que cet objet, Corps de la Loi, soit l’unique et rare condition de l’éveil se conçoit dans la mesure où il est à la fois cause et effet de l’éveil originel depuis le passé hors le temps. Ceci impliquant son absolue pérennité.

D’autre part, ce terme de "condition" explicite, en outre, le fait que les actes de Nichiren, expressions de sa bienveillance, deviennent inconcevablement le moyen tangible permettant à l’esprit individuel de se diriger vers l’éveil en ce corps par la récitation de Nam Myoho Renge Kyo devant l’Objet. En effet, selon cette école tous les dharma des dix états sont élevés à l’éveil suprême dans le Honzon et pour cette raison le Daishonin déclara, trois jours avant son extinction :"Lorsque je regarde l’étang, inconcevablement, le reflet de Nichiren est le grand Mandala".

"De plus, même les contenus de la première et de la deuxième condition, pour la période actuelle de la fin de la Loi, sont compris dans la troisième condition et atteignent leur point ultime dans le Nam Myoho Renge Kyo des trois grandes lois ésotériques, propagé par notre fondateur Nichiren Daishonin".

La partie "pour la période actuelle de la fin de la Loi" éclaire le fait que le travail de l’esprit est inadéquat, même correctement dirigé par la théorie, quant à la production de l’éveil en ce corps. En effet, puisque la cause et l’effet sont forcement simultanés, seule la cause consistant en l’élaboration du Corps de la Loi en soi par le nom est accès immédiat à la forme originelle de l’éveil. Autrement dit, aucune des expressions de la sagesse ordinaire ne peut produire, par hasard, le Corps de la Loi, puisque ces aspects de la sagesse ne sont que des facettes subjectives de l’effervescence phénoménale, et seule la production du Corps de la Loi en soi est son apparition.

Pour cette raison, tant la perception théorique de l’aspect réel des phénomènes que la connaissance par ouï-dire de la pratique adéquate ne sont suffisantes. La récitation de Nam Myoho Renge Kyo devant l’Objet Fondamental constitue, par contre, lorsque l’esprit est axé sur les indications du Souverain de la Loi, l’indispensable condition permettant de faire apparaître l’éveil en cette vie.

Nous lisons en effet dans les écrits du Daishonin : "Entraînez vous dans les deux voies de la pratique et de l’étude; sans pratique ni étude il ne peut y avoir de Loi bouddhique. Faites le vous-mêmes et enseignez et dirigez les autres. La pratique et l’étude découlent toutes deux de la croyance." Il ressort de cet extrait que, une fois la pratique établie, seules l’étude et la transmission de la doctrine permettent de diriger son propre esprit vers l’éveil du corps. En effet, si l’esprit ne transmet pas il n’a pas à étudier, s’il n’étudie pas il ne se remet pas en cause puisqu’il n’intègre pas un modèle de comparaison lui permettant de mettre à jour ses propres attachements. Inversement, étudier les orientations du Souverain de la Loi, s’imprégner des écrits du Daishonin et en parler à autrui impliquent de rejeter les douillettes et poisseuses idées personnelles, permettant ainsi l’apparition d’une sagesse et d’une bienveillance plus vastes. Dans ce sens, lorsque le Daishonin indique "La pratique et l’étude découlent toutes deux de la croyance", il met en évidence le fait qu’il n’y a pas de réelle croyance si l’un des deux aspects fait défaut et il en découle nécessairement qu’il n’y a pas de réelle compréhension de la Loi sans propagation de celle-ci. Nous lisons effectivement dans l’enseignement du Daishonin : "Sans la transmission de la croyance, même garder le Sûtra du Lotus est vain".

En des termes différents, le Révérend Hakudo Môri indique : "...Si on pense parler du bouddhisme aux autres seulement après l’avoir parfaitement compris, on ne pourra jamais en parler. On en parle en l’étudiant et on approfondit sa compréhension en en parlant". De la même manière, attendre l’arrêt des troubles et la dispersion des nuages de la stupidité pour propager la doctrine équivaut à "s‘éloigner de l’océan pour chercher de l’eau salée".

"Fidèles du monde entier, vous avez rencontré ce Dharma correct grâce à votre lien avec le Bouddha".

Concernant "vous avez rencontré ce Dharma correct grâce à votre lien avec le Bouddha", nous lisons dans le "Traité sur la transmission unique et essentielle à travers vie et mort" :"C’est grâce au lien puissant établi dans le passé avec le Sûtra du Lotus que l’on garde ce Sûtra à présent. Il est hors de doute que, dans le futur, on obtiendra l’effet qui est de devenir bouddha". Ces phrases mettent en évidence le fait que s’il y a l’acte de "garder ce sûtra à présent" les causes du passé y sont probablement pour quelque chose puisque, d’évidence, rien n‘apparaît sans causes pour le sous-tendre. D’autre part, "garder ce sûtra à présent" est forcément générateur d’effets relatifs à ce qui est intégré et dans ce sens, si cet objet est la forme de l'éveil, "Il est hors de doute que, dans le futur, on obtiendra l’effet qui est de devenir bouddha".

Cependant, le Daishonin explique dans la suite du même texte : "Naître et mourir dans le passé, le présent et le futur sans jamais quitter le Sûtra du Lotus dans les trois phases de la vie est appelé la transmission essentielle du Sûtra du Lotus. Ceux qui s’opposent et ceux qui ne croient pas sont <ceux qui coupent immédiatement la graine de la boddhéité dans tous les mondes>. Cela signifie qu’abandonner la graine qui permet de devenir bouddha entraîne l’absence de la transmission unique et essentielle à travers vie et mort". La première phrase met l’accent sur la continuité de l’acte au cours des trois phases du temps, c’est-à-dire le quotidien banal de la vie de tous les jours. Or, la seconde phrase indique la résonance, "dans tous les mondes", du seul acte momentané qui consiste à rejeter ou à s’opposer au principe de l’accès à l’éveil dès ce corps. Tous ces mondes exprimant le passé, le présent et le futur, la pensée momentanée semble constituer, encore une fois, l’axe unique du lien avec le bouddha, ou avec des souffrances de toutes sortes au cours des trois phases.

Dès lors, "garder ce sûtra à présent", qui implique nécessairement un lien, "coupent immédiatement" qui évoque la rupture du lien, et "entraîne l’absence" qui raye d’un trait unique l’accès à l’éveil dans les trois phases de la vie ne sont que des moyens mettant en évidence l’importance de la seule réalité sensible et permanente : la Une pensée momentanée. L’actuel Souverain de la Loi explique effectivement : "...Notre vie, vue de la neuvième conscience de la Loi merveilleuse, est une vie permanente depuis le passé hors le temps. Ceci n’est pas facile à comprendre. Mais le sens profond de Myoho Renge Kyo contient tout cela". Il en résulte que l'immédiateté, excluant l'idéee même de non-acte, est continûment de l'ordre du réel.

"Ayez la conviction que grâce à la réalisation du corps et de l'esprit récitant Nam Myoho Renge Kyo sur la foi des orientations de Nichiren Daishonin, les oeuvres et vertus de l'éveil dès ce corps naîtront bien, seront bien nourries, se réaliseront bien et prospéreront bien".

Cette phrase enseigne que, dans la mesure où le corps et l’esprit s’identifient, sans autre pensée, à Nam Myoho Renge Kyo, les bienfaits de la Loi apparaissent. Cela signifie la transmutation de l’être ordinaire en bouddha, immédiatement, puisqu’il n’y a, en principe, plus aucune différence entre l’un et l’autre, tant dans le corps que dans l’esprit. Par contre, il va de soi que si la pratique s’effectue mécaniquement, voire en pilotage automatique, alors que la pensée est encombrée par un flot ininterrompu d’images mentales de toutes sortes, la Loi se trouve alors reléguée au rang du moins important vis-à-vis de ce qui nous paraît vrai dans l’instant. C’est un des sens de l’expression : "Si vous vous relâchez, ne serait-ce qu’un instant, les démons vous posséderons" . En effet, dès qu’on s’éloigne, en l’esprit, de Myoho Renge Kyo, les images mentales issues des six voies déferlent sur nous comme lorsqu’on fait autre chose que pratiquer. Par exemple, penser qu’on a raison de penser qu’on a raison correspond, lors de la pratique de la Loi, à rabaisser celle-ci au profit de l’unique perpétuation de ses attachements au vrai relatif. Le vrai factice du présent, factice puisque subjectif et n’éclairant qu’un seul aspect d’une réalité potentiellement infiniment plus vaste, occupe alors l’esprit et seule la magie de l’arrêt des souffrances par l’intervention d’un hypothétique mieux futur reste, irréaliste.

Dès lors, l’adéquation de la pensée momentanée et de Myoho Renge Kyo ne peut s’accomplir et seules les oeuvres restent. Les vertus, quant à elles, n’émergent pas immédiatement. Or, comme l’indique Nikken Shonin: "la réalisation du corps et de l'esprit récitant Nam Myoho Renge Kyo" implique l’apparition, simultanée à l’œuvre, de la vertu en le corps et en l’esprit. L’actuel Souverain de la Loi a effectivement enseigné : "La substance existe en même temps que la fonction et apparaît en tant que vertus dans votre corps". En d’autres termes, si la sagesse et la bienveillance du bouddha sont la fonction naturelle de la substance « Corps de la Loi » en lui, la production de cette même substance, en nous, par la récitation, a pour effet l’apparition des fonctions du bouddha. Les fonctions apparaissant, la substance ne peut être bien loin. Nikko Shonin a en effet expliqué : "Le fait de pratiquer régulièrement jour après jour, mois après mois, est l’apparition de la boddhéité".

De fait, la pensée ordinaire se tisse, dans le temps, en accolant des moments de conscience qui eux n’ont pas de réelle épaisseur. Ces moments de conscience sont nécessairement constitués d’images d’objets réels/irréels. D’une part, en tant que fait causal il s’agit inéluctablement de production d’image au détriment de la perception de l’objet en lui-même, d’autre part le producteur de l’image momentanée s’identifie totalement à sa production :<je pense ceci, j’ai vu cela, c’est mon caractère, je ne crois que ce que je vois...>. Tel est le mouvement de la pensée usuelle et, si l’on cherche une raison à l’expression « Une pensée trois mille », elle se trouve certainement dans le fait que l’instant de conscience, éternel, n’est jamais que celui de l’image projetée et momentanée d’un objet. Ceci entraîne divers constats :

- il n’y a qu’une image consciente momentanée à la fois, jamais deux ou sept,

- la Une pensée/forme est donc causale et le bouddhisme enseigne qu’elle n’a pas d’origine,

- la profusion et la conditionalité de certains types d’images dans le temps caractérisent l’état de l’observateur/producteur,

- toute élaboration ou conceptualisation s’effectue nécessairement dans le temps et dans l’espace.

En raison de ce qui vient d’être évoqué, puisque seul l’objet, ou le caractère, peut occuper l’immédiateté de la conscience, ou de la Une pensée, notre pratique s’accomplit devant un Objet et il convient naturellement que celle-ci s’effectue sans autre pensée. Par conséquent, seul l’Objet peut-être éveil immédiat s’il est non duel avec la conscience momentanée, et ceci nous éclaire sur le fait que les diverses théories spiritualistes, dans ou hors le bouddhisme, ne peuvent mener à l’éveil puisque celui-ci est corps/esprit. De fait, l’éveil ne saurait être seulement élaboration mentale pour l’excellente raison que l’élaboration elle même a pour fonction naturelle de recouvrir les objets conceptuels ou physiques, réels/irréels, d’images référentielles.

Pour notre école, donc, et en ce qui concerne deux des trois corps du bouddha, il va de soi que réciter Nam Myoho Renge Kyo devant l’Objet, ou le caractère Myo, à pour effet de ramener le mouvement naturel de la pensée dans le temps et dans l’espace à une forme unique d’identification: l’éveil de toutes les formes. Dans cette continuité logique, probablement, le Vénérable Hakudo Mori enseigne : « Il faut effectuer la récitation de Nam Myoho Renge Kyo sereinement et calmement, sans se presser, avec une prononciation correcte, afin que le caractère de <Myo> soit gravé dans notre cœur par nos yeux qui le regardent ». L’acte, ou l’œuvre, est vertu, tous les actes relatifs à la progression dans la Voie sont les oeuvres et celles-ci ont pour fonction immédiate et naturelle de devenir vertus. Les vertus apparaissant l’existence se libère des troubles et ceci fait que l’approfondissement des vertus augmentent les oeuvres. Ainsi, dès ce corps les oeuvres et vertus de l’éveil naissent , se nourrissent, se réalisent et prospèrent.

"Dans le Mushi mochi gosho, Nichiren Daishonin souligne l'importance de respecter du fond du coeur la Loi merveilleuse le jour de l'an, début de l'année: < Celui qui le célèbre verra ses vertus croître et sera aimé des autres, comme la lune qui se lève à l'ouest et, se dirigeant vers l'est, atteindra sa plénitude; comme le soleil qui se lève à l'est, s'embrase en se dirigeant vers l'ouest > "

La volonté de célébrer le début de l’année en "désirant, avec un cœur unique, voir en soi le bouddha sans ménager son corps et sa vie", correspond à la transmission unique et essentielle à travers vies et morts et permet de s’éveiller au fait que célébrer est voir. En outre, si l’on considère comme justifié le fait que notre perception des choses, ne pouvant être le fruit du hasard, est un produit résultant de causes, il faut convenir du fait que notre réalité individuelle est plus l‘expression d’un « vouloir » présent que celui engendré par une pesanteur passée, une contrainte environnementale, une volonté divine ou aléatoire. Or, l’extension de ce principe implique la réalité de certains points :

- les êtres, les phénomènes et les objets perçus, qui façonnent le lieu de notre exercice, ne sont que « l’harmonie globale » de notre vouloir percevoir, c’est-à-dire notre choix ;

- le temps dans lequel nous pensons nous situer, étant en corrélation directe avec l’espace engendré par notre existence, exprime nécessairement le même choix ;

- dès lors, le temps et l’espace ne se distinguant pas du corps et de la terre, évoqués plus haut par Zhanran, il va de soi que notre réalité individuelle n’est que l’expression « partisane » d’un des dix états depuis « l’origine ».

En conséquence, la pratique et la propagation de la doctrine de l’éveil est l’instant « à l’origine » de notre accès à l’éveil, puisque le bonheur/liberté n’est lui même qu’acte momentané sans origine.